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"A" comme ADN...

Abécédaire sollersien

D 3 février 2026     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


SOMMAIRE
ADN
Amour
Arsenal

Extrait d’Abécédaire sollersien (work in progress)

ADN


Sollers s’intéresse à la science, et le thème s’inscrit en sous-titre de sa revue L’Infini, les sciences de la matière, comme les sciences du vivant.

[ADN] C’est le vrai Dieu de notre époque. Je lis ainsi dans Le Monde : « Cyclone Katrina, crashs d’avions, attentats meurtriers, comme ceux du World Trade Center, de Madrid ou de Londres : à chaque drame, on veut savoir. Les papiers d’identité sont souvent retrouvés loin des corps déchiquetés, les bijoux ont été dispersés, les cicatrices et les tatouages sont devenus illisibles. L’examen des prothèses ou des plombages de la mâchoire inférieure par les dentistes légistes ne suffit pas toujours. On veut être certain. Pour des raisons financières, bien sûr, les certificats de décès et d’authentification sont nécessaires pour les assurances et les héritages. Mais aussi pour d’autres raisons qui tiennent à l’humeur de l’époque.
L’époque est à la génétique, où le Dieu ADN reconnaît les siens. ADN, c’est le nom du Père. Pendant qu’il est temps, il me semble qu’on doit cloner au moins trois sportifs : Roger Federer, cet extraterrestre du tennis, et les deux Russes, Sharapova et Dementieva. Il était rassurant de les voir jouer sur fond de cyclone. Dementieva, surtout, est charmante : en tapant sur la balle, elle hurle un petit « hihou ».

Journal du mois, JDD, 25/09/2005
Littérature et politique

*

Luz allongée sur le divan de la bibliothèque, tombée du jour chaud, T-shirt blanc, jambes nues. Elle lit un livre de physique théorique : « Shit, il y a quelque chose qui ne va pas, mais quoi ? »
Un papillon rouge-brun sur ma table : il y a très peu de papillons ici.
Ciel gris, dormi, machine à écrire, présence en relief des lettres [1] : étrange de se dire qu’on va composer du français.

L’alphabet génétique

composé de seulement quatre lettres : A T C G (respectivement Adénine, Thymine, Cytosine, Guanine) pour composer les mots du vivant, de chacun des vivants

ADN : 6 milliards de « mots ». Chaque mot est composé de 5000 syllabes pour les plus courts et de plus de 2 millions pour les plus longs. Composantes : Adénine, Thymine, Cytosine, Guanine. Combinatoire : ça finit par te donner toi, et toi seul.
« Sollers et la science »

Amour

Venise, voilà son secret, est un amplificateur. Si vous êtes heureux, vous le serez dix fois plus, malheureux, cent fois davantage. Tout dépend de votre disposition intérieure et de votre rapport à l’amour. L’amour ? Oui, et dans tous les sens : anges et libertinage. »


4ème de couverture Dictionnaire amoureux de Venise Philippe Sollers a l’habitude d’écrire lui-même ses quatrièmes de couverture. On y entend sa patte crisser sur le papier.

*
« L’amour ? Oui, et dans tous les sens : anges et libertinage, architecture, peinture, musique, roman, poésie, mais aussi air, pierre, eau, étoiles. Nature et culture enfin à égalité »,

Dictionnaire amoureux de Venise, Plon, 2004

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L’amour est aveugle ? Quelle plaisanterie ! Dans un domaine où tout est regard !
Le Défi, Seuil, 1957
L’un des tout premiers textes de Sollers (avant son premier roman Une curieuse solitude, 1958)

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L’amour n’est pas aveugle, il rend les autres aveugles. Pour vivre cachés, vivons heureux. Il vous met en grand danger (rien de plus a-social), mais il vous protège (il est au-dessus des lois) :

Tout est mystère dans l’Amour, Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance, Ce n’est pas l’ouvrage d’un jour Que d’épuiser cette science.

