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"Les quatre saisons" à Venise

Tricentenaire

D 21 juin 2025     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook



C’est l’été. Les quatre saisons ont trois cent ans. Soirée exceptionnelle Vivaldi sur arte.
Philippe Sollers : « Le temps est ici saisonné. Printemps, été, automne, hiver, ignorent les années. S’il a l’air de se répéter (ce qui n’est pas le cas), c’est que Vivaldi a su, dans le mouvement du mouvement, qu’il reviendrait éternellement. »

Buste d’Antonio Vivaldi.
Venise, Église de la Pietà.

Photo A.G., 12 juin 2019. Zoom : cliquez l’image.

pour Vivaldi
derrière les grilles
toutes ces voix cachées
dans la rumeur grondante du solfège
et l’impétueuse charité
l’allégro des couleurs
l’amour
dans l’agitation de l’amour

riva degli Schiavone
les musiciennes vives et nues
l’orchestre des saisons
le jaillissement sonore
l’ospedale della Pietà

per Vivaldi
dietro le grate
tutte quelle voci nascoste
nel rumore incombente del solfeggio
e l’impetuosa carità
l’allegro dei colori
l’amore
nell’agitazione dell’amore

riva degli Schiavone
le musiciste vivaci e nude
l’orchestra delle stagioni
lo zampillio sonoro
l’ospedale della Pietà

Marcelin Pleynet, L’amour vénitien.

"Les quatre saisons" à Venise

À l’occasion du 300e anniversaire de la publication des "Quatre saisons" d’Antonio Vivaldi, le violoniste Théotime Langlois de Swarte et l’ensemble Le Consort interprètent son oeuvre la plus célèbre dans quatre lieux emblématiques de Venise.

Sur instruments d’époque, le violoniste Théotime Langlois de Swarte et l’ensemble Le Consort débutent Les quatre saisons de Vivaldi avec Le printemps, installés au petit matin dans la cour intérieure du palais Contarini della Porta di Ferro. Pour L’été, les musiciens prennent place entre les colonnes du palais Grassi, qui abrite la collection d’art moderne et contemporain de François Pinault. Place ensuite à L’automne, joué sur l’île San Giorgio Maggiore dans la grande salle de la Fondation Giorgio-Cini, un ancien monastère bénédictin qui accueille plusieurs instituts de recherche, dont un dédié à Vivaldi. Enfin, alors que la nuit descend doucement sur la Sérénissime, L’hiver retentit sous leurs archets dans l’auditorium Lo Squero, fenêtre ouverte sur le Grand Canal et le palais des Doges.

Retour aux sources

Entre une escale à la Bibliothèque nationale de France, où se trouve un exemplaire de la partition des Quatre saisons, publiée en 1725 à Amsterdam, et une halte au conservatoire Benedetto Marcello de Venise, qui détient le seul manuscrit autographe de Vivaldi (1678-1741), ainsi qu’un carnet d’études de la violoniste virtuose Anna Maria, qui fut son élève, chacun des quatre concertos est ponctué d’échanges entre le violoniste Théotime Langlois de Swarte et le musicologue Olivier Fourés, spécialiste du répertoire vivaldien. Agrémenté de vues sur la Sérénissime, un récital enchanteur en forme de retour aux sources dans la ville natale de Vivaldi, qui y passa une grande partie de sa vie.

Vivaldi, le génie des "Quatre saisons"

Réalisation : Susanne Utzt, Eike Schmitz

Allemagne, 2020

Entre triomphe, oubli et retour en grâce, une biographie enlevée du grand maître vénitien de la musique baroque Antonio Vivaldi (1678-1741). Des reconstitutions complétées d’analyses d’historiens et de musiciens, dont la violoniste Anne-Sophie Mutter, retracent le fascinant parcours du "prêtre roux", homme de son temps et artiste visionnaire.

Compositeur parmi les plus joués aujourd’hui, Antonio Vivaldi fut un artiste tout autant acclamé de son vivant, au parcours aussi passionnant qu’atypique. C’est dans la dynamique et libérale République de Venise que Vivaldi naît en 1678 d’un père barbier et violoniste. En parallèle de l’étude du violon, le jeune virtuose embrasse une carrière ecclésiastique. Il est engagé comme professeur de musique à l’hospice pour orphelines l’Ospedale della Pietà, où il forme le premier orchestre féminin de l’histoire. Il composera pour les pensionnaires de nombreuses pièces de musique sacrée, chorales et instrumentales, avant d’écrire ses premiers opéras, dont le triomphal Orlando furioso. Au sommet de son art, Vivaldi verra ses œuvres – notamment ses Quatre saisons, l’une des premières musiques dites "à programme" de l’histoire – triompher dans toute l’Europe. Tombée en désuétude à la fin de sa vie, sa musique restera oubliée pendant plus de deux cents ans avant de connaître un extraordinaire renouveau au XXe siècle.

