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Bataille : La « vieille taupe » et le préfixe sur
dans les mots surhomme et surréaliste

Tel Quel 34, été 1968

D 15 octobre 2024     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


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En octobre 1968 le numéro 34 de Tel Quel s’ouvre sur une déclaration en forme de Manifeste, « La Révolution ici maintenant ». Datée de Mai 1968, à Paris, cette déclaration, est signée par la totalité des membres du comité de rédaction de la revue auxquels s’ajoutent les noms du peintre Marc Devade et de Julia Kristeva (qui intégreront le comité quelques mois plus tard) et ceux de Pierre Boulez, Claude Cabantous, Hubert Damisch, Jean-Joseph Goux, Denis Hollier (futur éditeur des oeuvres complètes de Bataille chez Gallimard), Jean-Louis Schefer et Paule Thévenin (qui éditera les oeuvres d’Artaud [1]).

LA RÉVOLUTION ICI MAINTENANT

SEPT POINTS

L’action qui s’exerce par nous et à travers nous étant ici et maintenant textuelle, c’est-à-dire prise dans des règles particulières qu’il ne saurait être question de suspendre ou de négliger ;
cette action ayant une efficacité propre bien que liée à la lutte sociale dont le primat n’est pas pour autant mis en cause (nous y participons politiquement sans ambiguïtés) ; nous croyons nécessaire de rappeler les points suivants :

1. Nous ne sommes pas des "philosophes", des "savants", des "écrivains" selon la définition relative admise par une société dont nous attaquons le fonctionnement matériel et la théorie du langage qui en découle ;

2. cette théorie du langage, soumise à la catégorie métaphysique d’expressivité, nous paraît constituer une des clés idéologiques de la situation actuelle en ceci que des complicités désastreuses peuvent s’y révéler "spontanément" entre le pire conservatisme réactionnaire et le révolutionnarisme sans fondements ;

3. nous pensons que l’activité signifiante d’une phase historique donnée constitue une détermination décisive des possibilités de transformation de cette phase. La subordination de ce niveau spécifique, l’abandon ou la négation de ses effets de connaissance et de changement coïncident toujours avec une régression surdéterminée en fait par l’état de choses agissant se renforçant au moyen d’une contestation locale ;

4. il nous paraît donc indispensable d’affirmer que la reconnaissance d’une coupure théorique et d’un ensemble de différences irréductibles en acte dans les pratiques que nous soutenons est de nature à porter la révolution sociale à son accomplissement réel dans l’ordre de ses langages ;

5. la construction, par conséquent, d’une théorie tirée de la pratique textuelle que nous avons à développer nous semble susceptible d’éviter les impasses répétitives du discours "engagé" — modèle d’une mystification téléologico-transcendantale humaniste et psychologiste, complice de l’obscurantisme définitif de l’état bourgeois ;

6. cette construction devra faire partie, selon son mode de production complexe de la théorie marxiste-léniniste, seule théorie révolutionnaire de notre temps, et porter sur l’intégration critique des pratiques les plus élaborées (philosophie, linguistique, sémiologie, psychanalyse, "littérature", histoire des des sciences) ;

7. toute entreprise idéologique qui ne se présente pas aujourd’hui sous une forme théorique avancée et se contente de regrouper sous des dénominations éclectiques ou sentimentales des activités individuelles et faiblement politiques, nous paraît contre-révolutionnaire dans la mesure où elle méconnaît le procès de la lutte des classes objectivement à poursuivre et réactiver.

En conséquence, il est décidé immédiatement de constituer un GROUPE D’ÉTUDES THÉORIQUES qui fonctionnera une fois par semaine (exposés, discussions). Première séance : le mercredi 16 octobre à 21 heures au 44 rue de Rennes, Paris VIe [2].

Paris, mai 1968.

Jean-Louis Baudry, Pierre Boulez, Claude Cabantous, Hubert Damisch, Marc Devade, Jean-Joseph Goux, Denis Hollier, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, Jean Ricardou, Jacqueline Risset, Denis Roche, Pierre Rottenberg, Jean-Louis Schefer, Philippe Sollers, Paule Thévenin, Jean Thibaudeau.

« La révolution sociale... ne peut tirer sa poésie du passé mais seulement de l’avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d’avoir liquidé toute superstition à l’égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour se dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution doit laisser les morts enterrer les morts pour réaliser son propre objet. Autrefois, la phrase débordait le contenu, maintenant, c’est le contenu qui déborde la phrase. »

Karl Marx (cité par Ph. Sollers, La grande méthode,
Tel Quel
34, été 1968)

Suit un texte très polémique de Georges Bataille, « La "vieille taupe" et le préfixe sur dans les mots surhomme et surréaliste », texte de 1931 écrit pour la revue Bifur, « revue qui s’arrêta de paraître en 1931 et ne put donc la publier » (Denis Hollier). Bataille y répond aux accusations portées contre lui par André Breton dans le Second Manifeste du surréalisme. Suit enfin un texte de Sollers, « La grande méthode », qui, dans le prolongement du texte de Bataille sur lequel il s’appuie, s’efforce d’analyser «  les formes qu’ont manifestées en France, depuis cinquante ans, les rapports entre les intellectuels et la révolution ». Au centre de la critique : l’idéalisme de «  la tête petite-bourgeoise » (qui peut se réclamer éventuellement du surréalisme), «  la tête petite-bourgeoise » «  malade de marxisme, mais sans vouloir le savoir et en perdant dans cette maladie ses armes théoriques les plus éprouvées ». La tête petite-bourgeoise, théoriquement désarmée, est ballotée aujourd’hui entre wokisme et antiwokisme...

Propos polémiques qui se trouvent réitérés à la fin du numéro de la revue dans une nouvelle déclaration sur «  mai 1968  » signée « Tel Quel » et qui engage donc la totalité du comité de rédaction. Dans ce texte, c’est l’idéologie contestataire, « gauchiste », « pseudo-révolutionnaire », « véhiculée dans la presse dite de gauche, dans les tracts, les motions, etc. », dont « les critères moraux » l’emportent toujours sur « les analyses objectives », qui est visée : « la "contestation" fait bien apparaître ce modèle subjectif idéaliste que l’on veut appliquer à ce qui ne relève que de la lutte des classes. » (sic)

On célèbre aujourd’hui — et on a raison — le centenaire du Premier Manifeste du surréalisme. Articles, expositions, commémoration, muséification. Beaucoup de pédagogie, certes, mais qui ne restitue pas le tranchant des positions ni les contradictions de l’époque et de ses principaux protagonistes. Où souffle l’esprit subversif du surréalisme ? Je cherche, je ne vois pas.
Je republie ici l’article de Bataille qui n’a jusqu’ici été repris que dans le « Dossier de la polémique avec André Breton » du tome II des Oeuvres Complètes, « écrits posthumes 1922-1940 » (p. 93-109) ainsi que le texte de Denis Hollier qui, dans Tel Quel 34, rappelle « les hauts et les bas » des rapports entre Breton et Bataille dès la fin des années 1920.

La « vieille taupe » et le préfixe sur dans les mots surhomme et surréaliste

« Dans l’histoire comme dans la nature,
la pourriture est le laboratoire de la vie. »
Karl Marx.

