
Le livre

le livre sur amazon.fr
A paraître le 23/08/2024
Editeur : Allia
RÉSUMÉ
Que trouve-t-on dans la tête d’un homme ? Le bonheur, Dieu, l’écriture, la mort, les fantômes du passé et les présences nocturnes… Et une femme, qui jamais ne sera nommée.
Le Seul fou nous happe dans le maelström d’une conscience en plein dérèglement. Entre images irréelles et extrême lucidité, il nous fait entendre une voix qui se déverse, emportant d’un seul souffle toute une existence sur son passage, cristallisant avec acuité la condition de l’écrivain à l’œuvre.
Au fil de ce monologue intérieur fluide et tendu, intime et hypnotique, à la fois confession et flux de conscience, souvenirs, aphorismes et visions jaillissent en cascade.
QUATRIEME DE COUVERTURE
« On ne peut pas savoir quel cadeau involontaire on a fait à autrui »
Marc Pautrel
La citation dans son contexte ICI
ILLUSTRATION : en couverture : Paul Klee, Die Grenzen des Verstandes [Les Limites de la Raison], 1927. Tempera sur toile. Munich, Pinakothek der Moderne. Éditions Allia, Paris, 2024.
Paul Klee et le Surréalisme
Bien que Klee ne soit pas un membre officiel du mouvement surréaliste, son travail partage de nombreuses affinités avec ce courant artistique, notamment dans son exploration de l’inconscient et de l’imagination. Le surréalisme, initié par André Breton dans les années 1920, cherchait à libérer l’esprit des contraintes rationnelles pour atteindre une expression plus authentique de la pensée et de la réalité.
Affinités surréalistes dans cette œuvre
• L’œuvre intègre des éléments de rêve et de fantaisie, rappelant l’esthétique surréaliste.
• La juxtaposition de formes abstraites et figuratives crée une tension entre le connu et l’inconnu, le conscient et l’inconscient.

