

Elisabeth Barillé est dans l’actualité littéraire de Frédéric Beigbeder, et parce qu’elle a croisé le chemin de Philippe Sollers et Jean-Edern Hallier, en rivalité pour la direction de la revue d’avant-garde Tel Quel, mais aussi en rivalité amoureuse avec Elisabeth Barillé entre eux, nous lui dédions aujourd’hui ce portait kaléidoscopique aux miroirs de :
Frédéric Beigbeder
Philippe Sollers
Jean-Edern HallierUne occasion de faire revivre ces deux derniers. Privilège de l’âge, Elisabeth Barillé est toujours parmi nous pour nous séduire. Elle avait 22 ans quand Philippe Sollers fit sa rencontre, lui, avait alors 46 ans. Longue vie à elle et au firmament littéraire !
« Elisabeth Barillé serait-elle la Colette de nos nouvelles années folles ? »
Par Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder. François BOUCHON

CHRONIQUE - Son récit tendrement mélancolique appartient à un genre nouveau : l’exo-autobiographie, qui consiste à raconter quelqu’un d’autre pour mieux parler de soi.
Elisabeth Barillé pourrait être surnommée la discrète. Dans le film de Christian Vincent (1990), c’était le nom d’un grain de beauté, une mouche que les élégantes du XVIII siècle se posaient au coin du menton. Cet adjectif lui va bien au teint. En quarante ans et 22 livres, Mme Barillé a bâti une œuvre d’une sensualité douce, d’un érotisme mutin.
Derrière cette enquête sur un génie oublié, Les Sœurs et autres espèces du vivant est surtout un livre sur Lucie. « Elle était la foudre et moi le paratonnerre. »
À lire aussi Frédéric Beigbeder : « Les romanciers ont un devoir de regarder ce que la société ne veut pas voir »
La sœur cadette de la narratrice lui annonce qu’elle déménage à Dubaï, ville très présente dans cette rentrée - Charles Consigny, dont nous avons parlé la semaine dernière, admire « ce far Middle East qui accueille tout l’argent sale du monde ». Pour Élisabeth Barillé, c’est un enfer absolu. Elle ne comprend pas pourquoi sa sœur s’enfuit dans la capitale de la vulgarité clinquante. Est-ce la faute de leur grand-père Igor, qui la maltraitait pour qu’elle finisse sa langue de bœuf ?
L’exo-autobiographie
Élisabeth en veut à sa sœur d’être plus libre, plus fantasque qu’elle. « Ma sœur, mon passé, ma croix. » Dans ce remake de La Cigale et la Fourmi, deux univers s’affrontent : la blonde sexy et incontrôlable échappe à l’entendement de la brune littéraire et calme. Même si Lucie est « une divinité de l’énergie et du désastre », elle est aussi une mine de souvenirs d’enfance, un trésor et un repère. Les livres sur les frères et sœurs sont moins nombreux que sur les pères et mères : c’est la faute à Freud.
Pourtant nous nous construisons aussi par rapport à ces filles et garçons avec qui l’on a grandi et qui nous servent de modèles ou de repoussoirs.
Saluons Élisabeth Barillé pour ses nombreuses trouvailles d’écrivain (page 81, elle préfère qu’on ne féminise pas ce mot). Exemples : « l’opium du sexe, cet infini à la portée des dindes » ou « les rêves meurent jeunes en banlieue ». Son récit tendrement mélancolique appartient à un genre nouveau : l’exo-autobiographie, qui consiste à raconter quelqu’un d’autre pour mieux parler de soi. L’un des inventeurs de cette forme était le regretté Philippe Sollers dans Le Cavalier du Louvre (sur Vivant Denon, en 1995). La boucle est
bouclée.

Le Figaro, 28 septembre 2024
SOLLERS ET ELISABETH BARILLE
1984. « Sollers joue Diderot » avec Elisabeth Barillé comme partenaire
(durée : 19’07" — Jean-Paul Fargier. Sollers joue Diderot)

Un film de Jean-Paul Fargier de 1984.
Elisabeth Barillé a 24 ans, Philippe Sollers, 48 ans.
Jeux de séduction. L’œil de la caméra de Fargier capte une complicité sensuelle naturelle entre ces deux-là. Naturelle ou comédie ? Si c’est joué, c’est bien joué ! Pourtant Elisabeth Barillé n’n’est pas une comédienne professionnelle mais elle est une pratiquante du libertinage et Sollers le sait très bien. Ces deux-là ne se retrouvent pas pour la première fois pour ce film, ils se connaissent « bibliquement » depuis les 22 ans de la belle. Nous l’apprenons dans Portrait du Joueur de Sollers comme nous le découvrirons plus avant.. Adéquation du rôle et de la personne mise en lumière par la caméra de Fargier.
Dans les jardins et les terrasses du Palais Royal qu’aimait fréquenter le Neveu de Rameau, Philippe Sollers lit du Diderot à deux jeunes femmes qui auraient pu être en d’autres temps, Julie de Lespinasse ou Sophie Volland. En costume du XVIIIe siècle, l’écrivain du XXe siècle réactualise le philosophe des Lumières. Ses commentaires entrecoupés de jeux érotiques, caracolent de l’égalité des sexes à l’invention de la psychanalyse, de Sade à Lacan, de la Nature à la procréation artificielle, de la Physique des sens à la Télévision en couleurs, de Catherine II à la perversion du matérialisme en Russie soviétique. « Si on perd le sensualisme, le matérialisme est mortel. »
Jean Paul Fargier


VOIR AUSSI Diderot bouge encore, Sollers le ressuscite
1985 Joan (Elisabeth Barillé) in "Portrait du Joueur"

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EXTRAITS
1. Préface
Joan, une journaliste de vingt-deux ans, la confrontation cruelle et comique entre deux générations, celle « de 68 » et celle « d’après 68 ».
