LIII
(les morts)Que les morts restent
morts, qu’ils ne reviennent pas !
Ils ont assez fait
heureux parler d’eux LIV
(violettes)En résumé, toute la vie, dans tous les sens
se poursuit et reprend comme les violettes et les pensées,
où veux-Tu en venir ? Où
veux-Tu en venir et repartir
avec ces bras ces jambes, ces seins, ces
chevelures qui ondulent dans le ciel ?
On dit le ciel parce qu’il est partout
et même par-dessus Toi LV
(le gland)Au gland est commandé un chêne,
c’est une femme qui le rapporte :
Tu as le sens de la formule !
Mais ensuite ça ne s’arrange pas,
ils sont là à glander. Moi je raconte
les efforts de l’humanité pour échapper
à ses péchés LVI
(Couronne)Dans l’enfance est venue l’occasion,
nous avions nos premiers jeux en rond
nos premières déclarations
la caresse des cheveux d’or.
Nous recevions la couronne sans lois,
l’âme descend dans le corps jusqu’aux genoux,
un, deux, trois, nous irons aux bois,* ...des fleurs pour couronner ton cœur
LVII
(Prête l’oreille)Prête l’oreille si tu veux donner forme
à l’oiseau le désert la baleine
l’air l’attente l’haleine,
pour le plaisir de raconter c’est dire
les variétés de la Création le bien le mal
la vie la mort les bons et les méchants LVIII
(le diable)Je Te dis humblement que je pense
que Tu devrais t’occuper du diable.
On ne peut, pauvre humus et friables,
sans Ton aide toujours le tirer par la queue LIX
(Oh la vache)Je n’aurais pas dû évoquer les taureaux de Basan
car nous y sommes et il pleut comme la bouse des bombes LX
(Oh le dollar)Nous nous sommes laissé mettre en esclavage
par une puissance qui ne connaît ni labourage
ni pâturage mais seulement le dollar, la vallée,
vallée de larmes, de mal en pis.
N’avons nous rien appris ? Reprenons-nous le pli ?
Lave-nous du veau d’or ! LXI
(à la mère, avec violons)Quand tu es venue au monde, si l’on peut dire,
tu n’as pas été lavée d’eau et salée de sel,
ni enveloppée de langes. Tu as été abandonnée
au son des cloches de Tocane et Saint-Apre-de-Perdus.
Et comme je passais par là, je t’ai vue
foulée aux pieds dans ton sang
et je t’ai dit : Je te soutiendrai de tous mes sens
car tu ne sais pas vivre seule. LXII
(liturgie)Ah, ce n’est pas tranquille,
ça urge la liturgie, ça lit,
ça lit l’urgence de ce qui gît LXIII
(perspective)Nous étions dans la misère, nous en sommes sortis
et en sommes la somme et la sortie : ce qui fait le psaume
l’espoir la perspective, la rive l’ivresse
mais, Tu vois, ils Te trompent, ils font comme si tout allait bien,
ils ont abandonné l’idée même de perspective,
en aveugles ils vont et je cherche le baume, le saule, le Te Deum.
Ton troupeau trotte sur un trottoir de pétrole LXIV
(coda)J’ai des psaumes sur le feu, dois les surveiller.
Ça part, les psaumes, psuff...

Note : des extraits de PSAUMES NOUVEAUX ont paru sur le site « pileface » et dans la revue « Les cahiers de Tinbad ». Merci à Albert Gauvin et à Guillaume Basquin.


- Four Cows © Andy Warhol. 1966

- Dollar Sign 9 © Andy Warhol, 1982
LIRE : Claude Minière, Psaumes nouveaux
Claude Minière, Psaumes nouveaux (suite)
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