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Les accords égalitaires, selon Yannick Haenel

Charlie Hebdo

D 20 juillet 2024     A par Albert Gauvin - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Des goûts et des couleurs estival.es...

Les accords égalitaires

Yannick Haenel

Mis en ligne le 17 juillet 2024
Paru dans l’édition 1669 du 17 juillet

Revenons aux fondamentaux, c’est-à-dire au langage. Considérons la manière dont nous parlons, c’est-à-dire dont nous pensons. Faisons-nous assez attention à ce que nous disons et comment nous le disons  ? Durant ces dernières semaines politiquement délirantes, où le pire n’a plus cessé de s’exprimer en toute impunité, j’ai pensé que notre rapport au langage s’était mis à relever du lapsus organisé. J’ai bien conscience que la notion de lapsus organisé semble absurde et contradictoire, mais notre époque n’est-elle pas celle du triomphe de la volonté de volonté  ?

Alors voici quelques petits rappels en période estivale : la désinhibition n’est pas l’expression de la vérité, et son contraire, l’inhibition, ne relève pas du défaut  ; celle-ci freine les instincts meurtriers  ; il lui arrive même de limiter la connerie. Autrement dit, un peu d’inhibition rend moins con.

À propos d’impunité, celle de la langue française me paraît de moins en moins tolérable : la grammaire a beau nous dire que «  le masculin l’emporte  », il est évident que cette prévalence linguistique du masculin cautionne un soi-disant point de vue universel et cherche à légitimer une domination des hommes sur les femmes.

Dans Inventrices (éd. Cam­bourakis), un beau livre composé de 16 portraits de femmes qui ont changé le monde, et illustré très joliment par ­l’artiste Chloé Dugit-Gros à même le texte, l’écrivaine Hélène Giannecchini pose la question : «  Comment lutter contre le sexisme avec une langue qui le perpétuerait  ?   » Elle rappelle de manière imparable que le masculin ne l’a pas toujours emporté et qu’il existe des «  accords égalitaires  » : ainsi, l’ancien français préférait-il accorder l’adjectif en fonction d’une idée de proximité – dans la phrase, c’est le nom le plus proche qui décidait de l’accord en genre. Exemple (j’invente) : «  Le sourire de cette politicienne et sa veste verte sont belles.  » Voilà : je vote pour l’accord de proximité, d’autant qu’il relève de la logique.

On voit que l’écriture inclusive, vers laquelle il est juste d’aller si on le désire, n’est pas l’unique solution : soyons créatifs et créatives, choisissons cette fluidité heureuse qu’on appelle l’égalité.

À LIRE AUSSI : «  Trad wives  » : femme, c’était mieux avant

VOIR SUR PILEFACE

Je vous laisse découvrir ce petit livre instructif, plus politique que n’importe quelle campagne des législatives bâclée et qui rappelle à quel point les femmes ont été, et continuent d’être invisibilisées : les inventrices dont il raconte les destins ont été spoliées de leurs découvertes (scientifiques ou artistiques) par des hommes.

Alors vivent Mileva Maric Einstein, Costanza Calenda, Herminie Cadolle, Nellie Bly, Chien-Shiung Wu, Hedy Lamarr, Jeanne Barret, Matilda Joslyn Gage, Anna Arnold Hedgeman, Jeanne Villepreux-Power, Rosalind Franklin, Marie Tharp, Ada Lovelace, Sarah Eaves, Flora Tristan, Alice Guy  !

Toutes les chroniques de Yannick Haenel dans Charlie.

Toutes les chroniques de Yannick Haenel dans Pileface

«  Le sourire de cette politicienne et sa veste rouge sont-elles prometteurs.es ?  »


1 Messages

  • Albert Gauvin | 23 juillet 2024 - 01:05 1

    Des goûts et des couleurs (suite).


    Paysage à l’arc-en-ciel (1859), de Robert S. Duncanson.
    ZOOM : cliquer sur l’image.

    Joe Biden, vieux et fatigué, a donc jeté l’éponge. Trump, fidèle à sa réputation, l’a aussitôt traité d’"escroc" et réclamé sa démission. La classe ! Le "vieux" Trump (car désormais, c’est lui le vieux), n’a pas tardé à concentrer toutes ses attaques sur Kamala Harris, la possible candidate démocrate à l’élection présidentielle, fille d’un père jamaïcain et d’une mère originaire de l’Inde. Pouvait-on attendre autre chose de celui qui s’est toujours caractérisé par la vulgarité, le racisme et le machisme les plus grossiers ? En Europe, en Russie, il a ses fans... à l’extrême-droite (des "patriotes", paraît-il).
    Je me souviens de la cérémonie d’investiture du 20 janvier 2021. Après le coup de force du Capitole, Trump la boycotta. On offrit à Biden "Paysage à l’arc-en-ciel" (1859), un tableau de Robert S. Duncanson, “l’artiste afro-américain le plus célèbre des États-Unis pendant les années entourant la guerre civile”. “Vivant à Cincinnati, il était soutenu par les abolitionnistes qui achetaient ses peintures et ont financé son voyage en Europe pour qu’il étudie auprès des vieux maîtres”.
    Ce jour-là, Kamala Harris portait une robe et un manteau violets, couleur du bipartisme aux Etats-Unis : le mélange du rouge des républicains et du bleu des démocrates. J’ai lu que, procureure générale de Californie, elle avait refusé de plaider la peine de mort pour un condamné. Dans un pays qui n’a jamais eu le courage d’abolir la peine de mort (pas plus que de limiter l’usage des armes à feu), c’est quand même notable.
    Les femmes (Kamala Harris a défendu le droit à l’avortement), les jeunes et les minorités pourraient voter Kamala Harris. Verdict le 5 novembre.

    «  Le sourire de cette politicienne et sa veste violette est belle.  »


    Kamala Harris prêtant serment le 20 janvier 2021.
    ZOOM : cliquer sur l’image.