Une pérégrination surréaliste
Un poème dit Marc Pautrel pour qualifier ce texte. Un long poème en prose (80 pages)
Sans citer explicitement André Breton, cent ans après le premier manifeste du surréalisme d’André Breton (1924), Marc Pautrel nous livre en cette année 2024, avec ce texte « Le seul fou », une véritable pérégrination surréaliste, où s’exprime l’imaginaire onirique, fantasmagorique, surnaturel, aux limites de la magie et de la folie.
Un rapport existentiel à l’écriture
Au cœur de cette pérégrination, un rapport existentiel à l’écriture, obsessionnel, mégalomane, avec ses fulgurances, ses doutes et ses souffrances, celles de l’écrivain Marc Pautrel. Là encore aux portes de la paranoïa et de la félicité. Un univers aux dimensions du cosmos et de Dieu dans sa toute puissance. Nous avons quitté le monde borné de la raison.
« Les phrases sont-elles vivantes, oui ou non ? En fin de journée, j’ai tellement travaillé que les lettres me collent aux doigts. Qu’elle regarde la lumière qui vient vers elle et rend son corps de plus en plus léger et bientôt transparent comme s’il était en verre. La femme que j’aime habite à l’intérieur de mon corps, de sorte que nous sommes dorénavant deux occupants dans cette maison. » (p. 62)
« Ma main ne m’appartient plus lorsque j’écris, j’ai beau savoir que c’est un phénomène normal qui touche tous les écrivains, il m’effraie. Je dois travailler plus, bien plus, trop d’heures passées à faire autre chose qu’écrire, dormir, lire, ou marcher. Je vais me réparer. Je sens que mon corps d’écrivain est en train d’acquérir de nouveaux pouvoirs. » (p. 7-8)
« Ne pas hésiter à écrire son autobiographie quand on est encore jeune, renouveler l’exercice : écrire ses mémoires une fois tous les dix ans (à vingt ans, trente ans, quarante ans, etc, les lecteurs compareront. » (p. 35)
« Un morceau du monde est manquant, je sais que c’est à moi soit de le retrouver, soit de le remplacer. Toutes les langues du globe sont tombées sur moi un matin, au réveil, des milliers de dialectes traversaient mon corps de part en part, comme l’aiguille ,du tailleur traverse le tissu. Une vision tellement faussée de la réalité, que je suis persuadé que toutes les personnes que je croise dans la rue me crient : Mains en l’air ! Suspendu dans le vide, retenu par ma main agrippée à sa main. Jugement d’un ami, en mon absence : Marc, il est comme un enfant, il veut tout, tout de suite. La vie m’apprendra la patience » (p. 43-44)
Ecrivain à perpétuité
« J’ai bonne confiance dans le pouvoir de mes mots, ils valent bien mieux que moi. Un livre dont la fin n’arrive jamais, qui créé sans cesse de nouvelles pages comme l arbres créent des feuilles. Écrivain à perpétuité . Avec moi, les éditeurs et les femmes sont pareils : tous sont persuadés que je n’existe pas, que je ne suis qu’une de leurs illusions. Qui va lentement va sûrement, je ne cours pas aussi vite que mes confrères, mais mes jambes pratiquent le geste depuis des décennies et rien ni personne n’a le pouvoir de stopper ma progression. Je suis composé de femmes comme l’Univers est composé d’hydrogène. » (p. 56)
Une femme mystérieuse jamais nommée mais omniprésente
Qui est-elle ? La personnification de la Littérature, la femme fantasmée, unique et multiple… ? L’auteur se complait à nous égarer à dessein et entretient le suspens.
« La littérature passe son bras sous mon bras et se propose de faire quelques pas avec elle. Comment la décrire ? brune aux yeux bleus, rieuse, nez fin, bouche fine, dents courtes, menton doux, une pleine poignée de diamants taillés. Là où elle se tient, les rayons de soleil sont plus vifs. Elle ressemble à une mésange posée sur une branche : au premier mouvement brusque, elle s’envole. Je meurs heureux si je meurs amoureux. J’ai l’impression que tous lles êtres humains passent des vacances sur la Terre, tous sauf moi. » (p.8)
« La ronde des corps, dans le silence des chambres à coucher. Une femme dont les pouvoirs magiques sont si grands qu’elle est capable de vous transformer en dauphin. De son ombre, elle me protège. » (p.42)
Un monde féérique sans fée ne le serait pas
Mais elle y est ! Une bonne fée, sauvant l’auteur dans un monde hostile :
« Malgré le beau temps ensoleillé, je suis pris dans ue tempête : des rafales de vent inouïes font voler des plaques de ciment rectangulaires à travers les rues, à hauteur d’homme, qui manquent de me tuer, mais au milieu de cette tempête, une fée apparaît, elle étend les bras en croix et le vent change de direction, les dalles de ciment ne traversent plus les airs de long en large, elles ralentissent leur course et se mttentt à tourner en cercle autour de la fée, puis avec les dalles dociles, la fée construit un château mouvant, aux façades et aux tours souples comme des murs d’eau, immense maison de mille pièces, demeure dont les cloisons ont la douceur de la peau, corps vaste comme une famille de dix générations. C’est un miracle que nous puissions survivre, que nous puissionns résister au traitement bestial que nous inflige parfois la vie. Le ciel vous le rendra. Un nouveau monde a été substutué à l’ancien et personne n’en a rien su, sauf moi. Les arbres de la forêt sont devenus bleus, le ciel sans nuage est devenu vert. Le soleil ne se couchera plus jamais. Les femmes me donneront tout ce que je souhaiterai, tout. » ( p. 39-40)


Notons que André Breton aimait les fées et qu’il a dédicassé pour Sollers, une réédition des Manifestes du surréalime’avec ces mots
"A Philippe Sollers,
aimé des fées.
André Breton" »

André Breton nous a aussi laissé ses « Lettres à Aube », sa fille unique, sa "chère petite fée" "N’oublie pas que je t’aime plus haut qu’on ne peut voir les petits oiseaux. Je te serre dans mes bras. Tu es ma petite Aube merveilleuse", déclare en 1939 le médecin auxiliaire Breton.
Les métaphores surréalistes
Dans l’extrait ci-dessus, ceci :« Les arbres de la forêt sont devenus bleus, le ciel sans nuage est devenu vert. » que l’on peut rapprocher du poème de Paul Eluard, « La terre est bleue ». Paul Eluard qui se situe dans la mouvance surréaliste, celle d’un « automatisme psychique pur » dit André Breton, permettant d’exprimer la réalité de ses pensées, sans censure. Le surréalisme est basé sur l’exploration du monde onirique, et de l’inconscient dans l’espoir de reconnecter l’Homme avec son intériorité [1].
La terre est bleue
Paul EluardJamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.
Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.
Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929

