« Comme "promis", je vous envoie et propose, pour "Pileface", un extrait de mon "TWEET N°1" ; il s’agit ici du début du chapitre 9, dit "TWEET N°9". »
Guillaume Basquin, ce 3 janvier 2025
« Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent. » Je publie. A.G.

Extrait tweet n°1 pour « Pileface »
TWEET N°9 ici dans un tournoiement résurrectionnel nous allons parler de religion de pneuma de zeugma de souffle d’artiste & de Dieu car la route des impies ne mène nulle part pour fixer les choses rappelons quelques paroles de la messe : Notre Père qui es aux cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés amen & maintenant embrassons-nous les uns les autres dans la paix du Christ—même s’il y a des virus ; le PontifeX MaXimus fait des bonds ? n’écoutez plus cette canaille Antéchrist & ne cherchez pas une inutile rixe avec lui laissez-le avec sa faux de la mort la religion vulgaire par excellence c’est le scientisme c’est-à-dire la religion de la science dont le pseudo-pape Bergogo semble être le promoteur en chef ; le matérialisme c’est l’impossible & la poésie est inadmissible Laurence Sterne eut beau être un ennemi juré du matérialisme agnostique d’un Sade il fut quand même mis à l’IndeX par l’Eglise catholique voici pourtant comment il définissait l’émotion dans son chef-d’œuvre final : what could not be accounted for from any combination of matter & motion largement de quoi y perdre définitivement son latin ou plutôt son anglais—un lecteur choqué m’interpelle : ainsi donc vous arrivez à défendre en même temps Sade & Sterne Lucrèce & les monothéismes vous ne souffrez donc pas de vos propres contradictions insolubles ? bah c’est que nous sommes absolument imperméable à toute idéologie & à toute certitude immuable pour nous nous sommes à la fois catholique & gnostique métaphore spermatique ; de l’audace toujours de l’audace ! impossible n’est toujours pas français ces mots ne sont pas ceux d’une personne : des masses entières les ont produits en écrivant à chaque page nous naissons l’important n’est pas d’être mais de devenir tout semble en désordre ; mais on rattrapera tout ça au montage & au mixage sonore—notre objet est d’amener la parole à la parole en tant que parole introduisons donc ici un dialogue sur les DieuX du stade par exemple ce dimanche 10 septembre 2023 NovaX Nocovid vient de remporter son 4e US Open de tennis & 24e titre du Grand Chelem après deux années où on l’avait empêché de jouer pour des questions pseudo-sanitaires de refus de présenter un certificat d’injection expérimentale à ARNm Moderna est le sponsor de cette olympiade tennistique & c’est un rare plaisir que de l’écrire sur cette table de montage textuel mais il y a plus après avoir regardé quelques plans du supposé best of de la finale ai pu constater que le plan moyen de filmage du tennis avait changé (il suffit par exemple de visionner sur le McEnroe Channel de YouTube le match McEnroe-Connors des Masters 1981 à New York) on est passé d’un plan moyen-œil du Prince c’est-à-dire que le spectateur pouvait se croire à la place du champion à un plan moyen de type caméra-drone c’est-à-dire de caméra de surveillance webcam anus mundi #tousfilmés #tousprotégés après le fumeux #tousvaccinés #tousprotégés en bref on est passé de la place royale à l’œil du prolétariat mondialisé numérisé & confiné Prisoner’s Eye View œil de Bentham panoptiCON who guards the guards ? prolétaires de tous les pays distancez-vous & masquez-vous point d’exclamation je dédie cette pensée à Thomas A. Ravier ; devant la laideur gestuelle du tennis contemporain quittons ce domaine non sans avoir rappelé que Godard dans ces Histoire(s) du cinéma pensait que c’est Degas qui avait inventé l’angle en peinture & qu’Eisentein à sa suite aurait découvert le montage en mettant deux angles l’un à côté de l’autre dialectique entre l’objet & le jugement du cinéaste tout ça pour dire que Degas avait lui-même découvert l’angle parce qu’il était photographe & que c’est comme cela qu’il y a eu l’invention du cadrage grâce à la photographie & qu’on ne sait plus du tout filmer le tennis on en