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Si Mario Vargas Llosa nous était conté (I)

D 15 avril 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


L’écrivain d’origine péruvienne, prix Nobel de littérature en 2010, membre de l’Académie française depuis 2021 et francophile passionné, était le dernier des géants du roman latino-américain qui a marqué le siècle dernier. Il s’est éteint dimanche 13 avril 2025 à Lima, à l’âge de 89 ans.

Comme Umberto Eco, Mario Vargas Losa est de ces écrivains qui, à la fin de leur vie, occupent une place qui dépasse le champ de la littérature. Politique, philosophie, sciences humaines et puis, bien sûr, le roman, le théâtre – il débordait de partout. En témoigne une œuvre qui ne voulait jamais finir (son dernier roman en date, « le Dedico Mi Silencio », paraîtra à la prochaine rentrée littéraire sous le titre programmatique « Je vous dédie mon silence » chez Gallimard).

C’était aussi le dernier des « quatre fantastiques », ces grands maîtres de la littérature latino-américaine qu’étaient l’Argentin Julio Cortazar (1914-1984), le Colombien Gabriel Garcia Marquez (1927-2014) et le Mexicain Carlos Fuentes (1928-2012), une littérature qui embrasa l’imaginaire occidental au cours de la seconde moitié du XXe siècle.

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Mario Vargas Llosa, dernier géant de la littérature latino-américaine

Par Florence Noiville
Le Monde, 14 avril 2025

EXTRAITS


Mario Vargas Llosa, à New York, le 19 avril 2001. HOLGER KEIFEL / FOCUS / COSMOS

Il disait que la littérature « a des effets sur nos vies ». Parce qu’« elle dissipe le chaos, embellit la laideur, éternise l’instant et fait de la mort un spectacle » (Eloge de la lecture et de la fiction, Gallimard, 2011). L’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, chef de file des lettres hispaniques contemporaines et Prix Nobel 2010, est mort à Lima, dimanche 13 avril. Il était âgé de 89 ans.

Que le texte « agisse » sur nous était une révélation qu’il avait eue « à 5 ans, en Bolivie ». « C’était en 1941, à Cochabamba, dans la classe du frère Justiniano », nous avait-il confié un jour, à Paris, dans son élégant appartement de la rue Saint-Sulpice. Ce choc, insistait-il, était « ce qui [lui] était arrivé de plus important dans l’existence ». Il avait compris alors qu’on pouvait éprouver physiquement une phrase. Suer sang et eau à la lecture des Misérables, se « traîner dans les entrailles de Paris avec, sur son dos, le corps inerte de Marius » ou même, avec un roman d’Alejo Carpentier, calmer sa peur de l’avion quand le whisky, les somnifères et les anxiolytiques avaient échoué (Comment j’ai vaincu ma peur de l’avion, L’Herne, 2009).

C’est bien sûr cette fascination pour le pouvoir magique de la littérature qui le conduira à écrire. A s’engager. Pour tester l’effet de ses propres mots sur lui et sur les autres.

Né à Arequipa, au Pérou, le 28 mars 1936, Jorge Mario Pedro Vargas Llosa est le fils unique d’Ernesto Vargas Maldonado et de Dora Llosa Ureta. Ses parents se séparent peu après sa naissance. L’enfant passe les premières années de sa vie avec sa famille maternelle, entre le Pérou et la Bolivie. Son père ne se manifeste jamais, si bien que le garçon grandit dans l’idée qu’il est mort. Un jour pourtant, les parents décident de revivre ensemble, et le père réapparaît. Mario a 10 ans. Il fait la connaissance d’un être despotique qui, lorsqu’il a 14 ans, l’expédie à l’académie militaire Leoncio-Prado de Lima. Afin qu’il cesse de gribouiller des poèmes et devienne un homme, un vrai. Cette expérience contribue à sculpter son destin. « Avant de connaître l’autoritarisme politique, j’avais connu l’autoritarisme paternel, disait-il. Ma manière de résister fut d’entrer en littérature. »

Cette entrée, Vargas Llosa l’a superbement décrite dans La Tante Julia et le scribouillard (1977, tous les livres de Vargas Llosa sont publiés chez Gallimard). Comme le jeune « Varguitas », le héros de ce magnifique récit autobiographique, il poursuit mollement des études de droit et de lettres à l’université San Marcos de Lima. Parallèlement, il gagne quelques sols en rédigeant des chroniques de cinéma pour la revue Literatura et le journal El Comercio. A ses moments perdus, il s’essaie à l’écriture – ses premières nouvelles seront réunies dans Los Jefes (Les Caïds, 1959).

