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Roland Barthes et la question du “Neutre” dans la rentrée littéraire 2026

LE NEUTRE, Cours au Collège de France (1978)

D 7 septembre 2026     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Parution en ce début septembre de l’édition de poche (Points) du Cours au Collège de France de Roland Barthes sur le Neutre…. (1978)

« Le meilleur antidote contre le populisme intellectuel
qui imprègne cette rentrée… »
Eric Marty

Edition du Cours établie sous sa responsabilité,
rédacteur de l’avant propos et des notes.
A aussi publié les « Œuvres complètes » de Roland Barthes (5 volumes)


le livre sur amazon.fr
L’avant-propos du livre par Eric Mary est un puits d’érudition et de pertinence. C’’est impressionnant, je vous l’assure.

De quoi s’agit-il ?

La présentation du livre par l’éditeur

La question du Neutre, fil rouge de l’œuvre de Barthes, dès Le Degré zéro de l’écriture jusqu’à La Chambre claire.

Le Neutre est un fil rouge chez Roland Barthes, qu’on trouve dès Le Degré zéro de l’écriture et jusqu’à La Chambre claire comme une préoccupation éthique. Il apparaît pour la première fois, explicité comme tel, dans ce cours du Collège de France donné en 1978. Barthes le définit comme ce qui esquive l’opposition de deux termes et ouvre à d’autres possibles : suspension du conflit, de la binarité, de l’autorité de tout sens univoque.
C’est dire l’importance de ce cours où le Neutre trouve une formulation ample, détaillée, ouvertement placée sous le signe du désir : le désir de Neutre…

« On a défini comme relevant du Neutre toute inflexion qui esquive ou déjoue la structure paradigmatique, oppositionnelle, du sens, et vise par conséquent à la suspension des données conflictuelles du discours. […] On a essayé de faire entendre que le Neutre ne correspondait pas forcément à l’image plate, foncièrement dépréciée qu’en a la Doxa, mais pouvait constituer une valeur forte, active. »

Roland Barthes (1915-1980)
Sémiologue et écrivain, il a occupé la chaire de sémiologie littéraire au Collège de France. Deux autres de ses cours – La Préparation du roman (2019) et Le Discours amoureux (2020) – sont disponibles chez Points.

Synthèse du Cours de Roland Barthes sur le Neutre

Le cours (13 séances, 23 « figures » ou « scintillations » présentées dans un ordre aléatoire pour éviter toute conclusion dogmatique)

• Refus du paradigme binaire : Le Neutre est défini comme « tout ce qui déjoue le paradigme ». Le paradigme est l’opposition de deux termes (ex. oui/non, ami/ennemi, gauche/droite) que la société force à choisir.

• Résistance à la violence du langage : Dans sa leçon inaugurale de 1977, Barthes déclarait que « la langue est fasciste ». Le Neutre cherche les moyens éthiques de déjouer le vouloir-saisir, la volonté de puissance ou l’outrage.

• L’éthique du dégagement : Le Neutre explore des postures d’esquive ou de retrait passif mais actif en esprit : le silence, le Wuwei (non-agir taoïste), la fatigue, le retrait, la délicatesse.

• Une matrice littéraire : Ce cours explore la nuance comme art de vivre, préalable éthique à la création littéraire (qui débouchera sur son cours suivant, La Préparation du roman).

Extraits et fragments qui illustrent la force anti-populiste/anti-idéologique :

• Sur le désir de Neutre : « le désir de Neutre, c’est le désir de deux choses successives : d’abord : désir de suspension (il y a un mot grec pour cela : épochè) des ordres, des lois, des comminations, des arrogances, des terrorismes, des mises en demeure, des demandes, des vouloir-saisir de la société à mon égard… »

• Sur les idéosphères (figure très politique) : le Neutre introduit un « machiavélisme » de lecture, refuse de se laisser conter par la « bonne foi » des engagements et des opinions, oppose aux systèmes de langage de pouvoir (slogans, conformisme, monologues) le « langage neutre » des singularités complexes.

