
- Philippe Sollers en mai 1983
©Getty - Alain Mingam

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Avec Cécile Guilbert, essayiste et romancière

Cécile Guilbert a découvert Femmes de Philippe Sollers à l’âge de 20 ans : "j’ai été frappée par le style très célinien de cet ouvrage, par la scansion, la musicalité de cette écriture percutante et percutée qui ouvre à la connaissance". C’est aussi un roman qui absorbe tous les genres : "c’est davantage une chronique qui met en scène des personnages à clef, qui alterne dialogues, scènes érotiques, réflexions du narrateur sur ses lectures, le tout enlevé par une vivacité formidable. C’est un texte qui montre que la littérature est un instrument de pensée, au même titre que la philosophie".

Selon Cécile Guilbert, ce texte a aussi le mérite de "déjouer la question identitaire" : "Sollers pense que le ’je’ n’est pas ’moi’ : il tente d’échapper à la surveillance qu’instaure la société".
Elle rappelle que la vraie littérature est inadaptable : "on ne peut pas la mettre en script, et Femmes ne pourra jamais être transformé en scénario, parce que l’enjeu du texte n’est ni dans l’intrigue ni dans les personnages". Il s’agit du livre d’une époque, qui représente les petits arrangements de l’intelligentsia parisienne des années 1970-90 : "la question n’est pas de savoir si c’est bien ou mal car il est compliqué de savoir si Sollers se moque ou admire ses personnages. La question est de savoir si c’est vrai, et puis d’en rire".
Selon Cécile Guilbert, il ne s’agit pas "d’un abominable livre misogyne", mais plutôt un texte qui ridiculise l’idéal surréaliste de l’éternel féminin : "ce que raconte ce texte, c’est l’éternelle guerre des sexes. Sollers lutte contre "l’ensemblisation" des femmes, et critique la manière dont celles-ci sont instrumentalisées".

Cécile Guilbert a aussi été frappée par l’hypothèse de Philippe Sollers selon laquelle il n’y aurait qu’un seul écrivain qui s’incarnerait à travers les siècles : "Proust, Shakespeare, Melville, Cervantes seraient les avatars d’une même essence, qui dirait quelque chose d’une vérité fondamentale sur l’espèce, la politique, les mœurs. Une sorte de dévoilement de la comédie mondaine, ce qui est à la fois vertigineux et excitant."
Selon Cécile Guilbert, il y a deux choses fondamentales dans l’existence : les expériences que l’on fait, et cette autre vie dans la vie, celle qu’on traverse par les livres : "les livres permettent de connaître ce qu’on ne pourra pas vivre, et de se sentir moins seul, car on se rend compte que d’autres ont éprouvé ce qu’on éprouve".

"L’intellectualisme de ce livre, la complexité de ses raisonnements sur la modernité m’ennuient, je n’ai jamais réussi à accrocher, je n’arrive même pas à la fin du premier tome..." Cécile Guilbert fait un rapprochement avec Femmes car les deux textes sont sans intrigue :"or chez Sollers, ça swingue, alors que chez Musil, il n’y a ni musique ni humour".

Archive de Philippe Sollers du 7 mars 1983, “Parenthèses” sur France Inter avec Jacques Chancel
Lecture par Nicolas Berger et Aloïs Guérin de deux extraits de Femmes de Philippe Sollers, Gallimard, 1983 (p.441 et p.563)
Pourquoi n’aimes-tu pas les femmes, Henri ?, chanson de Dranem
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