Joan est très jolie. Vraiment très.
2. Chapitre II
Ce n’est pas ma faute si j’ai fini par avoir quatre vies plutôt intéressantes, là où la plupart n’en ont difficilement qu’une, une et demie, une trois quarts. Ingrid, pour l’amour au-delà de tout. Norma pour la réalité dure, complice, tendre, critique, comptable. Joan pour les images. Sophie pour l’application réfléchie des gestes. Je vais vous raconter ça, c’est promis. En tout cas, principe : jamais deux femmes ! Une ou trois, ou quatre, ou mille, ou aucune. Jamais deux ! Jamais ! Comme l’a dit excellemment Lichtenberg : « Un homme va être condamné en Angleterre pour bigamie. Son avocat le sauve en prouvant qu’il avait trois femmes. » Voilà une loi fondamentale. Elle ne souffre aucune exception.
Je venais juste de quitter les Éditions de l’Autre après avoir publié mon best-seller érotique chez un autre éditeur.
J’ai rencontré Joan... Interview pour son magazine international... Comment fonctionnent les tubulures du succès... Elle m’a soufflé en entrant chez moi : ah, l’Image ! On aurait dit qu’elle sortait du papier glacé en couleurs, insolente, vive, émergeant de tous les bains moussants et de toutes les eaux de toilette imaginables, les plus sophistiquées, les plus chères, celles pour lesquelles vous avez les plus belles publicités exotiques, terrasses au soleil à Manhattan, plage indiscernable et nocturne au fin fond du Brésil, coucher de soleil aux Bahamas, matinée à Sydney, soirée à Pékin... « La femme est une île, Fidji est son parfum... ». Vingt-deux ans, débuts dans le journalisme... Vapeur, beauté mannequin, star... Brune, retroussée, ronde...
– J’ai beaucoup aimé votre livre.
– C’est gentil.
– Non, vraiment beaucoup. Surtout les scènes à Venise.
– Rien ne vous a choquée ?
– Ah non. Quoi, par exemple ?
Dix minutes plus tard, c’est moi qui l’interviewe... Enfance protégée, pieuse... Comme Sophie... Mais rien ne fait peur à Joan, maintenant, elle est au courant, elle tient à ce que je le sache... Voilà, on tourne... On s’approche... On avance... Je m’assois près d’elle, comme dans le livre... Lui prends la main... Elle me laisse faire gentiment... J’en suis fou... Quelle beauté ! Je quitte tout, je divorce, je l’épouse ! J’entends d’ici les rumeurs d’admiration quand on rentrera dans un restaurant... « Le salaud, il ne s’ennuie pas »... « C’est sa nouvelle ? »... « Ravissante »... On s’embrasse passionnément... Elle se déshabille avec naturel, presque trop... L’idéal ! La perle ! Ce que tout homme rêve d’avoir possédé un jour ! Séquence de cinéma !
Superproduction ! Hollywood ! Légende ! On s’allonge... J’opère... Elle commence à me griffer convulsivement le dos... J’essaye de la calmer, je commence à comprendre... Hélas, c’est bien ça... Rien... Elle me mord, remue, gémit, s’exaspère... J’essaye d’éviter les plus gros bleus pour la salle de bains, demain, avec Norma...

« Elle commence à me griffer convulsivement le dos… ». Dessin de Martin Veyron, "Portrait du Joueur", édition illustrée Futoroplis- Gallimard

Je fais semblant de jouir pour aller plus vite... Elle y croit, elle a l’air contente... M’embrasse sur la joue, comme une enfant de douze ans... On se quitte bons amis, on devient amis... Elle me raconte ses sorties, ses coucheries toujours empreintes de bonne volonté, « ça leur fait tellement plaisir »... Comme si c’était une action charitable de les laisser s’approcher et rentrer dans sa beauté, comme ça, gratuitement, lueur soudaine dans leurs vies mécaniques, moroses... Donnant les détails sans aucune gêne, sans la moindre pudeur, comme si elle parlait d’un article qu’elle avait lu, d’un reportage sur les Eskimos ou les Pygmées australiens...
– Il vous fait la cour ?
– Un peu.
– Vous avez couché avec lui ?
– Un peu.
– Comment ça, un peu ?
– Comme d’habitude.
Confirmant par là que, même si elles sentent quelque chose, l’acte, à proprement parler, est aussi loin d’elles qu’une opération sous hypnose ou anesthésie... Joan a fini par m’expliquer que, pour elle, le mieux était la masturbation sur fond de musique...

Joan, dessin de Martin Veyron,."Portrait du Joueur", édition illustrée Futoroplis- Gallimard

Elle prétend éprouver là de véritables extases... Je lui ai demandé de le faire devant moi... Elle a bien voulu, et, bien entendu, a été obligée de s’arrêter au bout de dix interminables minutes à se caresser, nue, par terre, n’ayant gardé que son collier de perles. Tableau de rêve. Titien en mouvement. Montre en main de ma part. Cantate de Bach.