Si l’on déterminait sous le nom de matérialisme une émancipation grossière de la vie humaine emprisonnée et larvée dans son système moral, un recours à tout ce qui est choquant, impossible à détruire et même abject, à tout ce qui abat, dévoie et ridiculise l’esprit — il deviendrait possible de déterminer en même temps le surréalisme comme une maladie infantile de ce bas matérialisme : c’est par cette dernière détermination que les nécessités actuelles d’un développement conséquent se trouveraient précisées avec quelque force et sans retour possible aux prétentieuses aberrations idéalistes.

L’accord est suffisant en ce qui concerne l’état social actuel, les valeurs morales bourgeoises, l’édifice intellectuel qui les soutient. Il y a assez longtemps que toute activité de la pensée qui ne sape pas cet édifice délabré prend immédiatement l’apparence de rouerie gâteuse et de béatitude comique de cet édifice lui-même. Mais il est inutile d’insister ici sur la faillite de la culture bourgeoise, sur la nécessité de détruire un jour jusqu’à sa mémoire et de s’en tenir dès maintenant à de nouveaux principes d’agitation mentale. Pour peu qu’un malheureux bourgeois ait gardé une grossièreté humaine, un certain goût de la virilité, la désaffection à l’égard de sa propre classe devient rapidement une haine tenace ; et il est nécessaire d’insister dès l’abord sur le fait qu’une activité intellectuelle un peu fraîche, pas encore châtrée et domestiquée, est liée par la force des choses au soulèvement des basses couches sociales au travail de nos jours.
Reste à savoir comment agit cette force des choses, comment ce qui se passe dans des têtes bourgeoises, pratiquement désaffectées, vouées le plus souvent à des égarements criards, peut être associé à un bouleversement continu de toutes les constructions humaines, à une série d’effondrements et de catastrophes sociales dont l’ampleur et le caractère dépasseront naturellement la portée des ambitions même radicales.

I

En premier lieu, il n’est pas surprenant qu’une subversion quelconque à l’intérieur du domaine intellectuel bourgeois commence par des formes qui répondent très imparfaitement à la solution de telles difficultés. Au lieu de recourir aux formes actuellement inférieures dont le jeu détruira en fin de compte les geôles bourgeoises, il s’agit ici non seulement des conditions matérielles du prolétariat mais aussi des étouffements imposés généralement dans l’ordre moral — la subversion cherche immédiatement à créer ses valeurs propres pour les opposer aux valeurs établies. C’est ainsi qu’elle se trouve, à peine vivante, en quête d’une autorité supérieure à celle qui a provoqué la révolte. Des individus malmenés dans une entreprise où ils risquent d’être écrasés ou domestiqués se sont mis pratiquement à la merci de ce qui leur apparaissait, à travers quelques éclats aveuglants et d’écœurants accès de phraséologie, être situé au-dessus de toutes les pitoyables contingences de leur existence humaine, par exemple esprit, surréel, absolu, etc. Dans les premiers temps, la « révolution surréaliste » était indépendante du soulèvement des couches sociales inférieures, n’était même pas définie autrement que par un état mental trouble doublé d’une phraséologie violente sur la nécessité d’une dictature de l’esprit. Par la suite le surréalisme a reconnu la légitimité d’existence des organisations et même des principes du communisme marxiste, y voyant le seul moyen d’aboutir à une solution indispensable dans l’ordre réel, mais une prédilection élémentaire pour des valeurs supérieures au « monde des faits » s’exprimait avec persistance dans des formules aussi banales que « révolte de l’Esprit », etc. (Manifeste La Révolution d’abord et toujours).
Bien entendu il est difficile d’éviter une certaine réaction de mépris à l’égard de révolutionnaires pour lesquels la révolution n’est pas, avant tout, la phase décisive de la lutte des classes. Toutefois il n’est pas question ici de réactions transitoires mais d’une constatation d’ordre général : un individu quelconque de la bourgeoisie quand il a pris conscience que ses instincts vitaux les plus vigoureux, s’il ne les réprimait pas, faisaient de lui nécessairement l’ennemi de sa propre classe, est condamné à forger tout d’abord, quand il perd contenance, des valeurs situées AU-DESSUS de toutes les valeurs bourgeoises ou autres, au-dessus de toutes les valeurs conditionnées par un ordre de choses réel.
Le caractère inévitable et très général de cette échappatoire épuisante est d’ailleurs facile à mettre en évidence. Il suffit de rappeler en premier lieu qu’il n’y a pas eu, jusqu’à Marx, de mouvement révolutionnaire privé d’idéalisme (dans l’acception du mot la plus vulgaire). A une date récente même cette tendance morale infantile de l’agitation révolutionnaire s’est manifestée avec un grand éclat littéraire dans les œuvres de Hugo. Les bourgeois développent facilement, tout en jouissant jusqu’au bout de leurs privilèges de classe, des complexes d’infériorité transférés. Leur « sentiment de culpabilité » (il s’agit ici d’un ressort psychologique inhérent à la conscience, qui risquerait de mettre en cause le droit qu’ils ont personnellement de piétiner des misérables) est habilement reporté à la bourgeoisie dans son ensemble. Ainsi déplacée, la conscience de culpabilité s’exprime avec un dégoûtant verbiage idéaliste à l’occasion duquel un mauvais goût pour l’aveuglement utopique à bon marché se donne libre cours. A peu d’exceptions près, cette pitoyable psychologie est cependant celle des révolutionnaires bourgeois avant l’organisation marxiste de la lutte des classes. Elle aboutit à représenter la révolution comme une lumière rédemptrice s’élevant au-dessus du monde, au-dessus des classes, le comble de l’élévation d’esprit et de la béatitude lamartinienne.

II

Les nécessités de l’action politique ont depuis longtemps éliminé ces déviations archaïques. Mais si l’on envisage, extérieurement aux grands renversements économiques, les ébranlements psychologiques qui les accompagnent (ou, plus exactement, qui en sont la conséquence ), il faut constater la persistance de développements conformes au schéma archaïque des révolutions pré-matérialistes.
Mais avant de passer à la description des déviations morales, il est utile de se reporter ici à la contradiction générale et essentielle du haut et du bas, sous ses formes politiques par exemple, à savoir dans l’opposition de l’aigle à la « vieille taupe ».