viendrait presque à regretter une fasciste comme Leni Riefenstahl qui elle au moins savait nous mettre à la place des dieuX & maintenant désennuyons-nous avec quelques considérations cosmiques aviez-vous remarqué que la plupart des étoiles portent un nom arabe comme AcruX ou Alpha de la croiX cela vous étonne point d’interrogation même si l’on peut encore voir cet astre errant il est bien possible qu’il ait déjà disparu dans la réalité en tant que corps physique dit autrement in reality evermoving wanderers from immeasurably remote eons to infinitely remote futures in comparison with which the years of allotted human life formed a parenthesis on infinitesimal brevity o ever changing time in never changing space dans le même genre d’idée il est tout à fait possible que ce volume astre assez considérable étoile distante n’atteigne ses lecteurs que bien longtemps après ma mort & puisque les nouveaux religieux de notre époque sont les complosophistes véritables possédés qui imaginent qu’il n’y a jamais eu de complot & qu’il n’y en aura jamais comme si Antigone & AjaX n’avaient pas dû lutter à mort contre Œdipe Roi & comme si Orwell avait été un plaisantin avec son roman prophétique dans lequel je lis : perhaps the rumors of vast underground conspiracies were true after all perhaps the Brotherhood really existed & comme si ce n’était pas seulement en étant instruit du Réel que nous pouvions le changer
Guillaume BASQUIN

Jimmy Connors (de dos), John McEnroe (au service).
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Un autre extrait de TWEET N°1 a été publié dans Les Cahiers de Tinbad N° 17, Automne 2024. Le livre paraîtra le 11 mars 2025.
Commentaire (A.G.).
« Il faudrait écrire comme ça... La balle fulgurant sur le côté droit... Juste dans l’angle... Sur le point fuyant de l’angle... On dirait un ange du Caravage, agressif, rapide, venant renverser les cartes de la pesanteur... [...] Quel mime... Les grands artistes sont d’abord des mimes... Innés... Le mimétisme est la base nerveuse de tout... Au commencement est l’absorption... L’originalité radicale, contrairement à ce que pense les étriqués de tous bords, est dans le muscle impalpable du mime, sa plasticité, sa roue, son innervation, son aération... Il n’y a que lui qui comprenne le fond vide des phénomènes, la soufflure inutile de tout, l’humour fatal de toute manifestation extérieure, son erreur méritant la mort, sa qualité quand même, en excès... » (Femmes)

John McEnroe (à la volée).
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Tweet n°1 (classé) X, Guillaume Basquin (par Claire Fourier)
Guillaume Basquin est un bourreau du travail et un derviche tourneur. Un érudit et un danseur sur lignes. Il est sage et il est fou. C’est un virtuose de la réflexion et des mots. Où trouve-t-il donc le souffle dont il fait preuve ?
« Mon âme est une étrange usine. » Il y a du génie dans cet homme excentrique… qui recentre.
Tweet n°1, (classé) X, son dernier livre, se donne pour mission celle que Kafka intimait à l’écrivain : « Hacher en nous la mer gelée ». Basquin, effacé en public et défonçant plume en main, chauffe la température à fond, et la mer gelée bouillonne dans un tourbillon de phrases où cet homme singulier, ce « monsieur cent mille volts » et cependant très doux, ausculte le cœur de son époque. Ça roule et se déroule, ça tournoie, ça galope. Basquin, l’insurgé, le dissident, le mutin, le psychopompe à qui vous « donneriez le bon Dieu sans confession », examine et pose un regard implacable et sans pitié sur les grands traits de notre monde et de celui qui se profile.
Les phrases tiennent dans un ruissellement sans ponctuation – mais avec, omniprésente, une ligature, l’esperluette « & » qui renvoie à Cicéron, aux Mérovingiens, aux copistes médiévaux, à l’imprimeur Manuce, phrases donc qui, en même temps qu’elles se veulent d’avant-garde, s’inscrivent dans la tradition littéraire ; ruissellement cependant saccadé (tant de caillouX au fond de la rivière !), étonnamment lisible (plus même que le Paradis de Sollers dont se revendique Basquin, en pareil interprète de l’époque).