– Je ne sais pas ce qu’il y a. Ça ne marche pas.
Mais ça a marché tout de suite en rentrant chez elle... Au téléphone... Dans le vacarme triomphal du Messie de Haendel. Long hurlement de soprano pour finir. Alleluia. « Merci ! – Bonne nuit ! – Bonne nuit ! » Elle me dit qu’elle est sûre d’elle, de temps en temps, aussi, aux cabinets... Trente secondes... Même pas... Ça la prend tout à coup en train d’écrire... Elle y va... Ce qu’elle entend, ou a besoin d’entendre, à ce moment-là, c’est une voix ressemblant à celle de son père en train de laisser tomber : « petite salope » ou : « c’est vraiment une petite salope ». D’après elle, effet immédiat. Ça la détend.
Ce qui est comique, si l’on veut, pas surprenant mais tout de même incroyable, c’est que les types ne s’aperçoivent de rien... Ils foncent dans le panneau avec enthousiasme, ahuris et flattés de ce cadeau qui leur tombe dessus, jeune Miss Monde bourgeoise, bien élevée, cultivée... Après quoi, ils tiennent courageusement à la faire jouir... « Il y en a qui se défoncent carrément les poignets, les mâchoires...
– Et vous, pendant ce temps ?
– J’aime bien être assise dans un fauteuil et lire le journal.
– Quel journal ?
– L’Expansion. Ou L’Express. Un article économique.
– Ils seraient contents de savoir ça pour leur publicité !
– Vous croyez ?
– Non, je ne crois pas. Mais tout de même, quelle photo !
– En tout cas, c’est drôle, c’est comme s’il fallait deux niveaux étanches.
– Oui, dis-je, la division du travail.
– On est divisé, hein ? C’est ça... Je le fais, et je ne le fais pas. Il y a quelqu’un à côté de moi, qui est moi, et qui le fait pendant que je ne suis pas là. Il se passe quelque chose et rien. On est réveillé et on dort. On est en vie, et on est en mort. Est-ce qu’on peut dire ça : être en mort ?
– Pourquoi pas, dis-je, c’est plutôt ce qu’on observe partout, non ?
– Au moment du sexe ? Entre un homme et une femme ?
– Vous ne trouvez pas ?
– C’est vrai qu’ils ont l’air un peu apoplectiques. Somnambuliquement dans le résultat. La course. La ligne d’arrivée. Comme une vie qui aurait envie de se débarrasser d’elle-même, de mourir. Ils ont envie de mourir.
– Et vous ?
– Je ne sais pas. Il y a comme un réflexe, ou un devoir, ou une vieille ruse instinctive, nocturne qui consiste à ne pas troubler le spectacle, à les recevoir.
– Vous leur donnez un reçu ?
– Je leur donne ce qu’ils ont envie d’avoir.
– Et qui est ?
– La possibilité d’éclater de prétention, tout de suite après... Je leur laisse à peine le temps, remarquez. Je m’en vais tout de suite.
– Vous devriez vous faire payer, à ce compte-là.
– Mais non, c’est pour moi que je le fais.
– Sans bénéfice ?
– Pas du tout, il y en a un.
– Mais lequel ?
– Peut-être d’effacer, d’un seul coup, toutes ces expressions de la journée, ces regards sur moi, même pas de désir, de convoitise bête, pseudo-complice ; tous ces regards allumés, idiots. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est, la révélation, au jour le jour, à chaque instant, de l’idiotie universelle... Quand j’en laisse rentrer un, c’est comme si je leur fichais à tous la tête sous l’eau. En leur montrant que ce n’est rien, qu’il n’y a rien, qu’ils poursuivent tous des hallucinations, des chimères. Qu’ils sont du vent. Que le système entier est du vent, et voulu comme tel. C’est plus dur que de les faire payer, finalement. Ça me repose.
– Ça va vous fatiguer un jour.
– Mais je suis jeune ! »
Elle n’a pas dit : oh ! pardon ! mais presque. Et elle a raison. Elle pourrait être une des filles d’Hélène ou de Laure, Blandine, par exemple, qui n’est pas si mal... Elle a raison, elle a raison. Je pourrais être son oncle. Je suis son oncle. C’est même ce qui lui a paru si excitant, la première fois. Comme de respirer sur moi des traces de femmes : comment sont-elles et comment font-elles ? Leurs trucs, leurs astuces. Celles qui ont l’expérience, les vieilles joueuses de poker. Vous, vous êtes tout au plus une plaque sensible, un négatif, parfois un enjeu. Voilà aussi pourquoi elle me mordait et me griffait si fort... Message pour Norma, en morse... Hiéroglyphes... Bouteille à la mer...


Elle a raison, Joan... Deux fois son âge, maintenant... On ne se voit que de temps en temps. On n’y tient pas tellement à se voir, et pour cause. Mais il y a quand même les avertissements intimes, cellulaires, prouvant que les forces déclinent petit à petit, en silence...
Chapitre III
Je suis là en week-end, venant de l’île où je passe, comme d’habitude, mes vacances d’été... Avion à La Rochelle, bimoteur à hélices Fairchild Hiller FH-227 B... Je sais que Joan sera là pour son magazine... Enquête en couleurs sur les châteaux... On dînera ensemble...