Du point de vue des apparences et de l’éclat, la notion d’aigle est évidemment •la plus virile. Non seulement l’aigle s’élève dans les régions radieuses du ciel solaire, mais if y est situé en permanence avec un prestige dominant. Le caractère absolument souverain de cette virilité est impliqué par le bec crochu et tranchant, parce que la virilité souveraine tranche tout ce qui entre en concurrence avec elle et ne peut être tranchée. Ainsi l’aigle a contracté alliance avec le . soleil qui châtre tout ce qui entre en conflit avec lui (Icare, Prométhée, le taureau mithraïque). Politiquement l’aigle s’identifie à l’impérialisme, c’est-à-dire avec un libre développement du pouvoir autoritaire particulier, triomphant de tous les obstacles. Et métaphysiquement l’aigle s’identifie à l’idée, lorsque l’idée, juvénile et agressive, n’est pas encore parvenue à l’état de pure abstraction, lorsque l’idée n’est encore que le développement outrancier du fait concret déguisé en nécessité divine.
L’idéalisme révolutionnaire tend à faire de la révolution un aigle au-dessus des aigles, un suraigle abattant les impérialismes autoritaires, une idée aussi radieuse qu’un adolescent s’emparant éloquemment du pouvoir au bénéfice d’une illumination utopique. Cette déviation aboutit naturellement à l’échec de la révolution et à la satisfaction du besoin éminent d’idéalisme à l’aide d’un fascisme militaire. L’épopée napoléonienne en est le développement le moins dérisoire : une révolution icarienne châtrée, l’impérialisme éhonté exploitant l’impulsion révolutionnaire.
Cependant ramenée à l’action souterraine des faits économiques la révolution « vieille taupe » creuse des galeries dans un sol décomposé et répugnant pour le nez délicat des utopistes. « Vieille taupe », dans la bouche de Marx, expression bruyante d’une pleine satisfaction du tressaillement révolutionnaire des masses est à mettre en rapport avec la notion de soulèvement géologique telle qu’elle est exprimée dans le Manifeste communiste. Le point de départ de Marx n’a rien à voir avec le ciel, lieu d’élection de l’aigle impérialiste comme des utopies chrétiennes ou révolutionnaires. Il se situe dans les entrailles du sol, comme dans les entrailles matérialistes des prolétariens.

Qu’on ne s’étonne pas de voir représenter ici sous forme de représentations psychologiques très particulières une contradiction aussi générale humainement que celle qui oppose les choses basses ; les choses élevées. Il est vrai que les usages philosophiques eux-mêmes éliminent l’emploi de réductions aussi renversées. Mais, puisqu’il en est ainsi, les usages philosophiques eux-mêmes sont en cause, c est-a-dire que la substitution de notions indéfiniment réductibles les unes aux autres à des images choquantes des libres déterminations d’une nature contingente expriment seulement la haine que les philosophes on des diverses réalités aveugles, insensibles aux catégories philosophiques autant que des rats rongeant des livres. Les philosophes qui travaillent avec une patience obstinée à émasculer la représentation du monde voudraient évidemment qu la liberté d’allure, le caractère provocant de ce qui arrive soient superficiels. Même sous sa forme la plus générale l’opposition qui va du Très-Haut au Très-Bas a disparu avec le succès de la philosophie laïque. Du moins a-t-elle cessé d’avoir une place quelconque entre les autres problèmes, car le vocabulaire continue sans explication à conserver une mémoire fidèle de catégories fondamentales dans l’humanité entière.
Ce sort fait à un problème essentiel littéralement placé sous le boisseau, alors que les données en ressortent de toute nécessité dès qu’n jugement moral est prononcé, s’explique d’ailleurs sans difficulté si l’on représente qu’il fallait à tout prix donner aux antinomies en général un caractère abstrait et mécanique (comme avec Kant ou Hegel). Il est vrai qu’il semble facile de donner ce caractère à l’antinomie du haut et du bas, mais à partir de ce moment cette antinomie est plus qu’aucune autre, privée d’intérêt et de signification. Tout son intérêt, toute sa signification sont liés à la nature inconciliable de ses formes particulières :l’obscurité terrifiante des tombes ou des caves et la splendeur lumineuse du ciel, l’impureté de la terre où les corps pourrissent et la pureté des espaces aériens ; dans l’ordre individuel les parties basses et les parties nobles, dans l’ordre politique, l’aigle impérialiste et la révolution « vieille taupe », comme dans l’ordre universel la matière, réalité vile et basse, et l’esprit élevé. Ce langage inconnu des philosophes (du moins explicitement) est toutefois pour la race humaine un langage universel.
Il est vrai qu’il a été rejeté provisoirement en raison des formes mystiques qu’il facilitait. Mais il est repris aujourd’hui précisément en raison de son caractère matériel. Lorsqu’on a recours aux images, la plupart du temps décisives et provocantes, empruntées à la contradiction la plus concrète, ce sont des réalités d’ordre matériel, humainement physiologiques, qui sont mises en jeu. Un homme n’est pas tellement différent d’une plante, subissant comme une plante une impulsion qui l’élève dans une direction perpendiculaire au sol. Il ne sera pas difficile de montrer que la morale humaine est liée aux impulsions verticales d’une érection qui distingue l’être humain du singe anthropomorphe. Mais d’autre part une plante dirige des racines d’aspect obscène à l’intérieur du sol afin d’assimiler la pourriture des matières organiques et un homme subit, en contradiction avec la morale formelle, des impulsions qui l’attirent vers ce qui est bas, le mettant en antagonisme ouvert avec toute élévation d’esprit. De telles impulsions ont toujours été éloquemment décriées, confondues dans leur ensemble’ avec les passions particulières, les plus immédiatement néfastes : elles n’en sont pas moins, basses, les racines profondes," avides de décomposition, qui donnent un sens bouleversant à des mots aussi peu avouables et laissant subsister aussi peu d’espoir puéril que cœur humain.

Si l’on considère maintenant les couches sociales, divisées universellement en hautes et basses, il n’est pas question de nier qu’à l’intérieur de chaque classe se produisent des aspirations dans un sens comme dans l’autre. Toutefois les hautes classes disposent à peu près seules des idées, c’est-à-dire des formes les plus élevées de la vie humaine : car même lorsque les idées ont une origine basse, elles n’en sont pas moins élaborées en haut lieu, dans les hautes sphères intellectuelles, avant de prendre une valeur universelle. Et d’autre part, les mouvements du cœur humain, introduisant leur immense désordre et leur vulgarité avide dans les bouleversements historiques, se produisent seulement à l’intérieur du prolétariat, dans les masses profondes vouées aux agitations démesurées (les mouvements patriotiques eux-mêmes, dirigés et exploités par la bourgeoisie dominante, n’ont de consistance que dans la mesure où ils sont supportés par des remous en profondeur provoqués dans les basses couches sociales : cependant ils se produisent uniquement à la façon d’un détournement de mineurs au bénéfice de l’élégance et de l’élévation d’esprit bourgeoises, telles qu’elles autorisent et organisent une exploitation capitaliste).

