« Le monde est très, très beau
si l’on prend le temps de le regarder »
David Hockney [1]
Peintre, dessinateur, graveur, portraitiste et paysagiste, l’artiste britannique David Hockney est mort le 11 juin à Londres, à l’âge de 88 ans. Souvent qualifié de dernier survivant du pop art, David Hockney est, comme il est des écrivains voyageurs, un peintre voyageur. Des paysages mélancoliques de son Yorkshire natal aux très éblouissantes lumières de Californie en passant par les bocages pluvieux de la Normandie où il s’était installé en 2019 avant de repartir dans son pays natal en 2023, la vie de David Hockney s’apparente à un magnifique carnet de route. La sienne s’est arrêtée ce 11 juin.J’y vois une sortie de route après ce grand virage qui domine un paysage aimé celui de son Yorkshire natal peint dans ce tableau "Garrow Hill" de 1998, conservé au Museum of Fine Arts, Boston. Le paysage reste, lui s’en est allé, mais il continue à le contempler avec nous.

Garrowby Hill

David Hockney, Garrowby Hill
Huile sur toile, 152,3 x 193 cm
Museum of Fine Arts, Boston
ZOOM : cliquer l’image

Garrowby Hill est la dernière oeuvre du cycle des paysages du Yorkshire. Elle était en moi, explique Hockney. J’ai dû la peindre en trois semaines, alors que je pensais que cela me prendrait beaucoup plus de temps. Le tableau représente la vaste vallée de York, ses champs vus du plateau de Garrowby HilI. Quotidiennement, pendant plusieurs semaines, Hockney emprunte cette route qui relie Bridlington à la maison de Jonathan Silver : J’ai dû, les quelques mois qui ont précédé, monter et descendre cette colline une bonne soixantaine de fois. C’était pour moi quelque chose de très fort. Un sentiment puissant. Les jours de beau temps, je dirais que la vue est dégagée sur quatre-vingts à quatre-vingt-dix kilomètres, ce qui est beaucoup pour l’Angleterre. Et là-bas, à l’horizon, vous pouvez alors apercevoir la cathédrale, York Minster Douzième siècle. Puissante bâtisse.

Le point de vue élevé peut donner au spectateur l’impression qu’il peut s’élancer, voler au-dessus de la plaine. Comme dans tous les paysages du Yorkshire peints par Hockney, l’air est ici d’une pureté cristalline. Aucun nuage, pas la plus légère brume ne gênent l’oeil du spectateur. Chaque parcelle est représentée selon une perspective qui lui est propre, généralement inversée par rapport à celle du champ voisin. Cette vue " d’en haut " annonce A Bigger Grand Canyon, dans lequel le sentiment de survoler le site trouve son accomplissement.
Lors d’une conversation avec David Hockney, l’écrivain Lawrence Weschler donne une interprétation émouvante de ce tableau. Pour lui, Garrowby Hill fixe l’instant où Hockney surmonte la triste nouvelle de la perte de son ami Jonathan Silver. Garrowby Hill signe l’ouverture sur un monde nouveau. Le spectateur achève l’ascension d’un mont, parvient au bout d’un tunnel obscur. Ce tableau prouve - pour reprendre les paroles du peintre Gerhard Richter - que l’art est la forme suprême de l’espoir.
K.H traduit de l’allemand par M.C (David Hockney : espace/paysage, centre Georges Pompidou )
davidhockney.free.fr


En 2025, la fondation Louis Vuitton lui consacrait une exposition exceptionnelle, conçue avec sa participation active et offrant un panorama spectaculaire de ses 25 dernières années de création.
En 2017, le Centre Pompidou l’honorait d’une grande rétrospective à l’occasion de ses 80 ans. Tandis qu’en 2021 au musée de l’Orangerie, il présentait son œuvre monumentale A Year in Normandie (actuellement visible à la Serpentine Gallery de Londres jusqu’au 23 août prochain), une vaste méditation, longue de plus de 90 mètres, sur le temps et l’histoire de la peinture.
Jusqu’au bout, David Hockney est resté fidèle à lui-même : un artiste intensément vivant, qui continuait à s’émerveiller comme un enfant devant la lumière traversant les branches d’un arbre, un crayon à la main.
1937-2026. David Hockney, figure majeure de l’art contemporain, est mort
Anne-Laure Mondesert
à Londres, Agence France-Presse
publié par LeDevoir.com, 12 juin 2026
Le célèbre peintre britannique laisse une œuvre gigantesque et vibrante de couleurs qui a marqué son époque.
Photo : Thomas Coex archives Agence France-Presse Le peintre britannique David Hockney au musée de l’Orangerie à Paris, le 7 octobre 2021, devant son tableau « Une année en Normandie »

Artiste parmi les plus influents des 20e et 21e siècles, David Hockney, est décédé jeudi à Londres à l’âge de 88 ans. Il laisse une œuvre gigantesque et vibrante de couleurs, des paysages verdoyants de son Angleterre natale aux piscines turquoises de Californie.
Figure du pop art des années 1960, le Britannique s’est illustré par sa capacité à se renouveler, maîtrisant les techniques académiques avant de s’emparer des nouvelles technologies, avec ses œuvres à l’iPad, réalisées à 70 ans passés.
Une inventivité exceptionnelle au cœur de la plus grande exposition à lui être consacrée, en 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, dans laquelle David Hockney s’était beaucoup impliqué.
Rieur et malicieux derrière ses célèbres lunettes rondes, ce « fumeur heureux » allergique aux « donneurs de leçons » s’émerveillait en avril 2025 d’avoir pu inaugurer l’événement, malgré des problèmes de santé.
Ses œuvres emblématiques, avec leurs couleurs audacieuses et une perspective originale, sont entrées dans la culture populaire, comme A Bigger Splash (1967), éclaboussure dans une piscine d’une villa californienne baignée de soleil, symbole de plaisir et de sensualité.

