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Londres vue par Monet

Exposition "Monet and London. Views of the Thames" (27 Sept 2024 – 19 Jan 2025)

D 26 septembre 2024     A par Viktor Kirtov - C 1 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


26/09/24 : "Waterloo Bridge soleil voilé", ajout notice Christies

Monet and London – Views of the Thames

Avec l’exposition “Monet and London – Views of the Thames”,qui débute le 27 septembre 2024, à The Courtauld Gallery de Londres, le vœu de Claude Monet est enfin exaucé : proposer à Londres sa série londonienne et de vues sur la Tamise peinte à l’occasion de trois séjours de plusieurs semaines entre 1899 et 1901.
La série a été terminée et dévoilée lors d’une importante exposition à Paris en 1904. Claude Monet souhaitait alors l’exposer à Londres l’année suivante, en 1905, mais le projet a échoué. Jusqu’à ce jour, ces toiles n’avaient jamais fait l’objet d’une exposition au Royaume-Uni.

120 ans plus tard son vœu est exausé.


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L’exposition de 1904

Claude Monet. Vues de la Tamise à Londres
Paris, Galerie Durand-Ruel, 1904.
1 plaquette (100 x 170 mm) de 11 p. Broché, sous couverture imprimée en noir.

Texte d’Octave Mirbeau, présentant le catalogue de l’exposition de 1904 avec 37 oeuvres de Claude Monet. L’exposition se tient à la Galerie Durand-Ruel, du 9 mai au 4 juin 1904. Durant cette exposition, la plupart des toiles ont été immédiatement achetées par des collectionneurs américains.

En quête d’asile

Mais l’aventure londonienne n’avait pas commencé pour Monet avec ces trois séjours. C’est 30 ans plus tôt qu’il avait découvert Londres, en quête d’asile, réfugié qui fuyait la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Paris était alors assiégée par les troupes ennemies


Guerre Franco-Prussienne 1870-1871 LIFE Photo Collection
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Jeunes mariés, Claude Monet et son épouse Camille ont fui la France en traversant la Manche avec leur petit garçon, Jean. Ils se sont ensuite installés à Londres, d’abord près de Leicester Square, puis dans le quartier de Kensington.

Monet n’était pas le seul artiste à s’exiler. On retrouvait des figures majeures comme aussi, Camille Pissarro, James Tissot, Alfred Sisley, et plus tard André Derain. Ces artistes ont trouvé refuge à Londres et ont été influencés par la culture et le climat britannique, ce qui a enrichi leur créativité et leur a permis de saisir de nouvelles opportunités.

Petit Palais, 2018 : Les Impressionnistes à Londres. Artistes français en exil, 1870-1904

Une exposition “Les Impressionnistes à Londres. Artistes français en exil, 1870-1904” en rend compte. Elle s’est tenue au Petit Palais à Paris du 21 juin au 14 octobre 2018. Cette exposition a mis en lumière un aspect méconnu de l’histoire de l’impressionnisme : l’exil de nombreux artistes français à Londres pendant et après la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris
La ville de Londres a eu une influence considérable sur la carrière de Monet. Il a rencontré d’autres artistes qui y cherchaient également refuge, notamment son ami Camille Pissarro (dont la dernière toile dépeignant Londres est représentée ici), ainsi que son mentor, Charles-François Daubigny. Daubigny a présenté ces deux jeunes peintres à un marchand d’art influent, Paul Durand-Ruel, qui, par la suite, jouera un rôle essentiel dans la percée de l’impressionnisme.
Google Arts & Culture

La paix ayant étant restaurée en France sous la Troisième République, Claude Monet et sa famille ont quitté Londres en mai 1871. L’artiste a toutefois promis de revenir dans cette ville qu’il a tant appréciée.