III

Revenant maintenant au cas particulier des déviation morales qui se produisent au moment où les individus écœurés trahissent leur classe, il faut observer tout d’abord que la haine de l’élévation d’esprit bourgeoise et du comportement bénisseur s’est manifestée pour la première fois avec une acuité et une fraîcheur extraordinaires dans les écrits de Nietzsche. Toute un philosophie négligée seulement pour des raisons pragmatiques a eu pour objet l’établissement de valeurs qui permettent aux individus de s’élever au-dessus des conditions humaines de classe. Il y a à la base des exigences de Nietzsche un dégoût si criant pour l’idéalisme sénile des hommes en place, une révolte si emportée, si méprisante contre l’hypocrisie et la mesquinerie morale qui président à l’exploitation actuelle du monde qu’il est impossible de définir son œuvre comme l’une des formes idéologiques de la classe dominante. Non sans doute que Nietzsche ait eu quoi [que] ce soit de commun avec le prolétariat ouvrier : il a été loin d’apercevoir qu’une seule solution s’offre aux difficultés qui se jouaient de ses violences de langage, à savoir le renoncement à toutes les valeurs morales associées à la supériorité de classe, le renoncement à tout ce qui prive des hommes « distingués » de la virilité prolétarienne. Nietzsche était condamné par les circonstances à concevoir sa rupture avec l’idéologie conformiste ainsi qu’une aventure icarienne. L’impulsion qui l’obligeait à se débarrasser brutalement des oripeaux bourgeois et de la morale conventionnelle ne venait pas d’en bas, du profond soulèvement des masses humaines (par définition, les individus bourgeois ne peuvent rien sentir directement de ce qui se produit de bouleversant dans ces masses, une imperméabilité de fait est incontestable) : la seule possibilité d’émancipation pour l’individu de la classe bourgeoise résulte de l’action éventuelle d’un complexe icarien. Il est impossible de trahir sa classe par amitié pour le prolétariat, mais seulement par goût d’arracher ce qu’il faut bien appeler « feu du ciel », conformément à une terminologie proprement nietzschéenne ; et cela par simple subversion, pour le plaisir d’enfreindre des lois prétendues intangibles. Mais les individus ne veulent arracher le feu du ciel que pour s’anéantir, agissant comme des mites en présence de flammes d’acétylène.
Que peut-il y avoir en effet dans la volonté de s’élever au-dessus des conditions sociales, si l’on excepte le désir inconscient et pathologique d’être violemment abattu ainsi qu’un Icare et un Prométhée. Les conditions économiques actuelles imposent à l’usage des classes dirigeantes de valeurs incontestablement moins éthérées que par le passé. Il est impossible de renouveler aujourd’hui les substitutions opérées au Moyen Age : alors que la chevalerie, simple classe exploitante et cyniquement intéressée, pouvait cependant être doublée par la Chevalerie idéale du Saint-Graal ou par l’absurde chevalerie errante, le capitalisme actuel n’a pu inventer aucune sublimation de l’état de banquier ou, de chef d’industrie. La raison parfaitement claire en est que les valeurs sublimes, conservées dans le développement de l’impérialisme strictement militaire (tel qu’il se produit avec l’aigle comme emblème moral) sont devenues inutiles en temps ordinaire au développement industriel et commercial. Elles sont devenues surtout inconciliables avec la pratique de l’exploitation capitaliste, qui exige la pondération e non la folle générosité, l’aptitude aux spéculations mathématiques et non l’esprit d’aventures. Dans le capitalisme la puissance elle-même est portée au degré le plus abstrait de l’idée (le capital bancaire) et il suffit de participer régulièrement à cette puissance, la moins animale qui ait jamais existé, pour être soi-même, directement, et quel que soit un esprit de réalisation terre à terre, une parfaite incarnation de l’idée c’est-à-dire tout ce qu’il y a au monde de plus élevé sans l’intervention d’autres valeurs que l’utilité matérielle.

Que signifie dans ces conditions la rage de recourir à des valeurs élevées et sublimes, la protestation contre l’appauvrissement de la nature humaine impliqué ? à coup sûr une régression.
Il y aurait aujourd’ui quelque mauvaise grâce à négliger la fréquence des premiers mouvements réactionnaires, des romantismes, quelque mauvaise grâce à nier le caractère réactionnaire et romantique de la morale nietzschéenne. Sans doute serait-il difficile de trouver dans l’œuvre de Nietzsche une ombre de la niaiserie sentimentale et de la balourdise moyenâgeuse des romantiques sentimentaux (par exemple les romantiques français ou Wagner). Mais c’est la conscience même du risque résultant d’une exaltation littéralement insolite — et même sans objet — qui engageait Nietzsche dans les ornières classiques de la prétendue morale des •maîtres. Ce ne sont pas les maîtres qui ont besoin d’une telle morale : les exploiteurs ne vont pas chercher leurs valeurs chez les philosophes désaxés. Quand les valeurs leur sont données immédiatement par les conditions économiques de leur exploitation, les banquiers américains se passent de la Volonté de puissance. Seule l’exaltation romantique nietzschéenne avait besoin pour un improbable essor des valeurs archaïques (rigoureusement exposées, il est vrai, par un philologue) empruntées aux classes dominantes d’époques avant tout militaires (de l’antiquité grecque et de la renaissance italienne). Et ces valeurs, si l’on néglige provisoirement l’élimination des éléments chrétiens et l’introduction du cynisme moral se réduisent aux valeurs chevaleresques, sur lesquelles la société moderne a reposé jusqu’à l’introduction progressive des valeurs bourgeoises capitalistes.
Mais quel pouvait être enfin le résultat de ces substitutions de valeurs pour un individu déclassé, malade, isolé absolument de l’activité sociale ? Il est bien évident qu’à vouloir mettre en avant la splendeur humaine de personnes qui. avaient réellement exercé une domination — splendeur conditionnée par les formes sociales disparues — un homme comme Nietzsche pouvait seulement prendre conscience en premier lieu de son inaptitude aux formes sociales actuelles et en fin de compte du caractère excessivement dérisoire et même imbécile de son activité mentale -géniale ou non.
Les archaïsmes peuvent être utiles aux conservateurs. Ils ne représentent dans l’esprit d’un révolté qu’une illumination icarienne. Nietzsche n’a jamais été attiré que par des valeurs rigoureusement éliminées, devenues impraticables et scandaleuses : valeurs destinées à ridiculiser platement — à leurs propres yeux aussi bien qu’aux yeux des autres — les adeptes d’une doctrine qui n’est qu’une éclatante provocation. Il est évident que si l’homme génial admiré par la foule n’est au fond, comme il l’avoue, qu’une créature risible et chétive, il n’y a qu’à voir les choses comme elles sont : tout un splendide cauchemar intellectuel n’a été porté au sublime que pour mieux offrir son foie au bec des niais et des butors qui font la loi dans la société contemporaine. Il s’agissait de devenir la victime déchirée et en même temps outrageante d’une stupidité sans précédent.
Il faut insister sur le fait qu’il n’y a pas immédiatement d’autre issue à l’agitation intérieure résultant pour un individu de l’impossibilité de se borner à l’idéal bourgeois. Nietzsche a mis en évidence ce fait primordial que, la bourgeoisie ayant tué Dieu, il en résulterait tout d’abord un désarroi catastrophique, le vide et même un appauvrissement sinistre. Il était donc nécessaire, non seulement de créer des valeurs nouvelles, mais précisément des valeurs susceptibles de combler le vide laissé par Dieu : d’où une série de valeurs antireligieuses éthérées.
Non que Nietzsche ait exactement été incapable de recourir à la boue pour s’y vautrer. Dès l’origine des réactions contre les formes mentales bourgeoises, la tendance à retrouver des valeurs déclassées comme basses se fait nécessairement jour, mais seulement au second plan. Le « sens de la Terre », avec Zarathoustra, est une indication précise à cet égard. Il ne faut pas oublier non plus que Nietzsche parlait déjà expressément du fondement sexuel des réactions psychiques supérieures. Il allait même jusqu’à donner à l’éclat de rire la plus grande valeur au point de vue de la vérité philosophique (que toute vérité qui ne vous a pas fait éclater de rire au moins une fois soit regardée par vous comme fausse) : il est vrai que la tendance contraire reprenait rapidement le dessus, que le rire, expression brutale de la bassesse du cœur, devenait avec lui quelque chose d’élevé, de léger, d’hellénique, etc.

