
Introduction
Voici une « Lettre à la comtesse Murat sur Céline » signée André Suarès et datée de janvier 1933, l’année qui a suivi la publication du « Voyage au bout de la nuit » de Céline. Elle est publiée dans « ‘Les Cahiers de Tinbad » N° 18, Printemps 2025, qui consacre aussi plusieurs articles à Céline :
ALI BENZIANE : Vers Céline
LOUIS-FERDINAND CELINE : Hommage à Zola
GUILLAUME BASQUIN : Maudit Céline
Stéphane Barsacq et André Suarès
Initialement, la "Lettre à la comtesse Marat" a été publiée, en 2019, par Stéphane Barsacq, écrivain et éditeur, dans une anthologie sur André Suarès intitulée : « André Suarès, Miroir du temps »
Stéphane Barsacq oeuvre à la réhabilitation d’André Suarès, et vise avec cette anthologie à illustrer le génie de l’écrivain, injustement oublié, selon lui.
Stefan Zweig, James Joyce, Andre´ Malraux, Roger Nimier, Paul Claudel... Ils étaient nombreux à l’admirer.
Pourtant, Andre´ Suares (1868-1948) demeure méconnu du grand public.
André Suarès : l’un des quatre animateurs principaux de La Nouvelle Revue française, avec André Gide, Paul Valéry.
Grand prix de littérature de l’Académie française en 1935, pour l’ensemble de son œuvre.
Pourtant, la postérité qui se souvient de ses conanimateurs Gide, Valéry, Claudel à la NRF l’a oublié !
« Il y a des monuments qui rayonnent sur toute une époque puis qui, inexplicablement, sombrent comme s’ils n’avaient jamais existé. Anatole France, Romain Rolland, François Coppée… Voilà quelques-uns de ces noms, parfois prix Nobel. André Suarès, lui, se contente d’une rue d’à peine 150 mètres dans le XVIIe arrondissement de Paris. C’est peu, quand on sait que l’homme fut considéré comme l’un des meilleurs écrivains de son temps par ses plus grands contemporains, d’André Malraux à Henry de Montherlant. Et ces lauriers lui ont été tressés dès l’adolescence. À 18 ans, son Éloge d’Homère par Ronsard lui valut le premier prix au concours général et, surtout, des louanges dans Le Temps d’un Anatole France « saisi d’admiration ». La postérité est donc cruelle pour Suarès, à peine sorti des limbes par quelques rééditions éparses ou par le comédien Philippe Caubère, qui a adapté son Marsihoau début des années 2010. [2]
Mais peut-être que le temps devient plus propice à cet homme disparu en 1948, depuis que son œuvre est entré dans le domaine public en 2018. Amoureux de Suarès, l’écrivain et éditeur Stéphane Barsacq s’en enthousiasmait dans une tribune intitulée : « Pourquoi il faut (re)découvrir André Suarès »

- Stéphane Barsacq
Le recueil rassemble plus de trois cents pages de textes pour la plupart inédits ou jamais réédités et qui donnent toute l’ampleur de cet homme « miroir » d’un temps à jamais disparu. « À bien des égards, Suarès appartient à la légende, celle d’un âge d’or des lettres qui semble révolu, où princesses et industriels vous offraient non seulement le couvert, mais des hôtels particuliers avec des jardins, pour y travailler loin de la nécessité, et y élever, comme il le fit, roses et tortues », regrette Stéphane Barsacq dans sa préface.

