
Pascal Boulanger dont nous suivons l’œuvre poétique et littéraire depuis de nombreuses années, en 2007 (*), nous fait l’amitié de nous autoriser à publier, en avant-première, des extraits de son prochain opus « L’écart, carnets 2023-2024 », à paraître aux Editions Douro, coll. Présences d’écriture :
- « Une publication dans "pileface" serait un beau cadeau pour moi ! » (Pascal Boulanger)
- Non, c’est nous qui sommes honorés, eu égard à votre riche bibliographie.
Depuis 1991, il publie des recueils poétiques, des essais et des carnets, parmi lesquels : "Septembre, déjà" (1991), "Martingale" (1995), "Tacite" (2001), Le bel aujourd’hui (1999), L’émotion L’émeute (2002), Le corps certain (2001), Jongleur (2005), Fusées et paperoles, (2008), Jamais ne dors (2008), Un ciel ouvert en toute saison (2010), Le lierre la foudre (2011), Faire la vie : entretien avec Jacques Henric (2013), Au commencement des douleurs (2013), Mourir ne me suffit pas (2016), Confiteor : carnets 2012-2013 (2018). En 2018, les éditions Tinbad ont publié une anthologie de ses recueils suivie d’un inédit : Trame : anthologie 1991-2018 suivie de L’amour là.. Puis En bleu adorable – carnets : 2019-2022.
Et en tant que critique littéraire, Pascal Boulanger a contribué à de nombreuses revues telles qu’Action poétique, artpress, Europe, Triages, Poésibao, Sitaudis et Recours au poème. Il a également été membre du comité de rédaction de la revue Action poétique et a dirigé la collection "Le corps certain" aux éditions Comp’Act.
Pascal Boulanger se situe dans une filiation avec Marcelin Pleynet, Philippe Sollers, Jacques Henric. Même s’il revendique par ailleurs sa spécificité et son indépendance, il exprime son tribut à ces auteurs dans un entretien ancien mais toujours éclairant, avec Gwen Garnier-Duguy de la revue « Recours au poème ». Voir lien en encart.

(*) Le premier article sur pileface, consacré à Pascal Boulanger date du 18 novembre 2007 : « L’inadmissible est son poème ». Un texte sur Denis Roche, extrait de « Fusées et paperoles »
éd. L’Act Mem (mai 2008).

EXTRAITS : « L’écart, carnets 2023-2024 »
Nota : sous-titrages et mises en gras de pileface (VK)

La métaphysique comme pensée séparée poursuit son achèvement. Et si Dieu étouffe sous la théologie (Nietzsche), et l’individu sous le spectacle marchand, ne respire-t-on pas mieux dans la poésie ou plutôt dans le vivre poétique ?...
Seule l’habitation poétique et critique permet l’écart.

LE CORPS
La traversée d’un corps ou comment le corps dans sa dépense intime, accueilli par la « nature », s’oppose toujours au corps social de la représentation ... Certaines lettres de Sollers à Dominique Rolin me parlent – puisque je les traverse - et notamment celle-ci :
Le Martray, Lettre du 17/7/80 :Mon amour,
le problème, c’est de se débarrasser d’un corps pour en prendre un autre, il faut passer d’une physique de surface à une physiologie de fond... A Paris, il est nécessaire de rester "superficiel" pour pouvoir glisser dans l’énorme embouteillage ambiant... Ici, la tête, pour ne pas éclater de vide et de transparence, doit se refaire boule compacte, minérale, lisse (...) Bleu aujourd’hui, grand calme plat. C’est un peu effrayant, chaque fois que la "nature" (drôle de mot) se tait, se suspend. Tous les défauts personnels apparaissent, les inutilités, les vanités etc. On est replongé d’un bloc dans la peinture, à vif. Le moindre son, la moindre couleur sont multipliés par dix (...).
…
Hölderlin enfermé dans une chambre, avec une porte capitonnée ne comportant pas de poignée à l’intérieur… Lui a-t-on forcé à mettre aussi un masque de cuir pour empêcher ses cris ? Le 4 mai 1807, il est enfin pris en charge par le brave menuisier Zimmer.

