

Les sublimes papiers de Soulages
Judith Benhamou
Musée du Luxembourg
Brou de noir sur papier marouflé sur toile (1947),
Pierre Soulages, présenté à l’exposition « Soulages, une autre lumière ».

LE COUP DE FOUDRE Que reste-t-il à découvrir de Pierre Soulages (1919-2022) ? Considéré comme le monstre sacré de l’abstraction française, il avait eu les honneurs parisiens du Centre Pompidou en 2009 et du musée du Louvre en 2019. En 2014, à Rodez, sa ville de naissance, un musée à son nom, riche d’un énorme don qu’il avait lui-même organisé, avait vu le jour. Encore cet été a été inauguré, à Montpellier, au musée Fabre, une exposition d’une centaine de peintures qui court jusqu’au 4 janvier 2026..
De son vivant, l’artiste, qui avait élu résidence à Sète, parlait le plus souvent de deux choses. Il aimait évoquer ses souvenirs d’enfant pauvre, fasciné, petit déjà, par le noil Il évoquait encore plus souvent la révélation, un matin de 1979, du concept d’outre noir. Cette idée d’une peinture monochrome marquée par des volumes qui créent de la lumière sur la toile, a peut-être occulté d’autres moments majeurs de sa création. La preuve avec cette remarquable exposition du musée du Luxembourg, à Paris, consacrée à ses travaux sur papier. Un immense choc. « De son vivant, ce travail était moins demandé et moins commenté aussi », explique Alfred Pacquement, commissaire et grand spécialiste de l’artiste. De nombreux dessins sont donc restés à l’atelier, propriété de Colette, son épouse de toute une vie, aujourd’hui âgée de 104 ans. De fait, Soulages a commencé par le travail sur papier. En 1947, il utilise le brou de noix qu’il dispense à grands gestes sombres pour frayer un chemin à la lumière. Le plus époustouflant date des années 1960 et 1970. Comme dans ce grand format de 1961, il laisse une place importante au vide qui contraste avec une grosse nappe sombre.
Ces compositions font penser au travail d’artistes américains, Robert Motherwell et Franz Kline, dont il a visité les ateliers lors de son voyage aux États-Unis, en 1957. En 1977, il réalise une somptueuse série de quatre gouaches faites de très larges lignes droites horizontales et verticales qui ressemblent à des partitions musicales codées. Sans parler, la même année de ses grandes étendues bleu nuit discrètement scandées de noir. Soulages peindra sur papier jusqu’en 1979, avant de reprendre en 1999.Judith Benhamou « Soulages, une autre lumière »
Musée du Luxembourg, Paris, jusqu’au 11 janvier.2026.
Les Echos Weekend
Podcast : l’invité de 8H20 : Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition
Pierre Soulages, "une œuvre qui d’emblée s’est distinguée des autres, qui est restée très autonome d’un bout à l’autre"

1 septembre 2025
Alfred Pacquement, commissaire de l’exposition "Soulages, une autre lumière", présentée du 17 septembre 2025 au 11 janvier 2026 au Musée du Luxembourg et Maud Marron-Wojewodzki, directrice et conservatrice du musée Soulages à Rodez sont les invités de Marion L’Hour et Ali Baddou

Avec
• Alfred Pacquement, historien d’art et conservateur de musée
• Maud Marron-Wojewodzki, conservatrice du musée Soulages à Rodez
Comment expliquer la place de Pierre Soulages dans l’histoire de l’art ? "Je crois que c’est surtout parce que c’est un peintre qui a été très cohérent d’un bout à l’autre de sa peinture", répond Alfred Pacquement. "Il a vécu très longtemps, il a travaillé très longtemps et dès le départ, il a mis en place (et c’est ce qu’on voit dans cette exposition) une manière de peindre, une manière d’approcher la toile et le papier. Il s’est distingué de ses contemporains par le chromatisme sombre noir, par la façon dont il appréhendait la surface sur laquelle il travaillait. C’est une œuvre qui d’emblée s’est distinguée des autres, et qui est restée très autonome d’un bout à l’autre."
Pour Maud Marron-Wojewodzki, "Pierre Soulages a guetté, a fait la quête de la lumière tout au long de sa carrière, même avant d’inventer ce qu’il appelle l’outre-noir. Dès les années 50 et même les années 40, quand il travaille avec le papier, il cherche la lumière du papier par le noir, par le brou. Et ça va vraiment s’exacerber avec l’outre-noir à partir de 1979, cette couleur qui mieux qu’aucune autre permet le reflet de la lumière, par des effets de matière extrêmement variés, le recours à un nombre d’outils phénoménal, qu’il construit, qu’il bricole par lui-même. Ils vont permettre aussi ces changements de lumière, ces changements de mouvement au fil du déplacement du spectateur."
Soulages au Musée du Luxembourg, le vertige du geste dans "Une autre lumière"
Provenant du podcast Les Midis de Culture 25 septembre 2025

L’œuvre sur papier de Pierre Soulages, rarement exposée, fait lumière sur son oeuvre, de ses débuts au brou de noix dans les années 1940 à ses œuvres plus récentes et inédites, cette sélection exceptionnelle offre un regard intime et puissant sur son parcours.

