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LE CD « Souvenez-vous de l’homme » (Extrait)

Michel HOUELLEBECQ (textes) & Frédéirc LO (musique)

D 13 mars 2026     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Ce qu’en dit L’Eclaireur FNAC

Il n’y a pas à aller chercher bien loin pour comprendre que ces deux hommes-là, Michel Houellebecq et Frédéric Lo, partagent plusieurs marottes et que finalement, leur rencontre n’est pas si fortuite que ce que d’aucuns pourraient penser…


Frédéric LO & Michel HOUELLEBECQ

De Michel Houellebecq, on connait bien sûr ses romans traduits dans plus de 40 langues, son prix Goncourt (La Carte et le Territoire, 2010), ses quelques apparitions sur grand écran, ses controverses mais sans doute un peu moins un premier album sorti il y a très précisément un quart de siècle sur le label Tricatel. Derrière « Présence Humaine » – disque devenu culte orchestré par Bertrand Burgalat et les musiciens d’Eiffel et géniteur presque involontaire du groupe AS Dragon –, planaient au-dessus des poèmes de Houellebecq les ombres de « L’Homme à la Tête de Chou », d’un Procol Harum désenchanté, d’un Burt Bacharach revenu de tout. Douze mille exemplaires et quelques concerts plus tard, l’écrivain décidait de faire – croyait-on – ses adieux à la scène pour mieux défrayer la chronique et gouter aux succès littéraires.

De Frédéric Lo, on sait bien sûr qu’il est un parolier, compositeur, arrangeur et producteur hors-pair, auteur d’un sublime quatrième album solo – « L’Ou/b>trebleu », paru en mars dernier – et passé maitre dans l’art de travailler en bin(h)ôm(m)e – les Anglais Bill Pritchard et Peter Doherty en savent quelque chose. Il est aussi un sauveur, un faiseur de miracles pop(ulaires). La parabole a déjà été contée mille fois mais on ne s’en lasse pas : en tendant la main à un voisin nommé Daniel Darc, il finit par signer un des plus beaux albums de la chanson d’ici, dont le titre annonçait déjà les douleurs… Le temps de « Crèvecœur », le tandem signait la bande originale d’un spleen comme idéal, qui séduisit parmi tant d’autres éplorés un Michel Houellebecq en larmes.

À l’origine, Houellebecq et Frédéric Lo se sont rencontrés pour le disque hommage que manigançait ce dernier à l’occasion du dixième anniversaire de la disparition de Daniel Darc. Mais la version qu’ils enregistrent du « Psaume XXIII » est à leur grand dam rejetée par le label et ne figure donc pas sur la version finale de « Cœur Sacré » (2023). Heureusement, à toute chose malheur est bon – ou peu s’en faut. Les deux hommes décident d’aller un peu plus loin dans leur collaboration. Alors, dans son studio de Pantin, Lo met en musiques les mots de l’écrivain. Une musique près de l’os, drapée d’électronique, habillée de piano et de boites à rythmes antédiluviennes, une musique souvent minimaliste, parfois répétitive, décors parfait pour douze textes qui interrogent et s’interrogent sur le passé et le futur de l’homme — si tant est qu’il y en ait un. Réflexions sur la condition humaine version XXIe siècle, œuvre d’anticipation imaginée par deux « jeunes gens » éternellement modernes, « Souvenez-Vous de l’Homme » est un disque qui pourrait parfois rappeler « La Folie » de The Stranglers – et au vu du titre, ce n’est sans doute pas un hasard. Mais il est avant tout un disque hypnotique et mélancolique, intransigeant et captivant. Mais il est surtout un disque sans équivalent.

THEATRE LA SCALA / PARIS


Frédéric Lô et Michel Houellebecq seront au théâtre de la Scala à Paris,
du 8 avril au 13 mai

leclaireur.fnac.com (Rencontres et dédicaces à la FNAC)

Le contenu du CD (Extrait)

Ils
chevauchaient
le vent

(piste 2)

Ils flottaient dans la nuit près d’un astre innocent,
Observant la naissance du monde
Ils venaient de très loin, ils avaient tout leur temps,
Ils n’avaient pas vraiment
D’idée sur l’avenir,
Ils voyaient le tourment
Le manque et le désir
S’installer sur la Terre
Au milieu des vivants
Ils connaissaient la guerre,
Ils chevauchaient le vent.
Ils sont venus de loin et n’ont presque plus peur,
La forêt était froide et pratiquement déserte
Ils se sont reconnus aux signes de couleur
Presque tous sont blessés, leur regard est inerte.

ls n’avaient pas vraiment
D’idée sur l’avenir,
Ils voyaient le tourment
Le manque et le désir
S’installer sur la Terre
Au milieu des vivants
Ils connaissaient la guerre,
Ils chevauchaient le vent.

Ils se sont rassemblés tout au bord de l’étang :
Le brouillard se levait et ranimait le ciel.
Souvenez-vous, amis, des formes essentielles ;
Souvenez-vous de l’homme.
Souvenez-vous longtemps.

Souvenez-vous de l’homme.

Le
dialogue
des machines

(piste 5)

Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
Ils ressemblaient à nous.
Nous sommes réunis, nos derniers mots s’éteignent
La mer a disparu
Une dernière fois quelques amants s’étreignent,
Le paysage est nu.

Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
Ils ressemblaient à nous.

Au-dessus de nos corps glissent les ondes hertziennes,
Elles font le tour du monde
Nous corps sont presque froids, il faut que la mort vienne,
La mort douce et profonde,
Bientôt les êtres humains s’enfuiront hors du monde.

Avant, longtemps avant, il y a eu des êtres
Qui se mettaient en rond pour échapper aux loups
Et sentir leur chaleur ; ils devaient disparaître,
lls ressemblaient à nous.
Bientôt s’établira le dialogue des machines
Et l’informationnel remplira, triomphant,
Le cadavre évidé de la structure divine ;
Puis il fonctionnera jusqu’à la fin des temps.

oOo