IV

La même tendance double se retrouve dans le surréalisme actuel qui conserve, bien entendu, la prédominance des valeurs supérieures et éthérées (nettement exprimée par cette addition du préfixe sur, piège dans lequel avait déjà donné Nietzsche avec surhomme ). Plus exactement même, puisque le surréalisme se distingue immédiatement par un apport de valeurs basses (inconscient, sexualité, langage ordurier, etc.), il s’agit de donner à ces valeurs un caractère éminent en les associant aux valeurs les plus immatérielles. Peu importent aux surréalistes les altérations qui en résultent : que l’inconscient ne soit plus qu’un pitoyable trésor poétique ; que Sade, lâchement émasculé par ses apologistes, prenne figure d’idéaliste moralisateur ... Toutes les revendications des parties basses ont été outrageusement déguisées en revendications des parties hautes : et les surréalistes, devenus la risée de ceux qui ont vu de près un échec lamen­table et mesquin, conservent obstinément la magnifique attitude icarienne.
En décembre 1929, M. Breton n’hésite pas à se donner le ridicule d’écrire que « l’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. Qui n’a pas eu, au moins une fois, ajoute-t-il, envie d’en finir de la sorte avec le petit système d’avilissement et de crétinisation en vigueur a sa place toute marquée dans cette foule, ventre à hauteur de canon. » Que cette image se présente à ses yeux avec une pareille insistance prouve d’une façon péremptoire l’importance dans sa pathologie des réflexes de castration : il s’agit uniquement de la provocation outrée ayant pour but d’attirer sur soi un châtiment brutal et immédiat. Mais le pire n’est pas d’être sujet à des réactions de cet ordre (qu’aucun révolté bourgeois, cela va sans dire, ne peut avoir évité), l’usage qui en est fait littérairement est beaucoup plus significatif. D’autres savent d’instinct la part qu’il faut faire à des impulsions sans aucune issue. Le sort que leur font les surréalistes consiste à les employer en littérature, afin d’atteindre la grandeur pathétique déplacée qui les déclasse et les ridiculise. Car, lorsque [la] société bourgeoise refuse de les prendre au sérieux et de relever leur défi, se contentant de les isoler dans une déclamation dont l’impuissance les transforme peu à peu en fantoches de foire, les surréalistes ont exactement la destinée qu’ils ont cherchée, telle qu’ils n’en voudrai nt d’autre à aucun prix. Il n’a jamais été question pour eux d’être des épouvantails qui terrifient, les caractères intrinsèques d’épouvantails qu’ils se donnent leur suffisent, car ils ont hâte de jouer leur rôle de victimes puériles, de victimes méprisables de l’incompréhension et de l’abrutissement général.
La transformation en littérature pathético-comique et gratuite des réflexes de provocation icarienne est sans doute le caractère le plus frappant du surréalisme (avec la résolution apparente de défendre une position de plus en plus ridiculisante, la provocation inconsidérée a été poussée jusqu’à crier haro sur ceux qui voudraient que la parole entraîne les actes), mais toute une activité morale intérieure ne diffère en rien de cette singulière exploitation littéraire. Il est trop évident que les surréalistes ne cherchent pas à prendre une attitude méprisante par conscience de leur propre intégrité morale. Quelques principes radicaux leur servent au contraire uniquement à pouvoir sentir leur propre vie par contraste comme une mesquine plaisanterie, car ils connaissent trop bien certaines lenteurs et - leur veulerie, beaucoup trop de marchandages et de compromissions truquées ... Mais le mouvement icarien consiste précisément à agir et même à penser comme s’ils avaient atteint sans rire cette violente élévation spirituelle qui n’est que le bruit de camion de leurs paroles. Ils accablent les surréalistes dissidents d’accusations intransigeantes et atteignent en même temps le dernier degré d’une âpre jouissance parce qu’ils sentent obscurément, quelle que soit leur arrogance verbale, que leur propre déchéance n’est pas moins profonde, pas même moins apparente : comment pourraient-ils se dissimuler au fond que certaines accusations de leur part ne provoquent que des éclats de rire (ou encore une imbécile pitié) ?

