

Une émission de 1970 diffusée sur France Culture pour le bicentenaire de la naissance de Friedrich Hölderlin. Mise en ligne ici à titre d’archive témoignant de l’état de la réflexion en France il y a cinquante-cinq ans. En complément des articles de Pileface où le nom du poète allemand est évoqué.



Ce n’est qu’au 20e siècle que fut reconnue l’importance de Friedrich Hölderlin, considéré aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes allemands. En 1970 pour le bicentenaire de sa naissance, Georges Charbonnier proposait d’explorer son univers poétique fascinant, construit et tourmenté à la fois.
Poète majeur du romantisme et figure essentielle de l’idéalisme allemand, Friedrich Hölderlin fut pourtant en son temps totalement incompris. En 1970, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, Georges Charbonnier lui consacrait sur France Culture deux émissions. Dans le premier numéro, le germaniste Pierre Bertaux mettait en exergue une œuvre profondément pensée et cohérente. Dans le deuxième, le psychanalyste Jean Laplanche revenait sur la personnalité de l’homme brisé par la folie, qui passa les trente-six dernières années de sa vie reclus dans sa tour à Tübingen.
Une poésie minutieuse et mystérieuse
Comment approcher la poésie de Friedrich Hölderlin ? "Cette poésie tellement précise, d’une articulation si minutieuse qu’elle ne peut se reproduire dans une autre langue ?". Pierre Bertaux, auteur de Hölderlin : essai de biographie intérieure, s’intéresse au poète depuis plus de quarante ans. Il tente de percer les secrets d’une poésie soigneusement étudiée, symétrique, toujours en quête de perfection. Loin d’une poésie épanchée dans un lyrisme incontrôlé, il nous montre au contraire une œuvre remarquablement élaborée, maîtrisée, qui ne cesse de dévoiler encore ses propres mystères.
Du poème Patmos à la tragédie La Mort d’Empédocle, en passant par le roman Hypérion, Pierre Bertaux analyse le langage poétique de Friedrich Hölderlin. Une poésie, selon lui, totalement intraduisible qu’il faut étudier dans sa langue originale, l’allemand. "Dans les traductions de Hölderlin, je ne retrouve rien de ce qui m’enchante et je suis désespéré" avoue-t-il. "Mais il faut continuer d’étudier sa poésie, tout en se disant que l’on n’arrivera jamais sans doute à la comprendre intégralement."
Un homme, entre génie et folie
Au-delà de l’œuvre, c’est aussi l’homme que Georges Charbonnier met ici en lumière. Dans le deuxième épisode de la série, le psychanalyste Jean Laplanche, auteur de Hölderlin et la question du père, nous révèle le psychisme d’un homme fragilisé par une série de crises, et qui utilisa la poésie comme remède dans son combat face à la folie...
Une série d’archives proposée par Albane Penaranda dans "Les Nuits de France Culture".

En illustration : Le poète et philosophe allemand Friedrich Hölderlin (1770-1843). Tableau réalisé vers 1899. ©Ullstein bild - Getty.



Épisode 1/2 : Pierre Bertaux : "Il faut chanter la poésie de Friedrich Hölderlin, et à ce moment-là elle commence à agir"

Le poète et philosophe allemand Friedrich Hölderlin (1770–1843).
Premier portrait de Hölderlin étudiant au petit séminaire de Denkendorf.
Dessin datant de 1785.
©Getty - Ullstein bild. ZOOM : cliquer sur l’image.

Mercredi 10 décembre 2025 (première diffusion le mercredi 13 avril 2022)
En 1970, pour célébrer le bicentenaire de la naissance de Friedrich Hölderlin, Georges Charbonnier consacrait deux émissions à cette figure majeure du romantisme et de l’idéalisme allemand. Dans ce premier volet, le germaniste Pierre Bertaux analysait une poésie minutieusement construite.

"La poésie de Hölderlin nous a appris ce qu’est la poésie : elle n’existe que quand elle est dite, parlée, chantée. Elle nous rappelle que la poésie est une incantation, une formule magique. Elle agit à condition qu’on la chante avec une conviction, qu’on y associe tout son être, ses rythmes intérieurs, ses rythmes musculaires et respiratoires. C’est cela qui se réunit dans l’acte poétique."
En 1970, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Friedrich Hölderlin, Georges Charbonnier se penchait sur ce grand poète allemand dont la renommée égala plus tardivement celles de Goethe, Heine ou encore Schiller. Dans cette première émission d’une série de deux, Pierre Bertaux nous plongeait dans son univers poétique, du poème Patmos à sa pièce dramatique La Mort d’Empédocle, en passant par le roman Hypérion.

Hölderlin, poète romantique ?
Souvent considéré comme le poète romantique fou par excellence, Friedrich Hölderlin incarne avant tout pour Pierre Bertaux un organisateur, un bâtisseur, un horloger. Dans son poème Patmos, tout semble avoir été calculé au vers près. "Ce poète que l’on croyait insensé, pas très conscient de ce qu’il faisait, était non seulement conscient mais aussi calculateur". Récemment, des recherches sur son œuvre ont révélé la présence d’une mystique des nombres remontant probablement à une tradition piétiste.
Une poésie pleine de mystères
Loin d’avoir en effet révélé tous ses secrets, l’œuvre de Friedrich Hölderlin continue d’intriguer et de susciter l’intérêt des littérateurs. De nombreuses études ont été menées sur une grande partie de ses poèmes et ont permis d’en dégager la structure et les principes de symétrie. "Mais pour d’autres poèmes, nous n’en sommes pas encore là, on y arrivera peut-être, on ne sait pas, on cherche. C’est comme les études faites sur les plans des cathédrales ou des pyramides, on n’a pas fini d’étudier. Sur les poèmes de Hölderlin, c’est exactement la même chose, on va gloser là-dessus encore pendant 2 000 ans."

