Printemps littéraire pour Gide, Aliocha Wald Lasowski publie Gide, à la lumière de Nietzsche, aux éditions Hermann, qui célèbre le 100e anniversaire de la publication des Faux-Monnayeurs.
Interviewé par Ambre PHILIPPE pour la fondation Catherine Gide, Aliocha Wald Lasowski commente son choix de citation de Philippe Sollers en exergue de son livre
Vous citez en exergue de votre essai Sollers, écrivant à Dominique Rolin que « Gide, en somme, était un géant », et Bernard Henri Lévy affirmant, dans un article paru dans le Figaro : « Nul ne nie la grandeur de Gide. » Or, on sait que Sollers n’aimait pas beaucoup Gide (tout en ayant une forme de considération pour lui), de même que Bernard Henri Lévy en relevait les faiblesses. Il y a une certaine habileté à citer de manière liminaire deux êtres de la controverse, pour arriver à Gide, qui en est sans doute un troisième. Il y a aussi une place pour l’ombre, le revers, discrètement glissée dès le début. Vous écrivez, au cœur de votre texte : « Pour expliquer à son ami l’étrangeté romanesque, nécessaire selon lui à la présentation indirecte des événements, Gide prend l’exemple de la peinture : "Pensez à Rembrandt, à ses touches de lumière, puis à la profondeur secrète de ses ombres. Il y a une science subtile des éclairages ; les varier à l’infini, c’est tout un art" ». Que dévoileraient les coulisses de votre travail d’essayiste ? S’agit-il d’un travail également étrange, et qui joue avec les éclairages ? Vous abordez par exemple la question de la libération des sens chez Gide, sans jamais toucher aux « sujets qui fâchent »…
Je suis fier, et profondément heureux, de réunir, en ouverture du livre, trois figures en majesté : Philippe Sollers (citation), Jean-Paul Enthoven (préface) et Bernard-Henri Lévy (citation). Ce trio éblouissant compte pour moi, et leur présence ici m’enchante et me ravit.
J’ai bien connu le premier : lorsque je préparais des dossiers pour Le Magazine littéraire, Philippe Sollers m’a souvent reçu dans son bureau rue Sébastien-Bottin (anciennement rue de Beaune et aujourd’hui rue Gaston-Gallimard). Nous discutions pendant des heures de Barthes et la Chine ou de Dante et l’apocalypse. Je lui ai d’ailleurs consacré un livre, Philippe Sollers. L’art du sublime , où André Gide est fort présent. Il y a, chez Gide et Sollers, ce même élan du corps et de la langue, un même rythme amoureux de la phrase et un même goût virevoltant des mots. Ne trouve-t-on pas déjà chez Gide, à fleur de page dans son Journal, l’élan sollersien de l’écriture et de la vie ? Le 15 mai 1888, Gide écrit : « Penser, rêver et chanter ce qu’on a rêvé et pensé […]. Traduire en un cri surhumain les aspirations de toute une génération ; se donner tout entier à cette belle tâche – y consacrer ses talents, son cœur, sa foi, sa vie même. » À travers cette déclamation gidienne, j’y retrouve le Sollers que j’aime, passion du bonheur de lire, d’écrire et d’aimer.
GIDE A LA LUMIERE DE NIETZSCHE
Alliocha Wald Lasowski
André Gide joue, dans Les faux-monnayeurs – son seul et unique roman qui aura cent ans cette année –, avec les codes littéraires et bouleverse les valeurs esthétiques. Aliocha Wald Lasowski se penche sur le laboratoire expérimental et créatif du fondateur de la NRF : récit d’aventures à la Conrad, enquête policière à la Simenon ou histoire d’apprentissage à la Dickens, Les faux-monnayeurs brouille les pistes et invite à entrer dans une nouvelle littérature.
Parution le 23 avril 2025
le livre sur amazon.fr

Echo sur Gide dans les dits de Philippe Sollers
Vous avez été récemment entendu dans le cadre de l’enquête pour « viols sur mineur » de moins de 15 ans qui vise Matzneff
C’était à Nanterre. Le jour était gris. Je ne trouvais pas de taxi, j’appelle la commissaire divisionnaire, Véronique, une femme charmante au demeurant, pour la prévenir que je risquais d’être en retard. Elle me dit : « Pas de souci, on a gardé toute la journée pour vous. » Je me voyais déjà en garde à vue ! Mais elle a très vite compris que je n’avais aucun dossier aux Philippines. Je lui ai quand même dit qu’il fallait se méfier de l’effet rétroactif que ça pouvait avoir, les effets d’intimidation sur l’édition, sur le cinéma… Je lui parle de Gide. « Oh non pas ça, c’est dégoûtant. » Sade ! « Ah non, quelle horreur. » C’était parfait ! Mais elle a compris je la plaignais de faire ce boulot mal payé. Nanterre, c’est vraiment loin…
in Sollers : « La faribole hétérosexuelle classique est en train d’exploser »
Alliocha Wald Lasowski sur pileface
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