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« Attentats 2015 - Ce qui nous lie »

Suivi de Que reste-t-il de l’esprit Charlie ?

D 7 janvier 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


C’est le titre d’un documentaire inédit, poignant, diffusé sur M6, lundi soir 6 janvier 2025

« Attentats 2015 - Ce qui nous lie » - Place de la Republique ANTOINE GYORI / CORBIS / GETTY IMAGES / MELANIE LEMAHIEU / SHUTTERSTOCK

Laurent Sourisseau, dit Riss, né le 20 septembre 1966. Le 7 janvier 2015, il faisait partie des blessés dans l’attaque de Charlie Hebdo . IL a pris la direction de la publication à la suite de l’attentat.

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Attentats 2015 - Ce qui nous lie

Charlie Hebdo, Montrouge, l’Hyper Cacher, le Thalys, le Stade de France, les terrasses et le Bataclan, c’est la terrible liste des attentats qui ont frappé la France en 2015.

10 ans après, ce documentaire explore les traces qu’ils ont laissées chez celles et ceux qui ont été touchés de plein fouet, réunissant sur un même pied d’égalité ceux qui ont vécu ces événements en première ligne : rescapés, agents de sécurité, forces de l’ordre, médecins, héros, maires, ministres ou président de la République. Ils se livrent à cœur ouvert sur leur traumatisme, leur vulnérabilité, leur reconstruction et ce qui lie les uns aux autres pour toujours. © ZED

Un lien indéfinissable entre les victimes

« Lors de notre premier entretien pour le film, Christophe Molmy, ancien chef de la Brigade de Recherche et d’Intervention de Paris (2010-2021) qui a participé à l’assaut de l’Hyper Cacher et du Bataclan, a prononcé cette phrase forte, à propos de tous ceux qui ont vécu les attaques terroristes : « Quelque chose d’indicible et d’invisible nous relie. » Ces mots ont pris tout leur sens à mesure que nous avons rencontré les victimes.

Des traumatismes profonds

« Dix ans après, nous avons voulu comprendre les séquelles de ces attentats. Solliciter ceux qui les ont subis de plein fouet reste une démarche délicate. Certains préfèrent ne pas s’exprimer ou ne le souhaitent plus. Ceux qui ont accepté l’ont fait car ils avaient envie de partager leurs progrès sur le chemin de la reconstruction ou leur difficulté à retrouver le goût de la vie. Il reste les blessures physiques mais aussi psychologiques. Touché à l’épaule droite lors de la fusillade au siège du journal satirique le 7 janvier, le dessinateur Riss, aujourd’hui directeur de la publication, qui a perdu, avec ses camarades et amis, « une partie de [lui]-même » fait ce constat bouleversant : « Rien ne s’est effacé » et, pour lui, « ce n’est pas plus facile aujourd’hui qu’en 2015 ». »

Les ondes de choc

« Certains ont d’abord cru s’en être sortis plutôt bien, voire indemnes, mais avec le temps ou à la suite d’un événement, ils ont découvert des répercussions importantes jusqu’à, parfois, sombrer dans une dépression. Dix ans plus tard, on s’aperçoit que les personnes qui ont été les plus gravement blessées ne sont pas toujours les plus impactées psychologiquement. Stéphanie, rescapée du Bataclan, confie le sentiment de culpabilité qui l’a envahie et continue de la hanter. « Je m’en suis sortie parce que d’autres ont pris des balles à ma place », résume-t-elle sans détour. Elle évoque aussi, avec une grande émotion, le cas de Fred Dewilde, lui aussi survivant de l’attaque de la salle de concert, et membre de l’association d’aide aux victimes Life for Paris, qui a mis fin à ses jours le 5 mai dernier. « Cette morsure l’a empoisonné », précise Jean-Luc Wertenschlag, kinésithérapeute intervenu spontanément pour soigner des blessés sur la terrasse de La Belle Equipe. »

La résilience

« Des témoignages nous donnent à entendre une réalité plus positive. De nombreux survivants ont choisi de changer de vie. Et plutôt que de se replier sur eux-mêmes ou de céder à la colère, ils se sont tournés vers les autres, en s’investissant, notamment, dans le milieu associatif ou éducatif. Malgré l’épreuve qu’ils ont traversée, il est surprenant de voir comment ces hommes et ces femmes parviennent parfois à en tirer quelque chose. Gaëlle, qui a perdu son compagnon, Mathieu, lors du concert des Eagles of Death Metal et a été gravement blessée par deux balles - une dans le bras et une au visage la laissant avec la mâchoire gauche arrachée -, force ainsi l’admiration. Après plus de 40 opérations de chirurgie réparatrice, elle fait preuve d’une résilience impressionnante en exprimant sa gratitude d’avoir vécu, à travers ce drame, de belles expériences humaines et rencontré de véritables amis parmi les soignants. »