Monet : La Tamise à Westminster


The Thames below Westminster (1871)
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Claude Monet
Découverte complète de l’œuvre depuis la National Gallery de Londres

À l’automne 1870, en pleine guerre franco-prussienne et alors que Paris est assiégée, Monet quitte la France avec sa jeune famille. Ils s’installent à Londres, où l’artiste peint ce paysage embrumé de la Tamise au cours du printemps suivant.
Monet a été captivé par le brouillard de Londres lors de son premier séjour dans la capitale de 1870 à 1871. Plus tard dans sa vie, il confia à l’expert en art René Gimpel : « Sans le brouillard, Londres ne serait pas une belle ville. C’est le brouillard qui lui donne sa magnifique ampleur. » Cette composition brumeuse est ancrée par des structures horizontales et verticales soigneusement positionnées – le quai au premier plan, le pont de Westminster marquant l’horizon, et les Chambres du Parlement.
Chaque élément architectural du tableau était nouveau à l’époque. Les Chambres du Parlement venaient tout juste d’être achevées, tout comme le Victoria Embankment à droite. Si vous observez attentivement l’œuvre, vous remarquerez que les personnes qui se tiennent sur la digue sont des ouvriers en train d’en terminer la construction. Monet imprime le reflet de l’ombre déformée de la digue sur la surface du fleuve. Ses coups de pinceau courts et anguleux donnent l’impression que l’eau est en mouvement.
L’hôpital St Thomas, la forme basse et rectangulaire à l’extrême gauche, était également en voie d’achèvement avant son ouverture à l’été 1871, et le pont de Westminster avait été reconstruit en 1862. Cependant, Monet s’intéresse ici davantage aux effets d’ensemble qu’aux détails architecturaux ; il a d’ailleurs exagéré la hauteur des tours des Chambres du Parlement, donnant à l’édifice l’apparence d’un palais de conte de fées.
Fasciné par la brume et le brouillard de Londres, Monet en recrée l’atmosphère en peignant un ciel vaporeux qui se reflète dans l’eau, ainsi que les silhouettes fantomatiques des bâtiments et des bateaux.
De toute évidence, cette scène est chère à Monet. De retour à Londres des années plus tard, il peint à maintes reprises le Parlement ainsi que le pont de Waterloo, en les représentant à différents moments de la journée et dans des conditions atmosphériques différentes.

D’après Courtauld.ac.uk

Trente ans plus tard

Monet a tenu sa promesse. Il est retourné à Londres près de trente ans plus tard, au moment où les impressionnistes étaient devenus des artistes reconnus. Après avoir perdu sa première épouse Camille en 1879, à l’approche de la soixantaine, Claude Monet s’est remarié à Alice Hoschedé.

Claude Monet (1840–1926) a alors visité Londres à trois reprises entre 1899 et 1901, fasciné par sa vue sur la Tamise depuis le balcon de sa suite à l’hôtel Savoy. Le peintre a alors entrepris de capturer sur ses toiles, et avec son style impressionniste, la lumière de la ville à des heures précises de la journée, ce qui a donné naissance à des tableaux célèbres comme les vues sur le pont de Waterloo, le Parlement et le pont de Charing Cross.

Claude Monet est mondialement connu comme étant la figure marquante de l’Impressionnisme français, le mouvement qui a changé le cours de l’art moderne.

Ce qui est moins connu en revanche est le fait que les tableaux impressionnistes les plus remarquables de Monet n’ont pas été réalisés en France mais à Londres.
Ils représentent des vues exceptionnelles de la Tamise, comme jamais observées auparavant, pleines d’atmosphères évocatrices, de lumières mystérieuses et de couleurs radieuses.

"Monet and London : Views of the Thames" concrétisera l’ambition inassouvie de Monet de montrer cet extraordinaire ensemble de tableaux à Londres, sur les rives de la Tamise, à seulement 300 mètres du Savoy Hotel où la plupart furent réalisés. En présentant les tableaux que Monet a lui-même choisis pour son public à Paris et Londres, les visiteurs auront la chance unique de voir le spectacle que Monet a lui-même organisé et les oeuvres qu’il pensait les plus représentatives de son ambitieuse entreprise, rassemblées pour la première fois plus d’un siècle après leur exposition inaugurale.

Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard

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Claude Monet (1840 – 1926), London, Parliament. Sunlight in the fog, 1904, Musée d’Orsay, Paris, Photo © Grand Palais RMN (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
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Claude Monet
Londres, le Parlement. Trouée de soleil dans le brouillard, 1904
huile sur toile
H. 81,5 ; L. 92,5 cm.
Legs comte Isaac de Camondo, 1911
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le motif du Parlement de Londres apparaît avec insistance dans l’oeuvre de Monet en 1900. Il fut surtout observé par le peintre depuis une terrasse de l’hôpital Saint-Thomas situé sur la rive opposée du fleuve, près du pont de Westminster. La production londonienne de Monet, qui comprend aussi des vues des ponts de Charing Cross et de Waterloo, est à vrai dire dominée par les variations de la lumière et de l’atmosphère propres au célèbre "fog", le brouillard qui enveloppait la ville au XIXe siècle, spécialement en automne et en hiver.

Silhouette irréelle et fantomatique, le Parlement surgit comme une apparition. L’architecture de pierre semble avoir perdu toute consistance. Ciel et eau sont peints avec les mêmes tonalités, dominées par le mauve et l’orangé. La touche est systématiquement fragmentée en multiples taches colorées, pour rendre la densité de l’atmosphère et de la brume. Paradoxalement, ces éléments impalpables sont d’autant plus tangibles que le bâtiment est évanescent, comme dissout dans l’ombre.
Musée d’Orsay

D’autres tableaux de l’exposition

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Claude Monet (1840 – 1926), Charing Cross Bridge, the Thames, 1903 Musee des Beaux-Arts, Lyon, Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
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Cette huile de 1903 fait partie d’une série de six tableaux inspirés par la vue plongeante sur la Tamise qui s’offre à lui depuis sa chambre au Savoy Hotel, dont celui-ci.

À travers l’épais brouillard londonien se distingue au premier plan le pont ferroviaire de Charing Cross, sur lequel un panache de fumée marque le passage d’un train. À l’arrière-plan apparaît la silhouette presque fantomatique du Parlement émergeant de la brume. L’étude de la lumière et des variations atmosphériques s’impose plus que jamais comme la ligne directrice du travail de Monet au début du XXe siècle. Son attention se porte tout particulièrement à Londres sur la traduction du brouillard et la façon dont celui-ci laisse transparaître les effets du soleil. Il les traduit ici par une richesse chromatique exceptionnelle, abordant dans sa touche une multiplicité de tons parfois très audacieuse.
Cette série londonienne est exposée en 1904 à la galerie Durand-Ruel à Paris et remporte aussitôt les suffrages de la critique.


Claude Monet (1840 – 1926), Houses of Parliament, 1904, Kunstmuseen Krefeld - Volker Döhne – ARTOTHEK
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Claude Monet (1840-1926), Waterloo Bridge, Overcast, 1903, Ordrupgaard, Denmark. Photo : Anders Sune Berg

Cette peinture fait partie d’une des séries londoniennes de Monet, au début du 20e siècle. Depuis une chambre d’hôtel à Londres, il a peint la vue du pont de Waterloo, de la Tamise et des usines sur la rive opposée dans différentes conditions météorologiques et à différents moments de la journée. Les tableaux ne sont pas tant des vues que des sortes d’études des conditions atmosphériques et des phénomènes : le clapotis de l’eau, la circulation qui traverse le pont, la fumée des cheminées en arrière-plan et, surtout, le voile de lumière ou de brouillard qui enveloppe tout le motif.
Le caractère instantané et scintillant des tableaux était souvent le résultat d’un long processus de travail. Dans ce cas, Monet semble avoir commencé la peinture à Londres et l’avoir terminée plus tard sur une période prolongée dans son atelier.

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Waterloo Bridge soleil voilé


Claude Monet (1840-1926), Waterloo Bridge, soleil voilé, (signé et daté "Claude Monet 1903" - en bas à gauche) -1899-1903. Photo © Christie’s Images / Bridgeman Images
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Faisait partie de la collection du milliardaire et philanthrope Paul G. Allen, disparu en 2018. (cofondateur de Microsoft avec Bill Gates), - tableau vendu par Christies le 9 novembre 2022 pour un montant de 64,5 Millions $. Nous reproduisons ci-après la notice très documentée établie par Christies.