Les poésies de Mallarmé
Subrepticement, Mallarmé se glisse dans les pages de cette introspection.
« C’était à peine croyable, encore pire que dans un rêve : chacun de nous saisissant le livre à tour de rôle et lisait à voix haute pour l’autre, les poésies de Mallarmé à l’ombre des arbres de la grande cour carrée Les marronniers ont des oreilles. Imitons les oiseaux migrateurs : posons-nous sur les fils électriques pour nous reposer quelques heures avant de reprendre la route. »
Même discrète, est-ce si étonnant d’y trouver une évocation des poésies de Mallarmé ?
Pas vraiment :
L’influence de Mallarmé sur André Breton
André Breton, le fondateur du mouvement surréaliste, a été profondément influencé par l’œuvre de Mallarmé. Dans son livre « Les Vases communicants », Breton a écrit que « le poème est ce qu’il y a de plus mystérieux et de plus radical chez Mallarmé ». Breton a également cité Mallarmé comme une source d’inspiration pour sa propre quête de l’expression libre de la pensée.
L’héritage de Mallarmé dans le mouvement surréaliste
Héritage réel. Son influence sur le mouvement surréaliste ne s’est pas limitée aux années 1920. Les poètes surréalistes ont continué à citer l’œuvre de Mallarmé comme une source d’inspiration pour leur propre travail, et son influence peut être vue dans des œuvres surréalistes ultérieures, telles que « L’Amour fou » d’André Breton et « Les Champs magnétiques » de Breton et Soupault. Jusqu’à Philippe Sollers qui y faisait aussi référence, tout comme Marc Pautrel .
Philippe Sollers et la Poésie de Mallarmé

Manet, Portrait de Stéphane Mallarmé, 1876, Musée d’’Orsay

Sollers s’est intéressé à diverses formes littéraires et philosophiques, en mettant un accent particulier sur l’innovation stylistique et l’exploration du langage.
Stéphane Mallarmé (1842-1898) est l’un des poètes symbolistes les plus éminents. Il est connu pour son style hermétique et son exploration profonde de la musicalité et des potentialités du langage poétique. Ses œuvres cherchent souvent à exprimer l’inexprimable, jouant sur les symboles et les sonorités pour créer des effets de sens multiples. L’influence de Mallarmé sur Sollers est notamment sensible dans les domaine suivants :
1. Exploration du Langage : Comme Mallarmé, Sollers s’intéresse profondément aux capacités du langage à transcender la simple communication pour atteindre une forme d’art. Mallarmé considérait que le langage poétique devait aspirer à une pureté et une musicalité quasi absolues. Cette quête de perfection langagière a résonné chez Sollers, qui voit la littérature comme un espace de jeu et d’exploration infinie des mots.
2. Structure et Hermétisme : Les structures souvent complexes et hermétiques de Mallarmé ont influencé Sollers dans ses propres œuvres, où il privilégie une approche fragmentaire, voire opaque. Cette complexité invite le lecteur à une participation active à la construction du sens.
3. Thématiques de l’Absence et du Néant : Mallarmé explore fréquemment des thèmes comme l’absence, le néant et l’infini, concepts que Sollers intègre également dans son propre travail, notamment en utilisant des références philosophiques et existentielles.

