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Avec Franz K.

En salle le 19 novembre 2025

D 17 novembre 2025     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Agnieszka Holland, filmer Kafka, raconter Franz

Dans un biopic empreint de surréalisme et de poésie, la cinéaste polonaise dessine le portrait d’un des plus grands écrivains du XXe siècle, Franz Kafka, et dévoile dans un jeu de puzzle, les aspects énigmatiques d’un homme avant-gardiste, et hypersensible.

Avec

• Agnieszka Holland, cinéaste polonaise

En près de 50 ans de carrière, celle qui se dit cinéaste européenne, avant d’être une cinéaste polonaise Agnieszka Holland ne s’est jamais soumise à la compromission, au profit d’une liberté et d’une indépendance sans faille dans la création. C’est peut-être ce qui la rapproche du personnage de son nouveau long métrage, l’écrivain Franz Kafka, dont elle signe le biopic Franz K. (en salles le 19 novembre) et qui tente de nous immiscer dans l’esprit de cet auteur né en 1883, et mort en 1924, devenu l’un des plus grands écrivains de l’histoire de la littérature à titre posthume. Dans un jeu de puzzle, elle tente de reconstituer l’énigme qui entoure cet homme, et son œuvre, pour laquelle elle voue une véritable admiration depuis son adolescence.

Il est l’un des écrivains européens les plus cités, son patronyme est devenu un adjectif, convoqué, à tour de bras pour décrire des situations absurdes, Franz Kafka est aussi certainement l’auteur qui a suscité un nombre incalculable d’écrits, d’analyses, de commentaires sur ses œuvres, mais aussi sur sa vie. Écrivain tchèque de langue allemande, juif né à Prague en 1883 à l’époque de l’Autriche Hongrie, Kafka a marqué cette ville, mais va mourir de la tuberculose à 41 ans à Vienne.

À écouter

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Kafka auteur de La Métamorphose, et Freud. Crédit Société Franz Kafka, Prague

Deux ans après son précédent long-métrage récompensé à la Mostra de Venise, Green Border, qui lui valut une campagne de haine de la part du Parti nationaliste polonais, pour avoir dépeint la situation inhumaine des migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, elle s’immisce cette fois dans l’esprit torturé, avant-garde et poétique de Franz Kafka, pour mieux réécrire le mythe, et peut-être tenter d’éclairer notre présent. Ou quand l’une des plus grandes cinéastes européennes s’attaque à l’un des plus grands écrivains européens.
• Franz K. de Agnieszka Holland, avec Idan Weiss, Katharina Stark, Peter Kurth ... en salles le 19 novembre

À écouter

Agnieszka Holland, fiction et vérité

GIF La réalisatrice franco-polonaise Agnieszka Holland explore "son" Kafka avec "Franz k."

Agnieszka Holland livre un film personnel et original sur son écrivain préféré. Elle ne signe pas un biopic mais une œuvre expressionniste bouleversante. Fascinant.


Bande annonce

Par Mohamed Berkani
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 15/11/2025

Idan Weiss dans le film "Franz k." (URES)
Avec Franz K., en salles le 19 novembre, Agnieszka Holland revisite la légende pour s’intéresser à l’homme. Et qui mieux que la "jeune" réalisatrice franco-polonaise de 76 ans, pour nous faire (re)découvrir l’humain avant l’écrivain ? Il y a un siècle disparaissait Franz Kafka dans un quasi-anonymat. L’auteur du Procès meurt de tuberculose dans un sanatorium près de Vienne à l’âge de 40 ans, le 3 juin 1924. C’est seulement après la Seconde Guerre mondiale que sa notoriété explose et qu’il devient cet écrivain avant-gardiste majeur du XXe siècle.

Passionnée dès l’âge de 14 ans par Kafka dont elle a dévoré toute l’œuvre, Agnieszka Holland a déjà adapté Le Procès pour la télévision polonaise dans les années 1980. Agnieszka Holland confie avoir étudié le cinéma à Prague parce qu’elle voulait se retrouver là où vivait Franz Kafka. Quand elle était jeune, elle s’identifiait à Ottla, la petite sœur de Kafka qui l’admirait et le protégeait. Résultat : plus qu’un biopic, une œuvre originale, non linéaire, et totalement personnelle.