En 1899, Claude Monet entreprit ce qui deviendrait le plus grand ensemble de peintures qu’il avait réalisé jusqu’alors. L’artiste arriva à Londres le 15 septembre de cette année-là, accompagné de sa femme, Alice, et de sa belle-fille, Germaine Hoschedé. Le but de ce voyage était de rendre visite à Michel Monet, le fils de l’artiste, qui séjournait dans la capitale pour améliorer son anglais. Cependant, Monet envisageait depuis longtemps une campagne de peinture dans la ville, et bien que ce voyage fût officiellement des vacances, il avait emporté avec lui son matériel de peinture.

Séjournant au sixième étage du chic hôtel Savoy, situé sur les rives de la Tamise, entre le pont de Waterloo et le pont de Charing Cross avec une vue sur les Chambres du Parlement, Monet fut instantanément inspiré. Ce qui devait être à l’origine des vacances d’un mois se transforma en un séjour de six semaines. Laissant sa famille visiter la ville pendant la journée, il convertit l’une des pièces de leur suite en atelier et commença la grande série d’œuvres connue sous le nom de Vues de Londres. Depuis la fenêtre de son hôtel, le cœur de Londres s’étendait devant lui, souvent baigné par le brouillard notoire de la capitale, ou au contraire, éclairé par la douce lumière automnale.

Monet fit deux autres voyages dans la capitale anglaise, au printemps 1900 et 1901. Au cours de ce projet prolongé, il peignit près d’une centaine de vues de la ville, dont la majorité comportait trois motifs principaux : le pont de Waterloo, le pont de Charing Cross, et les Chambres du Parlement. Pour les deux premiers sujets, il peignait depuis sa chambre d’hôtel ; pour le troisième, il se tenait à l’extérieur de l’hôpital Saint-Thomas, sur la rive opposée de la rivière, capturant ce monument emblématique britannique avec le soleil couchant derrière lui.

Peint avec des nuances riches et travaillées de lilas délicat, de bleu et de violet, Waterloo Bridge, soleil voilé< capture la rivière l’après-midi, alors que le soleil déclinant à l’ouest perçait l’atmosphère dense qui s’était accumulée au cours de la journée, illuminant doucement les larges arches du pont. Le ciel, la terre et l’eau sont peints avec la même palette, alors que Monet transforme cette scène urbaine animée en une harmonie délicate de couleurs et de lumière. Les détails anecdotiques spécifiques sont adoucis, immergés dans le voile évanescent de fumée et de brouillard que Monet aimait tant. Tandis qu’un bateau solitaire traverse silencieusement les eaux calmes, les reflets de ses voiles rouges se déversent en larges coups de pinceau dans la rivière, tandis qu’une cavalcade de voitures et de carrioles traverse le pont dans une procession scintillante, leurs lumières brillant au milieu de ce monde doux de bleu et de lilas que Monet a créé.

Monet retourna souvent à cette scène—le pont de Waterloo avec les cheminées et les usines majestueuses du sud de la rivière au loin. Cette série constitue le plus grand groupe au sein des Vues de Londres, avec un total de quarante et une œuvres (Wildenstein, nos. 1555-1595). Plus de la moitié de ces toiles sont désormais conservées dans des musées majeurs. Monet choisit ce Waterloo Bridge, soleil voilé pour figurer dans son exposition acclamée de 1904, Claude Monet : Vues de la Tamise à Londres à la Galerie Durand-Ruel.