VOIR AUSSI SUR PILEFACE :
Philippe Sollers, le portrait de Mallarmé par Manet

Et Dieu dans tout ça ?
« Si je savais prier, je n’écrirais pas. Le grand vent de beau temps, somptueux, qui fait gonfler la voile et vous emmène au bout du ’monde. L’amour me guérira. Je ne suis pas croyant, au sens habituel du terme ma religion, mon Dieu, c’est l’art, et j’ai un accès permanent au paradis. Des morceaux de mon corps tombent, comme des cheveux ou des bouts de peau, mais là il s’agit de phalanges de doigts, de lobes d’oreille, un jour toute une main, puis un gros orteil, et le bout du nez, et bientôt un des deux yeux, je devine qu’il faut faire quelque chose pour stopper l’érosion, mais quoi ? Ai-je été ? j’ai peur de l’été, peur de l’être au passé. La sirène hurle dans mon crâne jour et nuit. Nous gagnerons cette course, nous franchirons la ligne d’arrivée les premiers, loin, bien loin devant le reste des êtres humains, les ordinaires, tous ceux en bonne santé. » (p. 37)
Mort ou vivant ?
« La nuit descend sur mes épaules, me forme une grande cape, puis m’aide dans ma progression. Les femmes me traitent comme si j’étais déjà mort, or on ne couche pas avec un cadavre, pourtant je suis sûr que je suis vivant. » (p.35)
« J’avance de plus en plus vite dans le tunnel obscur mais le point lumineux n’apparaît jamais. Des millions d’anges se sont rapprochés de nous et forment un cercle à l’orée des nuages. Ce sera une vague plus haute qu’un gratte-ciel : un raz-de-marée de grâce tombera sur elle. Pour saluer l’événement, le jour réapparaîtra en pleine nuit l’espace de trois minutes, les plus surprenantes et les plus belles minutes que !’Histoire récente aura connues. Je dois trouver la solution, je dois résoudre cette équation, même si pourtant je n’en possède pas les données […] » (p. 42-43)
VOIR AUSSI
La vie ; notre vie a-t-elle un sens ?
L’écrivain et psychanalyste Catherine Millot a failli mourir du Coronavirus. De sa confrontation avec la mort, c’est-à-dire aussi avec le désir de vie au plus intime de soi, elle a tiré un beau récit Un peu profond ruisseau… publié dans la collection L’Infini/Gallimard de Sollers
Ce titre mallarméen – « Un peu profond ruisseau calomnié par la mort. » – [2] donne au petit ruisseau qu’est la vie la valeur d’un absolu [3]
Le seul fou
Ce rapport à la folie on le trouve aussi chez André Breton et il est là, souligné dans le titre et au cœur de l’ouvrage, de façon répétée :
Dès la première page, le ton est donné :
« On m’a volé ma vie, j’essaie maintenant de la racheter. Personne ne m’aide : ceux qui veulent ne peuvent pas, ceux qui peuvent ne veulent pas. J’entends dans ma tête des bruits bizarres, forts et clairs, de plancher qui grince et de meubles qu’on traîne. On m’a retiré un à un tous les os du corps. Je dors à présent sur un grand lit disposé dans la vitrine d’un magasin, et tous les passants s’arrêtent pour me regarder. Quel est mon âge ? je pense que mes parents m’ont menti, que je ne suis pas né en 1967, mais plutôt en 1977, ou en 1987, impossible de savoir. J’en suis certain, ce globe est malléable, la réalité, de la simple pâte à modeler. Ce que je fais là, il faut bien que quelqu’un le fasse. Les pensées se succèdent tellement vite dans ma tête que je crois que je vais devenir fou, que la merveilleuse horloge va s’emballer. Un monde dans lequel tous les gens sont aveugles et où seul le narrateur voit. »
• NOTA :
Dali et la « Paranoïa critique » ce « J’en suis certain, ce globe est malléable, la réalité, de la simple pâte à modeler » n’est pas sans évoquer les montres molles Salvador Dali, qui lui, aussi a exploré la folie avec sa méthode de la Paranoïa Critique, une technique permettant de cultiver un état d’esprit paranoïaque pour accéder à des associations d’idées et des images inhabituelles. Il considérait la paranoïa comme un moyen de percevoir la réalité sous un autre angle. Pour Dali, ses montres molles dans "La Persistance de la Mémoire" symbolisent une perception altérée du temps, propre à un esprit en décalage avec la réalité conventionnelle. N’est-ce pas justement ce qu’évoque l’extrait ci-dessus.


