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Le portrait du Docteur Gachet de Van Gogh

Sollers et Van Gogh

D 7 février 2025     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En fait, il faudrait plutôt dire les portraits du Docteur Gachet car Vincent Van Gogh en a peint deux versions, toutes les deux exécutées en juin 1890, à Auvers sur Oise, pendant les derniers mois de la vie du peintre, chacune présentant le Dr Paul Gachet assis à une table, la tête appuyée sur sa main droite, mais différant par leurs couleurs et leur style.


Portrait du Docteur Gachet (1ère version).
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Oeuvre emblématique de Van Gogh, la première version a connu un parcours mouvementé. Initialement vendue en 1897 par la belle-sœur de Van Gogh, Johanna van Gogh-Bonger, pour 300 francs, (environ 100 euros d’aujourd’hui) elle a ensuite appartenu à divers collectionneurs avant d’être acquise en 1911 par le Städel Museum de Francfort. En 1933, face à la montée du régime nazi, le tableau est caché, puis confisqué en 1937 par le ministère de la Propagande du Reich, qui le considère comme de l’art "dégénéré". Après plusieurs transactions, il est acheté en 1990 par l’homme d’affaires japonais Ryoei Saito pour 82,5 millions de dollars, établissant alors un record mondial. Saito, décédé en 1996, avait initialement déclaré vouloir être incinéré avec le tableau, mais cette menace n’a pas été mise à exécution. Depuis lors, l’œuvre a changé de mains, notamment vendue à l’investisseur Wolfgang Flöttl, mais sa localisation actuelle reste inconnue. En 2019, le Städel Museum a tenté de retrouver le tableau pour une exposition, sans succès, et a exposé à la place le cadre original vide.

Portrait du Docteur Gachet (2ième version).
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La seconde version du portrait, offerte au docteur Gachet par Van Gogh, pour sa sollicitude et son dévouement, est restée en possession de la famille Gachet jusqu’en 1949, date à laquelle elle a été léguée à l’État français. Elle est actuellement exposée au Musée d’Orsay à Paris.
VOIR notice ICI

Ainsi, la première version du "Portrait du Docteur Gachet" demeure introuvable depuis plus de 25 ans, et son propriétaire actuel ainsi que sa localisation restent un mystère.


Le Journal de 13H (TF1) du 6 février 2025

Les derniers mois de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise

Après un an passé au sein de l’asile psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence, où il avait été admis suite à une crise de démence survenue à Arles peu avant la Noël 1888, Vincent van Gogh rend visite à son frère Theo à Paris. De là, il se rend dans la commune d’Auvers-sur-Oise, où le docteur Paul Gachet loue pour lui une chambre à l’auberge du village. Une dizaine de jours après son arrivée, Van Gogh se rend au domicile de son bienfaiteur afin d’entreprendre son portrait. Paul Gachet est lui-même peintre et graveur amateur. Dès ses études de médecine à Paris, il fréquente les milieux artistiques. À Montpellier, où il passe sa thèse, il rencontre Alfred Bruyas, le mécène de Gustave Courbet et se lie avec le père de Paul Cézanne. Ce dernier fréquente Auvers-sur-Oise en 1873 avec Camille Pissarro, qui l’initie alors à la peinture en plein air. Le docteur Gachet s’y est établi un an plus tôt. C’est Pissarro qui recommande Van Gogh auprès de lui en 1890. Il connaît ses affinités dans les milieux artistes, et sa prévenance à leur égard, lui qui avait, entre autres, soigné Honoré Daumier dans les années 1870.

Le séjour de Van Gogh auprès du docteur Gachet semble d’abord bénéfique à son art : il peint presque une toile par jour, et certaines d’entre elles comptent aujourd’hui parmi ses chefs-d’œuvre, telles L’Église d’Auvers-sur-Oise (1890, musée d’Orsay) ou le Champ de blé aux corbeaux (1890, musée Van Gogh d’Amsterdam). Malgré cela, le peintre met fin à ses jours quelques mois seulement après son arrivée, le 29 juillet 1890, en se blessant mortellement d’une balle de revolver dans la poitrine, blessure que le docteur Gachet ne parvient pas à soigner. Malgré cette issue tragique, Van Gogh aura sans doute trouvé en celui-ci plus qu’un médecin, une personnalité que le portrait qu’il en a fait invite à envisager comme un véritable alter ego.