Membre de la « grande famille » latino-américaine

[…] Nous sommes à la fin des années 1950. Vargas Llosa – qui plus tard quittera sa tante Julia [qu’il avvait épousée]pour sa cousine Patricia – ne va pas tarder à découvrir l’Europe. A Madrid d’abord, où il termine ses études et soutient une thèse de doctorat sur le poète moderniste nicaraguayen Ruben Dario. Puis à Paris – il a remporté un concours organisé par La Revue française, dont le prix est un voyage en France. En 1958, puis de 1959 à 1966, il passera à Paris « les années les plus décisives de [sa] vie ». Il travaille à l’Agence France-Presse et à la Radio-Télévision française.

Tout le passionne. Il découvre Beckett, Ionesco, Vilar, Barrault, le Nouveau Roman, la Nouvelle Vague. Paradoxalement, c’est entre Londres, Barcelone et Paris qu’il découvre la littérature sud-américaine. Il devient l’ami de l’Argentin Julio Cortazar, du Mexicain Carlos Fuentes, du Colombien Gabriel Garcia Marquez alias Gabo, l’aîné admiré, le grand ami avec qui il se brouillera à mort pour une histoire – de femme ? de politique ?… en tout cas une histoire que l’un et l’autre se refuseront toujours à commenter.


Mario Vargas Llosa, lors d’un discours après avoir reçu le prix Ritz-Hemingway, à l’Hôtel Ritz, à Paris, le 29 mars 1985. DOMINIQUE FAGET / AFP

« C’est à Paris que j’ai découvert que j’étais latino-américain, disait-il. Avant, je ne me sentais que péruvien, sans le sentiment de faire partie d’une grande famille. » Dans les années 1960, cette grande famille incarnera ce qu’il est convenu d’appeler le « boom de la littérature latino-américaine ». Celle-ci émane d’un groupe d’auteurs influencés par les lettres occidentales et le modernisme. Un groupe dont Vargas Llosa – avec Fuentes, Onetti, Borges, Roa Bastos… – sera l’une des plus éminentes figures.

C’est aussi en Europe que, nourri de Faulkner, de Flaubert ou de Hugo, l’écrivain découvre Camus, et surtout Sartre. L’auteur de La Nausée le marque de façon indélébile. Il confirme que « la littérature ne peut échapper à son temps ». Qu’elle « n’est ni ne peut être un pur divertissement ». Que « les mots sont des actes » qui forment les consciences. Nourri de ces idées, Vargas Llosa signe, en 1963, La Ville et les chiens, un roman inspiré de son passage à l’académie militaire, qui décrit la vie des cadets opprimés par la discipline. […]

Un « homme plume »

Bientôt, La Ville et les chiens est traduit dans une vingtaine de langues. Vargas Llosa n’a que 27 ans. Suivra une œuvre exceptionnellement profuse et foisonnante. Romans, nouvelles, essais littéraires et politiques, études étincelantes d’érudition, théâtre, Mémoires… : on compte au total une trentaine d’ouvrages, remarquables par la finesse de l’observation psychologique et sociale, la luxuriance des images, l’art de la polyphonie, la palette des tonalités, tour à tour mordantes, ironiques, sérieuses, burlesques, érotiques, bouffonnes…

[…]

Vargas Llosa est véritablement cet « homme plume » imaginé par Flaubert. Il tâte de tous les genres et sait tout faire. La veine libertine ne lui est pas étrangère. Dans Les Cahiers de don Rigoberto (1997), il sacrifie à Eros avec légèreté et bonne humeur, affirmant que « l’érotisme est inséparable de la civilisation ». Et l’humour non plus. Dans Eloge de la marâtre (1988) où il raconte les amours d’un très jeune garçon pour sa belle-mère, il truffe des pages entières de détails hilarants sur la toilette intime, des oreilles aux aisselles, de son alter ego don Rigoberto.