7 mai 2023
Paradis hors lieu, Philippe Sollers.
Philippe Sollers (1936-2023) a été ce musicien virtuose parvenant, d’un livre à l’autre, à s’anéantir dans son rapport au monde et à anéantir le monde, toujours certain, par ailleurs, des possibilités du langage. Il a été, et il sera toujours, impossible de lui assigner une résidence, un rôle, une fonction. Le fond même de ce qu’il a écrit ? C’est la scène fermée du monde qui finit par se dissiper dans l’instant de jouissance d’un être. Dans le refus d’être assigné à la conception policière de l’espèce humaine, l’ennemi pour lui, a toujours été la société qui s’oppose sans fin à la singularité en acte.
VOIR AUSSI
Une des plus réussies des fusions entre poésie et prose pourrait bien être, d’après moi, son livre Paradis. A condition d’entendre cette intrigue de l’infini, ce flux de musique et de sens : décasyllabe, rime interne, souffle… Toutes les cordes de cet instrument prodigieux qu’est la langue jouent ensemble et simultanément (Julia Kristeva). Cet opéra polyphonique (avec son double infernal : Femmes), prolonge H et Lois dont les références, notamment à Hölderlin, révélées par Jean-Louis Houdebine, creusent l’essence même de la poésie qui résonne (et raisonne) dans toutes les langues du monde ; mais une poésie sans poème (sans rétention) qui vise, par la vision et l’audition, au déploiement de la plus grande mémoire possible. Et si la poésie de Sollers joue le son contre la mystification, le oui et l’ouïe contre la négation, c’est par accumulation et interruption, par renversement et engendrement, afin d’atteindre un temps vraiment retourné et retrouvé, dilaté et concentré.
Avant tout, il s’agit d’entrer dans son propre corps, sa propre voix dissonante et dans une qualité de silence capable de donner naissance à des formes. Les livres de Sollers, dans leur expérience sensible du temps, engagent une poéticité qui contredit les maladies du ressentiment ; ils pensent leur dépense, surmontent le nihil du nihilisme, adoptent une vision violemment anti-linéaire et anti-cyclique. C’est bien l’instinct de mort dans sa présence universelle qui est déjoué dans la clandestinité épiphanique d’un temps prophétique et à éclipses. Passion fixe contre passion triste : la vraie passion est gratuité et repos, facilité à s’arrêter, à se taire, dormir, disparaître. Du feutré. L’écriture n’est pas la domestique du social global, elle en est la force de transformation symbolique et poétique. Sollers n’a cessé d’écrire de la poésie sans poèmes, autrement dit, il a écrit dans la beauté qui ne fait pas question, en se dégageant des voix encombrées de reproches, ces ténèbres bourrées d’organes (Merleau-Ponty). A l’inverse, une œuvre fidèle à l’épiphanie sensible du temps garde en soi une place intacte d’émotions.
Le hors-lieu – le paradis - c’est l’enfance nettement formulée. Et l’enfance des choses n’a vocation à rien. Elle affiche son absence en étant ni ceci ni cela, elle ne s’inscrit dans aucune niche sociale, elle déjoue toutes les représentations, elle est lavée des couleurs artificielles de notre théâtre globalisé, elle est le rire du temps. Cette conscience intime du temps – le temps de la plénitude – traverse toute l’œuvre de Sollers. Elle fait trou dans la justification du monde. Loin du bavardage sociologique et psychologique, elle accueille la lumière épiphanique qui ranime les énergies et révèle toute chose à elle-même. Elle est, à l’image de la rose d’Angelius Silesius, sans pourquoi. Elle n’existe pour rien, dans la liberté donnée et donnée une fois pour toutes à éclipses, loin du temps plat et linéaire qui conduit au cercueil.
Sollers a ruiné tout ce qui, de près ou de loin, renforce la pensée de la clôture. Il a été, à travers son œuvre et son dispositif critique, une figure diasporique ; folie aux yeux d’un monde assis-moisi dans le calcul et le rendement, la négation et le ressentiment. Un écrivain n’est jamais là pour ranimer l’inanimé, il sort de son époque par dévoilement et échappée. Son « oui » se dégage du spectacle ennuyeux de l’immortel péché (Baudelaire), comme ici dans Portraits de femmes.