L’homme et l’auteur

Le film, à l’esthétique très recherchée, avec sa succession de tableaux et de narrations, aborde de nombreux aspects de la vie et de l’œuvre de Franz Kafka, interprété par le jeune acteur allemand Idan Weiss, troublant d’authenticité. Complexe, le personnage l’est totalement. Ses rapports avec son père, ses relations avec les femmes, son univers artistique sombre et cauchemardesque sont abordés avec beaucoup de finesse. La scène avec un mendiant est émouvante et dit toute l’importance que donne l’auteur de La Métamorphose à la précision des mots. Il est l’homme révolté, prisonnier d’un monde qui lui est étranger. Toute sa vie, Franz Kafka cherche sa place.


Idan Weiss et Jenovefa Bokova dans "Franz. K" d’Agnieszka Holland. (ZUZANA PANSKA)

Agnieszka Holland nous livre "son" Kafka, sa vision de l’homme et de l’écrivain. Très documenté, le long-métrage s’attache à des vérités historiques et s’affranchit de la linéarité. En abordant plusieurs points de vue, la cinéaste prolonge la perception kafkaïenne de la société. En mélangeant les temporalités, Agnieszka Holland convoque le présent et montre aussi la force du capitalisme qui recycle tout, comme ces touristes qui parcourent Prague à la recherche de produits dérivés de l’écrivain tchèque d’expression allemande.

Avec Franz K., Agnieszka Holland nous fait découvrir une autre facette de Kafka et dit toute la complexité d’un écrivain majeur et d’une époque tourmentée.

Réalisation : Agnieszka Holland
Durée : : 127 minutes
Langues : Allemand, tchèque (STT en français)


3 Messages

  • Viktor Kirtov | 17 novembre 2025 - 19:58 1

    cinéma, cinéma européen

    Franz K explore l’intériorité de Franz Kafka avec une approche sensorielle portée par Idan Weiss, Jenovéfa Boková et Katharina Stark. Agnieszka Holland signe un portrait kaléidoscopique où fragments, émotions et souvenirs dévoilent un auteur insaisissable et profondément moderne.

    Agnieszka Holland revient avec Franz K, un film qui explore l’existence tourmentée de Franz Kafka à travers une matière intérieure qui oscille entre lucidité et vertige. Dès les premières images, le film s’éloigne des sentiers attendus pour chercher un homme plutôt qu’une icône. Il embrasse des fragments de vie, des éclats de sensations, des instants où l’écrivain se débat entre son désir d’une vie simple et l’appel irrésistible de l’écriture. Ce portrait sensible éclaire un être déchiré entre un quotidien qui lui échappe et un imaginaire qui le consume.

    Un Franz Kafka fragile et sensible

    Franz Kafka, interprété avec une intensité rare par Idan Weiss, traverse le récit comme une présence fragile et brûlante à la fois. Le film observe son parcours depuis son enfance à Prague jusqu’à ses derniers jours à Vienne. Il met en scène les forces qui le poussent et l’entravent, qu’elles soient familiales, sociales ou sentimentales. Les relations amoureuses de Franz deviennent des espaces de tension où il cherche un ancrage qu’il ne trouve jamais complètement. Jenovéfa Boková incarne Milena Jesenská, femme libre qui lit Franz avec une précision bouleversante. Elle devient un miroir lucide, capable de comprendre sa différence et d’y répondre sans détours. Katharina Stark prête une délicatesse étrange à Ottla Kafka, figure essentielle de stabilité, présence douce qui accompagne, protège et éclaire une sensibilité constamment en déséquilibre. Autour d’eux, la famille, les amis et les collègues dessinent un monde parfois hostile, parfois bienveillant, mais toujours incapable de saisir la profondeur intérieure d’un homme dont chaque perception semble amplifier le réel.