Monet représenta sa vue du pont de Waterloo de nombreuses manières variées. Certaines œuvres furent peintes le matin, lorsque le soleil se levait à l’est, derrière le pont, parfois illuminant ses arches, tandis que les toiles de l’après-midi, comme celle-ci, montrent le soleil illuminant les colonnes décorant le pont. Bien que les palettes varient subtilement, allant du bleu lumineux et violet au vert doux, ou à des tons plus naturalistes, la structure compositionnelle change également.
Dans certaines œuvres, la ligne d’horizon est très haute, supprimant entièrement la rive opposée du fleuve pour faire des eaux expansives le point focal principal ; dans d’autres, davantage de fabriques apparaissent au-delà, alors qu’il jouait avec l’angle de la diagonale du pont, selon l’effet atmosphérique global qu’il souhaitait créer. Monet s’enthousiasmait pour deux aspects centraux : l’eau ondoyante et ses reflets, et le ciel multicolore au-dessus, deux des éléments les plus éphémères et insaisissables d’un paysage. « Pour moi, un paysage n’existe pas en soi », affirma-t-il un jour, « puisque son apparence change à chaque instant ; mais l’atmosphère environnante lui donne vie, l’air et la lumière, qui varient sans cesse… Pour moi, seule l’atmosphère environnante donne aux sujets leur vraie valeur » (cité dans J. House, Monet’s London : Artists’ Reflections on the Thames, Gand, 2005, p. 33). Ce concept est incarné dans Waterloo Bridge, soleil voilé. Ici, la scène prend une qualité mystique, les composants physiques — le pont, les fabriques, les omnibus et les carrosses — de cette vue brumeuse se dématérialisent en une symphonie de couleurs, le vacarme industriel et le sens du mouvement étouffés par un silence et un calme envahissants.

Le pont de Waterloo lui-même était une caractéristique relativement nouvelle du cours d’eau central de Londres. Conçu par John Rennie, il avait été inauguré en 1817, nécessitant au départ des péages pour traverser d’une rive à l’autre, bien que ceux-ci aient été rapidement supprimés. Le pont formait — comme c’est encore le cas aujourd’hui — une partie importante de l’infrastructure de la ville, menant à l’époque de Monet vers les quais et les usines qui se dressaient sur la rive sud. Formé de neuf arches flanquées de colonnes doriques, surmontées d’un entablement et d’une corniche, le pont était devenu un repère apprécié. Le sculpteur Antonio Canova, lors d’une visite à Londres, déclara que c’était « le pont le plus noble du monde », « à lui seul, valant le voyage de Rome à Londres » (cité dans G. Seiberling, Monet in London, cat. exp., High Museum of Art, Atlanta, 1988, p. 49). Le pont tel que Monet l’a peint n’existe plus aujourd’hui. En 1934, il fut détruit en raison d’une mauvaise circulation et de fondations instables. Par conséquent, les vastes visions de ce pont architectural par Monet constituent désormais des documents importants d’une partie de Londres qui a depuis longtemps disparu.

Une grande partie de la correspondance de Monet parlait du climat capricieux de Londres. « Je ne peux pas te parler de cette journée fantastique », écrivait-il à Alice. « Des choses merveilleuses, mais ne durant que cinq minutes, c’est de quoi rendre fou. Non, il n’y a pas de terre plus extraordinaire pour un peintre » (cité dans D. Wildenstein, Claude Monet : Biographie et catalogue raisonné, Paris, 1985, vol. IV, lettre 1593). Comme Monet le découvrit rapidement, le soleil pouvait briller un instant, transformant la Tamise en un spectacle de reflets dorés étincelants, avant de disparaître quelques minutes plus tard derrière un épais nuage ou d’être complètement masqué par les fameux brouillards londoniens. Monet assista même à la ville sous la neige. Cependant, c’était par le célèbre brouillard de la métropole victorienne en pleine expansion qu’il était le plus attiré. Comme il le déclara fameusement, « Ce que j’aime le plus à Londres, c’est le brouillard. Sans le brouillard, Londres ne serait pas une belle ville. C’est le brouillard qui lui donne son ampleur magnifique. Ces blocs massifs et réguliers deviennent grandioses dans cette enveloppe mystérieuse » (cité dans cat. exp., op. cit., 1988, p. 55).