Dali, Persistance de la Mémoire (montres molles)
ZOOM : cliquer l’image

« Je basculerai peut-être un jour dans la folie. Aucune épée ne me touche et les flèches s’écartent lorsqu’elles m’approchent, personne ne peut stopper ma progression. » (p.15)
« Je cours depuis l’âge de vingt ans, même pendant mon sommeil je continue de courir, ça ne me gêne pas, c’est devenu une habitude, mes jambes vont et viennent aussi naturellement que mon cocur bat, Ne pas se laisser glisser dans la douceur de la folie est baucoup plus compliqué qu’on ne croit, je suis souvent tenté.
Je prends tellement, j’absorbe une si grande quantité de choses, des bonheurs, des malheurs, des révélations, des précisions, que je voudrais pouvoir leur donner en retour, peut-être pas autant parce que c’est impossible, mais au moins une partie, il va bien falloir à un moment rééquilibrer l’échange entre elle et moi. »
« Je cours comme un dératé avec derrière moi, cherchant à me rattraper, mon double maléfique qui veut m’assassiner. » (p.37)
« le matin, je vais sur la plage me faire peigner pur le vent. Tous ces êtres minuscules ! ils vivent entre les herbes de la pelouse, ils vivent même sous ma peau : des fourmis, des grillons, des coccnelles, des araignées pacifiques qui circulent à l’intérieur de mes bras. Le fou ne se rend pas compte qu’il est devenu fou. Le soir, je replie ma journée et je disparais, Chuque matin, je me réveille reposé comme si j’avais dormi dix ans. Dieu me fait de clin d’oeil. Seules les étoiles du ciel peuvent me dire où je suis, dans l’Antiquité on naviguait déjà comme ça. » (p. 34)
« Une femme est venue de très loin pour me faire un cadeau. Un feu qui brûle à l’intérieur de mon corps, qui le creuse comme un foyer et y transporte mes yeux pour \ qu’ils admirent au plus près le battement de la vie. Dieu ne la lâche pas d’une semelle, il veut veiller sur elle. Entrons dans la nuit soyeuse pendant qu’il est encore temps (elle ne nous attendra pas toujours). Je rêve d’un monde dans lequel ne-vivraiént que des gens sains d’esprit, je serais le seul fou [… » (p.67)
Nietzsche qui a touché la folie à Turin :
La scène appartient à la légende nietzschéenne.
Avant, il avait pu écrire :
"Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse."
Nietzsche
Le 3 janvier 1889, au terme de plusieurs mois d’intense activité intellectuelle, Nietzsche est victime d’une crise de démence en plein Turin. Il enlace l’encolure d’un cheval que son cocher vient de fouetter violemment et s’effondre en sanglots. Jusqu’à sa mort, survenue le 25 août 1900, il ne recouvrera jamais ses esprits
L’express
La Folie dans le Surréalisme
Fascination pour la Folie
Les surréalistes voyaient la folie non pas comme une maladie, mais comme une forme de libération de l’esprit. La folie était perçue comme un état d’esprit capable de révéler des vérités cachées et de défier les conventions sociales.
L’Inconscient et le Rêve : Les rêves, souvent irrationnels et illogiques, sont une source majeure d’inspiration. Ils permettent de représenter la folie comme un voyage à travers un monde où les règles de la logique ne s’appliquent pas.
Le surréalisme a redéfini la perception de la folie dans l’art, la transformant en un état de grâce où l’esprit peut échapper aux chaînes de la logique et de la rationalité. Les artistes surréalistes ont célébré la folie comme une forme d’expression authentique et puissante de l’inconscient, ouvrant des portes vers des réalités alternatives et des vérités plus profondes. Cette approche a non seulement influencé l’art, mais aussi la littérature, le cinéma et la pensée philosophique du XXe siècle, laissant une empreinte durable sur la culture moderne.
Et aussi ce propos :
Avant de souligner comment le surréalisme chercha dans la folie, selon les termes d’André Breton, une manière de « réduire l’antinomie de la raison et de la déraison [4] », soulignons que la folie pour le surréalisme se veut avant tout une expérimentation.
L’expérience d’André Breton est d’ailleurs entrée dans le mythe. Rappelons-en ici les faits essentiels : Breton durant la première guerre mondiale, en pleine crise poétique et au bord de ce qu’il reconstruira comme un de ses vertiges du silence, décide d’orienter ses études de médecine vers la psychiatrie. C’est à Saint-Dizier que Breton fera sa première « expérience » de la folie, qui lui fera écrire, en 1924, dans le premier Manifeste du Surréalisme
les confidences des fous, je passerais ma vie à les provoquer [5]. » Pourtant, c’est ce contact immédiat, banal et tristement répétitif, qui détournera Breton de la psychiatrie et qui marquera ainsi profondément le surréalisme dans son rapport à la folie. Malgré la volonté de distance qu’il affirme à l’égard de la poésie, Breton, entre volonté de dépassement et vertige de l’anonymat, à travers l’expérience psychiatrique se concentre essentiellement sur les problèmes du langage et sur les sources de la création poétique qu’il veut y lire. Breton, grand défricheur, par sa pratique médicale, son écoute de cette parole tue, crée le rapport ambivalent de tout le surréalisme avec cette « folie qu’on enferme [6] ».
]]. » Dès lors, la folie pour le surréalisme s’énonce en cette question obsessionnelle qu’il ne cesse de poser : Pourquoi écrivez-vous ? Moteur de création et source d’inspiration, la folie reste un vertige destructeur que la parole poétique doit prendre en charge mais dont il convient cependant de se préserver : « Le surréalisme n’aime pas perdre la raison ; il aime ce que la raison nous fait perdre [7]. »
Des perles dans l’océan de mots
« Plus je découvre les autres, moins je me comprends moi-même. » (p. 43)
« J’ai bien envie de me mettre en vacances de moi-même durant un mois ou deux. » (p.50)
« Le monde ne sait pas qu’il existe, moi, si. » (p. 52)
D’autres à découvrir dans le texte… Faîtes-vous pêcheur de perles !
A propos de l’auteur