    NOTRE AVIS en quelques mots

    FRANZ K ne prend pas le même chemin de poésie que celui sorti plus tôt, Kafka, le dernier été. Ici, nous sommes dans une forme d’imagerie entre empirisme et traduction sensorielle du monde intérieur de Kafka. Idan Weiss est incroyable dans le rôle de Franz Kafka, Jenovéfa Boková dans le rôle de Milena, la discrète Katharina Stark apporte une nuance étrange dans l’univers de l’auteur, entre confidente et écho à un monde indescriptible. Le film s’aventure dans une mise en scène où la subjectivité devient un langage, nourri de visions fragmentées, d’émotions éclatées et d’une texture presque tactile qui immerge totalement le spectateur. Cette approche exigeante, renforcée par une narration kaléidoscopique, privilégie la sensation plutôt que l’explication. Cette audace crée un lien intime avec un auteur qui échappe naturellement à toute tentative de simplification. Le résultat est déroutant, envoûtant et profondément respectueux de cette sensibilité atypique.


    Franz K.- Idan Weiss, Jenovéfa Boková

    Un auteur dont on n’a jamais eu le mode d’emploi

    Agnieszka Holland ne cherche jamais à expliquer Franz Kafka. Elle tente plutôt de l’approcher par fragments, comme si seule une forme éclatée pouvait rendre justice à un homme dont la pensée était elle-même dispersée, dense et insaisissable. Le film adopte une narration non linéaire qui épouse ce mouvement intérieur. Il refuse le récit classique où chaque événement entraînerait une conséquence claire, car la vie de Franz n’a jamais fonctionné ainsi. Son rapport à la famille, en particulier à son père, traverse le film comme une blessure constante.

    La Lettre au père, longue déchirure de mots jamais vraiment entendus, devient un spectre silencieux qui façonne chaque choix. Sa relation avec sa mère et ses sœurs dessine un environnement affectif ambigu où seule Ottla offre un repère véritable. Le film rappelle aussi que Franz était obsédé par le poids des mots. Il écrivait avec une précision presque métaphysique. Chaque phrase portait un impact que lui-même percevait comme absolu. Cette exigence donne au film une matière documentaire tout en conservant une liberté narrative. L’irruption du présent, avec les guides de musée qui réduisent Kafka à un objet touristique, montre à quel point on tente encore de le saisir, de le résumer, de le manipuler. Franz apparaît alors comme un observateur qui regarde ce que le monde fait de lui. Le film rappelle aussi la modernité de son profil, marqué par une forme de neuroatypie que son époque ne pouvait pas nommer.

    En regardant ce film, on comprend mieux comment cet auteur dans La Métamorphose arrivait à si bien écrire sur les sensations au point qu’on a fait de ce livre une référence en littérature et aussi en philosophie. Le film montre à quel point Franz Kafka percevait le monde avec une acuité presque douloureuse, comme si chaque détail se déposait en lui avec une intensité démesurée. Cette manière de ressentir les choses, ce mélange de lucidité et de vertige, devient une clé pour saisir la puissance de son écriture. On perçoit que chez lui la sensation n’était pas un simple outil narratif, mais un état qui façonnait sa manière d’exister, une présence constante qui dictait sa façon de regarder les êtres et les situations. En suivant les fragments de son quotidien, on comprend comment un geste, un souffle, une lumière ou une brusque émotion pouvaient devenir des éléments centraux et nourrir ensuite ses récits. Le film rappelle aussi qu’il ne séparait jamais le corps de l’esprit, que tout passait par une traduction intime des mouvements, des peurs, des élans et des contradictions. Cette manière d’habiter le réel, toujours en décalage, mais toujours sincère, explique pourquoi La Métamorphose résonne encore avec autant de force. Derrière le fantastique, il y a cette sensibilité extrême qui rend chaque scène profondément organique et chaque réaction étrangement familière.

    Une œuvre sensorielle, un auteur à la croisée de l’empirisme et du roman phénoménologique (en épistémologie, on emploie ce terme pour désigner une œuvre qui traite de la perception, de l’expérience vécue, du corps et du monde en tant que phénomènes.). On ressort de cette œuvre en comprenant que Kafka ne cherchait pas à créer un symbole, mais à traduire un état intérieur. Et c’est justement cette fidélité à la sensation, qui fait de lui un auteur essentiel. Il a étudié autant pour ce qu’il raconte que pour la manière dont il donne corps à l’angoisse, au doute et à la fragilité humaine.

