
Le dernier Barthes 1/4 : Une mort de Barthes
En 1986, dans cette première émission des Nuits Magnétiques, les invités de Max Genève tentaient d’expliquer comment la mort accidentelle de Roland Barthes, survenue quelques années auparavant, révèlait un choc du réél entre sa vie et son œuvre.
Le 25 février 1980, rue des Écoles, après un déjeuner qui réunissait autour de François Mitterrand des intellectuels et des artistes, Roland Barthes était renversé par une camionnette. Transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière il devait y mourir un mois plus tard, alors que dans un premier temps son état ne semblait pas devoir inspirer d’inquiétudes.
Les circonstances singulières de la mort de Roland Barthes ne manquèrent pas de la faire apparaître à beaucoup comme un acte manqué. L’accident était survenu quelques jours après la parution de "La chambre claire", livre dans lequel Roland Barthes interrogeait tout particulièrement la relation de la photographie avec la mort.
Quels fils reliaient son accident avec l’évènement des dernières années de sa vie, la disparition de sa mère qui n’était pas sans rapport avec l’écriture de "La chambre claire" ? Julia Kristeva raconte "la mère de Barthes était très distinguée, elle était très soucieuse de sa santé, elle le protégeait beaucoup. Elle donnait une qualité particulière à sa vie, une présence chaleureuse et légère. Elle lui apportait le confort d’un foyer au quotidien. Il avait besoin de travailler en sentant sa présence bienveillante. La chambre où il travaillait était située au-dessus de l’appartement maternel, et il y avait une sorte de trappe qui permettait de faire passer dans une petite corbeille des objets, de la nourriture, des livres...cela lui permettait de conserver une pemanence de la présence maternelle, tout en gardant une certaine distance"
À écouter
Entretiens avec Roland Barthes

• Par Max Genève
• Réalisation Bernard Treton
• Avec Louis-Jean Calvet (linguiste), Jacques Derrida (philosophe), Julia Kristeva (philologue, universitaire, psychanalyste, écrivaine), Philippe Sollers (écrivain), Gérard Miller (psychanalyste, écrivain), Philippe Roger (historien, critique), François Wahl (philosophe, éditeur) et Évelyne Bachelier (enseignante)
• Avec en archives, la voix de Roland Barthes (critique littéraire et sémiologue)
• Lectures de textes de Roland Barthes par Serge Renko
• Nuits magnétiques - Le dernier Barthes 1/4 : Une mort de Barthes (1ère diffusion : 13/05/1986)
• Edition Web : Laurence Jennepin
Radiofrance
Petite sélection d’articles sur pileface
La dernière chanson de Roland
« Au Palace ce soir » avec Roland Barthes
Roland Barthes : liberté académique par Tiphaine Samoyault
Julia Kristeva / Barthes : Notes sur un Samouraï
Le Japon de Roland Barthes : L’empire des signes
Lettres de Roland Barthes à Philippe Sollers à propos de S/Z
L’amitié de Roland Barthes
La voix de Barthes
La mort de Roland Barthes / La relation de Ph. Sollers dans Femmes
Le dernier Barthes 2/4 : Portrait de Barthes en artiste
Mercredi 12 novembre 2025
En 1986, alors que se tenait à Paris au Pavillon des Arts l’exposition "Roland Barthes : le texte et l’image", Max Genève consacrait à l’auteur de "La chambre claire" une biographie radiophonique qui par son caractère amical tendait à se conformer à ce qu’aurait voulu Roland Barthes.
Dans ce deuxième volet, l’émission commençait par une visite de l’exposition du Pavillon des Arts, après que la voix de Barthes eut rappelé son peu d’intérêt pour le cinéma et sa préférence pour la photographie.
Un deuxième mouvement qui, à travers les témoignages, les souvenirs de ses amis, notamment Julia Kristeva, Philippe Sollers, Jacques Derrida et François Wahl, cherchait à peindre un portrait de Roland Barthes en artiste.
La photographie, le piano, la musique, l’enfance, la tuberculose, le sanatorium, l’écrit plutôt que la parole, une mère, Mai 68, l’homosexualité… une existence saisie par fragments épars pour tenter de comprendre qui était Roland Barthes. Philippe Roger raconte "le milieu de sanatorium de la grande Chartreuse était un milieu très isolé, totalement clos, et en même temps un vivier culturel. Il y avait une forme de micro société, que Barthes lui-même a comparé à un couvent, où se déroulait une activité intellectuelle intense, et où Barthes a très rapidement fait figure de leader. Il organise des chahuts contre des conférenciers qui disent du mal de la jeune poésie, il est à la fois contestataire et militant de la modernité. Il a formé un petit cercle littéraire avec les étudiants du sanatorium, ils ont diffusé des émissions de radio dans l’antenne interne du sanatorium, ils ont publié des articles dans des revues... ils lisaient beaucoup de poésie, s’intéressaient aux mystiques et aux sujets religieux".
À écouter
Barthes et la Musique
La Compagnie des auteurs