Un procès cathartique

« Le procès des attentats du 13-Novembre à Paris et à Saint-Denis s’est tenu de septembre 2021 à juin 2022. Certaines victimes l’attendaient, d’autres l’appréhendaient, et d’autres encore doutaient de son intérêt car seuls certains prévenus étaient jugés, dont Salah Abdeslam, mais pas tous les principaux organisateurs. Cependant, pour tous, ce moment douloureux mais nécessaire a finalement été cathartique. Stéphanie l’exprime parfaitement lorsqu’elle raconte qu’en voyant Salah Abdeslam en chair et en os, elle s’est rendu compte que ce n’était pas un monstre mais un humain. Or, s’il n’était plus un monstre ni un bourreau, alors elle n’était plus une victime. »

La question collective

« Ces événements ont marqué tous les Français, au-delà des victimes directes et « par ricochet » [sont ainsi qualifiés ceux qui souffrent par répercussion des préjudices subis par un proche, NDLR]. Nous avons donc voulu poser cette question : « qu’en avons-nous fait collectivement ? » C’est la raison pour laquelle nous avons aussi interrogé ceux qui étaient alors en responsabilité, et ont vécu ces attaques en première ligne comme François Hollande, alors président de la République (2012-2017), Bernard Cazeneuve, ex-ministre de l’Intérieur, François Molins, ex-procureur de la République (2011-2018), Christophe Molmy, ancien chef de la BRI, et Anne Hidalgo, maire de Paris. Il est frappant d’entendre François Molins faire cette analyse à propos de la marche du 11 janvier 2015 placée sous la bannière « Je suis Charlie » : « Pour moi, le rassemblement après “Charlie Hebdo” est la dernière manifestation d’une véritable concorde dans notre pays. Et cette concorde-là, je ne l’ai jamais plus retrouvée, quel que soit le caractère dramatique des événements qu’on a vécus ensuite. »  »

Hélène Riffaudeau
le 6 janvier 2025

Documentaire d’Agnès Pizzini et Claire Denavarre (2025). 100 min. Disponible sur M6+.

nouvelobs

GIFDix ans après les attentats, que reste-t-il de l’esprit Charlie ?}

Entre le 7 et le 9 janvier 2015, la France était frappée par une série d’attaques terroristes. Mais dans un pays aussi menacé que divisé, la solidarité avec le journal satirique ne fait pas l’unanimité.

Par Erwan Seznec
<Le Point 06/01/2025

« N’oubliez pas que c’est Charlie Hebdo qui a tiré le premier. » Voilà comment une certaine Taous Hammouti avait commenté, à chaud, la tuerie du 7 janvier 2015 sur les réseaux sociaux. Elle était alors la figure de proue d’une association appelée l’Alliance citoyenne. Une réaction aussi insensée aurait dû décrédibiliser la jeune femme, mais également l’Alliance, qui l’avait cautionnée par son silence.
Il n’en a rien été. En 2017, l’Alliance a participé à la création de l’Institut Alinsky, qu’EELV et LFI ont choisi plusieurs fois pour former leurs élus. « Taous Hammouti n’a jamais été désavouée, relève l’essayiste laïque et féministe Naem Bestandji, qui la suit depuis des années. Les convictions de l’Alliance n’ont pas changé, et les Verts comme les Insoumis s’en accommodent. » Au programme, promotion du burkini dans les piscines comme du hidjab sur les terrains de foot et défense tous azimuts des musulmans, jugés imperméables au second degré et à la dérision.

Cette France qui n’est pas Charlie

« “Charlie a tiré le premier, ils l’ont bien cherché”, ce sont des propos que j’ai entendus de la part de collègues spécialistes du Proche-Orient », déplore l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, autrice du Frérisme et ses réseaux (Odile Jacob, 2023).
Chargée de recherche au CNRS-Groupe sociétés, religions, laïcités, son intransigeance envers l’islam radical est mal vue au sein de l’institution. « Ils veulent me mettre à la porte. Lorsque j’ai eu la Légion d’honneur, en juillet 2024, la personne qui gère le compte de mon laboratoire sur les réseaux sociaux a liké, spontanément. On lui a demandé de retirer le like… »

La France, du moins une certaine France, n’est pas Charlie. Une rapide plongée dans les archives montre que la solidarité sans faille autour de la rédaction décimée n’a jamais existé. Dès le 15 janvier 2015, Le Monde publiait une tribune collective intitulée « Non à l’union sacrée ! ». Dans une inversion devenue classique, les signataires dénonçaient « l’obsession qui s’était enracinée dans le journal contre les musulmans », damnés de la terre présumés, dont ils se décrétaient les défenseurs.