Avec
• Joseph Ghosn, directeur adjoint de la rédaction de Madame Figaro
• Philippe Azoury, journaliste, critique et auteur
Rarement mise en lumière à travers des expositions dédiées, l’œuvre sur papier de Pierre Soulages révèle pourtant une facette essentielle de son parcours artistique. De ses premières expérimentations au brou de noix dans les années 1940 aux compositions puissantes et variées des décennies suivantes, ces 130 œuvres, dont 25 inédites, témoignent d’une liberté créative constante et d’une relation intime avec ce support. Grâce à des prêts exceptionnels du musée Soulages, cette exposition invite à redécouvrir un aspect intime et fondamental du maître de l’abstraction.

Les avis des critiques
Joseph Ghosn : "L’art de Soulages mêle modernisme et influences africaines. L’exposition révèle la force et l’énergie de son geste : d’abord très physique, presque comme un énervement, puis, au fil du parcours, le spectateur devient le témoin de quelque chose de plus intérieur et intime qui émerge chez Pierre Soulages. On comprend mieux son travail, l’exposition nous permet de pénétrer sa pensée et son geste et en revenant à ses débuts, en suivant l’évolution de son trait, on traverse sa vie et son œuvre de façon vertigineuse… j’ai fini par avoir le vertige ! "
Philippe Azoury : "C’est littéralement génial : l’exposition montre un Soulages à taille humaine. La dimension des tableaux, les rythmes qui s’y inventent, tout cela est fascinant, que l’on soit amateur d’art ou historien souhaitant se rapprocher de l’artiste. J’ai été particulièrement frappé par un entretien de Soulages, une courte archive de 4 à 5 minutes qui éclaire tout le reste de l’exposition. Le parcours de l’exposition débute en 1946 et va jusqu’en 2002. Dans les premières années, on sent la main et le pinceau ; après quarante ans de travail à essayer qu’on ne sente plus sa main, le trait vient naturellement se poser sans que la main ait à intervenir. C’est l’aventure d’une vie pour Soulages, que de peindre un tableau noir ! "

Extrait sonore :
• Extrait d’un entretien entre Pierre Soulages et Alain Seban pour le Centre Pompidou en 2010

L’exposition Soulages brille dans la presse
Autres articles à lire avant votre visite :

Moins connues que ses toiles monumentales, les peintures sur papier du maître de Rodez sont au cœur d’une exposition remarquable présentant une trentaine d’œuvres inédites. […] Un ensemble exceptionnel de 130 œuvres dont une trentaine de pièces inédites sont réunies.[…]
Valérie Gaget
Lire l’article sur le site de France Info

Un parcours somptueux. Plus de 130 œuvres sont présentées au musée, dans une scénographie sobre et intimiste. Plusieurs peintures sur papier sont inédites à ce jour. La visite contemplative permet au spectateur de voir et de ressentir Soulages au plus profond de lui-même.
Elizabeth Sutton
Lire l’article sur Idboox.com

À travers 130 feuilles dont un quart sont inédites, le Musée du Luxembourg explore, à partir de ce mercredi 17 septembre, les peintures sur papier de l’artiste disparu en 2022, jusqu’au 11 janvier 2026. Une mine de surprises. […] Sur ses dernières feuilles, des traits noirs serrés, entrecoupés de déchirures, y font écho. D’autres, à la mine de plomb, éclairent un fond de ténèbres. Là encore, une vraie découverte !
Sabine Gignoux
Lire l’article sur le site de La Croix

L’exposition du Musée du Luxembourg à Paris, fait enfin exception. Elle est entièrement consacrée à cette partie de l’œuvre et donne à voir des travaux qui, pour une trentaine, n’avaient jamais été montrés auparavant. Pour un artiste aussi connu, c’est en soi remarquable.
Philippe Dagen - Le Monde

C’est littéralement génial : l’exposition montre un Soulages à taille humaine. La dimension des tableaux, les rythmes qui s’y inventent, tout cela est fascinant, que l’on soit amateur d’art ou historien souhaitant se rapprocher de l’artiste.
Philippe Azoury
Écouter le podcast sur France Culture

Jusqu’au 11 janvier 2026, le musée du Luxembourg, à Paris, propose une exposition très complète sur l’œuvre graphique de Pierre Soulages (1919-2022). […] L’espace réservé aux années 1970 me semble le plus original, le moins vu, avec de grandes gouaches vinyliques aux compositions radicales. Monumentales (même si parfois elles ne sont pas forcément grandes), elles sont constituées de traits qui barrent la surface du papier. Des gris apparaissent (ne manquez pas le polyptyque constitué de quatre feuilles de 1977)
Guy Boyer
Lire l’article sur le site Connaissance des arts

C’est sur papier que les abstractions du maître prirent racine, à l’aide d’encre et de brou de noix. Magique.
Virginie Félix - Télérama

[…] le visiteur se plaira sans doute à scruter chaque œuvre pour essayer de percer ce qu’on serait tenté d’appeler le « mystère Soulages » : la puissance avec laquelle son abstraction parvient à toucher notre sensibilité sans que l’on réussisse vraiment à mettre des mots dessus. Un moment de contemplation toujours bienvenu, qui donne envie de revenir, même après avoir déjà passé 1 h 30 dans les galeries du musée lors d’une première visite…
Julien Lambea
Lire l’article sur TimeOut.fr

VOiR AUSSI :
Les vitraux de Pierre Soulages à Conques
Expo Musée du Luxembourg : « Soulages, une autre lumière »
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