• Sur le réveil/sommeil neutre : « Ce temps suspendu, qui malheureusement n’arrive pas tous les matins, loin de là, pourrait être une définition du Neutre lui-même : comme une sorte de chambre intermédiaire, de sas, d’écluse… »

• Sur la langue et le sens : refus de « javelliser » ou purifier la langue ; savourez-la, frottez-la doucement. Ou encore la célèbre formule (écho de la leçon inaugurale) sur le caractère « fasciste » de la langue qui force à parler/choisir.

• Contre l’arrogance intellectuelle : le Neutre comme « vitalité désespérée » (référence à Pasolini), flottement du désir hors du « vouloir-saisir », rapport attentif et non arrogant au présent.

Le Neutre n’est pas une doctrine mais une pratique/expérience de pensée (inspirée du Tao, de Blanchot, etc.) qui déjoue les binarismes (oui/non, masculin/féminin, affirmation/négation) et les régimes de sens dominants. Dans le contexte de 1978 (épuisement des avant-gardes, réduction de la liberté de pensée), il anticipe parfaitement les polarisations et l’assertivité discursive actuelles.

Quelques citations marquantes

Je définis le Neutre comme ce qui déjoue le paradigme, ou plutôt j’appelle Neutre tout ce qui déjoue le paradigme.

Le Neutre ne correspond pas à une impression de retrait, de platitude, mais au contraire à une hyper-impression de vivacité, de valeur intense.

Le dogmatisme (ou l’arrogance) est la parole qui ne connaît pas le Neutre.

Le choix n’est pas toujours une liberté : c’est très souvent une sommation.

Comment appliquer concrètement la pensée du Neutre de Barthes à la polarisation politique et aux réseaux sociaux aujourd’hui ?

Appliquer le Neutre de Barthes à l’espace numérique et politique actuel consiste à transformer une réflexion théorique sur le langage en un manuel de légitime défense intellectuelle.
Les réseaux sociaux (X, LinkedIn, TikTok) et le débat public contemporain reposent sur l’algorithme du clash, la recherche de l’outrage et la polarisation binaire (« pour ou contre », « gentils ou méchants »). Le Neutre offre cinq tactiques concrètes pour déjouer ces pièges.

Refuser la « sommation de s’exprimer »

• Le piège actuel : Lors de chaque crise, fait divers ou débat sociétal, l’espace médiatique exige un positionnement immédiat. Ne rien dire est assimilé à de la complicité ou à de la lâcheté.

• L’application du Neutre : Réhabiliter le droit au silence ou au « non-savoir ». Dire : « Je n’ai pas assez d’éléments pour me prononcer » ou simplement choisir de ne pas tweeter. C’est l’acte barthésien du retrait actif : refuser de nourrir la machine à générer du bruit.

Déjouer le « vouloir-gagner » et l’Arrogance

• Le piège actuel : Le débat politique sur les réseaux sociaux est rarement une recherche de vérité ; c’est un combat où il faut humilier l’adversaire (ratio, dunking, punchlines).

• L’application du Neutre : Pratiquer le désengagement polemique. Lorsque vous êtes attaqué ou interpellé par une posture dogmatique/arrogante, ne pas répondre sur le même ton (ce qui entretiendrait la binarité). Répondre par le déplacement, la nuance, ou ne pas répondre du tout. Le Neutre désarme l’arrogance en lui retirant son carburant : la friction.

Réintroduire le « droit à la nuance » face aux algorithmes

• Le piège actuel : Les algorithmes favorisent les contenus clivants et les affirmations péremptoires (les titres en « Pourquoi X est une arnaque » ou « La vérité sur Y »).

• L’application du Neutre : Utiliser des modificateurs de certitude. Réintroduire des adverbes de précaution dans nos prises de parole (« peut-être », « sous certains aspects », « il me semble »). Accepter la complexité et les contradictions d’un sujet au lieu de chercher la formule choc.

Remplacer l’injonction par le Wuwei taoïste(Non-agir numérique)

• Le piège actuel : La culture du clash nous pousse à l’hyper-réactivité : répondre dans la minute à une notification qui nous scandalise (la réaction émotive à chaud).