Re(découvrir) l’esprit et la lettre d’André Suarès
Stéphane Barsacq poursuit son travail de remise en lumière de l’œuvre de l’œuvre d’André Suarès avec un nouveau recueil de textes : "Ariel dans l’orage", (éditions Le Condottiere, février 2025).
Photo : Philippe Touron
Un recueil de différents articles écrits par André Suarès, retour sur l’œuvre de cet écrivain français considéré de son vivant comment l’un des plus grands poètes, essayistes et polémistes de sa génération. Stéphane Barsacq s’en entretient dans l’émission « Le point culture » du 12 février 2025 :

Crédit : radioFrance.fr/franceculture


André Suarès, Ariel dans l’orage, Le Condottière, 06/02/2025, 384 pages, 20€
Dans un siècle saturé d’échos et d’incessants murmures, la réédition d’Ariel dans l’orage d’André Suarès surgit tel un phare dans la brume. Redécouvrir Suarès, c’est se confronter à une pensée d’une densité rare, un torrent d’idées qui embrasse l’esthétique et l’éthique dans un même souffle impétueux. Chroniqueur lucide des tempêtes du XXe siècle, ce maître méconnu, adulé par les plus grands esprits de son temps, nous offre dans ces pages un antidote puissant contre la médiocrité ambiante, un appel vibrant à la grandeur et à la liberté intérieure, une exploration passionnée de la beauté comme seule boussole dans les ténèbres de l’existence. Se plonger dans Ariel dans l’orage, c’est renouer avec une voix prophétique, d’une étonnante modernité, capable d’éclairer nos propres errances et de raviver en nous la flamme fragile de l’idéal.
MARE NOSTRUM, 11 mars 2025


Cahiers de la Marge sur André Suarès

Alignement des planètes, semble-t-il, en cette année 2025, avec cette autre publication pour éclairer cet auteur oublié du cosmos littéraire :
1er Cahier de la Marge sur André Suarès
Sous la direction de Maximilien Friche
Février 2025
Nouvelle Marge lance ses cahiers. Notre premier est consacré à André Suarès. Se retrouvent autour de la figure d’André Suarès : Rodolphe Arfeuil, Luc-Olivier d’Algange, Stéphane Barsacq, Lionel Borla, Maximilien Friche, Valéry Molet, Guillaume Sire et Sarah Vajda. Et pour que ce cahier soit réellement complet, des inédits d’André Suarès lui-même nous ont été confiés par Stéphane Barsacq.
Écrire sur, c’est encore et toujours écrire, André Suarès lui-même en fit l’exercice tout au long de sa vie. Les contributeurs de ce cahier sont à la fois passeurs de littérature et écrivains. Il n’est pas fait ici exercice de critique, de travaux universitaires, nous avons simplement demandé à des écrivains d’écrire au sujet, à côté, à cause… d’un autre écrivain.
Le formatage n’est assurément pas pour nous. Une grande diversité dans la forme et la longueur des textes, correspondant à la personnalité et au talent de chacun, se constate. Tribunes, articles, entretiens, petits essais, faux dialogue, controverse, digression créative, poèmes et même peintures s’articulent autour de l’œuvre d’André Suarès.
André Suarès : La Lettre à la Comtesse Murat sur Céline
Cette Lettre à la comtesse Murat illustre, selon nous, ce miroir d’un temps passé évoqué avec le recueil de Stéphane Barsacq de 2019 : Suarès et Céline y incarnent deux destins posthumes inversés et nous y reviendrons en répondant plus précisément aux trois questions que nous nous sommes posées à la lecture de cette lettre :