Dans L’Amour et la Folie, La Fontaine reprend une fable vieille comme le monde. L’Amour est rendu aveugle par la Folie qui est condamnée par les dieux à lui servir de guide. Mais ce n’est pas vrai : l’Amour, le « nouvel amour » comme dit Rimbaud, est conduit par la Raison (une nouvelle raison).
Dictionnaire amoureux de Venise

*

Pomme d’amour

Allons, machine ... Séquence sur le Cantique des Cantiques ...
Le Chant des Chants ... Quel art dans la mise en scène ... Il s’agit de disposer une femme à la traversée ... Ce n’est pas du tout évident... Il faut trouver le biais, l’oblique ... Par rapport à sa mère, là, derrière ... Il faut aller la chercher en ce point précis ... Au nombril... Nombrelle ...A la source gelée...

Sous le pommier, je t’ai éveillée
là-même où ta mère t’a conçue,
où elle t’a conçue et enfantée ...

Pommier... Pomme d’amour... Mandragore. Nécessité d’accumuler les images de douceurs, de parfums. Colombes, nid, lait, lys, bracelets d’or, ivoire, albâtre, chrysolite, saphir... Et le vin aux aromates ! Et le jus de grenade 1... Et les cèdres !... Et les cyprès !... Ça ne suffit pas ... Voilà encore le henné, le nard, le crocus, la cannelle, le cinnamome, l’encens, l’aloès ... Pas d’économie !... Tout le rideau des sensations doit être convoqué pour franchir le cap... Sans quoi ça ne marche pas... On est en train d’accomplir un acte très dangereux ... Enlever une fille à sa mère !... […]

Extrait de Femmes
Cité par Catherine Clément dans Sollers la Fronde

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Le corps amoureux

1997, la Fondation Cartier organisait une exposition sur le thème « Amours ».
Il en reste un catalogue, un beau livre illustré notamment avec des textes de Philippe Sollers, Le Corps amoureux .
Outre Sollers, écrivains et artistes y traduisent l’immuable sous des apparences changeantes selon les époques et les supports d’expression : littérature, peinture, cinéma, photo, sculpture...

Extrait de la Préface du Catalogue

L’ amour lorsqu’il se déclare, l’amour comme instant décisif, lorsqu’il s’offre, lorsqu’il affirme, dit oui et se risque : les apparitions de l’amour, les événements d’amour inspirent à l’exposition sa sensibilité et ses choix. Une bouche photographiée par Wols ou Man Ray ; un baiser peint par Pablo Picasso, sculpté par Brancusi, dessiné par Roy Lichtenstein ; une étreinte filmée par Jean-Luc Godard ou Pier Paolo Pasolini, photographiée par Raymond Hains, dessinée par Luca Cambiaso, Antoine Watteau, Johann Heinrich Füssli ; un torse vu par Ingres, Willem de Kooning et César ; un regard saisi par Seydou Keita et Magritte ; un sentiment sculpté par Francesco Laurana, photographié par Francesca Woodman, filmé par Thierry Kuntzel.
Détail d’un corps et d’un visage, représentation d’un couple enlacé, émotions immobiles, mouvements emportés, les oeuvres, joyeuses, retenues, disent l’avènement d’un sentiment d’amour. […] Le cinéma aussi, qui raconte à l’infini des histoires d’amour, y tient une place essentielle.

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Luis Bunuel, L’Âge d’or, 1930
Mon amour... Mon amour... Mon amour... Mon amour...
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Alain Resnais, Hiroshima mon amour, 1959
Comment dit-on : « faire l’amour » en russe ?

En russe, on ne dit pas « faire l’amour », On dit « dormir avec », Il n’y a pas de lien verbal entre la sexualité et l’amour. On copule, on baise, on ne fait pas l’amour.

L’ amour a lieu de l’autre côté du sommeil.
On devrait dire dormir d’amour, comme on dit pleurer de joie, trembler d’excitation, mourir de peur ou de honte. Rien de plus éveillé, de plus en forme que l’amour, mais justement : parce qu’il a dormi comme il faut, que les visions qui sont les siennes ont été filtrées par l’inconscient absolu du fond. Je n’étais pas là, l’autre non plus. C’était ça en dehors de nous, rien d’autre.
« L’amour, dit Montaigne quelque part, est une agitation éveillée, vive et gaie. » […]

Philippe Sollers, avril 1997
Catalogue Exposition Fondation Cartier, Amours, Actes Sud, 1997

*

Deux Pigeons s’aimaient d’amour tendre...

