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Correspondance avec Mathilde, les lettres érotiques de Gustave Courbet

Parution : 10-04-2025

D 2 mai 2025     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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Jacques Henric et Catherine Millet
devant L’Origine du monde

Vous avez bien sûr entendu parler de L’Origine du monde, « cette histoire [...] d’un petit tableau français peint, en 1866, par un révolutionnaire de génie, Gustave Courbet » qui en a fasciné plus d’un (photo), suscitant quelques adorations perpétuelles. Longtemps cachée, elle a fait couler beaucoup de salive et d’encre (restons pudique), cette « origine ». Eh bien, voilà qu’il y a quelques mois, par le plus complet des hasards, quatre employés de la bibliothèque municipale de Besançon ont découvert, dans un grenier poussiéreux, une correspondance de Courbet avec une nommée Mathilde Carly de Svazzema, « rouleuse d’hommes en vogue ». Cent-seize lettres écrites de novembre 1872 à mai 1873 [1], « érotico-pornographiques » — celles de Courbet essentiellement, au nombre de vingt-cinq, où on peut lire des choses comme ça : « Quand je te tiendrai mon chéri, sais-tu ce que je veux faire ? Je veux faire un portrait scrupuleux de ton grand con dans sa couleur merveilleuse, je veux le faire sur un panneau qui doublera ma boîte de peinture, je l’aurai toujours avec moi, il enchantera mes rêves » ou encore : « Mais chère Putain, réfléchis donc, tu sais que je t’adore, tu sais que je fais des choses injustes pour t’être agréable ; tu sais que je donnerais je ne sais quoi en ce moment pour sucer ton con, mordre tes poils dorés, ta motte et dévorer tes grands tétons pointus, te décharger dans la bouche, t’embrasser ton ventre proéminent, te caresser les flancs amoureusement avec ma langue, l’introduire si je pouvais dans ton autre petit con entre tes belles fesses, que sais-je !! » Ces lettres que trois générations de conservateurs avaient dissimulées, mais pieusement conservées, les éditions Gallimard viennent de les publier tandis que, depuis le 21 mars jusqu’au 21 septembre 2025, la bibliothèque de Besançon présente trente-huit d’entre elles dans l’exposition « Courbet, les lettres cachées – histoire d’un trésor retrouvé ». L’exposition étant ouverte à tous, les passages les plus crus ont été brouillés, mais on apprend, dieu soit loué !, que « des loupes à lumière rouge sont disponibles afin d’avoir accès à l’ensemble des contenus ».

Bérénice Hartwig, l’une des conservatrices de l’exposition raconte comment ces lettres sulfureuses ont été redécouvertes par hasard en 2023 (france bleue).

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Lettre de Gustave Courbet, bibliothèque de Besançon
© Radio France - Arnaud Fromage

Gustave Courbet
Correspondance avec Mathilde

Gallimard/Ville de Besançon
Édition de Ludovic Carrez, Pierre-Emmanuel Guilleray, Berenice Rigaud-Hartwig et Laurence Madeline
Collection Art et Artistes
Gallimard
Parution : 10-04-2025

(Illus.) Gustave Courbert, Les Demoiselles des bords de la Seine (1856)

Il s’agit de la plus importante découverte de lettres de Gustave Courbet depuis la publication de sa Correspondance en 1996. Ce sont des échanges particuliers entre une aventurière audacieuse et intrigante et un homme à la fois naïf et sans limites, une correspondance quasi pornographique qui dévoile le peintre dans sa dimension charnelle. Par là est rétablie la stature de Courbet, effaçant les révisions opérées par ses biographes après sa mort afin de rendre supportable l’artiste subversif, le communard « déboulonneur » de la colonne Vendôme, et révélant l’ultime liberté de l’artiste.

LIRE UN EXTRAIT (expurgé !)

La BAM met en ligne, chaque mois, un nouvel épisode de la correspondance ardente entre Mathilde et Gustave, à travers une sélection de lettres lues par Sébastien Barberon et Nadine Berland (compagnie Terraluna / Besançon).

1. Novembre 1872. Lettres de Mathilde.

Une découverte incroyable

La correspondance érotique entre Gustave Courbet et Mathilde Carly de Svazzema a été découvert dans le grenier de notre bibliothèque d’étude et de conservation ! Découvert le 15 novembre 2023, cette correspondance était jusqu’alors considérée comme perdue… Ces lettres révèlent un Gustave Courbet jusqu’alors inconnu, à la croisée de l’art et de l’érotisme, donnant aux chercheurs et aux amateurs d’art un aperçu intime et fascinant de l’un des maîtres du réalisme. Lui à Ornans, elle à Paris, ils ont échangé environ 116 lettres de novembre 1872 à mai 1873. Un secret caché depuis 150 ans.
On vous raconte cette fabuleuse découverte…

