Nouvel inédit. Philippe Sollers et Erich Lessing présentent leur ouvrage "Femmes : mythologies" aux éditions de l’Imprimerie Nationale.
Avec les interventions de plusieurs auteurs du livre dont Jean-Paul Demoule, Anne-Marie Christin, Jean-Louis Huot, Pascal Vernus ainsi que Jean-Marc Dabadie, directeur des éditions de l’Imprimerie Nationale.
Entretien avec Jean-Marie Planes.
Rencontre enregistrée le 12 octobre 1994.


D’un vase anthropomorphe du VIe millénaire à la Femme vase de Picasso, une évocation des métamorphoses de la figure féminine en Occident (Europe et civilisations de la Méditerranée). Sacralisée et diabolisée, la femme est déesse, magicienne, mère et vierge, à l’instar d’Astarté et de son homologue grecque Artémis, déesse de la virginité, en même temps Sélénè qui préside aux accouchements, Hécate aux maléfices... Au fil de son évolution, chaque civilisation redécouvre la pure beauté sensuelle du corps féminin : le Nouvel Empire égyptien, Praxitèle et ses héritiers, les vierges gothiques, la vierge de l’Annonciation de Simone Martini et la grande série des nus couchés qu’inaugure Giorgione : Titien, Velasquez, Goya, Manet, Gauguin, Picasso.



Femmes et femmes
AU DÉBUT de 1983, paraissait en France un étrange roman dont voici les premières lignes :
« Depuis le temps... Il me semble que quelqu’un aurait pu oser... Je cherche, j’observe, j’écoute, j’ouvre des livres, je lis, je relis... Mais non... Pas vraiment... Personne n’en parle... Pas ouvertement en tout cas... Mots couverts, brumes, nuages, allusions... Depuis tout ce temps... Combien ? Deux mille ans ? Six mille ans ? Depuis qu’il y a des documents... Quelqu’un aurait pu la dire, quand même, la vérité, la cme, la tuante... Mais non, rien presque rien... Des mythes, des religions, des poèmes, des romans, des opéras, des philosophies, des contrats... Bon, c’est vrai, quelques audaces... Mais l’ensemble en général verse vite dans l’emphase, l’agrandissement, le crime énervé, l’effet. .. Rien, ou presque rien, sur la cause... LA CAUSE.
« Le monde appartient aux femmes.
« C’est-à-dire à la mort.
« Là-dessus, tout le monde ment.
« Lecteur, accroche-toi, ce livre est abrupt. Tu ne devrais pas t’ennuyer en chemin, remarque. Il y aura des détails, des couleurs, des scènes rapprochées, du méli-mélo, de l"hypnose, de la psychologie, des orgies. J’écris les Mémoires d’un navigateur sans précédent, le révélateur des époques... Une origine dévoilée ! Le secret sondé ! Le destin radiographié ! La prétendu e nature démasquée ! Le temple des erreurs, des illusions, des tensions, le meurtre enfoui, le fin fond des choses... Je me suis assez amusé et follement ennuyé dans ce cirque, depuis que j’y ai été fabriqué...
Le monde appartient aux femmes. il n’y a que des femmes et depuis toujours elles le savent et elles ne le savent pas, elles ne peuvent pas le savoir vraiment, elles le sentent, elles le pressentent, ça s’organise comme ça. Les hommes ? Écume, faux dirigeants, faux prêtres, penseurs approximatifs, insectes... Gestionnaire abusés... Muscles trompeurs, énergie substituée, déléguée... Je vais tenter de raconter comment et pourquoi. Si ma main me suit, si mon bras ne tombe pas de lui-même, si je ne meurs pas d’accablement en cours de route, si j’arrive surtout à me persuader que cette révélation s’adresse à quelqu’un alors que je suis presque sûr qu’elle ne peut atteindre personne... [1] »
Devant ce genre de déclaration, on pourrait d’abord croire à un jeu ou à une plaisanterie mais il n’en est rien. Le narrateur, apparemment nerveux, mais au fond très calme, commence à raconter ses aventures. A le lire, on a assez vite l’impression qu’il tente, à travers des portraits de femmes et d’hommes contemporains, une sorte de grande récapitulation de la question à travers les siècles, depuis la Préhistoire, donc, jusqu’à nos jour s. Entreprise folle, en un sens, puisqu ’elle suppose que nous serions arrivés à une limite, une saturation, une fin ou un recommencement, sous une autre forme, de la question elle-même. Fin de l’histoire ? Non, mais fin d’une histoire, plutôt, monumentale, qui avait comme obsession métaphysique l’origine des corps que l’auteur, en étymologiste digne du Cratyle, appelle origyne. Comme si l’aventurier d’aujourd’hui, à la différence d’Ulysse ou de Casanova, avait soudain la possibilité de vivre toutes les époques en une seule. