
Yannivk Haenel.
©Corentin Fohlen pour le Grand Continent. ZOOM : cliquer sur l’image.

La solitude des professeurs est infinie, le nouveau roman de Yannick Haenel rencontre en cette rentrée littéraire un certain succès critique. Il figure même dans la première liste des jurés du prix Goncourt et du prix Philippe Sollers. Est-ce un signe ? On ne saurait trop se méfier. Fort de mon flair et de mes dons prophétiques bien connus, j’avais naguère promis le Goncourt à Haenel pour Tiens ferme ta couronne et il n’a obtenu... « que » le Médicis. Nous verrons donc. Pour le lecteur, là n’est pas l’essentiel. Le fait est que le livre, réaliste et lyrique, mélancolique et déjanté, touche parce qu’il résonne juste. Politiquement et poétiquement. Il n’est pas nécessaire d’avoir été, comme on dit, « du métier », pour le ressentir. Évidemment, le succès suscite automatiquement des jalousies, d’où les inévitables petites polémiques sur lesquelles je ne m’étendrai pas. J’ajoute aux précédentes recensions que j’ai déjà relevées [1], deux articles nouveaux, l’un, remarquable, paru sur le site Le Grand Continent, l’autre paru dans Le Nouvel Observateur.
« L’école va devenir subversive » Yannick Haenel

Suivent deux entretiens.

Yannick Haenel : Enseignant : le plus beau métier du monde
Extrait de La Grande Librairie, 2 septembre 2026.


Yannick Haenel : "La rupture, c’est le début de la vocation"

Yannivk Haenel ©Getty - Leonardo Cendamo.
ZOOM : cliquer sur l’image.

Publié le lundi 7 septembre 2026 à 09:07
France Inter
Par Sonia Devillers
L’écrivain Yannick Haenel revient sur son parcours d’ancien professeur de français et évoque la condition enseignante à travers son nouveau roman "La solitude des professeurs est infinie" (Gallimard).
Avec Yannick Haenel Ecrivain
Il y a des livres qu’on annonce comme des pamphlets et qui se révèlent être des chants d’amour déguisés. C’est exactement le piège tendu par La solitude des professeurs est infinie, le roman de Yannick Haenel paru chez Gallimard et présélectionné pour le Goncourt 2026. Il est l’invité de Sonia Devillers pour le portrait numéro 174.

La transmission comme miracle
Tout commence par une scène de classe que Yannick Haenel raconte avec une tendresse intacte : celle où il faisait apprendre Le roi de Thulé de Gérard de Nerval à ses collégiens en cinquante minutes. La méthode est simple et bouleversante : écrire le poème entier au tableau, puis l’effacer peu à peu pendant que les élèves le récitent à voix haute. « Vous savez comment sont les enfants, à 12 ans, ils ont une mémoire démentielle », explique-t-il, avant de décrire l’instant où un élève continue de lire un texte qui n’est plus là : « Il lisait un texte effacé en regardant le tableau ; c’est une métaphore de la transmission, je me disais : la transmission, ça a lieu. »
Dix-sept années durant, l’auteur a vécu ces montagnes russes émotionnelles propres au métier, capables de faire basculer une matinée entière : « On est très heureux avec les 6ᵉ B de 8 h à 9 h, il se passe des choses merveilleuses, et puis on sort de là galvanisé, on entre dans la classe des 5ᵉ D, et c’est un désastre. » Et lorsqu’un cours se passe bien, la joie déborde jusque dans les transports — il raconte avoir hurlé de bonheur, seul, dans le RER du retour. Loin de la plainte que l’époque prête trop souvent aux enseignants, Haenel est catégorique sur l’intensité de l’engagement que réclame ce métier : « Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie que quand j’étais prof. »
Une solitude qui peut tuer
Mais le titre du livre n’est pas qu’une pirouette : cette solitude, Yannick Haenel la décrit aussi comme un isolement institutionnel, face à une hiérarchie qui abandonne. Interrogé sur l’assassinat de Samuel Paty, il n’élude rien : ses anciens collègues lui confient aujourd’hui se sentir en danger, jusqu’à s’autocensurer. L’écrivain va jusqu’à évoquer une « sensation autant partagée par les professeurs, que ce soit collèges, lycées ou écoles primaires », celle d’une solitude « institutionnalisée ».
L’ancien professeur évoque aussi deux souvenirs personnels qui disent, mieux qu’un long discours, cet abandon au quotidien. Un principal lui a un jour ordonné de ne pas sourire aux élèves, une consigne à laquelle Yannick Haenel confesse avoir désobéi en quelques secondes à peine. Plus sombre encore : le souvenir d’une collègue professeure de musique retrouvée, dès sa première heure de cours, le front en sang sous son bureau saccagé par des élèves, une salle dans laquelle c’est lui qui est entré le premier. Elle n’est jamais revenue.
Jean Deschels, ou l’auteur « en mieux et en pire »
Reste la part la plus romanesque de l’écrivain : celle du double de fiction que Yannick Haenel façonne depuis plusieurs livres, Jean Deschels, personnage déjà croisé dans Tiens, ferme ta couronne. Fils d’officier envoyé au lycée militaire, l’écrivain raconte sa propre rupture avec le destin familial tracé, la découverte fiévreuse de Rimbaud, du punk rock, l’envie soudaine de devenir professeur. Une formule résume tout : « La rupture, c’est le début de la vocation. »
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Yannick Haenel : « Un principal de collège m’avait dit qu’il ne fallait surtout pas sourire aux élèves, car sinon, ils allaient vous bouffer ».
Retourner à l’école ‒ sur La solitude des professeurs est infinie) (par Fabrice Gabriel).