« Pierre Michon, publie ces jours-ci, un livre impressionnant plein d’écriture et de désir, une merveille à mon avis ; cà s’appelle "J’écris l’Iliade" » déclare Augustin Trapenard en début d’émission de La Grande Librairie du 12 février. Il est allé à sa rencontre dans la Creuse, là où Pierre Michon a passé son enfance et où il vit encore. « Il m’a touché par son érudition, sa justesse et sa drôlerie » :
Augustin Trapenard : (Première question) Le titre de ce livre est « J’écris l’Iliade », pourquoi l’Iliade ?
Pierre Michon : Parce que c’est le premier texte de la littérature européenne, et quà ce titre il représente toute la littérature européenne. D’ailleurs, c’est le scénario de toute la littérature qui est la dedans, et même de toute l’humanité, c’est-à-dire les deux ingrédients que sont la guerre et l’amour.
A.T. : (en fin d’émision) Ce qui m’amuse aussi beaucoup dans votre livre, c’est la façon dont vous rejouez l’Iliade jusque dans son écriture. Je pense aux épithètes homériques, vous savez : Achille aux pieds rapides, Circé aux belles boucles et chez vous : Hélène aux bras blancs, aux cuisses de lait…
S’il fallait vous trouver un épithète homérique, à vous Pierre Michon, vous qui êtes aussi un personnage du livre, ce serait quoi ?P.M. : …Michon à la pensée folâtre


« J’écris l’Iliade », par Pierre Michon : Homère ! Ô Michon !
Par Didier Jacob
BibliObs, le 12 février 2025

Pierre Michon. JEAN-LUC BERTINI

Critique. Pierre Michon n’écrit que quand ça lui chante, raison de plus pour se précipiter sur cette nouvelle œuvre ambitieuse. *****
Pierre Michon ne manque pas d’air. A l’en croire, il viendrait tout bonnement d’écrire « l’Iliade ». Oui, vous avez bien lu. Ce serait une première, sans doute, qu’un auteur pétant la santé signe un poème datant de 800 avant notre ère. Manquerait plus qu’ayant fait son affaire de la Grèce antique il se prenne maintenant pour Shakespeare. La vérité, c’est que rien n’arrête Michon, à supposer qu’il s’y mette. Car, ses habitués le savent, il écrit quand ça lui chante, et seulement quand le roi vient – le roi, c’est-à-dire l’inspiration, c’est-à-dire sa main saisie par le mouvement d’écrire. Raison de plus pour se précipiter sur cette nouvelle œuvre ambitieuse, presque obèse selon ses canons habituels. On y trouvera une interprétation toute personnelle du chant homérique au prisme de son expérience propre, comme une acclamation du vers de Pierre Jean Jouve (« Vos fesses, mes chéries géantes ! ») qu’il soupçonne d’être « l’un des plus brutaux de notre langue ». Michon, cette âme de polisson. A découvrir également une explication de sa passion des Cards, dans le Limousin profond, où il possède une « masure ». N’allez pas l’y déranger, vous pourriez vous prendre une décharge de Rimbaud en pleine figure. S’il s’y cache, c’est d’ailleurs souvent qu’il traverse, comme il l’explique dans cette confession aussi belle qu’émouvante, des moments de doute, d’affreuse dégringolade intérieure : « Depuis des années le goût de noircir du papier m’avait abandonné. Fini, le temps où je faisais des surenchères d’arabesques autour d’un mot. Je n’écrivais pas et n’écrirais plus. » Une rencontre va cependant le réconcilier avec l’art littéraire. Pas une femme, ni même un de ces auteurs de la race, dont il dit être, des « cabotins incultes ». Non, s’il a écrit « l’Iliade », c’est qu’un jour, aux Cards, Dieu a surgi devant lui. C’était une sauterelle

« J’écris l’Iliade », par Pierre Michon, Gallimard, 272 p., 21 euros.
"J’écris l’Iliade" sur pileface
« J’écris l’Iliade », par Pierre Michon : Homère ! Ô Michon !
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