1. Qui était Louis Ferdinand Céline pour le monde littéraire, en 1932, au moment de la publication de ‘Voyage au bout de la nuit’ ?
2. Qui était alors André Suarès ?
3. Qui était alors la comtesse Murat destinatrice de cette lettre ?
Mais tout d’abord, prenons connaissance de la lettre :
C ’est bien pour vous, Madame très chère, et aussi pour le plus fin des abbés, le meilleur et le plus indulgent des chanoines. Il fait si froid. Je ne sais pas si je prendrai parti contre Céline. Il n’y a pas de vice à le soutenir. Détestez son livre si vous voulez. Bouchez-vous le nez. Révoltez-vous. Après quoi, vous devrez reconnaître une force rare. Et la vigueur n’abonde pas aujourd’hui sur le marché de l’encre et du papier. C’est un livre chrétien, sans art, barbare. Mais il est plein ou infecté, comme il vous plaira, de charité. Elle perce partout. Ce Voyage au bout de la nuit semble écrit dans les catacombes, sous Néron, par un quirite déchu qui a pris les mœurs et les passions des prolétaires : il vit avec les épouvantables esclaves qui vont détruire l’Empire. Il déteste [la] Rome impériale, son égoïsme charnel et sa cruauté. Il a horreur des païens, et n’a plus rien de païen lui-même. Il crie, il maudit avec les misérables ; il les plaint, et peut-être il les aime. Je sens dans cette rage une extrême compassion. Elle prend la forme de l’outrage et de la haine : parce qu’il n’y a pas de Dieu aujourd’hui dans les catacombes au milieu des misérables sur la croix : il n’y a que des crucifiés vomissant des malédictions et des blasphèmes. La foi au paradis est absente ; point de salut. Mais une autre sorte de croyance germe là-dessous, dans ce fumier hurlant : un appel à la communion humaine. Céline aspire à une chrétienté. Et, vu que le ciel pour lui comme pour la multitude souffrante, ne peut être que sur la terre, la haine cache l’amour ; la frénésie de l’appétit se substitue au sacrifice, la malédiction à la prière. L’obsession de l’or avilit tout, et couvre l’âme au point qu’elle la dévore. La famine égare les pauvres furieux : ils ne rêvent que [de] la fortune et [de] la possession des biens. Ces peintures sont moins hideuses que les modèles. Un tel livre est lugubre : il ouvre les cloaques. La société est affreuse qui grouille là-dedans. Le cloaque porte toute la cité. Je suis sûr que Céline aime les pauvres, les infortunés, les déchus. Il les fait parler et il en parle, en ricanant. Il aspire pourtant à leur découvrir un idéal qui pût être le sien. Avec toutes ses laideurs, ses ignominies, et les excès du parti pris de ne voir partout que l’abomination de la misère et son ordure, je ne sais pas de roman, depuis dix ans, qui ait le prix de celui-là. Et, vous savez, l’imagination de Céline n’est pas médiocre : les chapitres de la vie en Afrique et du séjour aux Etats-Unis sont d’une horreur étonnante. Céline est un barbare, soit ; mais combien il a plus de sève et de valeur que tous nos professeurs, nos académiciens et nos ravaudeurs de talent. Je ne serais pas surpris qu’il fût flamand : il a parfois la touche à la Breughel et à la Lucas de Leyde, ces maitres du cauchemar réaliste.
Lundi 23 janvier 1933
André Suarès