A l’hôtel... Joan me rejoint dans ma chambre... Elle est ici depuis trois jours, elle revient de Saint-Émilion, elle me raconte ses visites, les paysages, la dégustation, les conversations avec les propriétaires... Elle a ramassé toute une documentation sophistiquée... L’Amateur de Bordeaux, par exemple,
Joan a dragué, dès son arrivée, le reporter-photographe de son journal... Elle m’en parle longuement... Il est bisexuel, charme des charmes... Ils sont allés un peu partout dans la région et, si je comprends bien, ont passé le reste du temps à faire l’amour....
…Elle me regarde sans comprendre, la jolie Joan dans sa robe décolletée noire... Pourquoi comprendrait-elle, d’ailleurs ? Ma réflexion doit lui paraître une réaction de vieux... Peut-être même imagine-t-elle que je suis jaloux de son play-boy photographe ? Sur lequel elle insiste complaisamment, en attendant, je suppose une montée des prix de ma part ? Mais qu’est-ce qu’elle voudrait ? Que je l’épouse ? Sans doute, sans doute... La seule fois où je l’ai vue se troubler, elle qui peut raconter en détails n’importe quel coït d’occasion, c’est quand elle m’a parlé du mariage d’un de ses anciens fiancés... Toute rouge, soudain... Émue... Robe blanche... Église... Clichés éternels... – Quelque chose ne va pas ? – Non... Rien... Fatigue. Elle m’ennuie. Le Système, à travers elle, m’ennuie. Le truc. Sonnerie. Déclic. Salivation supposée. Être jaloux –
Comment, vous n’êtes pas jaloux ? Pas jaloux = pas humain. Fatigue. Qu’ils se débrouillent. Depuis le temps que ça dure... Toujours le même eczéma, la même plaie grattée jusqu’à l’os... – On rentre, non ? Je demande au taxi de passer par le cours Montesquieu...
[...]
Elle sait vaguement que je suis d’ici. Mais ça ne l’intéresse pas. Moi non plus, finalement... Elle va téléphoner à son photographe dans sa chambre. « Alors, ça c’est bien passé avec ton écrivain ? – Oui, oui... » Le truc va marcher sur lui... Pavlov... Le truc de l’autre homme... Automatique... Pas de problème...
Fête aux environs de Paris...Invitation de Joan...
Milieu coke... Ça sniffe un peu partout dans les coins... Elle est avec un nouvel amant, un steward de la TWA, dragué entre Paris et New York... Je comprends vite ce qu’elle veut, elle m’en avait d’ailleurs déjà parlé... Pénombre au premier étage de la maison de campagne... Chambre... Faire l’amour devant quelqu’un... Qui peut comprendre ça, sinon moi ? Oncle Philippe ? En réalité, elle doit se demander s’il est possible que quelqu’un d’autre qu’elle-même conserve son sang-froid dans ce genre de situation. Elle veut un miroir. C’est moi. Bien. Je fume en les regardant. Ça devient vite ennuyeux. Je redescends prendre un verre. Un peu de poudre ? Non, merci. Joan revient une demi-heure après... Le type a dû filer pour Paris... On se retrouve dans une bibliothèque...
– Ça s’est bien terminé ? dis-je.
– Mais oui... Qu’est-ce que vous en avez pensé ?
– Vous remuez beaucoup, il me semble.
– Il est adorable, vous savez.
– Sûrement... Vous avez joui ?
– Non. Mais aucune importance.
– Qu’est-ce qui en a ?
– Je me le demande.
– Une vraie petite salope ? –
– Taisez-vous, vous allez me troubler.
On rit... On fait tinter légèrement nos verres. Tout ça me rappelle des tas de soirées où je devais penser qu’il se passerait quelque chose... Des nuits blanches un peu partout, rentrant les unes dans les autres, jardins animés, silhouettes confuses, bruit des conversations, danses à peine esquissées, groupes silencieux, avec, de temps en temps, de vains efforts de quelques leaders pour faire exister un peu la séquence. Attente du matin... De nouvelles filles sont là, ce sont les mêmes, elles trouvent toujours aussi important qu’on les évalue en douce... Je dis à Joan que je rentre. Elle s’en va aussi. Me ramène en voiture jusque devant chez moi. M’embrasse... C’est drôle comme elle ne m’excite à aucun moment. C’est même ça qui m’excite : ne pas être excité à ce point... Je rentre. Elle me téléphone... Cette fois, c’est le Requiem de Mozart... Bon... Elle finit par spasmer assez vite... Dormez bien... Rien. Il ne se passe rien du tout. Jamais. Nulle part. A aucun moment. Joan en est encore à le découvrir peu à peu. Il lui faudra du temps. Peut-être n’y arrivera-t-elle jamais. Comment est-ce arrivé à Sophie [1] ? Impressionnant. Pas envie de savoir. Les gestes suffisent. Dédiés au fait qu’il ne se passe rien. Voilà : on va célébrer ça. une fois de plus. On ne fait rien. Ce qu’on fait n’a aucune signification. On pourrait aussi bien ne rien faire. Ne plus jamais se voir. Nous ne sommes rien. C’est bien cela qui a lieu ? Rien ? Oui, rien. Dis-le-moi encore. Et encore. Qu’on sache vraiment à quel point l’espace et le temps sont profonds, gratuits, d’une ouverture infinie au cœur même de la prison. Répète-le-moi, chérie. Encore et encore. Jamais assez. Redis-moi les mots. Lourds, visqueux, chargés, rauques, et par là même aériens, soyeux, flottants, lumineux. Chuchote-moi la mort qui délivre, les mauvaises pensées qui raffermissent et qui purifient. Comme à Saint-Sulpice... Tu te souviens de Saint-Sulpice ? […]
Je réentends la voix confortable de Joan : « Dans très longtemps, quand vous serez vieux, j’écrirai peut-être un livre sur vous... » Elle perçoit mon léger sursaut. « Dans très, très longtemps, bien sûr. » Tiens, qu’est-ce qui lui prend ? Elle m’a réévalué pendant l’été... Quoi ? Difficile à dire. Photo ici ou là. Bout d’article. Éreintement ayant produit l’effet contraire. Réflexion qu’elle n’attendait pas de la part de quelqu’un qui l’impressionne ou qui lui a promis une affaire intéressante. « Oui, en somme, ce n’est pas pressé », dis-je. On change de sujet. Elle part pour le Brésil.