• L’application du Neutre : Appliquer une snooze éthique ou une hygiène de temporisation. Attendre 24 heures avant de réagir à une polémique. La plupart du temps, la bulle médiatique s’est dégonflée, montrant que l’urgence n’était qu’une illusion créée par l’outil.

Pratiquer la Délicatesse contre la Tribalisme

• Le piège actuel : L’appartenance à un « camp » politique exige de valider toutes les thèses de son groupe et de diaboliser le camp adverse.

• L’application du Neutre : La délicatesse barthésienne consiste à reconnaître la part de validité ou de souffrance chez l’autre, même s’il appartient au camp opposé, et à refuser le prêt-à-penser idéologique. C’est faire preuve d’indépendance d’esprit en refusant d’être le relais d’un dogme collectif.

En guise de synthèse : Le Neutre peut s’avérer comme une forme d’ hygiène de pensée en réponse aux pièges et agressions évoquées :

Analyse de quatre des 23 figures du Neutre : Le Silence, le Wuwei, l’Arrogance, et la Délicatesse

Dans son cours, Barthes structure ses séances autour de « figures » (ou traits) d’inspiration littéraire, philosophique ou orientale. Voici l’analyse de quatre figures :

’Arrogance (La figure du contre-exemple)

L’Arrogance constitue dans le cours la figure repoussoir par excellence. C’est le pôle négatif contre lequel le Neutre cherche une stratégie d’esquive.

• Définition chez Barthes : L’Arrogance est la « parole de certitude », celle qui ne doute pas, qui intimide et qui exige l’adhésion immédiate. Elle s’incarne dans les discours d’autorité (religieux, politiques, universitaires ou médiatiques).

• Le lien avec la violence : Pour Barthes, l’arrogance est une forme de brutalité du langage. Elle procède par « sommations » : obliger l’autre à choisir un camp, à répondre par oui ou par non, à entrer dans la dispute.

• Comment le Neutre la déjoue : On ne combat pas l’arrogance par une autre arrogance (ce qui entretiendrait le conflit binaire). Le Neutre la déjoue par le déplacement, le refus de l’affrontement direct et le retrait tactique.

Le Silence (L’esquive du langage)

Le silence apparaît chez Barthes comme l’une des voies les plus directes pour interrompre la machine à produire du sens dogmatique.

• Le silence comme suspension : Il ne s’agit pas d’un mutisme punitif ou d’un vide absolu, mais d’une pause éthique. Barthes distingue le silence subi (la censure, l’oppression) du silence choisi (l’abstention affirmative).

• Déjouer la sommation de parler : Dans la société moderne, ne pas donner son avis est perçu comme une faute ou une complicité. Le silence barthésien est l’acte politique de refuser de nourrir le « bruit » de la doxa.

• La dimension zen : Barthes s’inspire de la tradition orientale (notamment le bouddhisme zen et le haïku) où le silence entoure le mot pour lui rendre sa pureté et sa vibration initiale.

Le Wuwei (Le non-agir taoïste)

Emprunté directement à la philosophie taoïste (Lao Tseu, Tchouang-Tseu), le Wuwei (無為) est l’une des figures clés du Neutre.

• Le non-agir n’est pas la passivité : Barthes insiste fortement sur ce point : le Wuwei n’est pas de la paresse ou de la résignation. C’est l’action qui s’harmonise parfaitement avec le cours des choses, sans exercer de force, de pression ou de vouloir-saisir.

• Le refus du Vouloir-Gagner : Le Wuwei s’oppose à l’affirmation de soi agressive, à la volonté de maîtrise ou d’emprise sur les autres.

• L’éthique de la glisse : Appliqué à l’écriture et à la pensée, le Wuwei est l’art de laisser venir le sens sans le forcer, d’habiter le monde de manière fluide, « comme l’eau qui épouse la forme du vase sans jamais rompre ».