C’est pour sa « cartographie des structures du pouvoir » que le prix Nobel lui sera attribué en 2010. Vargas Llosa a beau avoir « pris [ses] distances avec Sartre », il laisse volontiers entendre sa foi en la mission sociale de l’écrivain. Une mission qu’il précise en 2015, lorsqu’il est fait docteur honoris causa de l’université de Salamanque. « Les effets [de la littérature] ne peuvent être prémédités, affirme-t-il. Pas moyen pour l’auteur de planifier ce qu’il écrit afin que son livre ait des conséquences déterminées sur la réalité. » Mais ce qui est sûr, c’est qu’« un peuple contaminé par des fictions est plus difficile à asservir qu’un peuple alittéraire ou inculte. La littérature est immensément utile parce que c’est une source d’insatisfaction permanente. Elle fait de nous des citoyens frustrés et récalcitrants. » Insatisfaits du réel mais libres… et donc plus à même (peut-être) de le changer.

Virage à droite, voire à l’extrême droite

Cet engagement n’est pas purement esthétique. Comme chez beaucoup d’auteurs sud-américains de sa génération, écriture et politique ne sont jamais loin. Après un passage au Parti communiste pendant ses études universitaires, Vargas Llosa soutient le gouvernement de Fidel Castro. Mais, déçu par la révolution cubaine, il rompt en 1971 avec l’extrême gauche. Peu à peu, ses opinions glissent du communisme vers un libéralisme thatchérien qu’il assume et revendique.

Convaincu que le système libéral « réduit au maximum les formes possibles d’injustice » et que « libertés politique et économique sont les deux faces d’une même médaille », il se présente en 1990 – il a 54 ans – à l’élection présidentielle péruvienne. Battu au second tour par Alberto Fujimori, il ne reviendra en rien sur ses convictions, mais décidera de refermer cette parenthèse politique hasardeuse – qu’il raconte dans Le Poisson dans l’eau (1993) – pour retourner à ce qu’il sait faire de mieux, écrire.


Mario Vargas Llosa, en campagne pour l’élection présidentielle, à Cajamarca, au Pérou, en 1988. JAIME RAZURI / AFP

Cette prise de distance ne l’empêcha pas de continuer à s’impliquer publiquement, actant progressivement, et de plus en plus nettement, son virage à droite, voire à l’extrême droite. Ainsi s’est-il notamment prononcé en faveur de Keiko Fujimori, fille de son ancien rival, face au candidat de la gauche, Pedro Castillo, lors de la présidentielle au Pérou, en 2021, et a-t-il assuré préférer, avant la présidentielle d’octobre 2022 au Brésil, une victoire du président d’alors, Jair Bolsonaro, « malgré ses pitreries », à celle de Lula.

Ayant obtenu la nationalité espagnole en 1993, sans cesse entre deux villes – il a quatre appartements qu’il occupe à tour de rôle, à Lima, à Madrid, à Paris et à Londres –, éloquent, portant beau, il continue de défendre inlassablement ses convictions. Dans Le Héros discret (2013), il dresse du Pérou un tableau sans concession, fustigeant la délinquance mafieuse, la corruption et la tentation de la médiocrité. Avant cela, il était parti en Afrique prendre des notes pour son roman Le Rêve du Celte (2010), dans lequel il racontait l’histoire vraie de Roger Casement, cet Irlandais qui fut l’un des premiers à dénoncer les atrocités commises au Congo belge à l’époque du roi Léopold II.


Mario Vargas Llosa, après la cérémonie de son intronisation à l’Académie française, à Paris, le 9 février 2023. EMMANUEL DUNAND / AFP

Il y avait quelque chose de démesuré et de boulimique chez cet inlassable travailleur couronné par tous les prix possibles et entré de son vivant dans « La Pléiade » (2016). Immense lecteur, voyageur, amateur d’art, Mario Vargas Llosa s’était même fait acteur, à Madrid en 2015. Avec Les Contes de la peste, une adaptation du Décaméron de Boccace qu’il avait imaginée lui-même, il avait débuté sur les planches « malgré le trac » et la « peur du ridicule ». De cette aventure aussi risquée que fascinante, il avait dit plus tard : « Je n’ai jamais eu si peur, en coulisse. Plus peur que lorsque j’étais candidat à la présidence du Pérou et que je risquais de me faire tuer. » Mais il ajoutait aussitôt qu’il serait prêt à retenter l’aventure, « même en rampant », à 90 ans.