Emission Baobab de France Inter dimanche 5 novembre 2006, en direct du Théâtre du Rond-point à Paris. Invité de Stéphane Paoli et Jean-Michel Ribes : Philippe Sollers.
Entretien sur l’amour, le temps et plus si affinités à partir de cette interrogation en finale du poème de La Fontaine "Les deux pigeons" : Ai-je passé le temps d’aimer ?
Et Sollers de citer La Fontaine :

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste ;

C’est le conseil de La Fontaine.
L’émission est lancée.
Parmi les phrases saisies au vol :

il y a très peu de choses que l’on peut goûter avec les cinq sens ...l’acte d’amour en fait partie

" Eros, Thanatos... La mort a toujours raison de l’amour

Les impératifs catégoriques d’André Breton :
la poésie, l’amour, la liberté
la liberté, la poésie l’amour

*

Ah l’amour !

Après la publication de l’Étoile des amants, Sollers répondait aux questions de Jacques Henric.

(Rires) Ah l’amour ! Oh l’amour ! l’amour !… Et puis il y a aussi la nature, la poésie… Mais dites-moi, c’est dégueulasse tout ça, l’amour, la nature, la poésie, mais ça va me faire vomir, vite aux chiottes ! Ah oui, vraiment dégueulasse ce bouquin, à gerber !…


Philippe Sollers : L’amour du Royaume

*


Les lettres d’amour de la religieuse portugaise

Philippe Sollers préface en 2009 une nouvelle édition d’un livre qui, après plus de trois siècles, résiste au temps : Les Lettres de la religieuse portugaise.

A qui s’adressaient ses lettres enflammées ? Rousseau dira à leur propos : "Je parierai tout au monde que ces lettres ont été écrites par un homme". ; "La lucidité qui dévoile un aveuglement de cette dimension est unique", écrit Philippe Sollers qui, lui, croit à l’authenticité des lettres.
Les Lettres de la religieuse portugaise

*

L’amour, c’est la pleine reconnaissance de l’autre en tant qu’autre

Entretien avec le Nouvel Observateur à l’occasion de la publication du livre « Du mariage considéré comme un des beaux arts », 2015, cosigné Philippe Sollers, Julia Kristeva :

Le Nouvel Observateur–Et d’abord, quelle est votre définition de l’amour ?

Philippe Sollers . – Il y a une telle utilisation confuse de ce mot, mis à toutes les sauces de la marchandise sentimentale moderne, qu’on peut avoir une réaction de pudeur ou de rejet, celle de Céline par exemple : « L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches. » Mais enfin, la question est sérieuse et mérite qu’on y réponde […]
L’amour, c’est la pleine reconnaissance de l’autre en tant qu’autre. Si cet autre est très proche de vous, comme c’est le cas, l’enjeu, il me semble, est celui de l’harmonie dans la différence. La différence entre homme et femme est irréductible, pas de fusion possible. Il s’agit donc d’aimer une contradiction, et c’est cela qui est beau.

Du mariage considéré comme un des beaux arts : DE A à Z !

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Amour-haine

Suite de l’entretien avec le Nouvel observateur.

Ph.S . – Eh oui, la haine… Plus on parle d’amour en disant à peu près n’importe quoi de façon cinématographique, spectaculaire, magazinière, marchandisée, sachez-le, plus la haine couve là-dessous. Plus l’amour est faux –et, en effet, il est très rare qu’il soit vrai–, plus la haine, qui est plus ancienne que l’amour, comme dit Freud, s’aggrave. Il y a une très belle formule de Lacan qui parle de l’« hainamoration », c’est une forme d’amour, mais l’amour à mort, l’amour fou. Pas au sens surréaliste : L’Amour fou est un livre magnifique de Breton ; Breton, c’est la liberté, l’amour, la poésie. Pour moi, ce que j’aurais déjà dû dire, c’est que l’amour, c’est la liberté, c’est le contraire de l’esclavage.
Du mariage considéré comme un des beaux arts : DE A à Z !