Paul-Bernard Nouraud.

Le portrait d’un alter ego


Un autoportrait
à travers l’autre
Jean-Rémi Touzet
Conservateur au Musée d’Orsay


alter ego


Étude sur la mélancolie, tel est le titre de la thèse en médecine que soutient Paul Gachet en 1858. Il l’y définit comme une extinction du « principe vital » qui fait que « l’homme ressemble à un végétal, à une pierre », et c’est ce mal qu’il diagnostique chez Vincent van Gogh. Cela explique peut-être que ce dernier peigne son praticien sous les traits d’un alter ego, ou à tout le moins comme son semblable.

Du point de vue du patient et de celui du médecin, l’un et l’autre connaissent les symptômes de ce mal dont la tradition médicale et morale disait qu’elle frappait en priorité les contemplatifs.
Tel que le représente Van Gogh, le docteur Gachet souffre bien du mal qu’il a étudié, et qu’il a si souvent reconnu chez ses amis artistes, dans sa forme à la fois la plus radicale et la plus visiblement artistique en l’occurrence

D’après [Paul-Bernard Nouraud]

Van Gogh paraît avoir investi son Portrait du docteur Gachet d’une dimension personnelle, qui prend même une tournure troublante lorsqu’on compare l’image qu’il donne de son protecteur à celles qu’il a pu donner de lui-même, comme dans ses derniers autoportraits d’août et de septembre 1889 (National Gallery de Washington et musée d’Orsay). Outre que Paul Gachet, d’origine flamande, et Vincent van Gogh partagent certaines caractéristiques physionomiques (cheveux et yeux clairs, figure émaciée), le peintre place son modèle contre un fond bleu agité d’une ligne vague qui résonne avec les plis de sa veste d’un bleu plus foncé, éclaircissant par contraste celui de ses yeux. À la rousseur de ses cheveux et de sa moustache répond le rouge profond de la table sur laquelle le modèle s’appuie et où il pose une main sur une branche de digitale cueillie. Cette position, qui produit une diagonale analogue à celle qu’imprime la posture affaissée de Mallarmé au portrait de Manet et avec elle la même impression d’abattement, introduit cependant en outre le geste plus ferme du poing fermé, qui remonte très haut dans l’histoire de l’art, et qui confère au Portrait du docteur Gachet la valeur d’une image de la mélancolie.

Le Portrait du docteur Gachet avec branche de digitale

L’une des peintures les plus chères de l’artiste-peintre néerlandais Vincent Van Gogh, puisqu’elle a été vendue au prix record de 82,5 millions de dollars (75 millions de dollars, plus 10 pour cent de commission) en 1990. Elle représente le docteur Paul Gachet.

Nous l’avons vu, il existe deux versions authentiques de ce portrait, toutes les deux exécutées en juin 1890 pendant les derniers mois de la vie de Van Gogh. Le peintre s’installe à Auvers-sur-Oise le 20 mai 1890. il commence à y peindre dès le 22 mai. Le 3 juin, il commence le portrait du Docteur Gachet dans la maison de celui-ci et en réalise la première version. La deuxième version est faite sur la base de la première, hors de la présence du modèle, entre le 4 et le 7 juin [1]. Vincent van Gogh tente finalement de se suicider le 27 juillet 1890 et meurt de ses blessures 2 jours plus tard.

Les deux tableaux, représentent le docteur Gachet assis à une table avec la tête penchée et appuyée sur son bras droit. Gachet est le médecin qui a pris soin de Van Gogh pendant ses derniers mois de vie. On note également la présence d’une digitale pourpre, à partir de laquelle est fabriquée la digitaline utilisée pour le traitement de certaines douleurs au cœur. La digitale constitue donc un attribut de Gachet en tant que médecin. C’est à la fois un poison et un calmant.