    Cette lecture du film et de ses écrits donne un nouveau relief à son rapport aux sensations, aux structures, aux corps. Enfin, le choix d’une imagerie nourrie par l’expressionnisme sans céder à la caricature révèle un artiste dont l’univers ne peut être approché que par des gestes précis, des mouvements incertains et une dose assumée d’obscurité. Franz K devient ainsi une tentative honnête de toucher un homme sans jamais prétendre le posséder. Et si finalement le mode d’emploi pour comprendre Kafka était ses écrits et non sa correspondance, lire ses mots et sentir son mal-être dans un monde qui l’agresse. Ses textes deviennent alors la seule carte possible, un miroir brut où sa lucidité, sa fragilité et sa manière unique de percevoir le réel se dévoilent sans filtre.

    ==========

    Note : 3.5 sur 5.
    19 novembre 2025 en salle | 2h 07min | Biopic, Drame
    De Agnieszka Holland |
    Par Marek Epstein, Agnieszka Holland
    Avec Idan Weiss, Peter Kurth, Carol Schuler

    Source : Direct-Actu.fr

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  • Albert Gauvin | 17 novembre 2025 - 17:14 2

    De 1965, dans Le roman et l’expérience des limites, à 2012 et son intervention au séminaire de Yann Moix, en passant par Les Voyageurs du Temps (2009), vous trouverez dans Où est le vrai Kafka ? l’essentiel des interventions écrites ou parlées de Philippe Sollers, ainsi que plusieurs textes sur celui qui fut l’un des écrivains majeurs du XXe siècle (Bataille, "Faut-il brûler Kafka ?", Zagdanski, Lou, etc.).


  • Viktor Kirtov | 17 novembre 2025 - 16:19 3

    Par Michelio
    16 novembre 2025
    Agnieszka Holland semblait toute désignée pour rendre hommage à Franz Kafka, comme l’a fait avant elle Steven Soderbergh (Kafka, 1991) ou Orson Welles avec "Le Procès" (1962),

    Ancienne élève de l’école de cinéma de Prague, la réalisatrice polonaise, est connue pour son cinéma humaniste et engagé (Europa Europa, L’Ombre de Staline Le Procès de l’herboriste)
    Passionnée d’Histoire cette ancienne assistante des cinéastes Andrzej Wajda et Krzysztof Kieslowski entretient une longue relation avec l’auteur de La Métamorphose.

    C’est le comédien tchèque Idan Weiss qui interprète ce Kafka, un grand rêveur qui passe ses nuits à écrire dans l’incompréhension la plus totale et signe simultanément une correspondance incroyablement prolifique.
    Doté d’une belle photographie et d’une fidèle reconstitution de l’effervescence intellectuelle de la Mitteleuropa, ce mélodrame ambitieux propose une autre approche de l’écrivain tchèque, plus lumineuse, plus sensible, éloignée de la noirceur dans laquelle, selon Agnieszka Holland, dans les notes d’intention du dossier de presse, il a été trop longtemps enfermé.

    Elle s’échine à dissocier l’écrivain de son œuvre, là où la plupart de ses prédécesseurs avaient cru bon d’assimiler cet éternel jeune homme, mort à 40 ans, à la folie née de son imagination.
    Ce biopic, qui cherche, autant que faire se peut, à éviter académisme et prévisibilité cherche parfois à briser le quatrième mur : le père, la fiancée et d’autres compagnons de route se tournent brusquement directement vers la caméra et livrent leur vision très personnelle de Kafka.

    Tandis qu’ici et là, d’étonnants choix de mise en scène, certes pas toujours à 100% convaincants, quelques zooms rapides çà et là, et des collages visuels achèvent de rendre le projet ambitieux et globalement souvent passionnant et réussissent ce pari de (re)donner à Kafka sa voix d’être humain avant celle du mythe.

    Biopic d’Agnieszka Holland, avec Idan Weiss, Peter Kurth, Carol Schuler… SORTIE LE 19 NOVEMBRE

    Source : Baz’art

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