Qui était Louis Ferdinand Céline pour le monde littéraire en 1932 au moment de la publication du Voyage au bout de la nuit ?
En 1932, au moment de la publication de Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline était un inconnu du grand public et du monde littéraire.
Un inconnu venu de nulle part
• Céline, de son vrai nom Louis Ferdinand Destouches, n’avait jamais publié de roman avant Voyage au bout de la nuit

• Il était connu dans des cercles médicaux, comme médecin dans les quartiers populaires, notamment à Clichy.
• Quelques rares intellectuels avaient lu ses articles médicaux ou pamphlets scientifiques (dont une thèse sur Semmelweis), mais personne ne l’attendait en littérature.
Un homme au parcours atypique
• Ancien soldat blessé de la Première Guerre mondiale (médaillé), voyageur (Cameroun, États-Unis), médecin pour les pauvres : il ne venait pas du sérail littéraire.
• Son origine petite-bourgeoise et provinciale, et sa formation médicale, en faisaient un outsider total dans le monde des lettres dominé par des écrivains mondains ou universitaires.
Une entrée fracassante et controversée
• La publication du roman fut une révélation brutale et violente. Céline fut catapulté d’inconnu à sensation littéraire en quelques semaines.
• Il est d’abord accueilli avec étonnement, voire suspicion : beaucoup se demandent qui se cache derrière ce nom étrange (son pseudonyme est encore mystérieux).
• Son style, inouï, et sa vision du monde provoquent un mélange de fascination et de répulsion.
Une figure subversive et déjà clivante
• Céline, dès 1932, est perçu comme un iconoclaste : son antimilitarisme, son mépris des institutions, son langage cru font scandale.
• Il choque autant qu’il séduit : les jeunes écrivains et les lecteurs anticonformistes y voient un souffle nouveau, tandis que les académies littéraires sont réticentes.
En résumé
En 1932, Céline est un inconnu sans passé littéraire, surgissant soudain avec une œuvre qui bouleverse les normes du roman. Pour le monde littéraire, il est un provocateur génial, un météore dérangeant, que certains veulent célébrer comme un génie du style, tandis que d’autres s’en méfient ou le rejettent comme un imposteur. Voyage au bout de la nuit fait de lui, presque du jour au lendemain, une figure majeure — mais aussi une figure sulfureuse.
Qui était André Suares pour le monde littéraire en 1932. Qu’a t-il pensé du livre de Celine et de son intrusion dans le monde littéraire ?
André Suarès,
En 1932, au moment de la parution de « Voyage au bout de la nuit » de Louis-Ferdinand Céline, André Suarès (1868–1948) est une figure établie du monde littéraire français, mais atypique, il a 64 ans. Tout oppose alors Suarès et Céline : le statut littéraire, la vision du monde, le style. et Suarès, en 1932, exprime un mépris sans nuances pour Céline Mais la « Lettre à la comtesse Murat » du 23 janvier 1933 marque une évolution, avec un ton plus nuancé. Une lettre ambivalente : entre réserve et fascination

1932 : un mépris cinglant pour Céline

Suarès est un écrivain respecté dans certains cercles, mais souvent tenu à l’écart du grand public et des institutions littéraires dominantes.
• Il est surtout connu comme essayiste, poète et critique, avec un style lyrique, érudit, souvent véhément.
• Membre du groupe initial de la Nouvelle Revue Française (NRF), mais progressivement isolé de ses membres majeurs comme Gide ou Valéry, dont il critique l’opportunisme ou le manque d’engagement.
• Il a une réputation d’homme hautain, intransigeant, solitaire, mêlant spiritualité, culture classique et passion pour l’art (notamment la musique et la peinture).
Suarès face à Céline et Voyage au bout de la nuit
• Il est profondément choqué par le style et la vision du roman.
• Dans plusieurs lettres, carnets et articles critiques, Suarès exprime un mépris cinglant pour Céline, qu’il perçoit comme un imposteur, un barbare littéraire.
• Il juge que Voyage au bout de la nuit incarne une déchéance morale et esthétique. Le langage cru, populaire, violent, lui apparaît comme une trahison de la grande langue française.
• Il écrit notamment : « M. Céline est un raté. Il hait les hommes, sans les comprendre. Et sa haine du monde n’a rien d’une vision tragique ; elle est seulement haineuse. »
• Il voit en Céline un symptôme de la décadence de la littérature française, une modernité nihiliste qui s’éloigne de toute transcendance ou grandeur.
Ce rejet a une portée symbolique
• Suarès représente une littérature noble, exigeante, élitiste, tournée vers la spiritualité et l’universel.
• Céline incarne une littérature de rupture, viscérale, populaire, fondée sur la dislocation stylistique, le réalisme cru et le désespoir social.Leur opposition marque un choc de générations, de styles, de visions du monde.
Extraits critiques d’André Suarès sur Céline
André Suarès, fidèle à son style lyrique et hautain, a formulé plusieurs critiques cinglantes dès la sortie de Voyage au bout de la nuit. Ainsi :
« M. Céline est un raté. Il hait les hommes, sans les comprendre. Et sa haine du monde n’a rien d’une vision tragique ; elle est seulement haineuse. »
Dans ce passage, Suarès dénonce tout autant la forme que le fond : il reproche à Céline sa « haine » purement destructrice, sans la grandeur tragique de la littérature qu’il estime digne, ni la profondeur spirituelle qu’il défend.
D’autres critiques, souvent exprimées dans des correspondances privées ou des revues littéraires, montrent que Suarès considère le roman de Céline comme une trahison de la langue française, un coup porté à l’élégance classique, à la beauté aristocratique de l’écriture. Pour lui, Céline incarne un barbarisme revendiqué, un populisme verbal qui mène la littérature vers une “décadence morale et esthétique”.