Et le miracle, c’est que toutes les lignes, toutes les phrases de ce maelström vertigineux ont du sens ; il y a là un petit miracle, et telle est la force du livre.
Peut-être le pilote de ligne habitué à la vitesse du Boeing « avionne-t-il » sur la page. Alouette, je te plumerai, gentille alouette, vas-tu sortir de mon drapé de mots ? Et elle sort, elle vole, elle danse.
Alouette et Zarathoustra ensemble sur le fil.
De cette étourdissante et savante composition musicale qui joue avec la lettre X (avec Twitter), de cette flèche de Zénon d’Élée, de cet Achille immobile à grands pas qui veut « occuper le créneau du futur » et se présente en prophète ou messie, émanent une clairvoyance inattendue et une approche, ô combien, perspicace du monde.
Au fil d’une langue innovante qui relègue dans une tornade le roman commercial et à succès au rang d’antiquaillerie, voici donc en diX petits chapitres, chacun consacré à un aspect de notre société, un livre (qui, bien que défiant la grammaire, aurait pu être précédé en épigraphe de la fameuse règle : bijouX, caillouX, chouX, genouX, hibouX, joujouX) ; un livre qui dit – d’une manière personnelle et très particulière ce que certes partout l’on s’accorde à dire, hélas, sans effet puisque sans style – la déshumanisation et la dévastation de notre monde par la technique ; un livre qui précisément donne envie d’humaniser un monde dévasté, autrement dit un livre bourré de vie jusqu’à la gueule, véhément, entraînant, dont la lecture ne décroche, ni ne faiblit, tandis que nous nous disons stupéfaits : comment tout cela lui vient-il ?
Un livre costaud qui nous apporte un éclairage audacieuX, aussi décapant que sain, sur le monde tel qu’il va, devient (ne va pas, ne devient pas) et qui en appelle à notre discernement.
Chapeau (sans X), l’artiste.
Claire Fourier, La Cause littéraire, 19 mai 2025.
Entre glose outrancière de l’actualité et laboratoire du Verbe
Guillaume Basquin : Conducteur d’ovnis
Par Yannick Gomez
20 avril 2025 20:00
Il est presque facile d’être Philippe Basquin. Surtout quand c’est Guillaume Sollers qui est aux commandes… Sans compter le continuo schuhlien, puisque l’auteur insiste sur l’hommage fait à Télex n°1 de Jean-Jacques Schuhl (Gallimard coll. l’imaginaire).
Non content d’être un simple hommage, Guillaume Basquin signe avec ce texte vitriolique Tweet n°1, (classé) X un manifeste autoévalué de l’anticonformisme salvateur selon lui. Si l’anticonformisme tend à devenir monnaie relativement courante chez les petits éditeurs – et pour cause ! –, ici l’auteur nous amène bien plus loin qu’à de simples régurgitations travaillées, mitrailleuses enragées façon droitardes, dénonciation d’un antiracisme littéraire prohibitif, etc. Tout cela est tout à fait en deçà de ce que propose ce livre, qui est bien plus qu’un livre. Ce courroux pugnace et viril, pamphlétaire à la langue sollerso-bloyenne, s’embarque à bord d’un tracteur loué chez Céline, mais pour défoncer non seulement le milieu éditorial fantoche et ses prix littéraires claniques, mais surtout un état profond occidental tentaculaire, dont les ventouses vont de la Bible et même avant jusqu’à Davos, cette « UE davosienne », comme Basquin la désigne. Faire tomber les totems sans aucun tabou en si peu de pages et avec autant de rythme, de formules ironiques et sarcastiques en seulement 112 pages n’est évidemment pas donné à tout le monde. Pour apprécier ce « teXte », le lecteur doit museler une bonne fois pour toutes ses principes moraux et scientifiques, au sens GIEC ou « covidiste » du terme, pour accueillir cette lave vomitive savante à destination d’une bassine ignorante et inculte qu’est notre société : « La nouvelle orthodoXie climatique du GIEC se fonde sur de fausses prémisses, un climat réglé n’a jamais existé, tu entends jamais. »
Autant les critiques littéraires s’emparent à l’envie des gros romans gras qui nourriront les colonnes des grands magazines, autant ils sont tous affectés et affairés à une littérature infantile, laquelle a contracté une immense varicelle, prix à payer pour être restée dans les nipes de papa politiquement correct et maman néo-féministe : « combattre la moraline & le néo-féminisme revanchard ». Affreux tandem que Basquin esquinte jusqu’à l’orgie. Car cette énergie textuelle qui s’excite toute seule sous nos yeux effarés, souvent approbateurs, soutient une véritable comédie, une « intolérable bouffonnerie ».