Monet n’était pas le premier artiste à tenter de représenter ce que les Londoniens considéraient comme un effet météorologique complètement gênant, sale et désagréable. Les représentations de la Tamise par James McNeill Whistler au début des années 1870 avaient transformé la fumée et le brouillard parfois impénétrables en arrangements symphoniques de couleurs. Oscar Wilde nota dans Le Déclin du mensonge : « À qui, sinon à [Whistler], devons-nous ces magnifiques brumes argentées qui planent sur notre fleuve et se transforment en formes évanescentes de grâce… À présent, les gens voient des brouillards, non pas parce qu’il y a des brouillards, mais parce que les poètes et les peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de tels effets. Il se peut qu’il y ait eu des brouillards pendant des siècles à Londres — je parie qu’il y en avait — mais personne ne les voyait, et donc nous n’en savons rien. Ils n’existaient pas avant que l’art ne les ait inventés » (cité dans Impressionists in London : French Artists in Exile, 1870-1904, cat. exp., Tate Britain, Londres, 2017, p. 228).
Whistler lui-même, dans sa célèbre conférence Ten o’Clock en 1885, avait décrit : « Et lorsque la brume du soir habille les rives de poésie, comme un voile, et que les pauvres bâtiments se perdent dans le ciel obscur, et que les grandes cheminées deviennent des campaniles… et que toute la ville flotte dans les cieux et que le pays des fées s’étend devant nous... » (cité dans ibid., p. 228) — des mots étrangement prémonitoires qui pourraient tout aussi bien s’appliquer aux propres représentations de Monet de la capitale, y compris Waterloo Bridge, soleil voilé. Monet était pleinement conscient des contributions de Whistler à la représentation contemporaine de Londres. Les deux étaient de proches connaissances, et Monet avait décrit l’artiste comme capturant avec succès « ce manteau mystérieux » du brouillard londonien, qui rendait « ces blocs réguliers et massifs [de la ville] grandioses » (cité dans P. Tucker, Monet in the ’90s : The Series Paintings, cat. exp., Museum of Fine Arts, Boston, 1989, p. 266).

Paul Tucker a écrit : « Son pouvoir étonnant d’évoquer le mystère de la lumière du soir sur la Tamise dans ses nombreux Nocturnes, ce à quoi Monet pensait sûrement lorsqu’il a commencé sa propre série londonienne » (The Series Paintings, cat. exp., Museum of Fine Arts, Boston, 1989, p. 266). S’inscrire dans cette lignée artistique signifiait également affronter l’art du maître britannique, J.M.W. Turner. Il aurait été impossible pour un artiste — surtout un qui s’intéresse tant aux effets atmosphériques de la lumière et de la couleur — de ne pas avoir en tête des chefs-d’œuvre comme Pluie, vapeur et vitesse — Le chemin de fer de la Grande Western (1844, National Gallery, Londres) ou L’Incendie du Parlement, 16 octobre 1834 (1834-1835, Philadelphia Museum), en commençant une série basée dans la ville, notamment autour de la Tamise. « Peu de peintres paysagistes dans l’histoire de l’art ont été aussi inventifs ou passionnés, ou ont capturé les manières insaisissables de la nature avec autant de puissance et de poésie... Turner, par conséquent, était un compagnon d’âme, un guide et un défi spécial pour Monet. Si l’on voulait devenir un véritable grand peintre paysagiste, il fallait s’y confronter » (ibid., p. 267).
En atteignant soixante ans en 1900, Monet était alors bien conscient de son propre héritage et s’engageait dans une revisite nostalgique de certains de ses motifs antérieurs. Sa monumentale série londonienne figure désormais parmi les plus grandes représentations de la ville, son nom étant solidement intégré au sein du grand canon des artistes ayant distillé l’apparence et l’atmosphère de la capitale britannique. Pour Monet, un artiste qui, pendant des années, avait perfectionné sa capacité à capturer les effets atmosphériques éphémères et fugaces, le climat distinctif et imprévisible de Londres représentait le défi ultime, mettant à l’épreuve les principes impressionnistes qu’il avait fondés quelques décennies auparavant. Étant donné les changements rapides de la météo, Monet travaillait sur plusieurs toiles à la fois, chacune capturant un effet différent, tandis qu’il passait de peinture en peinture pour représenter le paysage spectaculaire de la ville qui se déployait et se transformait sous ses yeux. Le 1er mars 1900, il écrivit qu’il travaillait sur quarante-quatre toiles à la fois (D. Wildenstein, op. cit., 1985, lettre 1521) ; dix-huit jours plus tard, « environ soixante-cinq peintures couvertes de couleurs » (ibid., lettre 1532). À la fin du mois, il annonça qu’il retournerait à Giverny avec un total de quatre-vingts peintures (ibid., lettre 1543).

