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Robert Laffont (9 janvier 2025)
J’avais découvert Ph.Vilain chez Sollers, dans sa revue l’Infini avec "La dernière année", livre sur son père. Vient de sortir "Mauvais élève" dont une partie est consacrée à sa relation avec Annie Ernaux. Deux écrivains, une différence d’âge importante en "faveur" de l’homme, cela ne vous rappelle rien ?
Avec Annie Ernaux, le narrateur voyage, par exemple à Venise (qu’il aime moins que Naples) et il descend lui aussi à la Calcina, hôtel fréquenté par D. Rolin et Ph. Sollers pendant des années.
De son éditeur il dresse le portrait lorsqu’il le rencontre pour son premier roman, "l’Etreinte", et voici ce qu’il en dit : " Philippe Sollers me félicita et me toisa avec curiosité. Il me demanda comment je vivais, ce que je voulais faire, si j’avais d’autres projets d’écriture et si je partageais encore la vie d’Annie Ernaux [...]Lui-même avait vécu pareille situation et ressenti les mêmes sentiments de jalousie et de gêne face au mépris, lorsqu’il était devenu l’amant d’une femme plus âgée et qu’il avait dû subir les critiques de son entourage. Lorsque je le fixais, il détournait les yeux et parlait vite, en agitant sa main gauche dont l’auriculaire et l’annulaire étaient bagués, serrant son porte-cigarettes et fumant Camel sur Camel, en monologuant, en citant Höderlin, et en sautant si bien d’un sujet à un autre [...]

On le retrouve un peu plus loin lorque Ph. Vilain est l’invité de Pivot pour "La dernière année" et que Sollers l’accompagne à l’émission.
Les pages consacrées à Rouen, à la pluie à Rouen qui me rappellent ce titre du poète Pirotte (La pluie à Rethel) sont magnifiques tout comme les portraits de sa mère et de son père.
Il y a aussi toute une partie réflexive sur le roman, la différence entre ce qu’est vraiment la littérature et ce qui se fait passer pour de la littérature.
La Normandie, (ma terre Natale !) est bien connue pour les grands écrivains et particulièrement Rouen (Corneille, Flaubert, Leblanc), et ces dernières semaines, avec un Effondrement Parfait de Jérôme Leroy, natif de Rouen, et maintenant Mauvais élève de Philippe Vilain, la relève est assurée

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(Nota : titrage pileface)
Rappel des épisodes précédents : dans les années 1990, Annie Emaux a eu une liaison avec un jeune admirateur, Philippe Vilain, son cadet de trente ans. Il en a tiré en 1997 le sujet de son premier roman, L’Étreinte ; elle y a consacré deux livres, L’Occupation et Le Jeune Homme. Des récits dont l’intéressé, s’y jugeant déprécié, garde un mauvais souvenir ; de là ce Mauvais élève, sorte de réplique à retardement. D’un côté, Vilain retrace sa trajectoire de gamin pauvre, destiné à un métier d’employé, qui se lance dans d’improbables études de lettres après son bac pro et, miracle, déjoue l’échec annoncé. De l’autre, il évoque sa rencontre avec Annie Emaux et la dépeint sous l’angle, précisément, de sa situation sociale et de ses origines. Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est guère flatteur : la championne des classes populaires apparaît sous sa plume comme une manipulatrice perverse doublée d’un imposteur, qui non seulement mène un train de vie sensationnel mais n’a jamais vraiment connu la misère ni la gêne, et ne sait à peu près rien des prolos. « En milieu populaire, c’était elle, l’intruse. » Vilain s’ingénie à lui lancer mille piques sur ce thème, d’autant plus perfidement qu’il professe en même temps sa grande admiration pour l’écrivaine et se défend de vouloir régler ses comptes, d’où son ton dépassionné et froid d’analyste objectif. Certes, le côté « qui d’elle ou moi fut le plus pauvre » peut agacer à la longue, tout comme l’inépuisable enchantement qu’inspire à l’auteur sa réussite de transfuge. . Reste un document humain de grand intérêt, qui fera du bruit. Alors même qu’Ernaux y est ici, au fond, un personnage de moindre intérêt que le père de l’auteur, vrai héros du livre, auquel Philippe Vilain consacre ses passages les plus émouvants
Bernard Quiriny
A propos de Philippe Vilain
(Lire Magazine, fév. 2025)
Philippe Vilain est né le 1er juin 1969 à Évreux et a soutenu une thèse de doctorat en lettres modernes de l’université Sorbonne Nouvelle Paris III le 29 janvier 2001 sur « Le sexe et la mort dans l’œuvre d’Annie Ernaux ».