Correspondance érotique de Gustave Courbet

Reportage : S. Bourgeot, F. Petit, A. Laroche, M. Perroud, P. Chalumeau, A. Catherine
Avec :
Pierre-Emmanuel Guilleray, Conservateur des bibliothèque et Archives municipales
Henry Ferreira Lopes, Directeur des Bibliothèque et archives municipales
Frédérique Thomas-Maurin, Spécialiste de Courbet

La correspondance érotique de Gustave Courbet découverte dans un grenier, un secret caché pendant 150 ans


Entre 1872 et 1873, Gustave Courbet et Mathilde Carly ont échangé 116 lettres à caractère érotique et pornographique. Découverte dans le grenier de la bibliothèque de Besançon (Doubs),
cette correspondance inédite sera prochainement présentée au public.

© Stéphanie Bourgeot - France Télévisions. ZOOM : cliquer sur l’image.

Écrit par Jeanne Casez , Stéphanie Bourgeot et Florence Petit
Publié le 27/11/2024 à 12h00

Entre 1872 et 1873, Gustave Courbet et Mathilde Carly de Svazzema ont échangé 116 lettres au contenu érotico-pornographique. Découverte dans le grenier de la bibliothèque de Besançon (Doubs), cette correspondance inédite sera bientôt exposée.

La pile de papiers reposait au milieu d’archives sans valeur, dans le grenier de la bibliothèque de Besançon (Doubs). En novembre 2023, une bibliothécaire tombe dessus par hasard. Les lettres ne sont pas signées. Mais elle comprend rapidement l’ampleur de sa découverte.

Elle tient entre ses mains la correspondance secrète de Gustave Courbet et Mathilde Carly de Svazzema, une maîtresse épistolaire que le peintre a fini par faire condamner. 116 missives, écrites en l’espace de cinq mois seulement et dont le vocabulaire, pour le moins explicite, décolle tout œil de son orbite.


Ces 116 missives érotico-pornographiques ont été retrouvées
en novembre 2023 dans le grenier de la bibliothèque de Besançon.

© Stéphanie Bourgeot - France Télévisions. ZOOM : cliquer sur l’image.

91 lettres de Mathilde, 25 de Gustave. Des échanges connus, mais depuis longtemps considérés comme perdus. Pourquoi mettre au grenier des documents d’une telle valeur ? Étaient-ils si sulfureux qu’on a voulu les faire oublier ?

"Peur du scandale"

C’est ce que suppose la Bibliothèque d’étude et de conservation de Besançon. Ses employés ont passé six mois à retranscrire les lettres et retracer leur itinéraire. D’après les recherches, la correspondance érotique avait été léguée à l’exécuteur testamentaire de Gustave Courbet après la mort de l’artiste, en 1877. Avant de mourir à son tour, en 1906, cet homme les aurait ensuite adressées à la bibliothèque bisontine.

Puis, mystère jusque dans les années 1950, où un conservateur de l’époque (qui ne mentionne pas son nom) dépoussière ce trésor. On le sait car il a laissé une note au-dessus de la pile de lettres, sur laquelle il explique qu’on (on ne sait pas non plus qui) lui a demandé de ne pas les publier. Laissant la pile à l’abandon pour quelques décennies supplémentaires.


Les missives divaguent rapidement vers un terrain sexuel. Le contenu des lettres et la nature de cette liaison, longtemps jugés déshonorants par les descendants du peintre, expliquent pourquoi elles ont longtemps été tenues secrètes.
© Stéphanie Bourgeot - France Télévisions. ZOOM : cliquer sur l’image.

“Ce secret a été conservé par trois générations de conservateurs. Et le dernier n’a pas transmis le secret à son successeur”, commente le directeur des bibliothèques et archives municipales Henry Ferreira Lopes. “Ils ont fait en sorte que l’on ne soit pas au courant, à dessein, par peur du scandale”. En cause, sûrement : le contenu des lettres et la nature de cette liaison, longtemps jugés déshonorants par les descendants du peintre.

"Sex-text" du 19ème siècle

Début de la correspondance à l’été 1872. Mathilde Carly de Svazzema écrit la première. Née en 1839 à Orléans, mariée à un Anglais, elle est décrite comme “une aventurière” par Thierry Savatier. “On la présentait volontiers comme une rouleuse d’hommes en vogue”, écrit encore le spécialiste de Courbet dans son ouvrage "L’origine du monde”.


Mathilde Carly de Svazzena.
© Stéphanie Bourgeot - France Télévisions. ZOOM : cliquer sur l’image.

Elle explique au peintre l’avoir aperçu et admiré pendant la commune de Paris, ce mouvement insurrectionnel du printemps 1871. Lui ne se souvient pas d’elle. Mais tous deux entament un échange qui bascule rapidement sur le terrain sexuel.