Jusqu’au dernier moment, il aura célébré la fiction, répondant indirectement à cette question de Paul Valéry : « Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n’existe pas ? » Une question qu’il avait symboliquement placée en exergue, c’est-à-dire à la porte de son Paradis.

Mario Vargas Llosa en quelques dates

28 mars 1936 Naissance à Arequipa (Pérou)

1959 S’installe à Paris et travaille à l’Agence France-Presse et à l’ORTF

1969 « Conversation à la cathédrale »

1977 « La Tante Julia et le scribouillard »

1990 Candidat à l’élection présidentielle au Pérou

1993 « Le Poisson dans l’eau »

2002 « La Fête au bouc »

2003 « Le Paradis – un peu plus loin »

2010 Prix Nobel de littérature

2016 Entre dans « La Pléiade »

2021 Elu à l’Académie française

13 avril 2025 Mort à Lima

La France, patrie littéraire de Mario Vargas Llosa

Jordi ZAMORA
AFP, 14 avril 2025


L’écrivain hispano-péruvien Mario Vargas Llosa lors de la visite d’une exposition consacrée à son oeuvre "Mario Vargas Llosa. La liberté et la vie" à la Maison de l’Amérique latine, le 13 septembre 2010 à Paris (JACQUES DEMARTHON)
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Grand admirateur de Victor Hugo et Gustave Flaubert, l’écrivain hispano-péruvien Mario Vargas Llosa entretenait une relation privilégiée avec la France, le pays de ses premiers romans.
Celui qui comptait parmi les plumes du "boom" littéraire latino-américain s’est éteint dimanche à Lima, dans son Pérou natal, à l’âge de 89 ans.
S’il y a étudié et d’abord entrepris une carrière de journaliste, c’est à Paris qu’il disait être "devenu écrivain", en prononçant le 9 février 2023 son discours d’entrée à la prestigieuse Académie française. Inédit pour un auteur qui n’a jamais produit directement dans la langue de Molière.
Sa relation avec le pays de ses modèles commence bien avant, alors qu’il écrit sur la culture française dans la presse péruvienne.


Le Défi de Sollers

Curieusement, c’est aussi, sous le même titre et aussi, en 1957, que Le premier texte de Philippe Sollers est publié par Jean Cayrol dans le N° 3 (octobre 1957) de la revue Ecriture des éditions du Seuil.

VOIR AUSSI :

Le Défi de Philippe Sollers / ou, comment tout ceci a-t-il commencé ?

Le Défi de Sollers (pdf)

En 1957, il reçoit son premier prix littéraire pour "El Desafío" ("Le Défi"), récompensé par... "La Revue Française".
Etudiant, "j’aspirais secrètement à devenir un écrivain français. J’étais convaincu qu’il était impossible d’être écrivain au Pérou, un pays sans maisons d’édition et avec peu de librairies", retraçait Vargas Llosa devant les académiciens.
Il s’installe finalement à Paris en 1959, l’année de ses 23 ans, avec sa première épouse Julia Urquidi, qui lui inspirera "La Tante Julia et le Scribouillard".
Aussitôt arrivé, il achète un exemplaire de "Madame Bovary", le classique de Flaubert. Roman qui trônera sur sa table de chevet et à travers lequel il signera "L’Orgie perpétuelle", essai sur le métier d’écrivain.

- Génération dorée -

Dans "la capitale culturelle du monde", Vargas Llosa découvre qu’on lit depuis bien longtemps des hommes de lettres latino-américains tels qu’Octavio Paz. "Ce fut au final grâce à la France que j’ai pu découvrir une autre Amérique latine", saluait le natif du sud du Pérou.