La voix basse, la voix haute, le murmure, le chuchotement, le soupir, le sourire, la moue, tout ce qui a trait aux lèvres, à la langue, tout ce qui dialogue en parlant, devient signe. Epargnez-moi toutes les bouches refaites de la publicité, charcuterie immangeable. Ne touchez pas à votre peau, laissez-la-moi. Parle, et tu es à moi. Ris, et tu es à moi plus encore. Si tu as ri, et as dit "oui", c’est un vrai oui du jour dans la nuit.
L’art prouve Dieu, j’ai capté, une fois, cette phrase de Sollers dans une émission radiophonique. Voilà bien quelqu’un qui s’est voué - tout entier – à l’art et à la pensée. Cet être-là n’a pas été dans la jouissance narcissique de lui-même, comme certains l’ont prétendu, mais il a été porté par-delà lui-même, ouvert à lui au-delà de lui-même. Il a été ce génial prestidigitateur parvenant, d’un livre à l’autre, à rire du Spectacle, dissimulant quand il le fallait ce qu’il était en profondeur, renforçant ses points forts, toujours certain des possibilités du langage et faisant un tri, qui met en question la circulation du pouvoir comme tel et de sa matrice. Des fâcheux se sont empressés d’insister sur ses paradoxes, ils n’ont tout simplement pas lu Baudelaire :
Parmi l’énumération nombreuse des droits de l’homme, deux assez importants ont été oubliés qui sont le droit de se contredire et le droit de s’en aller.
Habiter son nom a été le pari de Sollers. Ce défi a consisté à renverser le monde – à jouir de son envers – et à excéder une autre durée que celle du culte quasi unanime rendu à la mort, et à son spectacle en direct. Tous les registres de croyance sont heurtés. La croyance sexuelle notamment, dans son versant féministe, organique ou encore homosexuel. Et ils le sont pour atteindre un temps vraiment retourné et retrouvé (…) dilaté, concentré, vaporisé. Tout le problème est de savoir si l’on peut ou non sortir d’une métaphysique de la finitude, étant entendu qu’on ne peut la dépasser qu’en l’envisageant dans son ensemble et en réalisant son appropriation. L’instant, rien d’autre, écrit Sollers, qui ajoute la notation pure et simple : une énorme liberté insoupçonnée est là.
L’usine spectaculaire mène à l’oubli, c’est l’immanence dans son développement qu’il faut traverser. Paradis : il faut rester réveillé maintenant absolument réveillé dessous dessous toujours plus dessous par-dessous toujours plus dérobé plus caché de plus en plus replié discret sans cesse en train d’écouter de s’en aller de couler de tourner monter s’imprimer voler soleil cœur point (…) L’expérience sensible est l’antidote à la ratiocination technique. Le jeu d’échos et de résonnances, la pluie de citations font face à l’ignorance grossière et à l’usage du faux. Cette guerre du goût a été menée, elle n’est et elle ne sera pas oubliée.
Qui écrira l’histoire de cet étrange couple qui a partagé les mêmes bureaux éditoriaux durant plus de 60 ans ?
De Tel Quel à L’Infini... Des éditions du Seuil aux éditions Gallimard. Dans les nombreux volumes des carnets et du journal de Pleynet, Sollers est très souvent évoqué. Comme ici, dans Le jour et l’heure (Plon, 1989).
A X. qui compare ce que j’écris à l’oeuvre de Sollers, je réponds agacé que Sollers est une intelligence aux prises avec sa sensibilité, alors que je suis une sensibilité aux prises avec l’intelligence. Ce qui n’a entendu pas de sens. Ce qui n’a d’autre sens que de marquer, dans la formulation, deux attitudes qui, sans être en quoi que ce soit ni comparables ni complémentaires, et qui se trouvent même aussi éloignées que possible, aux antipodes l’une de l’autre, n’en peuvent pas moins entretenir, en connaissance de cause, d’objectifs rapports d’estime et de sympathie