Il faudrait plaindre cependant les personnes sur lesquelles la lecture du Second manifeste du surréalisme ne ferait pas une forte impression — ceci dit sans la moindre ironie. Survenant brusquement, après quelques préfaces dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles trahissent une profonde pauvreté d’esprit, le Second manifeste est sans aucun doute l’écrit le plus conséquent, la déclaration la plus consistante que l’on ait tenté depuis longtemps. Même ses conséquences les plus radicales n’ont pas encore été développées : et peut-être est-il utile qu’elles le soient ici, c’est-à-dire dans la « remarquable poubelle, qu’est, si l’on en croit M. Breton, la revue Bifur »...
On ne saurait trop répéter à quel point il est puéril de nier les bouleversements et les agitations d’esprit inévitables que le surréalisme a cru pouvoir exprimer. C’est pourquoi il est important de relever avec quelque éclat la déviation accomplie résolument par le Second manifeste, avec une ampleur qui ne manque pas d’atteindre une étonnante solennité.
On pourrait savoir gré à M. Breton de quelques indications qui rappellent les impulsions profondes qui ont mis les choses en branle au moment où le surréalisme s’est formé. Et il s’agit ici non tellement de ce qui concerne la religion, la famille ou la patrie, qui, pour apparaître à nos yeux gluants d’innombrables crachats, n’ont pas attendu, semble-t-il, les colères surréalistes. Mais, sans le moindre respect des vieilleries littéraires, le caractère « insalubre » de quelques œuvres de Baudelaire, de Rimbaud, de Huysmans et de Lautréamont reste tout ce à quoi il est possible de tenir encore aujourd’hui dans cet ordre. Tout porte à croire que le surréalisme continue à faire la part à l’obsession d’insalubrité : c’est dire à quel point, à l’heure actuelle, il est impossible que rien d’humain puisse se produire, excepté dans le cloaque profond du cœur ; il est regrettable toutefois que ces formes insalubres soient limitées aux formes poétiques, que, pour M. Breton, passer d’éclatants jeux d’ombre aux actes manqués qui fondent aujourd’hui l’existence humaine, soit « tenir à un barreau quelconque d’une échelle dégradée... »
Il est regrettable, disons-nous, que rien ne puisse entrer dans la tête confuse de M. Breton sinon sous la forme poétique. Toute l’existence, purement littéraire, de M. Breton le détourne de ce qui se produit autour de lui d’événements mesquins, sinistres ou plats, de ce qui constitue une décomposition réelle d’un monde immense. Les injures du temps, l’abêtissement trouble et inerte de l’existence collective bourgeoise déjà vouée, pour le moins, à la moisissure des chiffres, une débâcle sans grandeur n’importent au surréalisme que comme prétexte à un « sauve-qui-peut » tragique. « Tout ce qui n’a pas pour fin l’anéantissement de l’être en un brillant intérieur et aveugle » étant vulgaire à ses yeux, M. Breton cherche seulement, dans un lent désarroi, soulevant rarement quelques tristes lambeaux de de grandiloquence, à provoquer une panique susceptible de justifier l’égarement de sa volonté. Malheureusement, jusqu’aujourd’hui, même M. Breton n’a pas réussi à prendre peur de sa propre phraséologie ...
C’est précisément en cette volonté d’agitation poétique, plutôt que dans une technique dialectique littéralement puérile, que repose l’idéalisme asservissant : soif si malhe­ureuse en toutes choses, de s’en remettre aux régions supérieures de l’esprit ; la haine de la vulgarité, de la basse vulgarité décomposant tout d’un mouvement rapide — laissant les trésors de l’esprit à la merci des premiers porcs —, l’ombrageuse aristocratie, l’ascèse mentale, c’est avec de telles nécessités, à la fois puritaines et conventionnelles, que commence une hypocrisie qui n’a pas l’excuse d’une valeur pratique. Où en est le libre égarement du cœur, du cœur avide de chaque démenti donné grossièrement à la destinée solennelle, au devoir être de chaque chose — avide, il faut le dire avec une honte provocante, de voir souillées ses imaginations les plus touchantes, les plus angéliques ?... Toute cette insalubrité, vulgaire ou non, en dehors de laquelle il n’y a pas la vie mais seulement les éléments qui la provoquent (de la même façon que, dans une même rue, il n’y a ps d’amour mais seulement des êtres que peu de chose suffirait à projeter dans une avidité commune), cette insalubrité n’est peut-être déjà plus qu’un pis-aller littéraire. Car « tout porte à croire, affirme M. Breton, qu il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point... » Il ne s’agit de rien de moins, on le voit, que d’anéantir les contingences salubres comme les contradictions insalubres de la nature. Mais cette entreprise, pour surprenante qu’elle puisse sembler de la part d’un homme qui ne fait pas d’habitude profession d’enfantillage (qui semblerait même, si l’on en jugeait d’après quelques citations, ne pas ignorer la Logique de Hegel), cette. entreprise n’a pas autant qu’on pourrait croire, pour objet, l’abstraction vide envisagée par Hegel mais plus exactement ce que M. Breton appelle lui­ même avec sa désinvolture professionnelle « un brillant intérieur et aveugle... pas plus l’âme de la glace que celle du feu ». La voûte du ciel, encore l’illumination icarienne et a même fuit vers des hauteurs d’où il semble qu’il sera facile de maudire ce bas monde (mais d’où nous savons surtout avec quelle facilité dérisoire un homme est précipité), c’est dans l’immensité brillante du ciel, non dans le vide de l’être-néant hégélien, qu’un élan verbal projette constamment M. Breton. M. Breton s’abuse niaisement, il abuse sa foule comme un prêtre quand il envisage ainsi de réduire des contradictions aussi glissantes pour lui que haut et bas. Qu’a-t-il besoin de faire croire que ses états de prédilection sont situés en. dehors de tout quand il n’écrit pas une phrase où il ne les situe pas au-dessus, quand il en arrive à ne plus parler, lui, que de la « courte beauté dérobée et de l’accessible et longue beauté dérobable ». De qui parle à travers le ciel plein d’un respect provocant pour ce ciel et sa foudre’ plein de dégoût pour ce monde situé trop bas qu’il croit mépriser — mépriser même plus encore qu’on ne l’a jamais méprisé avant lui — après qu’une touchante naïveté icarienne a [décelé] son envie miraculeuse, il ne faut attendre que la triste mais impuissante volonté de provoquer la panique, la trahison des intérêts vulgaires de la collectivité’ devenue simplement une saleté, un prétexte à s’élever en criant son dégoût.
Il ne faut pas s’étonner de l’importance prêtée à l’interprétation d’une image (d’ailleurs capitale dans la signification du Second manifeste) comme un équivalent de la voûte céleste icarienne. L’analyse du comportement de M. Breton permet d’ailleurs de préciser le sens de cette entité psychologique, marquant généralement le rôle du soleil dans le développement des impulsions humaines. Bien qu’il s’agisse de l’élévation d’esprit quand la voûte céleste aveuglante est devenue une obsession psychologique, il s’en faut que cette élévation d’esprit ait une valeur de stabilisation ou de conservation. Pratiquement l’élévation d’esprit est, dans ce cas, presque entièrement conditionnée par le désir conscient ou non d’une agitation des plus basses, mais ce désir ne peut être réalisé que par une élévation de plus en plus dépourvue de sens et purement provocatrice, en conséquence liée au mépris le plus dérisoire, le plus stupide de la nature humaine vulgaire. Un homme placé dans ces conditions en arrive à regarder la vulgarité habituelle comme un signe de culpabilité et de punition, car il est obligé de se rendre coupable lui-même d’une outrance extraordinaire dans l’exaltation la plus turbulente, afin de retrouver cette vulgarité devenue pour lui la vertigineuse conscience de sa chute. Mais au moment où un tel homme prend la parole, les phrases ne peuvent s’ordonner dans son esprit que pour condamner la terre entière, c’est-à-dire la terre basse, simple domaine des abjections. L’image même de la chute proche reste associée à cette affolante malédiction du sol : « qu’il use, lit-on à la fin du Second manifeste, au mépris de toutes les prohibitions de l’arme vengeresse de l’idée contre la bestialité de tous les êtres et de toutes les choses et qu’un jour, vaincu — mais vaincu seulement si le monde est monde il accueille la décharge de ses tristes fusils comme un feu de salve ».

Dans les conditions qui viennent d’être déterminées, il est évident qu’à tout le moins les conséquences du surréalisme ne peuvent être développées que dans le sens de la négation (peu important ici l’emploi provisoire du terme hégélien). Seule la rupture, éliminant la moindre considération de reconnaissance, le moindre égard pour les personnes (pas même un véritable mépris, à peine une dérision grossière), permet de passer de cet infantilisme moral à la subversion libre, à une très basse subversion. Le passage de la philosophie hégélienne - au matérialisme (comme du socialisme utopique et icarien au socialisme scientifique) précise le caractère de nécessité d’une telle rupture. Les formes de l’activité mentale (dans ses manifestations les plus intérieures) n’ont pas un développement sensiblement différent du développe­ ment des déterminations intellectuelles concernant l’existence économique et sociale.
La terre est basse, le monde est monde, l’agitation humaine est au moins vulgaire, et peut-être pas avouable : elle est la honte du désespoir icarien. Mais à la perte de la tête, il n’y a pas une autre réponse : un ricanement grossier, d’ignobles grimaces. Car c’est l’agitation humaine, avec toute la vulgarité des petits et des gros besoins, avec son dégoût criant de la police qui la refoule, c’est l’agitation de tous les hommes (hors cette police et les amis de cette police), qui conditionne seule les formes mentales révolutionnaires, en opposition avec les formes mentales bourgeoises. Il n’y a pas de bassesse qui tienne, à l’heure actuelle, humainement, à la rage des fins lettrés, des amateurs de poésie maudite, ce qui n’est pas capable d’agiter un cœur de terrassier a déjà l’existence des ombres. Restent il est vrai quelques jeux de lumière, à peu près artificiels, destinés à montrer les ruines. Et à bas les contempteurs de l’ « intérêt humain immédiat », à bas tous les phraseurs avec leurs élévations d’esprit et leur sacré dégoût des besoins matériels !
Il n’est pas question, pour les bourgeois qui exercent encore une certaine maîtrise dans leur vieux domaine intellectuel d’instaurer une culture ou même, plus généralement, des principes d’agitation mentale purement prolétariens. Mais il n’y a aucune possibilité pour aucune classe, avant que les principes bourgeois soient devenus en tout et pour tout les principes de la dérision et du dégoût général, y compris les échappatoires icariennes, même si ces dernières échappatoires doivent être regardées un jour ou l’autre comme une espèce d’aurore de l’émancipation mentale, de la même façon que les révolutions bourgeoises représentent l’aurore de la révolution prolétarienne. C’est en creusant la fosse puante de la culture bourgeoise qu’on verra peut­ être s’ouvrir dans les profondeurs du sous-sol les caves immenses et même sinistres où la force et la liberté humaine s’établiront à l’abri de tous les garde-à-vous du ciel commandant aujourd’hui à l’esprit de n’importe quel homme la plus imbécile élévation.