Le Neutre de Barthes et la Déconstruction de Derrida

La pensée du Neutre chez Roland Barthes (1978) et la déconstruction théorisée par Jacques Derrida (notamment dès 1967) partagent une matrice philosophique commune : le refus de la tyrannie des oppositions binaire.
Bien que leurs méthodes et leurs styles diffèrent — Barthes privilégiant une approche éthique et littéraire, Derrida une rigueur philosophique et textuelle —, leurs démarches se rejoignent et se complètent sur plusieurs points majeurs.

La cible commune : Déjouer le binarisme

Pour Derrida comme pour Barthes, la pensée occidentale repose sur une structure binaire hiérarchisée : Présence / Absence, Nature / Culture, Masculin / Féminin, Vrai / Faux.

Dans ces couples, l’un des termes domine toujours l’autre.
• La déconstruction (Derrida) : Consiste à inverser d’abord la hiérarchie pour en montrer l’arbitraire, puis à désorganiser le couple lui-même afin d’en faire surgir un « troisième terme » inassimilable (la différance, le pharmacikon, l’hymen).
• Le Neutre (Barthes) : Est défini dès la première séance du cours comme « tout ce qui déjoue le paradigme ». Le Neutre n’est pas le juste milieu ou l’addition des deux termes, mais le saut hors du duel.

Le « Troisième terme » : Différance vs Neutre

Les deux concepts fonctionnent comme des leviers pour libérer le sens des pièges du dogme :

• Derrida (différance) : Le sens n’est jamais fixe ; il est toujours différé, ajourné. La déconstruction montre qu’un texte déborde toujours l’intention de son auteur ou la logique binaire qu’il prétend installer.
• Barthes (Neutre) : Le Neutre est l’introduction de la nuance comme force active. Là où la déconstruction de Derrida est une opération d’analyse textuelle, le Neutre chez Barthes devient une éthique de la réception et de l’existence.

Convergence et Divergence des deux démarches

Derrida et Barthes mènent le même combat contre le dogmatisme et le « populisme intellectuel » de leur époque.

Si Derrida fournit la machine théorique pour démonter la mécanique du binarisme, Barthes invente la posture d’existence qui permet d’y habiter sans violence. Le Neutre barthésien est en quelque sorte une déconstruction faite corps, style et art de vivre.

Le Neutre de Barthes et la citadelle intérieure du stoïcisme

La posture du Neutre chez Roland Barthes et la « citadelle intérieure » stoïcienne (chère à Marc Aurèle) partagent un même objectif éthique : se protéger de la violence du monde extérieur pour préserver sa liberté de pensée. Cependant, leurs fondements, leurs tonalités et leurs fins ultimes divergent profondément.

Les points de rencontre

L’éthique de la résistance individuelle
Les deux philosophies cherchent à construire une armure contre les agitations et les injonctions du collectif.

La suspension du jugement : Les stoïciens distinguent ce qui dépend de nous de ce qui n’en dépend pas, refusant de laisser les événements extérieurs troubler leur âme. De même, Barthes cherche à suspendre l’injonction au jugement de valeur (« pour ou contre ») pour échapper à l’arrogance des dogmes.

Le retrait stratégique : La « citadelle intérieure » comme le Neutre barthésien reposent sur un art du retrait. Il ne s’agit pas d’une fuite lâche, mais d’une posture d’autonomie face aux sommations du pouvoir, de la foule ou de la doxa.

L’hygiène de l’esprit : Dans les deux cas, il s’agit d’un exercice spirituel au quotidien visant à maîtriser ses réactions face aux provocations, au bruit et à la fureur du débat public.

Les divergences fondamentales

C’est dans la nature de cette « protection » que Barthes s’éloigne radicalement du stoïcisme.

- A la Raison (Logos) et le Devoir du stoïcisme qui inclinent à s’aligner sur l’ordre du monde et la loi naturelle, le Neutre de Barthes préfère mettre en avant le Désir, le Sensible et la Nuance : Refuser tout ordre préétabli ou système totalisant.

- Attitude envers le plaisir Méfiance du stoïcisme qui invite à maîtriser le désir, Hédonisme / Jouissance du côté Neutre de Barthes : Revendiquer le plaisir du texte, la saveur des choses et l’art de vivre.