Mais en quoi cette bouffonnerie est-elle si intolérable ? En ce que l’auteur rassemble et concentre en ce court texte la grande énergie pamphlétaire d’un Léon Bloy, dont beaucoup se réclament mais que peu ressuscitent ; à l’image de cette référence au Pal, revue éponyme bloyenne qui avait fait les heures de gloire de sa plume critique et qui achemina nombre de personnalités audit supplice, ici ardemment souhaité pour : « l’ex-directrice du CDC américain à l’époque de l’intoX médicale généralisée Rochelle Walenstyx sera soumise au supplice du pal ; elle sera embrochée en dessous du coccyx. »
Notre monde – qui pourrait le nier ? – serait « figé sous la communication une sorte de 4e Reich pour mille ans ». Et notre humanoïde fantomatique électrisé devient sous sa plume, en continuité du parallèle osé avec l’ancien 3e Reich « l’Européen cultivé cette fin de race sans énergie sans courage & dévirilisée on n’écrit pas de chefs-d’œuvre en état de décadence ». Mais si ! Preuve en est faite par ce texte. Malgré sa « promesse de tout comprendre pour tout pardonner à tout le monde et leur apprendre à en faire autant », l’auteur décrète : « Les Français sont des veauX je répète, les habitants de l’HeXagone sont des veaux. »
L’époque n’étant plus propice à ce que l’on pouvait anciennement désigner de chef-d’œuvre, dure de passer après les 19e et 20e siècles, sauf à s’abandonner à siroter sa petite vie faussement spermatique, à « jouir à côté » comme aurait dit Céline, auquel l’auteur rend hommage « Gloire à Céline ». Et les écrivains ne s’insérant pas dans le bilan, la genèse d’une civilisation, donnent raison à cet aphorisme basquinien : « Un Déluge mal observé, c’est toute une Ère entière pour rien ! »
Tour de la bibliothèque occidentale accéléré oblige, de Sade à Orwell, de Pascal à Dante, de Sterne à Céline, du « cher Bloy » au « divin Sollers », Basquin perpétue ici une volonté de signer à son tour l’inventaire de notre littérature tout en se promettant d’y laisser sa trace. Et l’importance que l’auteur se confère tient elle aussi de l’avion : « moi, quand j’écris j’avionne », où ses chevilles gonflent dans le temps et l’espace Davo-parisien, voire mondial : « j’accomplis ainsi la translation des images & des prophéties à cette explosion voisine de mon génie universel » ou bien « je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ». Pour rester sur les pas de Nietzsche, il fallait au moins ça… Mais puisqu’il s’agit d’une bouffonnerie, n’allons pas prendre ces mots au sérieux.