Le 9 janvier 2015, la BRI et le Raid prennent d’assaut l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, où Amedy Coulibaly retient 26 otages. Quatre d’entre eux ont été tués par le terroriste, abattu pendant l’opération.© Nicolas Gouhier/Abaca

Dans les dix ans précédant le massacre, Charlie avait attaqué l’extrême droite des centaines de fois, une vingtaine de fois les catholiques et sept fois seulement l’islam, mais peu importe. L’idée était d’occuper le créneau porteur du rejet de Charlie. La quinzaine de signataires de la tribune du Monde a fait du chemin.

L’un (Rémy Toulouse) a été nommé, en avril 2015, directeur littéraire de La Découverte, prestigieuse maison d’édition de gauche. L’autre (Marwan Mohammed) est devenu un sociologue médiatique, spécialiste de l’islamophobie et de la jeunesse stigmatisée des quartiers populaires. Un troisième encore (Julien Théry), historien, s’est vu confier une émission sur Le Média, la chaîne télé des Insoumis.

Marqueur électoral

Responsable de la sécurité de la rédaction après l’attentat de 2015, Éric Delbecque en veut énormément au parti de Jean-Luc Mélenchon, coupable selon lui d’avoir transformé le rejet de Charlie et de la laïcité en marqueurs électoraux.
Dans l’espoir de capter les voix des banlieues, les Insoumis « Hamas-compatibles », dit-il, refusent de regarder la réalité en face. Et, par « peur de paraître xénophobe » et pour le « frisson petit-bourgeois de se sentir révolutionnaire », une large partie des élites de gauche s’aligne sur eux dans les sphères politique, universitaire et littéraire. Sans parler de la sphère associative…

En 2018, l’antenne marseillaise du Planning familial a refusé de condamner l’excision, au nom du respect de la diversité… Ces dernières années, le fossé n’a cessé de se creuser. À l’occasion des JO 2024, Amnesty France a défendu le port du voile pour les sportives, alors que la rédaction de Charlie dénonçait une instrumentalisation flagrante de cette revendication.

Simple malentendu, chacun défendant la liberté à sa manière ? Éric Delbecque n’y croit pas. « On a en face de nous des gens qui font mine de ne pas comprendre que les islamistes invoquent des grands principes démocratiques qu’ils aboliraient sitôt arrivés au pouvoir. »

Logique fondamentaliste

Qu’en pense la grande masse des citoyens, voilà sans doute la seule question qui vaille. Est-elle encore Charlie ? Les enquêtes d’opinion seraient plutôt rassurantes. En mars 2024, la Fondation Jean-Jaurès trouvait seulement 5 % des Français de 18 à 30 ans ayant une opinion négative de la laïcité, avec une pointe à 11 % chez ceux qui se disaient musulmans. La laïcité est souvent floue, mais, dans le détail, seul un sondé sur quatre souhaitait « plus de tolérance envers les expressions des identités religieuses », et 29 % souhaitaient plus de fermeté.

Un autre sondage, publié en décembre 2023, confirmait toutefois l’existence d’une minorité musulmane glaçante. Un musulman sur six interrogés par l’Ifop (16 %) ne condamnait pas totalement l’assassinat du professeur Dominique Bernard par un islamiste à Arras, un mois plus tôt !

Le Kangourou du jour

Les mêmes questions avaient été posées dix ans auparavant à propos de l’attaque contre Charlie Hebdo, avec des résultats presque identiques : 15 % d’absence de condamnation et 5 % de franche approbation. C’est peu, mais, sachant que deux tireurs ont suffi pour assassiner 12 personnes le 7 janvier 2015, c’est encore trop.
La communauté juive française est mieux placée que nulle autre pour mesurer le danger. Quarante-huit heures après Charlie, le 9 janvier 2015, quatre personnes trouvaient la mort à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, sous les balles de l’islamiste Amedy Coulibaly. Elles aussi l’auraient-elles « bien cherché », comme les journalistes de Charlie, mais par le seul fait d’être juives ? Dans une logique fondamentaliste, oui. Mais telle est précisément la logique que Charlie Hebdo nous appelle à rejeter.