Georges Bataille

Le savoir formel
Cet idéalisme ets par la suite renversement du savoir formel, — mais non comme l’a dit Jacobi, du "cube" du spinozisme ; car le cube de Spinoza n’est pas renversable, attendu qu’il plane dans le libre éther, où il n’y a ni haut ni bas ; encore bienmoins y aurait-il pour le soutenir, quelque boule ou quelques tortue, mais il repose et se fonde sur lui-même, il est sa propre boule et sa propre tortue. Par contre, le polyèdre irrégulier du savoir formel s’appuie sur une terre qui lui est étrangère, où il plonge ses racines et qui lui sert de support, pour lui il y a donc un haut et un bas.

Hegel, Foi et savoir.

Il y allait, pour nous aussi, de la nécessité d’en finir avec l’idéalisme proprement dit, la création du mot "surréalisme" seule nous serait garante...

Breton, Second Manifeste.

Les rapports de Breton et de Bataille connurent des hauts et des bas. Mais Breton, parlant haut, couvrit de sa voix celle de Bataille, plus basse, et il aura fallu près de quarante ans pour que puissent être accessibles en particulier les articles de Documents sur lesquels le Second Manifeste s’était acharné.
Au-delà de la plaisanterie assez féroce (malgré que sa victime en ait eu) qui consistait à faire subir à André Breton, de son vivant, le sort qu’il avait imaginé pour Anatole France mort, le titre d’Un cadavre donné par Bataille et ses compagnons de la dissidence de 1929 à leur pamphlet de rupture avec l’orthodoxie surréaliste suggère une attitude plus complexe, plus ambiguë que la simple condamnation qui s’y exprime. A cette époque en effet Bataille avait déjà dénoncé — et les textes de Documents le font abondamment — dans l’horreur du cadavre et surtout dans son refoulement l’un des symptômes majeurs de la vie et de l’économie bourgeoises, proposant au contraire dans l’"intérêt libidineux pour l’état cadavérique" un des usages acceptables du sadisme ("La valeur d’usage de D.A.F. de Sade (lettre à mes camarades actuels)", l’Arc, n° 32). Son attitude en face de Breton sera marquée de la même ambivalence que les réactions affectives dont le cadavre est l’origine : ses injures contiendront toujours des virtualités élogieuses de même que ses éloges reposeront sur une préalable condamnation sans appel. Par exemple : en 1948, période de bons rapport (Bataille avait collaboré au Surréalisme en 1947), il dénonce la trahison du projet surréaliste impliquée par son exercice littéraire ("la négation des choses qu’est le surréalisme est devenue elle-même une chose" : le fétichisme, le culte de l’o/jet — même surréaliste — restera toujours le grief majeur), mais en précisant bien : "je ne veux nullement condamner les surréalistes mais rendre compte d’une difficulté profonde", et même : "ceci n’est nullement la critique mais l’apologie du surréalisme" ("Le surréalisme et dieu", Critique, n° 23, juillet I943).
La vieille taupe est la réponse de Bataille aux condamnations portées contre lui par le Second Mani­feste. Elle était destinée à Bifur, revue qui s’arrêta de paraître en 1931 et ne put donc la publier. Une nette prise de distances à l’égard de la littérature consécutive à la prise de conscience de l’irrecevabilité de l’activité surréaliste dans la situation historique et sociale de l’époque, une participation en revanche très active à des activités politiques avec l’orientation des textes vers les problèmes économiques et sociologiques qu’elles impliquent suffisent à expliquer pourquoi Bataille ne se soucia pas de le publier ailleurs, d’autant plus que bientôt, avec le Front populaire, Contre-Attaque allait le faire se retrouver aux côtés de Breton et que le léger recul du temps avait déjà désamorcé certaines outrances.
Il est inutile d’insister sur l’importance de ce texte pour ce qu’il révèle des rapports idéologiques dont cette rupture de I929 découla.
Raymond Queneau signale avec raison l’antihégélianisme de Bataille à cette époque (dans "Hommage à G.B.", n° spécial de Critique, août-sept, 1963). Dans un projet de réponse à Breton (6 A e f° 22), parmi la série d’"Ubus" dont celui-ci se réclame (et au nombre desquels il voudrait mettre Sade, "le scandaleux jacobin"), à côté du "mystique catholique Raymond Lulle" et de "l’honnête évêque protestant Berkeley", Bataille s’en prend à ce "comble de lâcheté, Hegel, philosophe, dans sa doctrine et dans sa vie, avide avant tout de servilité, valet de chambre du nationalisme allemand". Cet Hegel est principalement l’auteur de la Logique, le théoricien du système panlogique dénoncé parce qu’il aboutit à "l’identité des contraires", à l’élimination du contingent (Documents, Mercure de France, 1963, p. 2I4). De la même façon Bataille reprochera à Breton de vouloir "anéantir les contingences salubres comme les contradictions de la nature" (La vieille taupe), Breton qui en effet dénonce dans le Second Manifeste "le caractère factice des vieilles antinomies".
Cet Hegel évidemment n’a que peu à voir avec celui dont Bataille après les leçons de Kojève fera un des pivots de son système de références et qui est avant tout cette fois l’auteur de la Phénoménologie de l’esprit ("Mes efforts recommencent et défont la Phénoménologie de Hegel",dira-t-il dans l’Expérience intérieure). Au sujet de ce nouveau rapport on ne peut ici que renvoyer à l’étude de Jacques Derrida : De l’économie restreinte à l’économie générale. Un hégélianisme sans réserves (dans l’Écriture et la Différence).
Parmi les manuscrits de cette époque se rattachant à la polémique contre le surréalisme une série de quatre textes concerne Sade (dont le n° spécial de l’Arc consacré à Bataille, cité tout à l’heure, a publié l’introduction au plus important). Dans l’un d’eux (6 A e f° 33) on peut lire : "Il semble ainsi que l’oeuvre et la vie de D.A.F. de Sade n’aient pas aujourd’hui d’autre valeur d’usage que la valeur d’usage vulgaire des excréments dans lesquels on n’aime le plus souvent que le plaisir rapide (et violent) de les évacuer et de ne plus les voir." L’apologie surréaliste des écrits de Sade fonctionnerait ainsi de façon à ce qu’il ne soit pas question "de leur faire la moindre place, aussi bien dans la vie privée que dans la vie sociale, aussi bien dans la théorie que dans la pratique" (l’Arc, n° 32 ; voir aussi les notes reproduites clans Documents, p. 221). Ailleurs encore (6 A e f° 22) Bataille dénoncera dans Breton "le pitre aux yeux clos accommodant Sade aux secrètes mignardises du surréalisme".
Un débat identique s’esquisse au sujet de Lautréamont que le Second Manifeste qualifie de "défi pur à tout ce qu’il y a de stupide, de bas et d’écoeurant sur terre" et dont il serait impossible de faire "une valeur d’échange précieuse". En contrepartie chez Bataille on trouve : "je puis trouver mauvais que les cafards fassent d’un homme tel que Ducasse une abominable idole poético-religieuse" (Documents, p. 222).
Dans la surestimation de l’objet surréaliste, dans l’attitude fétichiste à l’égard des idoles respectées en quelque sorte contre leur gré (Sade, Lautréamont) et qui tend à donner à ce qui devait avoir qu’une valeur d’usage une valeur d’échange Bataille diagnostique l’idéalisme fondamental du sur-réalisme. Dans une note du Second Manifeste Breton déclare "l’entendement ouvrier, par définition peu apte à [le] suivre dans une série de démarches que n’implique pas, en tout et pour tout, la considération révolutionnaire de la lutte des classes". L’idéalisme surréaliste, son aspect lamartinien dirait La vieille taupe, tient à ce qu’il se croit indépendant de la lutte des classes, à ce qu’il écrit en dehors du processus réel de production, au-dessus de la contradiction sociale qui la conditionne et qu’il croit avoir supprimé avec les autres "vieilles antinomies". Au contraire, Bataille dira dans une étude sur Baudelaire : "Ces considérations placent l’économie à la base de la morale, elles la placent à la base de la poésie" (la Littérature et le Mal, p. 55).