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Trésor d’amour

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le livre sur amazon.fr

Dans « Trésor d’amour » de Sollers, l’un des personnages principaux n’est rien moins que Stendhal, l’auteur de « De l’amour ». ce roman sera le récit en miroir de la quête amoureuse de Stendhal et de l’aventure lumineuse vécue par le narrateur à Venise avec une jeune Italienne, Minna Viscontini,

Ph. S. : Le proverbe vénitien placé en exergue : « Douleur d’amour ne dure qu’un moment, trésor d’amour dure plus que la vie », est inventé. Il prend le contre-pied de : « Plaisir d’amour ne dure qu’un instant, chagrin d’amour dure toute la vie ». J’aime bien renverser les choses ainsi, c’est d’emblée polémique. L’autre exergue est de Stendhal : « L’amour a toujours été POUR moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule », Tout est pour moi dans ce « ou plutôt ». Vous payez vos impôts au Trésor public ? Là, j’invente autre chose, le Trésor privé. L’amour est une question extrêmement surexposée, utilisée, instrumentalisée mais, à mon avis, toujours clandestine et refoulée. « Trésor » et « amour » sont des mots extrêmement courants dans le langage de l’amour maternel. Pourtant, ils ne s’emploient jamais en public, ils sont un aveu de tendresse un peu ridicule... Ce titre est aussi une reprise du livre de Stendhal, De l’amour, qu’il a écrit dans des circonstances singulières. Ces différents éléments tendent à confluer dans le roman.
Ph. S.
Entretien avec Vincent Jaury, revue Transfuge N° 45 de décembre 2010

EXTRAIT DU LIVRE :

On vit donc à Venise, Minna et moi, à l’écart. […] On se tait beaucoup, preuve qu’on s’entend. Les amoureux sont seuls au monde parce que le monde est fait pour eux et par eux. L’amour est cellulaire dans les tourbillons du hasard, et ces deux-là avaient une chance sur quelques milliards de se rencontrer à la même époque. Entre le français et l’italien, il y a une longue et bizarre histoire. Elle ne demande, avec Stendhal, qu’à s’approfondir. »


De l’amour : Stendhal, Sollers et les autres

*

Vertige d’identité, vertige des mots

En complément et contrepoint, ce mot de Julia Kristeva :

VERTIGE D’IDENTITÉ, vertige des mots : l’amour est, à l’échelle de l’individu, cette révolution subite, ce cataclysme irrémédiable, dont on ne parle qu’après coup. Sous le coup, on ne parle pas de. On a simplement l’impression de parler enfin, pour la première fois, pour de vrai. Mais est-ce vraiment pour dire quelque chose ? Pas nécessairement. Sinon, quoi au juste ?
Julia Kridteva, Histoires d’amours et de métamorphoses


Berthe Morisot, Devant le miroir, 1890

Arsenal

[Il s’agit de l’Arsenal de Venise], c’est-à-dire la puissance des armes et du commerce, la maîtrise des mers

Au début du XIVe siècle l’Arsenal de Venise est en pleine activité, et c’est probablement une des visions les plus violentes de l’Histoire. Ainsi en juge Dante, en tout cas, puisqu’il l’introduit dans son chant 21 de T’Enfer, dans sa Divine Comédie […] Dante parie d’un endroit de feu et de travail permanent, où « la poix tenace » sert à calfater les navires avariés et qui ne peuvent plus naviguer, où on sent l’« étoupe », où l’on « radoube » sans arrêt les proues et les poupes. L’un fait des rames et des avirons, l’autre tord des câbles d’artimon et de misaine ou rapièce des voiles. Grande activité « infernale », donc, construction navale des galères, que Dante prend comme image d’un châtiment divin administré dans l’au-delà, par des diables harponneurs à des damnés plongés dans une énorme cuve bouillonnante et poisseuse.

Nous sommes au début du capitalisme, désormais planétaire. Grandeur sombre, en hiver, de l’ Arsenal de Venise. Dante l’a vu, et s’en est aussitôt servi comme métaphore d’un supplice atroce et non sans humour. L’inscription des vers de l’Enfer se lit encore aujourd’hui à l’entrée du lieu. Le feu constant, les bateaux, la puissance et la gloire : la ville est fière d’avoir pu servir à figurer dans la diablerie. Du Diable à Dieu, de la poix à l’or : la machine moderne est en route.