Le Point

L’édito d’Etienne Gernelle.Qu’avons-nous fait de ces dix ans ?

Le Point, N° 2736, 2 janvier 2025

Trois dates qui résonnent encore dans nos têtes comme le son des coups de feu : 7, 8 et 9 janvier 2015… Chacun se rappelle où il était ces jours-là. Le choc, les larmes et la colère, le vide laissé par le meurtre des hommes et de l’esprit… Notre mémoire est bercée, à l’inverse, par la gigantesque réaction collective du 11 janvier, la plus grande manifestation de notre Histoire.

« Je suis Charlie, je suis juif, je suis flic », lisait-on sur des pancartes. On croyait avoir gagné, tout du moins les cœurs. Et pourtant… Si l’on s’était donné, comme dans la chanson de Patrick Bruel, « rendez-vous dans dix ans », y aurait-il autant de monde sur la place des grands hommes ?
Qui aurait imaginé en janvier 2015 que, dix ans plus tard, la liberté d’expression se porterait si mal qu’un écrivain emprisonné pour ses idées à Alger, Boualem Sansal, ne serait soutenu que comme la corde soutient le pendu par nombre d’intellectuels, de politiques et de médias, adeptes du « oui mais » ; que son ami Kamel Daoud, récompensé par le dernier prix Goncourt, verrait les mêmes sycophantes donner du crédit aux calomnies lancées contre lui par la dictature algérienne ; que Sophia Aram, humoriste sans peur et sans œillères, bête noire des extrémistes de tout poil et des islamistes, serait prise pour cible par le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, fidèle serviteur de Jean-Luc Mélenchon…

Une rhétorique digne d’Édouard Drumont

Qui aurait imaginé en janvier 2015 que, dix ans plus tard, la haine des Juifs exploserait en France, qu’elle représenterait plus de la moitié des actes à caractère raciste ou antisémite ; que des députés n’hésiteraient plus à employer une rhétorique digne d’Édouard Drumont – l’auteur, en 1886, du répugnant La France juive – sur le thème du « peuple déicide », son argent, et son influence supposée ; qu’on arracherait en France des affiches représentant des otages israéliens du Hamas…

Qui aurait imaginé que, dix ans plus tard, le parti du slogan « La police tue » serait de facto le leader de la coalition de gauche ? Pas toute la gauche, bien sûr, mais tout de même.

Que s’est-il passé ? D’abord, les idiots utiles des islamistes, les complices intellectuels n’ont jamais désarmé. On pense à cette réplique écrite par Michel Audiard pour Jean-Paul Belmondo dans Le Guignolo, de Georges Lautner : « Vous savez quelle différence il y a entre un con et un voleur ? Un voleur, de temps en temps, ça se repose… » Quelques jours à peine après la manifestation du 11 janvier, Mediapart publiait à sa « une » un article intitulé « L’enfance misérable des frères Kouachi », leur trouvant beaucoup de circonstances atténuantes. On ne se refait pas.

Antisémitisme d’atmosphère

Quant au flirt d’une fangeuse part de la gauche avec l’antisémitisme, il a été entamé bien avant le 7 octobre 2023 : les remarques de Jean-Luc-Mélenchon sur les « ukases arrogante [sic] des communautaristes du Crif », le tapis rouge déroulé au rappeur Médine, dont les états de service en la matière sont accablants, et cent autres petits pas, autant de jalons posés, suscitant toujours un peu moins de réprobation, accoutumant les esprits à cet antisémitisme d’atmosphère. Où sont passés les « Je suis juif » ?

Bien sûr, les extincteurs des Lumières n’ont pas gagné, et le fait qu’ils se déchaînent, sur les réseaux sociaux comme sur les campus universitaires, est bien le signe qu’ils rencontrent de la résistance. Richard Malka, l’avocat historique de Charlie Hebdo, qui sort ces jours-ci un livre précieux, Après Dieu (Stock), dans lequel il dialogue avec Voltaire au Panthéon, pense même que, à propos du rire, de la caricature, du dessin de presse et du blasphème, le combat est plutôt bien engagé. Avec cette précision : « Le biais pessimiste de notre perception provient probablement du fait que ceux qui bénéficient plus que d’autres de la liberté d’expression – les milieux culturels ou intellectuels – sont ceux dont les discours sont les plus moralisateurs et convenus, si ce n’est hostiles. On les entend donc beaucoup, mais ils restent très minoritaires, alors, ne nous laissons pas impressionner. »

Cela ressemble à une superbe résolution pour 2025. Bonne année !

Le Point

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