Artiste coté
Il était l’un des artistes les plus cotés. Adjugée 90,3 millions de dollars en 2018 à New York, l’une de ses toiles, Portrait of an Artist (Pool with two figures), est devenue à l’époque l’œuvre d’un artiste vivant la plus chère vendue aux enchères, détrônée depuis par le lapin du sculpteur américain Jeff Koons.
Photo : Daniel Leal archives Agence France-Presse Un employé posant au musée Tate Britain, à Londres, à côté des œuvres intitulées A Bigger Splash (1967) (à gauche) et A Lawn Being Sprinkled (1967) de David Hockney, le 6 février 2017.

Né le 9 juillet 1937 à Bradford (nord-est) au sein d’une famille modeste, Hockney a dû affronter les préjugés de l’Angleterre d’après-guerre, comprenant très tôt qu’il était homosexuel et voulait être artiste.
Objecteur de conscience, comme son père avant lui, le jeune homme fait son service militaire comme infirmier avant d’intégrer le prestigieux London’s Royal College of Art en 1959.
Sa peinture Doll Boy — une référence à son attirance pour le chanteur pop Cliff Richard — frappe l’attention du marchand d’art John Kasmin.
« Je lui ai envoyé une lettre au Royal College of Art, où il étudiait, pour l’inviter à prendre le thé », se souvenait M. Kasmin en 2013. « Il avait des cheveux noirs coupés en brosse, des lunettes de la Sécurité sociale, était terriblement timide et très pauvre ».
Peu après son diplôme, Hockney expose pour la première fois seul dans la galerie de Kasmin et commence à se faire un nom dans le monde de l’art.

« Un travailleur »
Il s’installe en Californie en 1964 et se met à peindre les paysages vifs et lumineux qui le propulsent comme une des figures du pop art, notamment grâce à sa série de peintures de piscines.
À la fin des années 60, « il n’y avait plus aucune trace de timidité en lui », s’amusait M. Kasmin. « C’était déjà une star, voyageant à travers le monde, frayant avec la haute société et séjournant dans de grands hôtels ».
S’il fréquente assidûment la jet-set, Hockney n’est pas un « fêtard ». « Je me fiche qu’on me voie comme ça, mais, en fait, je suis un travailleur. Un artiste peut être favorable à l’hédonisme, mais il ne peut être lui-même un hédoniste », disait le peintre au Guardian en 2015.
Photo : Martin Bureau archives Agence France-Presse L’artiste britannique David Hockney posant devant son tableau « Fred et Marcia Weisman » lors d’une séance photo au Centre Pompidou à Paris, le 16 juin 2017.

Hockney voyage entre le sud de la France, le Maroc, Londres, New York et Los Angeles. Il peint les portraits de ses amis designers, danseurs et artistes, mais aussi de sa famille et de ses amants, souvent représentés dans des situations de la vie quotidienne.
En plus de la peinture et des dessins, Hockney réalise des décors de théâtre, des gravures. Dans les années 80, il s’essaie à la photographie. Trouvant son point de vue trop étroit, cyclopéen, il réalise des montages de centaines de pièces différentes qui reconstituent une image, avec une vision latérale et périphérique.

Dandy
Pendant la décennie suivante, Hockney retourne régulièrement dans son Yorkshire natal auprès de sa mère âgée. Ses visites se faisant plus longues, il se met à peindre la campagne environnante, se réinventant en peintre paysagiste. Ses tableaux rappellent parfois le fauvisme, Cézanne et Van Gogh.
Friand de nouvelles technologies, il a utilisé le Polaroid et la vidéo, avant d’adopter l’iPad. Ses œuvres créées grâce à la tablette ont fait l’objet de plusieurs expositions.
« La nature est source de tout ! Ma joie ? Elle vient de la façon dont je regarde le monde », confiait-il à l’Agence France-Presse (AFP) en 2021.
Il disait aussi ne peindre que les personnes qu’il connaissait bien.
C’était la principale raison pour laquelle il avait refusé à plusieurs reprises de réaliser le portrait de la défunte reine Elizabeth II, expliquait-il au Times.
Outre ses emblématiques lunettes, ce dandy anglais était souvent coiffé d’une casquette et se distinguait par son sens du style, injectant des touches de couleurs vives dans les pièces classiques du vestiaire masculin.
Hockney est devenu sourd à partir de la quarantaine, un handicap hérité de son père, et avait été victime d’un petit AVC en 2012. Il s’était installé en 2019 en Normandie, avant de revenir vivre à Londres en juillet 2023.
VOIR AUSSI
David Hockney : « Le temps qui passe, c’est la vie. Et c’est ce que je peins » . Entretien avec Florelle Guillaume, Beaux Arts
« La vie et l’oeuvre de David Hockney en bref » . Par Solène de Bure, Beaux Arts
[1] cité par Joséphine Bindé, Beaux Arts
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1 Messages
Chez les amateurs d’art contemporain, son nom sonne comme une promesse : de lumière, de couleurs (acidulées), de style. Depuis les années 1960, les tableaux de David Hockney ont façonné notre vision des paysages californiens. Ce documentaire raconte la quête existentielle d’un artiste qui, en immortalisant le quotidien le plus banal, tente de trouver le sens de la vie moderne.
Réalisation : Michael Trabitzsch
Pays : Allemagne
Année : 2016