« Le photographe est bien ?
– Très sympathique.
– Et votre steward ?
– Lequel ? – Celui de la TWA ?
– Disparu. »
D’habitude, elle me raconterait tout de suite qui est le nouveau. Là, non. Silence. « Quand vous serez vieux... » Fixée. Embusquée. A l’affût. Patiente. Le guet du chasseur. Ça finira bien par se produire. Il suffit d’attendre. De savoir attendre. Ça se produit toujours. Immanquablement.
J’ai mis ma vie en dehors de la vie, et maintenant je suis au spectacle. J’aime Ingrid et Norma, même si je n’ai presque rien dit sur elles. J’aime Joan et Sophie, et les jeux que nous nous sommes construits. J’aime Lena, ma mère ; Laure, ma sœur ; Julie ma fille. Le plus agréable, c’est qu’un certain nombre de femmes soient devenues des amies. Des amis ? Non. Des curiosités, des estimes, des soutiens, des appréciations et même, parfois, des passions. Le temps de passer des seuils historiques. Et puis j’oublie.
C’est Joan. Eh bien, qu’elle vienne. – Voilà. Je voulais vous le dire... Bref, elle se marie. Avec le rédacteur en chef adjoint des Nouvelles économiques qui, semble-t-il, est très amoureux d’elle. Bravo. Elle part pour Hong Kong en voyage de noces. Rebravo. Est-ce qu’elle est contente ? Oui... Non... Pas très contente de mon absence de réaction... De mes félicitations immédiates et sincères... Elle est très tendue... J’ai l’impression qu’elle va se mettre à crier : « Salaud ! si tu m’épouses, je veux bien m’enfermer avec toi dans n’importe quel bled ! Abandonner Hong Kong, la vie de palace et la grande vie à Paris et dans toutes les capitales du monde ! Dis un mot, crétin ! »... Mais Joan est la bonne éducation même. Je parie qu’elle aura son enfant dans les deux ans. Qu’elle va très bien s’occuper de tout ça, de son mari, de son appartement, de ses relations. Elle va devenir précise, puritaine. Ce qu’elle est déjà sans le savoir. Un amant, peut-être, dans six ou sept ans... Après le deuxième enfant... Elle sort tout à fait de ma longueur d’ondes... Bon voyage... Adieu... Et peut-être à bientôt, on ne sait jamais... Je l’embrasse.
– Oubliez tout ce qui est derrière vous, dis-je. Avancez carrément.
– Je crois que je pourrai, dit-elle.
– Bien sûr.
Je reprends mon emploi du temps minuté. Patient. – Oncle Philippe ? Je suis à Paris jusqu’à demain. Je peux te voir ? Bon, c’est Blandine, la deuxième fille de Laure. Impossible de refuser. Elle aussi, elle doit être sur le point de se marier. Je l’invite à dîner... On ne sait pas trop quoi se dire...
1986 Elisabeth Barillé publie Corps de jeune fille
Elle fait son entrée dans le monde littéraire à 25 ans avec Corps de jeune fille, le récit de la relation d’une jeune brune avec un écrivain célèbre. Erotisme provocateur et affirmation vigoureuse du désir d’écrire dont chacun de ses ouvrages ultérieurs témoigne. Sa réputation d’intello sulfureuse est faite.
Résumé de l’éditeur :
Farouche, la narratrice ? Elle se laisse volontiers accoster. Encore faut-il que l’homme soit élégant, de mise et d’esprit. Et qu’il réponde à sa question : « Pourquoi m’avez-vous abordée ? » L’« écrivain » a suivi Elisa au jardin du Luxembourg. Elle lui sourit. Il l’emmène dans un bar chic, et lui déclare qu’elle sera l’héroïne de son prochain roman. Mais il va vite savoir à quel point, depuis Proust, les jeunes filles ont bien changé. De proie littéraire, la jeune étudiante de vingt-trois ans, provinciale fraîchement arrivée à Paris, risque de devenir chasseresse. D’ailleurs, c’est elle qui parle. D’elle-même, de son corps, de l’écrivain, de ses amies, des hommes. Avec une ironie cruelle, et sans fard.
