17 avr. 2026 12:03
Cher Albert Gauvin,
qu’en pensez-vous ? Bonne journée de printemps dans les siècles du siècle.
Bien amicalement vôtre
Claude Minière


Siècles1.
Puis des jetons d’argile
apparaissent en Mésopotamie
huit mille ans avant notre ère.
Je suis tombé sur cette phrase : puis...
que s’est-il passé pendant
huit mille ans ? Qu’est-ce qui a compté
et une autre question comment
peindre un buisson de roses. Tout ce temps !
Et une dernière question si
la matière rencontre l’anti-matière.
A vrai dire le langage travaille par lui-même 2.D’abord il y eut Xochipilli
le dieu aztèque, le dieu du rêve fleuri,
puis les fleurs furent coupées
et les têtes aussi, les colons
changeaient les noms
ils autorisaient d’autres rêveries 3.Cette élévation de la voix qui passe
l’air de rien au dessus du début !
Voyez la réponse de David à Mikhal :
« C’est devant l’Éternel que j’ai dansé ».
Lit-on encore la Bible, les livres de Samuel ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est assez,
le roi David n’était pas un enfant de chœur ! 4.A vrai dire les siècles n’existent pas
on connaît le mensonge et la convention
notre songe et l’illusion
c’est notre Adam et Eve
notre rêve mais les minutes
seules existent-elles, blondes ailes,
tout ce temps dans un instant ? 5.A la caserne de Malines, Jésus
n’est pas venu sauver Abram ni Chaïm
ni Jim — des moments disparus, une face.
Il y a dans les siècles quelque chose de malin
qui reste comme une tâche et peu à peu s’efface 6.Qu’est-ce qui se passe ? Sollers n’aimait plus son livre
Sur le matérialisme ? Il faut dire
que le sous-titre faisait un grand écart De l’atomisme
à la dialectique révolutionnaire. J’aimais beaucoup lire
« Gassendi : autre acteur clé, symptôme de la défaite
inévitable et provisoire, qui doit encore fortifier
son adversaire avant de tirer l’échelle sur laquelle
il lui permet de monter. » 7.Pourtant les Mille et Une Nuits
c’était bien joli avec leurs élégantes
majuscules drapées de soie, ruisselantes
de bijoux pour échapper à la mort
mille et une nuits dans la vie et le récit
et les fontaines recommencées 8.l’eau de la rivière est transparente, on voit
le sable et des pierreries, tout s’arrête 9.et puis des batailles, encore des batailles
tout ce cinéma sur la paupière
ou peut-être plus profond à l’intérieur de l’œil,
comme une cathédrale de prières.
Quand vient l’heure brûle aussi le cœur,
brûler comme une feuille
et ils partent comme ça, les gens, à la verticale 10.En 1550 il y a cette Femme tenant une pomme,
elle la tient sur son ventre et ne s’embarrasse
pas, elle est tranquille dans les verts et les blonds
(vénitiens) du Titien, on n’est pas sûr de la date
peut-être 1555 11.Siècle a toujours quelque chose du soc
de la charrue et du socle, comme
les siècles de Rimbaud
j’attends un moment de soleil de rivière ocre et bleuClaude Minière

- Titien, Femme tenant une pomme

LIRE sur PILEFACE : Sur le matérialisme (et la contradiction)
Claude Minière vient également de publier [1]
Comme il y a Le livre des morts, on peut lire Le livre des amis et des ennemis. Que reste-t-il, si je regarde bien, de si vrai que je souhaite en garder le souvenir ? De quoi mes jours sont faits en ces jours où j’observe tout aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de mon corps ? A quoi puis-je appartenir qui soit le monde ou la littérature dans le monde ou le monde fait littérature avec ses amis et ses ennemis ? L’épopée des vies au milieu de la mienne et au milieu du monde au seuil des paradis.

[1] Edition dernier télégramme, 16 avril 2026. Précédente édition : Le livre des amis et des ennemis : suivi de Bonne volonté et de Gueules noires. ZA Editions, Limoges, 2020.
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