Denis Hollier

LIRE AUSSI (comme je l’ai fait en octobre 1968) : Philippe Sollers, La grande méthode pdf

Extrait :

Second manifeste du surréalisme : "asepsie morale ", "lieu mental", "suprême reconnaissance", "envol" et "profondeurs" de l’esprit, "pureté originelle", "féerie intérieure", "lueur au fond de nous", "vérité", "revanche éclatante"... Comment ne pas constater que l’idéalisme a trouvé une fois de plus son style de reconversion en s’inscrivant cette fois abusivement du côté du matérialisme historique ? Rien de ce qui fait le tranchant du marxisme — c’est à dire un texte précis — ne détermine ce vocabulaire, ces draperies rhétoriques où les noms de Hegel, d’Engels et de Freud ne sont convoqués que pour faire passer les ombres du spiritualisme le moins déguisé. Encore l’écriture de Breton opère-t-elle avec une certaine ampleur qui ne se retrouve guère dans des tentatives plus récentes où les expressions "communisme pur", "droit à la pauvreté" et même le mot "fraternité" ("cette abstraction débonnaire des antagonismes de classe", écrit Marx) sortent toujours de la même tête sournoisement chrétienne et qui, depuis quarante ans, ne semble avoir rien fait pour s’intensifier. La tête petite-bourgeoise est malade, elle est même malade de marxisme, mais c’est sans vouloir le savoir et en perdant dans cette maladie ses armes théoriques les plus éprouvées. Paradoxalement, mais logiquement, c’est la position en apparence ultra-réactionnaire d’Artaud qui, dans A la grande Nuit [ou le bluff surréaliste], va pousser l’attitude "surréaliste" dans ses retranchements théoriques en lui refusant le droit de parler au nom d’une révolution sociale quelconque : "Faire le point, faire le point en eux comme n’importe quel Stendhal, ces Amiels de la révolution communiste. L’idée de révolution ne sera jamais pour eux qu’une idée sans que cette idée à force de vieillir acquière une ombre d’efficacité." En fait, le refus par Artaud du communisme est fondé à ce moment sur un idéalisme exacerbé qui, plus tard, pourra se renverser de façon déchirée et sèche. Pour l’instant, c’est la même apologie — contre la "matière immédiate", le "domaine des faits" et la "bassesse d’âme" du "sens utilitaire pratique"— des "cadres intimes" et de la "vérité essentielle du cerveau". Deux points annonciateurs, cependant : "Cette colère, ce dégoût brûlant de la chose écrite constitue une attitude féconde qui servira peut-être un jour, plus tard" / "Les trésors de l’inconscient devenus palpables, conduisant la langue directement, d’un seul jet." Très vite, Artaud ne parlera plus, bien entendu, de "trésors". Sa pratique ramassée et hyper-lucide de la langue au-delà de la langue — matérielle et effervescente — correspondra à ce qui fait entièrement défaut à l’idéologie "surréaliste" : une connaissance économique de l’écriture négative, coupée, dramatique ("Je cherche un impossible écrit / qui n’est que dans moelles inscrit" // Cosmos est un théâtre truqué / L’homme est entre les mains de quelques énormes trusts psychiques" /) dont l’écriture automatique n’était que la maladie infantile et localisée.


Picasso, eau forte, 12 mai 1968.
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SUR PILEFACE, LIRE NOTAMMENT :

André Breton : Manifeste du surréalisme
Surréalisme : l’intégralité des manuscrits d’André Breton sur Gallica
Breton manifeste (1924-2024)
L’aimé des fées par Gérard Farasse

Bataille avant la guerre
Le colloque de Cerisy : « Artaud/Bataille »
Georges Bataille, La religion surréaliste
Hommage à Georges Bataille
Bataille politique

Philippe Forest, Le surréalisme, la chose, pas le nom

Le salut - ou l’ultime rencontre - entre Breton et Bataille


[1] Également chez Gallimard

[2] « Il est décidé immédiatement de constituer un GROUPE D’ÉTUDES THÉORIQUES qui fonctionnera une fois par semaine (exposés, discussions). Première séance : le mercredi 16 octobre à 21 heures au 44, rue de Rennes, Paris VIe.
Paris, mai 1968. » (La révolution ici maintenant, Tel Quel 34, été 1968).

Très rapidement la "lutte idéologique" au sein et hors de Tel Quel va s’accentuer, d’où la décision suivante : « Jusqu’à la clarification de la lutte entre les deux lignes le Groupe d’Etudes Théoriques de Tel Quel est provisoirement suspendu. » (septembre 1971, Position du mouvement de Juin 71, Tel Quel 47, automne 1971).

A noter que ce fut aussi au 44, rue de Rennes que se réunit, autour de Georges Bataille, le Collège de sociologie d’octobre 1937 à juillet 1939 (Pour l’anecdote : c’est dans la salle Louis Lumière que se réunissait parfois le GET de Tel Quel).
Le "44, rue de Rennes" est, aujourd’hui, le "4, place St Germain des prés". Au-dessus de l’entrée, une plaque : « SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT POUR L’INDUSTRIE NATIONALE » (ça ne s’invente pas).