• Nuits magnétiques - Le dernier Barthes 2/4 : Portrait de Barthes en artiste (1ère diffusion : 14/05/1986)
Le dernier Barthes 3/4 : Portrait de Barthes en professeur
C’était un très beau discours que celui que prononçait Roland Barthes lors de son entrée au Collège de France en 1977, de larges extraits sont proposés dans cette émission.
Ce troisième volet s’intéressait au professeur que fut Roland Barthes. Trois de ses anciennes élèves y évoquaient ses cours et ses séminaires, et à travers leurs témoignages se dessinait le portrait d’un professeur dont tout le monde pourrait rêver d’avoir croisé la route. Un professeur qui ne donnait pas de leçon, dont Philippe Sollers, Jacques Derrida et François Wahl, en soulignant combien il n’était pas universitaire, rappelaient qu’il ne cessait jamais d’être profondément un écrivain. Evelyne Bachelier se souvient "il avait organisé des cours magistraux les années précédentes, mais le côté très théâtral ne lui plaisait plus, il avait donc organisé trois séminaires parallèles, où on était seulement une dizaine d’étudiants, dans les locaux de la rue de Tournon. En cette première année, un séminaire se tenait sur le thème de la voix. La voix dans la musique, la voix parlée, la voix chantée, lui-même avait suivi des cours de chant avec Charles Penzéra et parfois, il apportait une cassette audio de Penzéra et, malgré la mauvaise qualité du son, il était très ému de nous faire entendre de ce baryton suisse".
À écouter
La littérature et ses théoriciens

Le dernier Barthes 4/4 : L’exécution testamentaire
En 1986, Max Genève proposait une biographie radiophonique de Roland Barthes, six ans après sa mort, alors que se tenait à Paris l’exposition "Roland Barthes : le texte et l’image".
Dans cette émission, François Wahl, ami et éditeur, héritier, avec le frère de l’auteur, du droit moral de l’œuvre de Roland Barthes, expliquait ce que ce dernier avait souhaité qu’il advînt de ses écrits et de ses paroles après lui.
Dans ce quatrième volet était interrogée la pertinence de cette idée du "dernier Barthes" ou de "l’autre Barthes", celui de Fragments d’un discours amoureux et de La chambre claire, celui d’un retour à la littérature, qui s’opposait au Barthes radical de La mort de l’auteur, voire le reniait. Une dichotomie que remettait en cause Philippe Roger qui publiait un essai intitulé Roland Barthes, roman, quand Julia Kristeva soulignait elle la permanence de l’écrivain Barthes, de ses écrits théoriques à ses ouvrages plus littéraires. Elle ajoute "il est évident que des textes comme les « Fragments du discours amoureux » ou son travail sur la photographie ou d’autres, sont d’une autre trempe, beaucoup plus essayistes et même d’une certaine façon romanesques, parce que l’élément autobiographique s’y mêle, que "Les éléments de sémiologie" ou "Le système de la mode" ou même "S/Z". Et pourtant, moi, je suis sensible à la continuité, parce que quand vous regardez les travaux sémiologiques on comprend que Barthes a un génie musical. C’est quelqu’un qui s’intéresse, non pas à la forme pour la forme, non pas à une sorte d’abstraction philosophique, hégélienne, ou kantienne, ou en tout cas structuraliste pure, à la forme du contenu. C’est-à-dire que ce qui l’intéresse profondément, c’est le sens. Mais ce sens, il pensait qu’il n’était pas simplement massif, déjà là, opaque, il était articulé et qu’il méritait d’être éclairé dans son articulation. Et plus on éclaire l’articulation du sens, plus on donne de la richesse à ce sens".
Mais tout au long de cette biographie radiophonique s’imposait pourtant l’évidence d’un "dernier Barthes" : celui d’après la disparition de sa mère, trois ans avant l’accident de la rue des Écoles dont il allait mourir.
À écouter
"Mythologies" de Roland Barthes

Suite : épisodes 2, 3 et 4/4
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