Ce processus de travail ambitieux et complexe fut observé de première main par John Singer Sargent qui, en rendant visite à Monet au Savoy, fut surpris de le trouver fouillant désespérément dans une pile de plus de quatre-vingts toiles, cherchant celle qui correspondait le mieux aux conditions actuelles (P.H. Tucker, Monet in the 20th Century, cat. exp., Museum of Fine Arts, Boston, 2000, p. 27). « Aujourd’hui a été une journée de lutte terrible », écrivit-il avec découragement à Alice en mars 1900, « et ce sera pareil jusqu’au jour où je partirai. Seulement, il me fallait plus de toiles, car la seule manière d’accomplir quelque chose est de commencer de nouvelles toiles pour tous les types de temps, toutes sortes d’harmonies, c’est la vraie méthode, et, au début, on s’attend toujours à retrouver les mêmes effets et à les terminer, d’où ces malheureuses retouches qui sont inutiles » (cité dans cat. exp., op. cit., 2017, p. 232).

Après trois grandes campagnes à Londres sur une période de trois ans, Monet décida qu’il terminerait plusieurs de ses peintures dans son atelier à Giverny. À ce stade, il avait décidé de travailler sur les toiles comme un ensemble unifié, chaque peinture existant en harmonie avec les autres — une entreprise vraiment radicale. « Je ne suis à Londres qu’en pensée, travaillant continuellement sur mes toiles », écrivit-il à Durand-Ruel, qui attendait avec impatience les résultats du projet de Monet, « Je ne peux t’envoyer aucune toile… car, pour le travail que je fais, il est indispensable de les avoir toutes devant mes yeux » (cité dans cat. exp., op. cit., 1988, p. 80). Monet choisit les trente-sept meilleures toiles londoniennes à exposer à la galerie Durand-Ruel en mai 1904, dont dix-huit représentaient le pont de Waterloo, y compris celle-ci. L’exposition fut un succès critique et financier retentissant et établit fermement Monet parmi les plus grands artistes vivants, sa renommée se répandant à travers l’Europe et au-delà. Marc Joël de La Petite Loire qualifia l’exposition de « merveilleuse… une des plus belles démonstrations d’art pur », tandis que Georges Lecomte affirma que Monet n’avait jamais « atteint une telle subtilité vaporeuse, une telle puissance d’abstraction et de synthèse » (cité dans cat. exp., op. cit., 1989, p. 267).
Waterloo Bridge, soleil voilé fut acquis auprès de Durand-Ruel par le marchand allemand Paul Cassirer, qui l’inclut dans son exposition de l’artiste plus tard cette année-là. Il vendit la peinture à Ulrich Boschwitz, un écrivain allemand. Elle est restée dans la même collection depuis plus de deux décennies.

Christies


Claude Monet (1840-1926), Charing Cross Bridge, 1902, Amgueddfa Cymru/ National Museums & Galleries of Wales