Son auteure recevra la 16e édition du prix Contrepoint [2]
1987 Joan in Le Coeur Absolu. Sollers règle ses comptes
Où l’on retrouve Joan de Portrait du Joueur, qui cette fois s’affiche avec Boris (Jean-Edern Hallier).
Dépit du narrateur : la jolie Joan n’ n’est plus aussi jolie que dans Portrait du Joueur. Le narrateur lance des mots venimeux péjoratifs : « Elle louche un peu trop », « elle est à moitié sourde », « je sais qu’elle est frigide et qu’elle ne le soupçonne même pas »…

Elisabeth Barillé.
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Attaque au physique, ce n’est pas bien cher Philippe Sollers, C’est même une faute de goût, surtout pour le porte-drapeau d’une certaine Guerre du goût, Dépit amoureux ? Sans doute, mais surtout une vanité blessée. Le jeune souris s’est un peu jouée de vous, le matou madré par nature et pourtant aguerri par les ans. On le découvre dans son livre "Corps de jeune fille". De proie elle était devenue chasseresse (à votre total insu, sans doute pas). Et puis s’afficher avec votre ennemi Jean-Edern Hallier, c’en était trop ! (Vanité des vanités, tout est vanité – Ecclésiaste 1:2).
A noter que son léger strabisme ne saute pas immédiatement aux yeux. Plus qu’un défaut, il contribue sans doute à son charme.
Quant à sa surdité partielle, elle cache son handicap, mais en fera le sujet d’un de ses livres à 56 ans : L’Oreille d’or, d’Elisabeth Barillé, Grasset, 2016, 126 p.
« L’enfant terrible du handicap, c’est l’orgueil. C’est sur son ordre que j’entame ce récit », note Elisabeth Barillé
Secret bien gardé« Elle s’en félicite, cinq décennies plus tard : « Si vous m’aviez préférée parfaite, si vous m’aviez confiée aux réparateurs de la Faculté, je n’aurais pas rencontré ma solitude, je ne l’aurais pas sarclée comme un désert qui ne demande qu’à fleurir, je me serais engoncée dans la vie d’une autre. Je serais passée à côté de ma chance. »
Confrontée à l’incapacité d’entendre le camion surgi du mauvais côté ou à l’obligation de sourire bêtement à qui croit être bien entendu, sans oublier les troubles de l’équilibre, l’enfant s’est réfugiée dans les livres, prenant l’habitude de n’avouer jamais qu’elle ne pouvait rien comprendre à ce qui venait de sa gauche. Elle a persévéré, devenue la romancière brillante et séduisante dont la réussite se serait mal accommodée du sentiment d’apitoiement provoqué par l’aveu d’un handicap.
Dans ce livre court, qui relève moins de la confession que de la revendication :, cette faiblesse est devenue sa force, et son malheur sa chance. De fait, on chercherait vainement trace, ici, de ce poison de l’écriture qu’est le ressentiment ; même le médecin qui a provoqué la destruction de l’oreille interne par un traitement brutal, au début des années 1960, y échappe.
Un secret si bien gardé, à force d’être tu, devient consubstantiel – ce qui est tu, devient toi, songe le lecteur qui aurait envie, plutôt que d’orgueil, de parler de force d’être, refermant le livre : une force d’être puisant dans la lecture et l’écriture, là où l’on peut aussi bien fermer les écoutilles quand montent les grandes marées de la bêtise. A mauvais entendeur, salut ! »
Bertrand Leclair (écrivain)
Sollers règle ses comptes.
L’EXTRAIT
Courrier suivant de Paris. . . Tiens , une carte postale de Boris [3] . . Où avait-il disparu, celui-là. . . Bretagne. . . Côtes d’Armor. . . Ah , mais avec une autre écriture. . . J.M. . . Il ne m’écrit jamais, Boris , ça doit être une nouvelle importante. . . Importante publicitairement, s’entend. . . « Souvenir depuis cette côte des rêves , dans le rayonnement de l’amour . Merci pour Joan . Bons baisers . Boris . » Merci pour Joan ? Comprends pas . . . Ah , mais J.M. . . Non ?. . . Oui !. . . Joan !. . .
