


- Julia Kristeva
Photo Sophie Zhang
Avec Julia Kristeva, écrivaine et psychanalyste française


Née en Bulgarie, adoptée par la France et vice-versa, l’écrivain théoricienne et psychanalyste Julia Kristeva est arrivée dans l’Hexagone avec 5 dollars en poche, une brosse à dents et deux livres de Hegel, La phénoménologie de l’esprit et La science de la logique. Elle travaille sur le Nouveau roman, rencontre Philippe Sollers avec lequel elle se marie en 1967, et travaille à l’École des hautes études avec Roland Barthes, Claude Lévi-Strauss et d’autres structuralistes, puis au laboratoire de Lévi-Strauss sur des auteurs comme Lautréamont, Malarmé, Arthaud, Joyce, Proust ou Céline.
Ancienne membre du groupe Tel Quel, fondatrice du centre Roland Barthes, membre honoraire de l’Institut universitaire de France, membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris, fondatrice du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes et cofondatrice du Conseil national du handicap, celle qui a reçu en 2004 le prix Holberg, équivalent du Nobel pour les sciences humaines, interroge les limites du langage et de l’espace psychique ainsi que la question du féminin.
Comment le langage résiste-t-il à la différence ?
Le Pourquoi du comment : philo 3 min


S’intéressant aux figures d’une certaine révolte, comme Simone de Beauvoir, Hannah Arendt, Mélanie Klein, Colette ou Thérèse D’Avila, Julia Kristeva, dans ses mémoires intitulées Je me voyage, écrit :
"Un trouble me saisit à chaque fois. Qui est cette Julia Kristeva dont on parle ? Laissez-moi vous faire un aveu, je n’arrive pas à habiter mon image, celle que les autres me renvoient. Je me vis comme en voyage, mon élément serait l’eau vive, et mon but, poursuivre ce flux, frayer la route."
Dans Bulgarie, ma souffrance, elle emploie l’expression "monstre de carrefour" pour se définir, ce qui ne la limite justement pas, puisqu’elle implique l’hybridité et l’étrangeté. L’intellectuel vient de faire paraître chez Fayard Prélude à une éthique du féminin, anthologie de diverses interventions, dont les textes entrent parfois en résonance. Une réflexion générale autour du féminin, dont celui présent chez l’homme.

Pour notre invitée, l’hétérosexualité aujourd’hui est soumise à deux épreuves :
"D’une part, si on écoute Netflix ou d’autres cinémas, télévisions mondialisés, le bonheur est le couple qui se marie, et toutes les jeunes filles et les jeunes hommes ne pensent qu’à ça. Comme si c’étaient les valeurs suprêmes. Et de l’autre côté, il y a tellement de violence, tellement d’explosion de haine et d’agressivité dans les couples, puisque la complexité n’arrive pas à s’exprimer – nous le voyons dans l’histoire de Mazan, par exemple, et autres atrocités en France –, sans parler des différentes religions qui exploitent les femmes et dont la vie familiale est insupportable."
Elle ajoute :
"Cette hétérosexualité est une fragilité et peut-être une menace pour certains, mais c’est aussi une capacité de se rencontrer à deux, de chaque côté de la différence sexuelle, il y a des bisexualités, le couple est finalement à quatre, fusion et défusion, destructivité, passage de l’ombre de la mort même et de la colère, mais jouissance enfin avec à l’horizon, la venue ou non d’un tiers absolu, l’enfant."

La liberté de se créer soi-même, c’est la conclusion de sa trilogie sur Anna Arendt, Melanie Klein et Colette, qui sont des génies féminins pour elle. Julia Kristeva raconte :
"La génialité n’étant pas une descente du divin chez les humains, comme les romantiques nous ont conduit à le penser, mais c’est la singularité qui s’assume, et une singularité qui est capable de se défendre, reconstruire, de se réformer, de rebondir et d’être partageable. Et dans ce mouvement de retransformation, c’est la capacité d’être singulier et libre qui m’a paru l’indice même de la génialité, féminine en particulier, de mon idée du féminin transformatif."

Julia Kristeva :
"Je suis humaniste et athée, en ce sens que je pense que le transcendant est immanent. Et les grands mystiques se sont rapprochés de cette idée. Comme Thérèse d’Avila, qui trouve Jésus dans sa septième demeure en elle-même. Dans le voyage à travers elle-même, elle écrit pour donner à comprendre, ce voyage se fait par l’écriture, c’est son auto-analyse, et l’écriture comprise comme auto-analyse permet cela, c’est-à-dire de trouver non pas la vérité, mais les sens possibles dont je peux disposer par la verbalisation, par le langage destiné à d’autres."
"Tandis qu’elle agonise, Thérèse mon amour" de Julia Kristeva
Les Fictions - Avignon, 56 min


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L’interview de l’écrivaine Simone de Beauvoir diffusée sur Antenne 2 en 1985
L’interview de l’écrivain Georges Bataille au micro d’André Gillois diffusée sur la RTF en 1951
L’air Voi che sapete dans les Noces de Figaro de W. A. Mozart interprété en version française par Jacques Lantier et en version italienne par la cantatrice Cecilia Bartoli

Mathieu Boogaerts - Mélancolie
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