Les ouvriers de l ’Arsenal, les Arsenalotti, sont, très tôt, une élite d’artisans, une aristocratie du travail prestigieuse et privilégiée. Ce sont des diables bien rétribués, à la fois constructeurs, pompiers (ils connaissent le feu comme personne), gardes d’honneur, soldats et marins. On les paye bien, on les loge gratuitement ou à loyer modéré : la République connaît la musique.

Quel est le territoire de Venise ? L’Adriatique, la Méditerranée, l’eau, les ports. L’ennemi ? Gênes, puis l’Espagne, puis l’Empire ottoman. En 1560, l’ Arsenal compte deux mille ouvriers. En 1571, lors de la grande bataille de Lépante contre les Turcs, la moitié des navires chrétiens de la Sainte Ligue sortent des chantiers vénitiens. La punition viendra en 1797 avec Bonaparte qui détruit l’ Arsenal et livre la ville à l’Autriche. De là date la « mauvaise histoire » de la ville, le XIXe° siècle étant son enfer.

Un terroriste islamique, aujourd’hui, devrait normalement avoir Venise dans le collimateur de sa vengeance contre l’Occident.

J’aime toucher, en passant, les deux lions grecs ramenés d’Athènes par le grand héros de Venise, Francesco Morosini, après la reconquête de la Morée en 1687. Le lion accroupi aurait autrefois servi de fontaine dans le port du Pirée. Ne pas oublier que Venise manifeste aussi, à sa façon, la splendeur de la Grèce antique. L’esprit souffle de nouveau où il veut, quand il veut : le Redentore de Palladio est là pour le dire. L ’Arsenal a permis au lion de flotter sur les mers. Et, comme tout se tient, le saint protecteur de Venise, l’apôtre et l’évangéliste Marc, enterré ici, a comme emblème le lion.

Nietzsche, à la fin d’Ainsi parlait Zarathoustra, fait brusquement surgir un lion et un vol de colombes : mariage du ciel et de l’enfer, de la puissance et de la douceur. Il est lui-même beaucoup passé par ici.

Dictionnaire amoureux de Venise

*

En écho de notre actualité, si Trump avait vécu au temps où l’Arsenal de Venise fournissait la moitié de la flotte occidentale de la Sainte Ligue contre les Turcs, nul doute que son Armada rassemblée dans le golfe persique, contre l’Iran d’aujourd’hui, proviendrait en grande partie de l’Arsenal de Venise.

Une armada constituée du porte avons amiral l’USS Abraham Lincoln, un porte-avions à propulsion nucléaire long de 333 mètres, l’un des plus grands navires de guerre au monde
Ce monstre des mers peut servir à faire décoller jusqu’à 90 aéronefs. Il transporte actuellement plusieurs escadrons, dont des chasseurs furtifs et avions spécialisés dans la guerre électronique. À cette armada aérienne s’ajoutent des hélicoptères de lutte anti-sous-marine et anti-surface. Véritable base aérienne flottante, l’USS Abraham Lincoln peut embarquer plus de 5 000 militaires à son bord : 3 200 membres d’équipage et 2 480 membres de l’escadre aérienne, explique Forbes.
Pour l’escorter, 6 destroyers, très armés disposant de missiles intercepteur anti-aérien et anti-surface ainsi que des missiles de croisière Tomahawk à la précision redoutable et d’une portée de 1 600 kilomètres, tandis que des missiles Harpoon assurent la lutte antinavire.
Outre les destroyers en surface, un sous-marin d’attaque surarmé complète le dispositif

.Des menaces répétées de confrontation, mais les deux parties se font l écho de recherche de solution diplomatique. Oscillation entre le baton et le deal, la méthode Trump à l’épreuve ! La force militaire américaine est la plus puissante, mais dans un contexte géopolique local et mondial plein d’embuches, la capacité de nuisance de l’Iran reste grande. Trump s’est trop avancé pour se retirer sans un trophée militaire ou diplomatique - même un semblant de trophée comme un « cadre d’accord de long terme sur le nucléaire uranien », avec planification de réalisation aux calendes grecques ? A suivre !


[1] soulignement pilleface