Joan Mercier. . . Les petites lettres noires , en dessous de la graphie mangée aux mites de Boris, c’est elle ? Sûrement. . . « Nous écrivons, nous courons, nous plongeons, nous nous aimons, nous vous saluons. » Ça alors ! Deux personnages de mes livres qui convolent ensemble et m’envoient leur faire-part de coït ! Me préviennent qu’ils se sont mis à composer ! Boris, passe encore, il est censé fabriquer de temps en temps un bouquin , le dernier n’était pas si mal , une vie sexuelle de sainte Thérèse de Lisieux particulièrement sulfureuse. . . Mais Joan , elle aussi ? Elle s’y met ? Allons, bon . . . Quelle époque ! . . . Comment se sont - ils connus, ces deux-là ? Joan. . . Je l’ai laissée en train de se marier, il me semble. . . Non. . . Ils me font le coup du phalanstère. . . De la Société du Cœur Absolu à l’envers. . . L’APS . . . Amicale des personnages de S . ! . . . Dîners ! Confidences ! Partouzes ! Joan écrivain ? [4] Si c’est moi le sujet, pourquoi pas . . . J’espère qu’elle saura donner plus de détails que moi, tiens, par exemple sur notre séance, un soir, dans les allées de l’Observatoire. . . En plein été. . . On était sur un banc , dans le noir , elle assise sur moi , jambes écartées , m’embrassant à mort. . . Jupe relevée, fesses dans la brise tiède et sucrée. . . Ça marchait très bien . . . Soudain , un type s’approche. . . Un voyeur. . . Il croit qu’on est exhibitionnistes . . . Je lui fais signe de s’en aller, par - dessus l’épaule de Joan qui ne se doute de rien. . . Va coucher ! Va coucher ! . . . Sans succès, il reste là planté, presque suppliant, on doit faire un assez beau tableau, comme ça, emboîtés l’un dans l’autre, Joan surtout, elle est très jolie . . . Elle louche un peu trop, c’est vrai, mais corps élancé, souple. . . Oui, c’est entendu , elle est à moitié sourde de l’oreille droite, mais il suffit de ne pas oublier de chuchoter dans la gauche . . . N’insistez pas :, mais aucune importance , fantaisie avant tout . . . Quoi qu’il en soit, le voyeur de ma belle jeune fille sérieuse et troussée jusqu’à la taille est toujours là . . . Pétrifié . . . Probablement masturbatoire. . . Joan, languée dans ma gorge, ne se rend pas compte. . . Pas question de la prévenir. . . Elle l’apprendra donc ici. . . La raison pour laquelle je me suis refroidi, au comble de l’extase amoureuse et du délire sensuel, comme dirait maintenant Boris quelque part dans les rochers de sa foutue Bretagne à clapotis et menhirs. . . L’explication de l’interruption cynique de ce grand élan. . . Je l’ai ramenée chez moi, mais le désir était retombé, ennui. . . N’empêche que c’est aussi ce soir-là qu’elle s’est branlée consciencieusement sur le tapis , dans la bibliothèque – Je pensais que ça me réexciterait. . . Mais non. . . Je fumais sur la terrasse, je venais de temps en temps jeter un coup d’oeil pour vérifier si elle était sur le point de finir. . . Non, elle continuait à mouliner. . . Rien à faire. . . Bloquée. . . Son truc habituel ne marchait plus. . . Boris, lui, va l’idéaliser à la druidique, c’est sûr. . . En celte ! A dada ! Elle va être éblouie, elle , fille de petits commerçants de Villejuif, par son manoir gothique. . . Qu’ils sont drôles avec leur carte postale. . .Rêvant peut-être de se faire inviter ici [5] ? Que j’enregistre leurs ébats ? Que j’installe mon chevalet dans leur chambre ? L’expansif et satanique Boris sur la tendre Joan ! Ils reveulent mon pinceau, pas de doute. . . A moins qu’ils écrivent un journal érotique à deux ? Avec ma photo criblée d’épingles ?. . . Messe noire me gelant les doigts ?. . . Je leur télégraphie ? « Félicitations mais prière me lâcher désormais les baskets » ? Non. Amen.
JEAN-EDERN HALLIER ET ELISABETH BARILLE La rivalité amoureuse Sollers-Jean-Edern Hallier ravec Elisabeth Barillé au centre du jeu
Extraits de "Jean-Edern Hallier, l’idiot insaisissable" par Jean-Claude Lamy
Le résumé du livre par l’éditeur Albin Michel
1997, Jean-Edern Hallier tombe de son vélo, à Deauville, foudroyé par une crise cardiaque. L’écrivain et polémiste disparaît un an après François Mitterrand qui l’avait tant admiré puis haï au point de confier à Roland Dumas : « Ce sont des individus qui ne méritent qu’une balle dans la tête. »
À partir d’archives, de témoignages inédits et de souvenirs personnels, Jean-Claude Lamy évoque la vie de ce personnage dont les excès médiatiques ont souvent masqué la flamboyante inspiration jusqu’à faire de lui un histrion (« je fais ma pub et je vous emmerde », lançait-il à ses adversaires). Et il révèle le créateur qui a secoué le monde littéraire avec des livres majeurs et une liberté de ton inimaginable aujourd’hui.
Le 20 janvier 1991, Jean-Edern Hallier vend à la criée le numéro de "l’idiot international" qui proteste contre la guerre en Irak. Photo © AGIPA propos d’Elisabeth B.
La rivalité Sollers-Hallier qui s’exerce dans la direction de la revue Tel Quel peut aussi déborder sur le terrain amoureux longtemps après l’éviction de J-E Hallier de Tel Quel. Relation complexe que celle entretenue par ces deux hommes.
EXTRAITS (2 pages)
Transcription partielle 1ère page
C’est souvent l’heure de vérité. Carnets impudiques vient de
paraitre aux Editions Michel Lafon. Hallier n’y est pas avare de confidences sur ses conquêtes. Il a longtemps brûlé pour Elisabeth Barillé, une beaute mince et brune - qui a également ému Philippe Sollers [elle est est romancière]
[…]
Elisabeth, décrite par Philippe Sollers, dans Le Portrait du
joueur et Le Cœur absolu, sous le nom de Joan, une journaliste de vingt-deux ans, a accompagné Jean-Edern Hallier dans plusieurs de ses voyages. Ils iront notamment en Amérique du Sud avec Éric, un photographe. Aux frais du Figaro Magazine qui a commandé un reportage à l’ écrivain. Son directeur Louis Pauwels est encore prêt à couvrir ses dépenses. Jean-Edern réussira même à lui soutirer cinquante mille francs supplémentaires.