Comment le musicien en nous ne pourrait-il pas être admiratif d’un auteur voulant « mourir dans les madrigaux », formule indubitablement sollersienne s’il n’en fut, tant que passagèrement circonspect quant au tweet n° 7, dédié à la musique, et par elle à Martha Argerich ? Car après la leçon de choses vient la leçon de musique. Si l’on ne trouve rien à redire à l’ensemble, il nous faut oublier certaines apostrophes esthétisantes quant à la continuation de la musique tonale survivant à celle de l’atonalisme. Et à la question terriblement peu modérée – mais après tout nous sommes dans un pamphlet comédie – « l’art est moins l’harmonie que le passage de l’harmonie à la dissonance soledad sonora risque sublime ; en 1909, six pièces pour orchestre op. 6 Klangfarbenmelodie, l’œuvre est jouée pour la première fois le 31 mars 1913 à Vienne sous la direction de Schönberg & vous voudriez que la musique tonale continue ? » Oui ! Évidemment que nous le voulons, du moins en ce temps-là ! Qui est ce conducteur d’aéronef impénitent pour nous dire que le vingtième siècle musical aurait dû faire l’économie de Rachmaninov, Prokofiev ou encore Ravel et Roussel etc. ? Un tel franc tonalisme aujourd’hui ne pouvant évidemment avoir cité sans tomber dans la grotesque paraphrase. Nonobstant, un jugement plus ouvert malgré tout, moins binaire, pourrait laisser place à une voie hybridée de la musique contemporaine, puisque le sérialisme est en voie de caducité lui aussi, n’en déplaise aux esthètes anti néo-romantiques asphyxiés de gargarismes snobinards, à édifier le seul crédit à la seconde école de Vienne et leurs enfants en matière de composition musicale.
Cette objection faite, ne boudons pas le plaisir physique que la lecture de cet ovni procure, car l’on y sent non seulement le travail et la virtuosité, l’auteur le sait – nous l’avons dit –, mais aussi le goût du risque, ce livre levant tous les lièvres à la fois. Centrifugeur, ce texte déponctué détricote et tue une bonne fois pour toutes les deux grandes intox que l’auteur juge les plus inouïes de notre temps : le « fascisme sanitaire » en premier d’un côté, et le dérèglement climatique de l’autre. Ces deux mensonges mondiaux, propagandes planétaires, étant encadrés par ce que l’auteur nomme les « fuck checker ». Difficile d’éviter le rire, autre vertu de ce texte ovni. On soulèvera l’éloge fait au professeur Raoult, pour lequel nous applaudissons également, mais derrière ce combat une clameur palpable à réveiller le veau français pour l’acheminer à la vérité révélée « j’écris la vérité la vérité ». Suffit-il de le répéter en vibrato appuyé pour que cela soit vrai ? Doutons pour finalement être sûrs. C’est à peu près cette école aristotélicienne de laquelle Basquin se réclame, et sachonslui gré des trouvailles, lacrymales de rire, que l’auteur nous offre : « Hursula von der LaHyene » ou encore « Macaroni - TrouD’eau », et mille autres écorchures et néologismes du même tonneau, comme ce « chaosmos » dans lequel nous nous agitons. L’auteur se voulant être le Cassandre du total reset…
Sous cette lettre X, en référence au réseau social bien connu, se cache le chiffre 10, donnant ainsi le découpage en dix chapitres, dix tweets pensés et contrôlés par les mathématiques, en référence également à Nombres de Philippe Sollers, mais dont les résonances fourmillent bien en amont, en convoquant Galilée et Copernic, puis Pascal. Depuis les mesures liberticides imbéciles du Covid-19, Basquin nomme la science la « chienche », dernière gifle qui claquera tout au long des dernières pages ce poème brulot.