23 janvier 1933 : La « Lettre à la comtesse Murat ». Un ton plus nuancé. Une lettre ambivalente : entre réserve et fascination

Dans cette lettre adressée à la comtesse Murat (23 janvier 1933), Suarès adopte un ton visiblement plus équilibré, et même quelque peu intrigué. Il reconnaît certains mérites à Voyage au bout de la nuit, ce qui révèle une tension interne :
• D’un côté, Suarès continue de fustiger le style brutal, le langage oral qui, selon lui, heurte la langue et frôle le vulgaire.
• De l’autre, il souligne l’originalité de la vision : Céline brise les conventions, expose crûment la condition humaine, et pour cela mérite d’être considéré, pas simplement rejeté.Cette lettre manifeste une posture paradoxale : Suarès se sent repoussé par la forme mais proche – en termes de franchise et d’intensité – de la démarche de Céline. Il admet, en gros, que malgré le "détestable", il y a dans ce roman une force irrésistible, un cri de vérité qu’un homme de cœur doit reconnaître, même s’il le récuse.
En résumé
En 1932, Suarès rejette Céline avec véhémence : il juge le style barbare et la vision destructrice.
En janvier 1933, il nuancera notablement : tout en condamnant la brutalité, il s’incline devant la vigueur et la franchise, témoignant d’une admiration lucide et conflictuelle.

André Suarès (1868-1948) est issu d’une famille de négociants juifs installés à Marseille. Il compte des ancêtres à Alep, à Gênes, à Marseille et peut-être en Bretagne. Enfant prodige, il remporte le premier prix au Concours général à l’âge de 15 ans. Reçu brillamment à l’Ecole normale supérieure, il devient ami avec Romain Rolland, à l’ombre du « cloître de la rue d’Ulm », et avec Paul Claudel. Dreyfusard militant, ennemi de Barrès, plus tard de l’Action française, il rencontre Ernest Renan, écrit à Léon Tolstoï, est proche de Georges Clémenceau, puis de Charles Péguy, l’un de ses premiers éditeurs aux Cahiers de la Quinzaine. En 1895, il entreprend son premier pèlerinage à pied en Italie dont il rapporte les visions qui formeront le Voyage du Condottiere (1910-1932). Soutenu dans son travail littéraire par l’équipe de la NRF, il intègre la revue en 1912. Gide écrira à ce sujet en 1944 : « Valéry, Claudel, Suarès et moi, tous quatre piliers de La Nouvelle Revue française ; tous quatre peu férus de « succès », ayant en grande horreur battage et réclame et chacun soucieux de ne devoir qu’à sa propre valeur les lauriers. » Admiré en France - Debussy, Bourdelle, Picasso -, mais aussi à l’étranger - Miguel de Unamuno, James Joyce ou Stefan Zweig, l’un de ses traducteurs -, il s’impose comme une référence pour les écrivains de la génération de Malraux.
Suarès écrit alors dans tous les genres, à l’exception du roman, qu’il loue chez les autres : des poèmes, des aphorismes, des libres propos et des pièces de théâtre. Au gré de ses livres, il célèbre les plus génies de la vie artistique ; il peint les villes et les paysages de Bretagne et de Provence ; il participe à la création de la Bibliothèque Jacques Doucet ; enfin, il n’en est pas moins attentif aux plus sombres réalités politiques de son temps.
Dès les années 1920, il pressent les germes d’une nouvelle crise. Critique envers Mussolini comme envers Lénine, il devient de plus en plus virulent, dans ses textes, avec l’ascension d’Adolf Hitler. Durant les années 1930, Suarès écrit sans relâche contre tous les totalitarismes, entre autres dans sa chronique de la NRF interrompue en 1940. Contraint de fuir en zone Sud, il est caché par le surréaliste Pierre de Massot. A Alger en 1943, Charles de Gaulle demande la réédition de son livre Vues sur l’Europe. À la Libération, Suarès célèbre la victoire des Alliés, mais épuisé par les années de guerre, il meurt en 1948.
Dans son œuvre, on découvre sa conception d’une Europe fraternelle, son culte des plus grands esprits de tous les pays, mais aussi son obsession du rang de la France et de son esprit dans le concert des nations. Suarès reste d’une actualité profonde, car ce qu’il vise, est la défense généreuse de l’humanité dans son entièreté contre tout ce qui prétend l’encadrer. Il y va avec lui d’une protestation continue de l’esprit de liberté, située à l’opposé de toutes les tyrannies.
Stéphane Barsacq
Editions Le Condotttière