Marc Pautrel est né en 1967. Il vit à Bordeaux où il se consacre entièrement à l’écriture. Il est l’auteur, notamment, de dix romans parus aux Éditions Gallimard : L’homme pacifique (2009), Un voyage humain (2011), Polaire (2013), Orpheline (2014), Une jeunesse de Blaise Pascal (2016), La sainte réalité. Vie de Jean-Siméon Chardin (2017), La vie princière (2018 ; « Folio », 2019), L’éternel printemps (2019 ; « Folio », 2021), Le peuple de Manet (2021) et Un merveilleux souvenir (2023), ainsi que d’un long poème aux Éditions Allia : Le seul fou (2024).
Extrait de "Un seul fou" (pdf)
Le site de Marc Pautrel
Carnets de Marc Pautrel
Marc Pautrel sur le site Gallimard
[2] extait du poème Tombeau de Mallarmé.
[4] BRETON A., Entretiens, Paris, Gallimard, 1973, p. 153.
[5] BRETON A., Manifestes du surréalisme, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essai », 1985, p. 15.
[6] Ibid., p. 15.
[7] ALQUIE F., Philosophie du surréalisme, Paris, Flammarion, 1965, p. 151.
[8] Verlynde, Marc. « Chapitre VIII : “Je ne m’arrête plus quand je vois la folie”. Approche surréaliste de la folie dans l’œuvre de René Crevel ». La folie, édité par Cécile Brochard et Esther Pinon, Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.40732.
* Version imprimable