L’auteur vit plusieurs années à Paris, où il travaille tantôt dans la traduction, tantôt comme professeur d’espagnol ou journaliste, au service hispanophone de l’Agence France-Presse.

C’est dans la ville lumière qu’il écrit son premier roman, "La Ville et les Chiens", chef d’oeuvre récompensé par le prix Biblioteca Breve en 1962.
Du père des "Trois Mousquetaires" Alexandre Dumas, autre source d’inspiration, Mario Vargas Llosa hérite la faculté à tenir le lecteur en haleine, grâce à ses qualités de conteur. Tout en décrivant finement les réalités politiques et sociales comme le firent avant lui Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

A l’époque, le mouvement du "Nouveau roman", qui privilégie l’expérimentation stylistique au détriment de la narration, prend de l’ampleur. Mais Vargas Llosa reste attaché à son ambition première : raconter des histoires.
Alors que sa carrière prend son envol à l’orée des années 1960, il forme avec le Colombien Gabriel García Márquez, l’Argentin Julio Cortázar et les Mexicains Carlos Fuentes et Juan Rulfo notamment, ce qui sera la génération dorée de la littérature latino-américaine.

"A partir des années 1970, ce furent les écrivains sud-américains qui aidèrent une nouvelle génération d’auteurs français à ne pas perdre espoir en la littérature de fiction", estimait l’académicien Daniel Rondeau au moment de l’entrée de Vargas Llosa au panthéon français du genre.

- Virage idéologique -

Au début des années 1970, l’Hispano-péruvien opère un virage idéologique : il prend ses distances avec le communisme castriste pour se rapprocher du libéralisme du Français Alexis de Tocqueville, observateur des débuts de la démocratie américaine.
Ce revirement lui vaut la désapprobation de milieux intellectuels sud-américains et, au contraire, une amitié en France avec un autre académicien, l’anticommuniste Jean-François Revel.

En 2004, après avoir livré son étude saluée de "Madame Bovary", Vargas Llosa s’attaque à un autre monument des lettres françaises, avec "La Tentation de l’impossible : Victor Hugo et "Les Misérables".

Traduite en une trentaine de langues dont le français, l’oeuvre de celui qui deviendra prix Nobel de littérature en 2010 est en France largement publiée chez Gallimard. En 2016, il sera par ailleurs le premier écrivain étranger à être édité de son vivant en Pléiade, l’une des plus prestigieuses collections françaises.
"Je ne me suis jamais senti étranger en Europe, ni nulle part d’ailleurs", résumait Mario Vargas Llosa en décembre 2010, en recevant le Nobel.
jz/tmt/phs

Ses livres les plus marquants

La Fête au bouc (2000)
« Un bon roman dit toujours la vérité, et un mauvais ment », disait Mario Vargas Llosa. L’auteur voyait le roman comme une réponse critique à la réalité. Dans La Fête au Bouc, l’un de ses romans les plus célèbres, il prenait l’exemple du tyran dominicain Rafael Trujillo qui touchait au mensonge par la vérité. Dans ces trente années de terreur, tout était vrai, et cependant tout conduisait au mensonge le plus intolérable. Mario Vargas Llosa y faisait la radiographie d’une société de corruption et de turpitude. Il dénonçait notamment la dictature de Trujillo, ancien président de la République dominicaine, et la terreur du peuple.

La Ville et les Chiens (1963)

La Ville et les Chiens est le premier roman de Mario Vargas Llosa. Paru en 1963. Il se situe au Pérou, au collège Leoncio Prado de Lima, où quatre garçons, surnommés « les chiens », décident de s’opposer à la discipline. Le vol, les mensonges et la violence vont devenir leurs maîtres mots dans ce récit couronné du Prix de la critique espagnole. L’oeuvre a contribué à l’émergence du mouvement littéraire appelé « boom latino-américain ».