Qui était la Comtesse Murat pour le monde littéraire en 1932 ?
La comtesse (ou princesse) Lucien Murat, née Violette Ney d’Elchingen (1881–1971), était en 1932 une figure du monde littéraire et mondain parisien, connue pour son salon intellectuel, son activité de mécène et son rôle de protectrice des lettres et des arts.
Une aristocrate cultivée et influente
Née dans une famille d’aristocrates issus de l’entourage impérial napoléonien (par son mariage, elle devient "princesse Murat"), Violette Murat occupait une place prestigieuse dans la haute société française.
Elle tenait un salon littéraire réputé, fréquenté par des écrivains, artistes, académiciens, et intellectuels.
• Elle était une lectrice avertie, engagée dans les débats esthétiques et littéraires de son t
Son rôle en 1932 dans le monde littéraire
• En 1932, elle était reconnue comme une femme de lettres et de culture, appréciée pour son intelligence, sa finesse critique et sa capacité à soutenir des écrivains originaux sans forcément se rallier aux modes.
• Elle entretenait une correspondance avec plusieurs écrivains majeurs, dont André Suarès, Anna de Noailles, Jean Cocteau, ou encore Paul Valéry.
Ce qu’elle représente pour Céline et Voyage au bout de la nuit
• Bien que Céline ne fasse pas partie de son cercle immédiat, la comtesse Murat s’intéressa au roman, comme de nombreuses figures du monde intellectuel parisien.
• La comtesse Murat incarne à cette époque le pont entre la vieille aristocratie cultivée et la littérature moderne. Elle est suffisamment ouverte pour accueillir l’étrangeté d’une œuvre comme celle de Céline. . Mais elle reste attachée à une certaine éthique de la forme, de la langue et de l’esprit.
En résumé
En 1932, la comtesse Murat était une figure influente de la haute société littéraire parisienne, respectée pour son engagement culturel et sa curiosité intellectuelle. Elle jouait un rôle discret mais réel dans la réception des œuvres nouvelles.
Cette lettre d’André Suarès constitue une forme de dialogue esthétique et mondain, teinté d’élitisme, pas fermé à la modernité, mais qui ne se résout pas vraiment à ces manières qui ne sont pas les siennes.
Changement de paradigme constaterait-on aujourd’hui : la loi du mouvement, la loi universelle de la vie, en littérature comme pour l’être humain et le cosmos.
Et une morale : la postérité défie la notoriété et les reconnaissances académiques.
À propos de Stéphane Barsacq

Né en 1972, Stéphane Barsacq est écrivain. Il a notamment écrit sur Arthur Rimbaud, Emil Cioran, Yves Bonnefoy et aussi Philippe Sollers. Depuis une dizaine d’années, il a remis à jour nombre d’inédits d’André Suarès.
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