En revanche, les styles picturaux adoptés par Van Gogh pour réaliser ces tableaux sont assez différents. Tout d’abord, les couleurs utilisées ne sont pas tout à fait les mêmes. Mais c’est surtout le « coup de pinceau » qui est très différent ainsi que la précision des traits qui est plus évidente dans la première version. Le contenu diffère par quelques détails. Ainsi, dans la première version, deux livres sont posés sur la table. Dans la deuxième version, ces deux livres ont disparu et le Docteur Gachet tient en partie la plante entre le pouce et l’index de sa main gauche. L’expression du visage diffère également.

Aussi différentes qu’elles soient, les deux versions s’inspirent manifestement du Portrait d’Eugène Bénon peint par Puvis de Chavannes en 1882. Fervent admirateur de cet artiste, Van Gogh écrit tout le bien qu’il en pense dans une lettre à Emile Bernard de 1888, (Correspondance, édit.1960, III, p. 158) et dans deux autres à son frère Théo. Dans la seconde, daté de décembre 1889, il écrit : « Un idéal de figure est pour moi toujours resté le portrait de Puvis de Chavannes, un vieillard lisant un roman jaune.... » (Idem, p. 417).

Sollers et Van Gogh

A Auvers sur Oise, le 19 mai 2003

Dans « Philippe Sollers où l’art du sublime » (2011)
Aliocha WALD LASOWSKI note :

Le 19 mai 2003, Philippe Sollers participe à la 23e édition du festival d’Auvers-sur-Oise, intitulée « D’une terre à l’autre ». Il parle sur une scène, en compagnie de jeunes musiciens, âgés d’une vingtaine d’années. […]

Pendant ce concert de 2003, Philippe Sollers lit, les musiciens jouent. Sollers lit des extraits des Illuminations de Rimbaud. […]

Puis Sollers prend le texte d’Artaud sur Van Gogh et commence la lecture. Le texte devient beaucoup plus audible et compréhensible lorsqu’il est lu avec la 37e sonate de Haydn, parce que le grave et la percussion sont semblables, identiques. La mêlée des textes, des musiques et des lectures produit l’image sonore de la beauté du monde, dans le tourbillon des ritournelles. C’est avec une sorte de vertige que le spectateur, assistant au concert, entre avec Sollers dans le partage des vibrations, des intonations et de la musicalité.

« Haydn-Van Gogh. Haydn-Artaud. Voilà une petite expérience de vérification des temporalités extatico-musicales », conclut Sollers (p. 24)

Sur Van Gogh le suicidé de la société

Plus loin dans le livre d’Alliocha WALD LASOWSKI nous trouvons aussi ces mots de Philippe Sollers

Comme je veux écrire un peu sur Van Gogh, je viens justement de reprendre Van Gogh le suicidé de la société, le texte d’Antonin Artaud, écrit en 1947. Petit livre, où Artaud écrit, par exemple : « Ce n’est pas l’homme mais le monde qui est devenu un anormal. » Texte absolument fulgurant, qui vous parle depuis la pointe de l’acte de Van Gogh. « Un élément arraché en plein cœur », dit Artaud, qui voit dans Van Gogh l’« organiste d’une tempête arrêtée ». Il parle de la « force tournante » de la peinture de Van Gogh, de son « oreille ouverte », de sa force musicale. Van Gogh contre la société du « crime organisé »…

L’intégrale du texte ICI

VOIR AUSSI SUR PILEFACE

« Van Artaud » de François Audouy
S’il y en a un qui est bien vivant, c’est Van Gogh
« Et il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l’infini » (Antonin Artaud)

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[1] Michel Paris, « La digitale pourprée dans les deux portraits du Dr Gachet peints par Van Gogh à Auvers en 1890 : symbole ou signe de son utilisation ? », Revue d’Histoire de la Pharmacie, no 312,‎ 1996, p. 503-507 VOIR ICI