
POPcard # 20 / La Calcina, Venise
Aurélie Galois
Aurélie Galois est à La Calcina, Venise, 30 novembre 2025

J’avais prévu de rattraper ma popcard manquée par un double portrait, que j’ai peint jusqu’à ce que je me souvienne que Philippe Sollers est né un 28 novembre. Le voici avec ses signifiants accessoires, bagues et fume-cigarette. Comme tant d’autres choses, c’est mon maître de peinture, Hashpa, qui m’a fait découvrir Sollers. L’hypokhâgneuse découvrit alors une langue aussi vorace que délicate, et un personnage libre et masqué qui rêvait qu’on « dise tellement de [lui] tellement de choses contradictoires qu’on ne sache plus » qui il était. Tant d’écrivains qui ne se ressemblent -voire ne s’aiment- pas lui reconnaissent une influence majeure. Parmi eux, @yannick_haenel qui avec sa @revue_aventures , poursuit l’Infini sollersien , toujours chez @editions_gallimard . Le plus jeune de ses collaborateurs, le camarade @samuel_de_loth, a bien voulu me dire ce dont, à ses yeux, Sollers est le nom :
« La liberté (qui est le synonyme de littérature). C’était son combat, le seul qui vaille. Il faut le lire et le relire car il est un écrivain total, il a été le dernier ou bien le premier, l’avenir nous le dira mais je sais que son œuvre restera comme sa présence dans ma mémoire. »
De mon côté j’ai retrouvé sa présence à La Calcina, à Venise, sa ville d’écriture et d’amour, qui m’a offert la couleur de ce portrait. Rouge de Venise, un oxyde de fer qui compose avec le vert glauque de la lagune une partition incomparable.
Tableau et poème. »
Il parle si bien de tout, et de peinture. Picasso, Watteau, Bacon, et celui qui l’émeut le plus, « sans raison », Cézanne.
« Art et écriture, toujours liés ! Comment l’écrivain peut-il parler du tableau ? En y entrant : rejeter la description et choisir la biographie, celle de l’artiste , dans ses gestes, dans sa vie. »
Oui, relisons Sollers, et regardons la peinture, sous peine de subir la prophétie de notre Joyaux national :
« Les tableaux effacent ceux qui ne les voient pas ».
https://www.facebook.com/artistaureliegalois



Vous propose de prolonger la découverte d’Aurélie Galois avec une autre POPcard, celle-ci dédiée à Janus. Sollers n’est-il pas à sa façon un Janus ? D’ailleurs, c’est ainsi que le nomme François Meyronnis dans sa préface à « Poker » ? Le même Meyronnis qui signe dans Ligne de Risque n°4 (nouvelle série), un article intitulé : « Une tête de Janus : Sollers », et aussi ce Sollers-Casanova de Benoît Monneret :

- Crédit illustration : benoit.monneret@gmail.com
POPcard # 27 / Janus
Aurélie Galois
Temple de Janus (Autun), 25 janvier 2026

Sur Janus et cet interminable mois de janvier, le ratage, et Mandragores
Comme je désire tenir cet exercice hebdomadaire loin des guerres, de la violence et de la bêtise, cette semaine j’ai tardé à trouver mon sujet et j’ai finalement eu envie de peindre Janus, ce dieu romain des commencements et des fins, des choix, du passage et des portes, à qui l’on doit Januarius (Janvier), ce mois interminable et froid.
Divinité bifrons (« à deux visages ») on la représente avec une face tournée vers le passé, l’autre sur l’avenir. Son temple est situé sur le forum romain, et il est rituellement ouvert en temps de guerre et fermé en temps de paix. Janus un être duel, équivalent à la fois de Diane et d’Apollon.
Comme toujours, je me suis accordé deux heures pour réaliser cette Popcard, vendredi dernier. Je venais de recevoir ma toute première paire de lunettes, aveu de décrépitude difficile à avaler pour celle qui se targuait de posséder un regard d’aigle. Je pense toujours à mon maître Hashpa quand je croise cet animal, car en tchèque, aigle se dit Orel, mon surnom intime. J’aurais sans doute dû peindre son portrait, d’autant que c’était son anniversaire, le 24 janvier. Mais j’aimerais aussi éviter la tentation nécrologique. Donc me voilà aux prises avec le dieu des dieux, Janus, et mes nouveaux yeux. Il m’aurait fallu bien plus d’heures pour arriver à un résultat qui me convienne, mais j’avoue que j’aime cette nouvelle liberté acquise à la faveur de leçons d’humilité cuisantes et précieuses à la fois : la liberté de l’échec. Celle de me tenir calmement dans cet état où je sais que ce que j’ai produit n’est pas terrible, mais qu’il m’apprend plus que le contraire, que me rengorger devant mon petit savoir-faire ne me fera pas avancer.
Bon dimanche, même raté
A propos d’Aurélie Galois

Aurélie Galois est peintre. Tout en étudiant la littérature et l’histoire de l’art, elle apprend les techniques traditionnelles de la peinture, du dessin et de la gravure dans un atelier privé à Paris. Ses peintures s’aventurent dans l’énigme de la révélation, à travers des mises en scène fantasmagoriques qui à la fois créent et nient toute narration. Ses expositions, en France ou à l’étranger, sont souvent l’occasion de performances, lectures, ou peinture en live.
https://www.aureliegalois.com/
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