Conversation à La Cathédrale (1969)

Il est inscrit parmi les cent meilleurs romans en espagnol du XXe siècle. S’il ne devait « sauver qu’un seul de [ses] romans », Mario Vargas Llosa aurait sauvé « celui-ci ». Conversation à La Cathédrale est considéré comme l’ouvrage le plus ambitieux de l’auteur. Le récit se déroule au milieu des années 1950, durant et juste après la dictature d’Odria. Son incipit, « À quel moment le Pérou avait-il été foutu ? », est devenu l’un des plus célèbres de la littérature hispanophone. Découpé en quatre parties, l’ouvrage plus philosophique qu’historique, expose un dialogue entre deux hommes dans une cathédrale. Vargas Llosa y raconte, à travers les lignes, les chemins qui conduisent un pays entier à la soumission ou à la collaboration avec un dictateur.

La maison verte (1966)

Avec pour décor la ville côtière de Piura, dans le nord du Pérou, et la jungle amazonienne, ce roman entremêle trois histoires dans une maison close nommée la « maison verte ». Son fondateur, Don Anselmo, est un homme d’affaires au passé inconnu et sans scrupule. Adepte d’une technique narrative complexe, Vargas Llosa construit son œuvre comme un puzzle, avec des dialogues simultanés et différents plans spatiotemporel. Dans une lettre antérieure à la publication du roman et adressée à l’auteur, l’écrivain argentin Julio Cortázar faisait ainsi l’éloge du roman : « Il suffit que tu racontes à ta façon pour que tout tienne dans une même instance narrative, sans cette séparation scolaire entre la » description et l’action « propre au romancier lambda ».

La guerre de la fin du monde (1981)

Situé dans une région pauvre du nord-est du Brésil à la fin du XIXe siècle, le roman traite de la guerre de Canudos, un conflit entre l’élite économico-militaire de la toute jeune république brésilienne et une rébellion de paysans regroupés autour d’Antonio Conselheiro, un prédicateur messianique. Une incursion de Vargas Llosa hors de ses décors habituels et dont la genèse est due à l’étonnement provoqué par un livre de l’auteur brésilien Euclides da Cunha, Hautes Terres : la guerre de Canudos (1902). « Pour moi, c’était la première description strictement américaine d’un événement américain », avait expliqué l’auteur péruvien.

Le Poisson dans l’eau (1993)

Longtemps militant communiste au Pérou, où il s’opposait à la dictature du général Odría, Mario Vargas Llosa se présente en 1990 à l’élection présidentielle sous l’étiquette de la droite libérale. Sa défaite au second tour face à Alberto Fujimori lui inspire sa première autobiographie, Le Poisson dans l’eau, récit fiévreux de sa longue bataille électorale. Il y raconte son adolescence brimée par un père sévère, son séjour au collège militaire Leoncio Prado, son mariage précoce à l’âge de 19 ans avec sa tante et son voyage à Paris qui avait déterminé à jamais sa vocation d’écrivain.

Éloge de la marâtre (1990)

Ce roman érotique se concentre sur le personnage de Don Rigoberto, amoureux de doña Lucrecia. Problème, son propre fils la convoite. Mario Vargas Llosa y conte parfaitement la façon « paradoxale et perverse » de la « déréliction péruvienne » avec ironie et truculence, où un garçon tente de séduire sa belle-mère.

Les Cahiers de Don Rigoberto (1997)

Dans Les Cahiers de Don Rigoberto, suite logique d’Éloge de la marâtre, Mario Vargas Llosa aborde le thème de la nostalgie. Tristesse et solitude s’emparent des rues de Lima. Le personnage de Don Rigoberto, séparé de doña Lucrecia, fantasme du bonheur perdu. La mémoire de sa dulcinée le hante. L’auteur emploi un style parodique et multiplie les références culturelles et les liens avec l’actualité.

La Llamada de la tribu (2018)

Deuxième partie de son autobiographie, La Llamada de la tribu est un portrait intellectuel de Mario Vargas Llosa. À la place d’un récit factuel et personnel, comme c’était le cas dans Le Poisson dans l’eau en 1993, l’auteur dresse une liste des sept écrivains qui ont marqué sa vie. On y retrouve notamment Adam Smith, José Ortega y Gasset, Friedrich August von Hayek, sir Karl Popper, Raymond Aron, sir Isaiah Berlin et Jean-François Revel. Ces personnalités du monde de la littérature l’ont fait passer du marxisme le plus orthodoxe au libéralisme.

Le Figaro

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Si Mario Vargas Llosa nous était conté (II)

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