1 Messages

  • Viktor Kirtov | 27 septembre 2024 - 10:41 1

    C’est le titre du communiqué AFP annonçant l’exposition


    ©BENJAMIN CREMEL, AFP - Un tableau du peintre impressionniste français Claude Monet, "Le Parlement de Londres" peint en 1904, lors d’une visite de presse de l’exposition "Monet et Londres" à la galerie Courtauld Gallery, le 26 septembre 2024 à Londres
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    ©BENJAMIN CREMEL, AFP - Des tableaux du peintre impressionniste français Claude Monet de la série "Le Parlement de Londres", lors d’une visite de presse de l’exposition "Monet et Londres" à la galerie Courtauld Gallery, le 26 septembre 2024 à Londres
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    ©BENJAMIN CREMEL, AFP - Un visiteur prend une photo d’un tableau du peintre impressionniste français Claude Monet, "Le pont de Waterloo, matin de brume" (1901), lors d’une visite de presse de l’exposition "Monet et Londres" à la galerie Courtauld, le 26 septembre 2024 à Londres
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    Claude Monet aimait Londres, fasciné par son célèbre "smog", ce brouillard dû à la pollution industrielle qui créait une lumière mystérieuse. Pour la première fois, ses peintures du Parlement et de la Tamise sont exposées dans la capitale britannique, comme il l’avait désiré il y a 120 ans.

    Le peintre impressionniste est venu trois fois pour plusieurs mois entre 1899 et 1901 à Londres, qui était alors la ville la plus peuplée du monde et un centre industriel majeur. Il voulait peindre les "effets du brouillard sur la Tamise" et créer toute une série d’oeuvres sur ce fleuve.

    Il s’installait à l’hôtel Savoy, d’où il avait une vue imprenable sur les ponts de Waterloo et Charing Cross.

    Pour peindre le palais de Westminster, le Parlement britannique, il traversait le fleuve et prenait place sur une terrasse de l’hôpital Saint Thomas, qui est toujours en activité.

    "Chaque jour, je trouve Londres plus belle à peindre", écrit le peintre à sa belle-fille en 1900. Dans une lettre à son épouse, il parle de la météo changeant sans cesse et de sa fascination pour les effets produits sur la Tamise.

    En 1901, il décrit à un journaliste américain le brouillard qui "revêt toutes sortes de couleurs", du noir, du marron, du jaune, du vert, du violet. Il peint le soleil qui perce à peine dans l’épaisse fumée.

    Sur une peinture, on distingue tout juste les contours du pont de Charing Cross, sur un fond jaune, probablement en raison des émissions de soufre. Cette peinture a d’ailleurs été offerte à Winston Churchill en 1949 par son agent littéraire, qui l’appelait à "dissiper le brouillard enveloppant Westminster".

    La saison préférée de Claude Monet à Londres était l’hiver, quand ce "brouillard se mélangeait avec la pollution, la fumée des usines, toutes les particules dans l’air", explique Karen Serres, la commissaire de l’exposition à la galerie Courtauld.

    "Ce que Monet aimait aussi beaucoup, c’était le moment où les nuages s’ouvraient un petit peu et où un rayon de soleil illuminait la Tamise", poursuit-elle.

    Après ses séjours londoniens, Monet rentrait à Giverny, au nord de Paris, avec des dizaines de toiles à achever dans son studio.
    En 1904, une quarantaine de peintures de Londres ont été exposées à Paris. Claude Monet a voulu organiser cette exposition à Londres, mais cela a été impossible, car le peintre a été victime de son succès : les toiles ont été vendues trop rapidement.

    Le propriétaire d’une peinture du pont de Charing Cross a écrit à Monet à son retour en Angleterre, après avoir vu l’exposition à Paris : "vous nous avez permis de mieux comprendre (...) ce magnifique paysage", a-t-il salué.

    Le Londres de Monet, couvert de pollution, semble être "un endroit enchanté, ce qui, j’en suis sûre, n’était pas du tout le cas pour les habitants", souligne la commissaire de l’exposition.

    Cela n’a pas empêché la critique du Times, qui a visiblement beaucoup aimé l’exposition, d’appeler à "faire revenir le brouillard", à condition bien sûr, qu’il prenne les "teintes enchanteresses et étranges" de Claude Monet.

    L’exposition "Monet et Londres : Vues de la Tamise", a lieu à la galerie Courtauld à Londres de vendredi 26 septembre 2024 au 19 janvier 2025.

    Elle rassemble 21 peintures, provenant de collections privées et de musées français, américains, irlandais etc.

    publié le 26 septembre, AFP