Production : Georges Charbonnier
Réalisation : Georges Peyrou
Avec Pierre Bertaux (universitaire germaniste, auteur de Hölderlin : essai de biographie intérieure)
Lectures de poèmes de Friedrich Hölderlin par Danielle Volle, Philippe Moreau et Jean Topart
200e anniversaire de la naissance d’Hölderlin 1/2 : Hölderlin et la poésie d’aujourd’hui (1ère diffusion : 25/05/1970 France Culture)


Épisode 2/2 : Jean Laplanche : "Dans toutes ses lettres, Friedrich Hölderlin cherche l’accès au père"

La "tour Hölderlin" à Tübingen en Allemagne où vécut reclus
le poète Friedrich Hölderlin les trente-six dernières années de sa vie.
Photo datant de 1955. ©Getty - Ullstein bild. ZOOM : cliquer sur l’image.

Jeudi 11 décembre 2025 (première diffusion le jeudi 14 avril 2022)
Comment Friedrich Hölderlin s’est-il confronté à la maladie ? Quelles défenses a-t-il mises en œuvre ? En 1970, au micro de Georges Charbonnier, le psychanalyste Jean Laplanche abordait la question de la folie qui causa au poète un retrait du monde pendant plus de trente ans.
Avec Jean Laplanche,

De tout temps, psychiatres et psychanalystes se sont intéressés au cas de Friedrich Hölderlin, prononçant sans réserve le terme de folie. Des années 1795 à 1806, la période appelée "la dépression d’Iéna" à la grande crise de 1806, le poète fut traversé durant sa vie par de graves troubles psychiatriques. En 1970, Georges Charbonnier réservait deux numéros au poète sur France Culture à l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Le psychanalyste Jean Laplanche, auteur de Hölderlin et la question du père, analysait les raisons de cette folie, trouvant quelques explications dans son enfance. Le germaniste Pierre Bertaux, auteur de Hölderlin : essai de biographie intérieure, lui, évoquait le rapport du poète à la religion.
Schiller ou l’incarnation des figures parentales
Friedrich Hölderlin perd son père lorsqu’il a deux ans. Sa mère exclura définitivement le souvenir paternel et l’accès à sa mémoire. Jean Laplanche dresse un portrait de ce père réel, solaire, qui aimait la vie et l’art, mais dans lequel le poète ne put se regarder.
En 1806, la grande crise de folie de Hölderlin aurait été provoquée par un événement en relation avec Friedrich Schiller, personnage dominant et protecteur dans la littérature allemande de l’époque. Ce dernier joua un rôle important dans la schizophrénie de Hölderlin. Une folie qui serait due notamment à son impossibilité de faire une place au père dans son psychisme. "Schiller se conduit comme un père, mais il n’y a pas de place pour lui, et tout se dégrade à ce moment-là. Et le virage au moment de la dépression d’Iéna fait qu’il y a une espèce de mutation de la figure de Schiller, celle du père dans la subjectivité de Hölderlin, qui vient se replier sur une figure beaucoup plus effrayante : celle de la mère dévorante."
Identité et différence
Dans les essais philosophiques de Hölderlin tout comme dans la pensée dialectique hégélienne, se pose à cette époque la question de l’identité, la non-identité et la différence. "Chez Hölderlin s’établit constamment cette espèce d’aspiration de mouvement qui tend à ramener la différence à l’identité". Le poète insiste sur un processus de différenciation interne qui caractérise un être vivant en évolution. Le psychanalyste pousse encore plus loin son analyse : "Hölderlin chercherait sans cesse à maintenir dans ses textes quelque chose se ramenant à l’identité enfant-mère, à la réabsorption de la différence de l’enfant dans l’identité maternelle."
Une religion poétique
L’une des principales défenses de Friedrich Hölderlin réside dans sa religion poétique et philosophique. Pierre Bertaux évoque cette "religion naturelle" annoncée par Jean-Jacques Rousseau. "Hölderlin se considère délibérément comme fondateur de cette religion nouvelle". Pour lui, comme pour les Grecs, l’homme doit avoir un respect religieux des puissances et des équilibres de la nature.

Production : Georges Charbonnier
Réalisation : Georges Peyrou
Avec Pierre Bertaux (universitaire germaniste, auteur de Hölderlin : essai de biographie intérieure) et Jean Laplanche (psychanalyste, auteur de Hölderlin et la question du père)
Lectures de poèmes de Friedrich Hölderlin par Maria Laborit, Philippe Moreau et Jean Topart
200e anniversaire de la naissance d’Hölderlin 2/2 : Problèmes posés par la folie de Hölderlin (1ère diffusion : 28/05/1970 France Culture)
Édition web : Amélie Potier, Documentation de Radio France
Archive Ina-Radio France
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