S’il y a bien une raison, une parmi d’autres, de lire ce teXte, c’est que peu ont ce pouvoir de nommer poétiquement et musicalement les choses. L’auteur jugeant son texte de « partition », on ne peut mieux résumer l’organisation contrapuntique de ce flux grouillant sous ses yeux, entre ses mains, dans son cerveau… Et ce dialogue entre le « possédé » et le « complotiste », sur le mode du Dialogue entre un prêtre et un moribond du marquis de Sade, a de quoi séduire. Non seulement quant à la magie de répartir ainsi la trame narrative, mais pour nous dévoiler la dualité et la culpabilité auxquelles le complotiste se trouve assigné par la sagesse de la « chienche », qui a possédé les esprits telle une amibe. Le seul bémol véritable, nous sommes en France, serait l’utilisation abusive de citations et longues phrases en anglais, pour lesquelles on suppose que l’auteur pense que le lecteur – à qui il s’adresse souvent – devra se débrouiller avec ces mêlasses polyglottes. Tour d’horizon de la grande littérature oblige, Laurence Sterne est maintes fois évoqué, rareté cohérente qui définit également ce livre. Non que l’on veuille abonder à gonfler cet ego au kérosène dont il est déjà rempli, mais il serait honnête de dire que la caractéristique de la vraie littérature, pour peu qu’elle existe encore, se décèle dans sa capacité de prendre le pouls de notre monde, de ses pathologies chroniques, de ses déficiences mentales. On ne résiste pas à conclure en nous rangeant derrière Basquin : « Il est humiliant de voir que notre expérience livresque de tous les pays & de tous les siècles nous laisse encore avec des préjugés de blanchisseuse », ou bien « pour étouffer toute révolte […] il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes l’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes acquises ; toute doctrine remettant en cause ce système nouveau doit d’abord être désignée comme subversive & terroriste & ceuX qui la soutiennent devront ensuite être qualifiés & traités comme tels sous le mot-valise de "complotistes" », et enfin, sur l’importance qu’il confère à la contradiction, fermant du doute aristotélicien devenu hégélien, célinien tant que sollersien : « la contradiction est la règle pour le vrai, la non-contradiction pour le fauX […] pour Aristote le doute est le commencement de la sagesse quand pour les merdias c’est le début du complotisme cherchez l’erreur et choisissez vot’ camp ».
Guillaume Basquin se moquera bien de notre avis, et il aura raison ; tout comme la raison se niche progressivement mais sûrement du côté de l’oubli, étant donné le peu de recensions de ce livre faites par le milieu littéraire. Il faudra compter avec cet écrivain pour percer et s’immuniser avec les « oreilles de l’âme » contre notre présent marteau-piqueur, notre société en travaux perpétuels, poubelle mentale revêtue en Vuitton, fausse liberté cadenassante dopant la psychiatrie. Certains remèdes sont là. On verra.
Mauvaise nouvelle
Sans palimpseste, il n’y aurait pas de littérature. Guillaume Basquin l’a compris, dès l’incipit il revient aux sources : « Tweet N° 1 au commencement n’était ni le Verbe ni l’image au commencement était le tweet & Dieu vit que c’était bon le X était partout cui-cui & même si le petit oiseau bleu s’était envolé tweet-tweet clic-clic je tweete donc je suis… » Ici, l’évangile selon saint Jean est triplement mis en abîme : par des mots ; par l’absence de ponctuation qui renvoie aux parchemins tandis que les minuscules suggèrent, paradoxalement, l’hégémonie des majuscules aux temps anciens ; et enfin, par le fait que les premiers mots reproduisent le titre du livre, à l’instar de nombreux livres de l’Ancien Testament, lui-même palimpseste pour le Nouveau.
Plus largement, ce long poème en prose est une ode à la subversion, ne serait-ce que parce que, avec cent vingt pages, Guillaume Basquin dépasse largement la limite officielle de deux cent quatre-vingts signes permise par X, anciennement Twitter. Rien ici n’est comme il paraît : Tweet n° 1 se compose de neuf tweets (aujourd’hui rebaptisés posts), dont la ressemblance avec les gazouillis d’X tient uniquement à la violence faite à la grammaire.
Et puis, au-delà (ou en deçà ?) de la référence biblique, il y a la référence à Jean-Jacques Schuhl, véritable écrivain canonique pour Basquin – il lui avait consacré une monographie –, auteur de Telex n° 1. S’il y a cinquante ans Schuhl traduisait l’expérience cinématographique en prose, Basquin effectue une mise à jour, pour prendre en compte les réseaux sociaux. Comme son modèle, Basquin a un faible pour les signes, surtout ceux situés à la fin de l’alphabet. Y a-t-il un autre palimpseste caché derrière tout cela, celui du Sonnet en X ?
Steven Sampson, En attendant Nadeau, 15 avril 2025.
Réseaux. Personnellement, je suis pour la ligne tranchante qui découpe dans la masse une figure. Mais c’est très intéressant les réseaux, les reXaux : il s’agit, n’est-ce-pas, de socialité et de communication, de socialitation et de communicaté. BASQUIN, paradoxalement, dit :"Pas trop vite !"