“Tu sais que je donnerai n’importe quoi en ce moment pour sucer ton con, mordre tes poils dorés, ta motte et dévorer tes grands tétons pointus, te décharger dans la bouche (...)”, abonde le peintre dans une de ses missives.

Il faudrait bien que tu croies de gré ou de force à toute ma tendresse pour toi. Et si je te tenais je te baiserais jusqu’à te faire souffrir. Lettre de Gustave à Mathilde

Avances auxquelles Mathilde Carly de Svazzema surenchérit : “J’aurai mon con tout prêt à recevoir les sensations qu’il te plaira de lui faire éprouver”.

La facette scandaleuse de Courbet confirmée

Toute cette correspondance n’était pas secrète. Une partie des lettres de Mathilde à Gustave ont déjà été publiées. Mais elles avaient été écrites à la fin de leur relation et ne contenaient pas d’envolée érotique.

Cette découverte a d’inédit qu’elle révèle cette fois les missives rédigées par Courbet. Et si les lettres du peintre sont d’ordinaire précieuses sur le marché, celles-ci le sont d’autant plus qu’elles dévoilent une facette intime du peintre et de l’homme.

Juliette [Courbet] a pris soin d’éliminer tout ce qui aurait pu nuire à la mémoire de son frère. On connaissait la partie scandaleuse de l’homme mais ces témoignages avaient disparu. Aujourd’hui, on a une objectivation de ce dont on se doutait mais qu’on n’avait pas les moyens de prouver. Henry Ferreira Lopes
Rustre ou moderne ?

Pour la spécialiste de Courbet Frédérique Thomas Maurin, ces lettres ne doivent néanmoins pas nous faire voir l’artiste comme "rustre et brutal”. Au contraire : elles prouveraient “sa vision moderne de la sexualité” puisqu’ “il écrit à plusieurs reprises que donner du plaisir à sa partenaire sexuel est ce qui lui importe le plus”.

Ces écrits ne sont, par ailleurs, pas seulement érotiques. Mathilde Carly de Svazzema se confie aussi sur une vie qu’elle décrit malheureuse. À plusieurs reprises, Courbet, lui, manifeste de la “tendresse” et détaille ses tourments du moment.


Gustave Courbet, photographié vers la fin de sa vie.
© © Florence Petit / France Télévisions. ZOOM : cliquer sur l’image.

Le peintre est fragile et malade à cette époque. Sommé de rembourser la colonne de Vendôme après un passage en prison, il cherche à s’exiler. À bientôt 60 ans, Courbet ne désespère pas non plus de trouver une compagne de vie, qu’il semble chercher en Mathilde, dans ses lettres.

“Courbet a toujours recherché une union complète d’une femme qui soit à la fois une muse, une amante et une confidente”, confirme Henry Ferreira Lopes. "Ça se sent dans ces lettres", qui montrent selon lui "une grande sensibilité derrière le graveleux”.

Condamnée pour escroquerie

Quelle déception pour l’Ornanais, donc, de comprendre que Mathilde compte le tromper. Dans le but de récolter des fonds, l’artiste lui aurait fait parvenir des tableaux pour qu’elle les vende sans qu’elle ne lui renvoie d’argent.

Comprenant que Mathilde en veut à son porte monnaie, jusqu’à l’appeler “cette saloperie de femme” dans un courrier à un proche, Courbet fait venir Mathilde à Besançon en juillet 1873. Elle y sera condamnée et enfermée quelque temps pour escroquerie avant que le peintre ne s’exile en Suisse, où il mourra quatre ans plus tard.

Il faut attendre 50 ans avant de publier des archives à caractère privé. Gustave Courbet étant décédé en 1877, la bibliothèque de Besançon a estimé que cette correspondance n’était plus de nature à déshonorer le peintre.

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36 de ces 116 lettres seront donc exposées entre le 21 mars et le 21 septembre 2025 à la bibliothèque municipale, et mises en ligne sur le site https://memoirevive.besancon.fr/ à la suite de cette exposition. L’entièreté de la correspondance sera enfin publiée dans un recueil, co-édité avec Gallimard.

France Télévisions. Écrit avec Stéphanie Bourgeot et Florence Petit.



[1] Mai 1873 : Courbet qui a déjà été emprisonné pour sa participation à la Commune connaît, lui aussi, une nouvelle saison en enfer : « le nouveau président de la République, le maréchal de Mac Mahon, décide de faire reconstruire la colonne Vendôme, abattue par deux fédérés, aux frais de Courbet (soit 323 091,68 francs selon le devis établi). La loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais de Courbet est votée le 30 mai 1873. Il est acculé à la ruine, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. » le 23 juillet 1873, Courbet part s’exiler en Suisse.