[…]Transcription 2ème page
JEAN-EDERN HALLIER, L’IDIOT INSAISISSABLE (p. 386)
[Jean-Edern Hallie est revenu d’Amérique du Sud le cœur meurtri. Elisabeth· Barillé], se reconnaît-elle dans le personnage d’Élisabeth B. ou plus mystérieusement d’El des Carnets impudiques ? Quand nous nous croisons dans des salons du livre, elle ne m’écoute que d’une oreille !
Dans son roman Un couple modèle, un homme, deux femmes, elle joue des multiples possibilités du trio. « Quand Val caresse Ana, écrit-elle, c’est moi qu’il touche à travers elle, c’est à moi qu’il donne ce qu’elle croit recevoir. » Elisabeth, Hallier et Sollers... El, Jean-Edern et Eric... « Nous deux ? Nous trois ?... » Les simulacres de l’amour sont nombreux. Leur variété est infinie. L’amour devient un jeu pour le meilleur et pour le pire. Fiction ou réalité ?
N’oublions pas le monologue écrit par Jean Cocteau pour Jean Marais : « Suis-je un menteur ? Je vous le demande ? Je suis plutôt un mensonge. Un mensonge qui dit toujours la vérité. » Conversation entre libertins. Interrogé par Jean-Edern Hallier dans Paris Match après la sortie de Femmes, Philippe Sollers lui déclare notamment : « Il faut encourager la liberté des femmes, le clitoris oblique, leurs passions individuelles, le désordre qui est en elles, leur permettre de jouir sans cesse. »
Jean- Edern se souvient de ce que lui disait son père quand il était adolescent : « Couche avec les Anglaises, tu n’auras jamais d’ennuis avec elles. » Il épousa Anna Devoto. « Ah, les Italiennes ! » s’exclame-t-il devant Sollers qui remarque : « Songez que même Stendhal arrive à se faire aimer des Italliennes. Ce n’est pas si mal• »Le 2 janvier 1987, Jean-Edern et El sont de retour à Paris où le temps gris et froid est aussi triste que les deux amants désunis. Dix-sept heures de voyage avant l’arrivée à l’aéroport de Roissy et la cérémonie des adieux. Deux taxis différents, pour rentrer chacun chez soi.
« Embrassons-nous longuement, farouchement, pour la dernière fois, lui avais-je dit.
Collection : Paris Match. Archive, 1 septembre 1986
Elisabeth Barillé. Quelques éléments biographiques
Elisabeth Barillé est une écrivaine française née le 3 octobre 1960 à Paris d’un père angevin et d’une mère russe.
Son premier roman parait aux éditions Gallimard au milieu des années 1980 : Corps de jeune fille, qui lui permet d’acquérir une certaine notoriété et de recevoir le prix Contrepoint. Explorant plusieurs genres littéraires, elle alterne les romans (dont Exaucez-nous ! distingué par le Prix Charles Oulmont de la fondation de France 2000 et À ses pieds couronné du prix François-Victor-Noury décerné en 2006 par l’Académie Française), les biographies, les essais et les récits de voyages.
En 1996, elle quitte Paris pour s’installer à Amsterdam2. Elle y vit quinze ans. De cette installation au bord des canaux, elle tire un ouvrage faisant le portrait de la ville, Amsterdam à ma guise, finaliste du prix des Deux Magots 2002, ainsi qu’une anthologie littéraire : Le Goût d’Amsterdam.
Grand reporter pour plusieurs magazines de voyages, elle multiplie les séjours en Inde. De ces voyages sur le continent indien sont issus deux livres. Situé à Rishikesh, au pied de la chaîne himalayenne, Singes épingle avec ironie les dérives de ces Occidentaux lancés dans la quête du mieux-être4. L’œuvre suivante, À ses pieds, est davantage une réflexion intime de la femme et de l’écrivain. Comme a pu l’écrire Claude Chorritos : « L’Inde a fait son travail. La quête, toujours aussi intense, ouvre vers le récit. L’autobiographie s’impose. Renouer délicatement les fils avec les vivants qui l’ont précédée, les vivants qui l’ont construite, la conduisent en Russie. »
En 2010, elle parcourt l’ouest de la Russie durant huit semaines. De ce voyage, elle tire Une légende russe Georges Feodorovich Sapounoff.
En 2020, elle reçoit le Grand prix de littérature Henri-Gal pour l’ensemble de son œuvre.
Elle vit désormais à Paris.
VIDÉO. "Les sœurs et autres espèces du vivant", le dernier roman d’Elisabeth Barillé

[1] L’autre héroïne de Portrait du Joueur , Sophie, en fait, l’héroïne principale du roman, celle des célèbres « Lettres de Sophie ». Erotiques !
[2] Fondé en 1971 à l’initiative d’écrivains et de journalistes pour récompenser un jeune romancier d’expression française, a été décerné à Elisabeth Barillé pour son roman Corps de jeune fille (Gallimard).
[3] Jean-Edern Hallier.
[4] Elisabeth Barillé vient de publier son premier roman, Corps de femme, Gallimard 1986
[5] la maison de l’Île de Ré de Sollers
Un portrait kaléidoscopique aux miroirs de F. Beigbeder, Ph. Sollers et J-E. Hallier
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