(la mer)
Au lavoir de linge bleu
la vie se réjouit de la vie.
…
Hölderlin, très présent dans tout ce que j’ai pu écrire depuis mon installation en Bretagne, en mars 2019.
La retraite et le retrait bien sûr, mais le retrait n’est pas l’absence de traits, au contraire, il est ce qu’il y a de plus vivant dans la poésie. Il est l’accès à ce qu’Hölderlin dit de la jeunesse éternelle, notamment dans cette lettre qu’il adresse, à l’âge de 29 ans, :
Quand je serai un enfant aux cheveux gris, je voudrais que le printemps, l’aurore et le crépuscule me rajeunissent chaque jour un peu davantage jusqu’à ce que je sente la fin et que j’aille m’asseoir dehors pour m’en aller vers la jeunesse éternelle.
…
L’art, c’est aussi l’air qu’on respire.
…
Lettre d’Hölderlin à sa mère :
Puis-je vous le confier ? Les nombreuses fois où mon esprit était comme retourné à l’état sauvage, et où j’errais sans répit parmi les hommes, c’était uniquement parce que je pensais que VOUS NE RETIRIEZ AUCUNE SATISFACTION DE MOI" (c’est moi qui souligne).
Pauvre Hölderlin, sous le regard sévère de sa mother ! (Elle avait le bleu regard qui ment écrira Rimbaud, à propos de sa propre mère).
La première tâche d’un poète n’est-elle pas de se libérer de ce regard là (du materno-social et de son chantage permanent) ?
Le materno-social recommande l’épargne (la mère d’Hölderlin qui rêvait que son fiston devienne pasteur refusera de lui distribuer l’argent nécessaire pour vivre et pour écrire, si bien qu’en 1843, date de la mort du poète, sa fortune aura plus que triplé en valeur nominale).
A l’inverse, la poésie (et l’habitation poétique) s’inscrit dans le registre de la dépense, dans le principe même de l’eccéité en acte.
…
Le rassurant dans toute cette comédie est qu’au paradis l’absence de décision deviendra intense, soudaine et une.
Autrement dit, chacun ne sera plus la drogue de l’autre et encore moins son overdose.
On ne sera plus cerné par le désespoir, ni par l’espoir.
Les vies vaines ne saigneront plus, il n’y aura plus de modèle donc plus de rival.
La vie secrète deviendra la vraie vie.
Enfin, le rien musical deviendra immense aux oreilles.
…
Les poèmes dits de la folie d’Hölderlin sont tout sauf des poèmes de la folie. Ils observent la distance à l’égard des choses, ils ignorent la plainte pour la perfection, ils ne craignent rien car ils savent que tout revient, ils sont fidèles aux limites entre terre et ciel, ils ne renvoient pas à un idéal qui serait un au-delà des saisons et du monde, ils signent la présence d’une beauté d’ici et de maintenant.
…
La promesse est déjà tenue, avec ces bouts d’océan que je vois dans les yeux de l’aimée.
…
Quand la novlangue de ceux qui nous gouvernent et nous maltraitent fait croire qu’elle fait ceci ou cela alors qu’elle fait exactement l’inverse, on lit avec bonheur Chateaubriand :
Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.
…
Dehors le ciel est verrouillé de fortes pluies, mais j’ai trois roses dans ma maison, elles sont l’esprit qui toujours dit oui, elles usent de ce monde comme n’en usant pas, dans ce que Hegel nomme le jour spirituel du présent.
…
Il ne s’agit pas de se fixer sur le monde-tombe postmoderne dans lequel la condition de l’homme – et le temps lui-même – sont éprouvés comme séjour carcéral.
Il s’agit, au contraire, de s’éveiller à son propre gouffre intime, là où le silence rendu présent s’entend et s’étend à l’infini, près d’une rose blanche sous un ciel de noce.
…
La clairière ou l’éclaircie, ce n’est pas uniquement la lumière pour le penseur Heidegger, elle signale autre chose que la clarté.
La clairière c’est l’ouvert (pour le marcheur, comme pour le créateur, autrement dit, pour l’amoureux de la vie), c’est aussi, à la fois un dégagement et un affranchissement.
François Fédier traduit Lichtung par "allégie" : rendre léger la condition de l’être par l’éclaircie de ce qui vient en présence.
…
Claudel, formidable vérificateur de la création...
A mesure que j’avance, tournant la tête à droite et à gauche, je goûte la lente modification des heures, car perpétuel piéton, juge sagace de la longueur des ombres, je ne perds rien de l’auguste cérémonie de la journée. Ivre de voir, je comprends tout.
Dans ce poème en prose issu de Connaissance de l’Est deux références explicites sont faites à Rimbaud. Référence A une raison et à cette incise aussi de Rimbaud : je suis un piéton, rien de plus.
Rimbaud aura connu l’ivresse dans l’instant, Claudel dans la durée. En ce sens, Claudel prolonge Rimbaud, fait de son trait poétique une prose du monde.
…
Quand les baisers se donnent en petites flammes, je me sens chez moi dans la vie, je vois la mer derrière la forêt, je me quitte me confiant à l’aimée et je crois entendre : tu me retrouveras partout où tu voudras que je sois avec toi.…
Tout se meut, jusqu’au paradoxe, dans le jeu du monde. La poésie réceptacle entend l’infini du temps et de l’espace, elle accueille les voix de la présence et de l’absence, elle laisse aussi la parole au silence parlant et au vide. Crêtes et creux projettent le poème qui s’aventure dans l’errance et dans l’exploration de l’éventuel comme du permanent, de ce qui survient ou fait retour. Et c’est l’amour qui tient ensemble les choses vivantes – en les dévoilant – jusqu’à la mort anticipée. Une conscience qui surplombe n’est pas entachée par le négatif -même si elle le relève et le traverse – elle se tourne vers la bible de l’océan, vers l’abime et le gué. Sous tension, l’écriture doit pouvoir offrir déploiement et rétention, mouvement et repos
.
Printemps des poètes 2018, Université de Caen
Juste pour évoquer une autre facette de ses écrits, voici un écho de la plume de Pascal Boulanger lorsqu’elle est trempée dans l’encre poétique et s’accompagne d’un piano. C’était au Printemps des poètes, le 6 mars 2018, à l’Université de Caen.