- Rapport au Pouvoir Acceptation du rôle social : Marc Aurèle reste empereur ; le stoïcien accomplit son devoir civique dans la cité. Écart et Esquive : Barthes fuit le rôle d’autorité ou le statut de chef de file intellectuel.

Le Neutre n’est donc pas un stoïcisme moderne, mais plutôt son contrepoint hédoniste et littéraire : une citadelle sans murs, faite de pure nuance.

Philippe Sollers et Le Neutre


1972, Colloque de Cerisy « Vers une Révolution culturelle : Artaud, Bataille ». Roland Barthes, Philippe Sollers.

Sollers n’a pas commenté longuement et spécifiquement le cours de 1978 sur Le Neutre. En revanche, leur amitié intellectuelle et littéraire (années 1960-1970, Tel Quel, collection au Seuil) est profonde :

Barthes a défendu et analysé Sollers (Sollers écrivain, 1979), voyant dans son écriture une fluidité, une instabilité, un « neutre » et une ouverture proches de ce qu’il théorisera.

Sollers a réciproquement écrit sur Barthes (notamment , L’Amitié de Roland Barthes louant une « alliance » affective et littéraire, et soulignant l’antifascisme précoce de Barthes, sa conscience politique instinctive face aux totalitarismes et à la « langue fasciste ».

Des lectures croisées (comme dans des billets récents) rapprochent explicitement le Neutre barthésien de la position sollersienne : refus de l’intellectuel engagé arrogant, non-agir actif, déphasage, expérience intérieure contre le dogmatisme. Sollers partageait cette méfiance envers les postures assertives et idéologiques.

La réédition en version poche, de ce Cours de 1978 rend accessible une pensée toujours actuelle : non pas un retrait tiède, mais une subversion discrète et intense des régimes de discours qui forcent le choix, le conflit et le sens unique. C’est précisément ce qui en fait un antidote pertinent contre les simplifications « populistes » du débat intellectuel.

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Roland Barthes sur pileface


GIF Roland Barthes et la question du « Neutre » dans l’émission « Avec philosophie »

Un podcast de France Culture animé par Géraldine Muhlmann qui recevait Eric Marty et Benoît Peeters en date du 9 juin 2023 à l’occasion de la publication initiale d’avril 2023, de la version du cours de Roland Barthes de 1978.

Nota : Benoît Peeters, écrivain et scénariste. Il a préparé le diplôme de l’EPHE sous la direction de Roland Barthes.

Une mise entre parenthèses

Le neutre n’est jamais atteint de manière définitive, il est une démarche à reprendre, à redésirer. Pour Eric Marty, en effet, "le neutre est une tradition très ancienne, profonde et diverse". Il en retrouve la trace dans les courants taoïstes et zens, mais également chez les sceptiques et stoïciens grecs. Il s’agit d’adopter "des positions de sécession, d’opposition ou de recul", de "créer une forme de distance, de mise entre parenthèses des opinions dominantes". De fait, rappelle le philosophe, "Barthes n’invente pas le neutre". Au contraire, il s’inscrit dans une longue tradition "pulsionnelle" de la pensée. Comme dans le neutre, il y a toujours spontanément, dans la pensée, "un recul par rapport à elle-même, et un recul par rapport au sens".

L’importance de l’écoute

Benoît Peeters explique qu’il existe chez Barthes le "désir
d’une parole vraie"
une role contemporaine de lui-même".si, la pensée du philosophe a beaucoup évolué, et est même passée pardes périodes d’arrogance scientifique"
y a, dans les derniers moments de sa vie, une idée importante : être à l’écoute". De fait, "il passe d’un discours de l’ordre du savoir et de la théorie à une recherche permanente d’un bien vivre", qu’il cherche à communiquer aux auditeurs de ses cours. Barthes "nous entraîne alors dans quelque chose de très inattendu", remarque Benoît Peeters  : "au fond, nous n’apprenons énormément, mais nous pensons, nous réfléchissons, nous sommes emmenés à travers les idées et les concepts".

France Culture

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