Les saisons de la danse

Réalisation : Tommy Pascal

Chorégraphie : Peeping Tom, Bobbi Jene Smith & Or Schraiber, Imre & Marne van Opstal, Emilie Leriche

Composition : Max Richter, Antonio Vivaldi

France, 2024

Pour célébrer le tricentenaire des "Quatre saisons" de Vivaldi, cinq chorégraphes – Franck Chartier, Bobbi Jene Smith, Or Schraiber, Imre & Marne Van Opstal et Emilie Leriche – s’inspirent de la recomposition magistrale de Max Richter pour faire danser le sentiment amoureux.

En 2012, Max Richter recomposait Les quatre saisons de Vivaldi, afin de revivifier cette partition mythique qu’il jugeait usée par trop d’écoutes et de reprises commerciales. À l’occasion des 300 ans de l’œuvre, quatre chorégraphes se sont emparés de cette réécriture pour la réinterpréter à leur tour, avec la complicité du réalisateur Tommy Pascal, ancien membre du Béjart Ballet Lausanne et du Ballet Preljocaj, désormais rompu à la mise en images de la danse. Interprétée par un duo de danseurs, chaque saison correspond à un état amoureux et à un décor naturel différent, les corps s’isolant sous une couche de plus en plus épaisse de vêtements à mesure que les sentiments tiédissent…

Alchimie et diversité

Le film débute bien sûr par le printemps et ses émois. Sous le regard de Franck Chartier de la compagnie Peeping Tom, l’ivresse d’une rencontre entre un homme et une femme tourne à l’étreinte fusionnelle, les corps à demi nus s’agrippant dans le décor paradisiaque gorgé d’eau et de sève d’une cascade de l’île Maurice. À la fois danseurs et chorégraphes, Bobbi Jene Smith et Or Schraiber mettent en scène l’été, où un couple hétéro vit une passion brûlante sous l’implacable soleil du désert californien. Sculptés par le sable et le vent, morcelés par le montage, les danseurs vivent la plénitude de l’amour et ralentissent délibérément le tempo pour mieux s’explorer, s’éloigner, se retrouver, avec, déjà, les premiers signes d’indépendance de l’une vis-à-vis de l’autre. Autre ambiance pour l’automne, niché dans une forêt allemande moussue. Cette fois, deux hommes habillés d’amples costumes gris, qui ont connu des jours meilleurs, exhibent en s’étreignant et se repoussant la complicité rigolarde d’un vieux couple. Cette chorégraphie de la fratrie Imre et Marne van Opstal réserve à son tandem des épreuves (folie, maladie, violence) mais aussi le réconfort du soutien mutuel. Enfin, l’hiver, conçu et dansé par Émilie Leriche, accompagnée d’Arika Yamada, déroule l’impitoyable acheminement de deux femmes vers la rupture, déchirure amortie par l’épaisseur de la neige recouvrant le Vercors et les combinaisons de ski ouatées, mais pas moins douloureuse et vertigineuse… Cette relecture des Quatre saisons nous emporte grâce à l’alchimie entre musique, mouvement et caméra, ainsi que par son ouverture à la diversité des orientations sexuelles tout au long du film.


Concert à l’Église de la Pietà. Venise.
I Virtuosi Italiani y interprètent régulièrement les Quatre saisons.

Photo A.G., 20 juin 2014. Zoom : cliquez l’image.

Vivaldi, Les saisons du plaisir

France Musique. Les Sagas musicales, 31 janvier 2024.

Extrait : En toute saison

Avec Max Richter

Ascenseurs, répondeurs téléphoniques, halls de gare…, le tube planétaire des 4 Saisons de Vivaldi a envahi notre quotidien ! S’y cache un subtil dialogue entre musique et poésie dont la puissance reste souvent ignorée. Coup de maître ou revers de la gloire ? Réponse de Sollers : « Le temps est ici saisonné. Printemps, été, automne, hiver, ignorent les années. S’il a l’air de se répéter (ce qui n’est pas le cas), c’est que Vivaldi a su, dans le mouvement du mouvement, qu’il reviendrait éternellement. »

Les cinq épisodes de l’émission

"Les quatre saisons" de Vivaldi recomposées

À la découverte des "Quatre saisons" de Vivaldi revues par Max Richter, qui a introduit minimalisme et musique électronique dans la partition trois fois centenaire.

Réalisation : Isabel Hahn
Allemagne, 2025

En 2012, Max Richter propose une "recomposition" des Quatre saisons de Vivaldi, célèbre cycle de quatre concertos pour violon, joué, enregistré et entendu jusqu’à la saturation. L’œuvre trouve alors un nouveau souffle grâce à des procédés esthétiques issus du minimalisme et de la musique électronique. En 2013, l’ensemble L’Arte del mondo, dirigé par Werner Ehrhardt, enregistre ces Quatre saisons recomposées avec Daniel Hope au violon et Max Richter lui-même au clavier. Des extraits de ce palimpseste musical sont commentés par le musicien Malakoff Kowalski, ainsi que par la violoniste française Esther Abrami et l’organiste britannique Anna Lapwood, toutes deux stars des réseaux sociaux.

VIVALDI SUR PILEFACE