A propos de l’auteur

L’essayiste et auteur Pascal Boulanger, signe un recueil de poèmes illustrés par sa fille Nora Boulanger-Hirsch. ARCHIVES OUEST-France

Ouest France, 31/10/2024

Pascal Boulanger, auteur d’une trentaine d’ouvrages, critique littéraire, et chevalier des Arts et des Lettres, s’impose comme une voix incontournable de la poésie contemporaine. Avec L’amour malgré, il collabore pour la première fois avec sa fille, Nora Boulanger-Hirsch pour créer un recueil où leurs deux univers artistiques se rejoignent. Entretien :

Votre dernier recueil inclut douze peintures de votre fille. Pourquoi ce choix ?
L’idée est venue spontanément. Lorsque l’éditeur m’a proposé de collaborer avec un artiste, j’ai tout de suite pensé à Nora. C’était l’occasion de partager un projet avec elle, d’autant plus qu’on se voit rarement. Ce recueil est une manière de créer quelque chose ensemble, de laisser une trace commune.

Comment cette collaboration a-t-elle influencé la création du livre ?
Les poèmes étaient déjà écrits, mais en voyant ses peintures, j’ai ajusté la mise en page du livre. Nora a choisi des œuvres en fonction de mes textes, et ensemble, nous avons réfléchi à la façon de faire dialoguer ses images avec mes mots. C’était un vrai travail à deux, ce qui rend ce livre unique.

Le thème de l’amour revient souvent dans vos poèmes. Comment l’abordez-vous dans ce recueil ?
Le recueil contient une longue séquence intitulée L’amour malgré. J’y explore les paradoxes de l’amour, ses contradictions, ses moments de fulgurance et de doute. Comme la mer, l’amour avance, recule, se déchaîne parfois. C’est une force en perpétuel mouvement.

La mer semble jouer un rôle important dans votre poésie. Pourquoi ?
La mer est une métaphore puissante. En Bretagne, elle est omniprésente et reflète parfaitement les mouvements de l’âme humaine. Elle est à la fois destructrice et apaisante, comme les relations humaines. Je me sers de cette image pour exprimer les hauts et les bas de l’amour.


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