2 Messages
« Le Seul Fou », de Marc Pautrel, Allia, 80 p., 8 €.
Signé A. d. C. (Amaury da Cunha)
Le Monde / Les brèves critiques de la rentrée littéraire
Article rédigé par Carine Azzopardi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 24/08/2024
L’écrivain Marc Pautrel. (ARLEA)
Se procurer ou recevoir un livre de Marc Pautrel, c’est ajouter une tranche de poésie à sa bibliothèque et dans sa vie, et ce n’est jamais désagréable. Le Seul fou, son dernier ouvrage publié le 23 août 2024 aux éditions Allia, ne déroge pas à la règle. On y est happé par l’écriture quasi-automatique de l’écrivain, et on suit les méandres de ses pensées comme le cours d’un ruisseau qui dégringole le long d’une montagne.
C’est un livre dans lequel il n’y a pas vraiment d’histoire. Marc Pautrel ne décrit ni les lieux, ni les personnages, qui surgissent dans le récit sans que l’on sache qui ils sont. Ceux-ci n’existent que par les sentiments qu’ils suscitent, ou par leurs actes. En revanche, on suit parfaitement les sursauts des émotions de l’auteur qui les décrit avec une précision sobre, voire chirurgicale. Exemple : "Les pensées se succèdent tellement vite dans ma tête que je crois que je vais devenir fou, que la merveilleuse horloge va s’emballer". Et un peu plus loin : "Ma main ne m’appartient plus quand j’écris, j’ai beau savoir que c’est un phénomène normal qui touche tous les écrivains, il m’effraie." La littérature est décrite comme une fille aux yeux bleus, rieuse, nez fin, bouche fine, dents courtes, menton doux… Et là où elle se tient, les rayons du soleil sont plus vifs. On comprend au fil des pages que c’est l’univers que l’écrivain a choisi depuis trente ans, faisant confiance au temps pour forger une œuvre discrète, d’un labeur régulier. Ancien juriste, l’auteur a décidé d’utiliser des mots très précis pour écrire des poèmes comme s’il s’agissait de textes de loi. Ce qui donne encore une fois un texte d’une grande sobriété, et d’une immense délicatesse.
Des bouées de sauvetage
Tout au long du livre, les phrases s’enchaînent, passant du coq à l’âne : le narrateur se décrit en train d’écrire, le processus créatif se déroule presque sous nos yeux, comme si l’on était entré dans son bureau par effraction et que l’on lisait par-dessus son épaule. Comme il le dit lui-même, c’est un "poème écrit par un fou, fou des mots et fou sauvé par les mots". Des mots qui constituent également pour le lecteur des bouées de sauvetage. "On ne peut pas savoir quel cadeau involontaire on a fait à autrui", dit la couverture. On ne saurait mieux dire. Et le but transparaît parfois au détour d’une page : "Si je ne suis pas capable, par mes mots, de guérir les malades, alors c’est que je ne suis pas un écrivain. Nous allons sortir du puits ensemble, nous allons retrouver la lumière la main dans la main."
Marc Pautrel ne reprend jamais son souffle, comme pris par l’urgence. Un seul long paragraphe sans jamais se retourner, sans aucun retour à la ligne. Ce rythme rend la lecture oppressante et haletante. Comme happé par la folie, le lecteur n’a plus envie d’en sortir, juste d’accompagner l’écrivain dans son monde parallèle et de le regarder "s’y suspendre, avec trois ou quatre kilomètres sous ses pieds." En période d’angoisse, c’est une lecture salutaire, presque psychédélique : de celles qui consolent, en apprenant qu’un autre est aussi "suspendu au-dessus du vide, que la chute ne s’arrête jamais, le sol s’ouvrant en dessous des pieds au fur et à mesure de la descente."
Nous avons imité le temps d’une lecture les oiseaux migrateurs imaginés par Marc Pautrel, qui se posent quelques heures sur des fils électriques avant de reprendre la route. "Certains envoient des fleurs et moi, j’envoie des mots : tous les jours un nouveau bouquet", écrit l’auteur, "j’ai bonne confiance dans le pouvoir de mes mots, ils valent bien mieux que moi." Bouquet bien reçu, merci.
"Le Seul fou" de Marc Pautrel, paru le 23 août 2024 aux éditions Allia (73 pages, 8 euros)
"Le Seul fou" de Marc Pautrel. (EDITIONS ALLIA)
le livre sur amazon.fr
Extraits : "Non, les autres n’y sont pour rien, le fou, c’est moi. Immense éclaircie dans le ciel à l’intérieur de mon crâne : les nuages noirs s’écartent rapidement et le double éclat du bleu et du feu s’installe en plein milieu."
"J’ai été obligé de raser tout ce qui existait à la surface du globe et de reconstruire ensuite à l’identique toutes les villes, pierre par pierre, de pétrir également dix milliards d’êtres humains, pour remettre en place un monde nouveau dans lequel, enfin, j’ai une place, cette place-là, celle d’un homme intégralement vivant, qui respire et qui marche."
"Vous êtes nés ? Très bien, alors sachez que vous vous trouvez au volant d’un modèle de voiture un peu spécial : il n’y a pas de marche arrière, il n’y a pas non plus de frein."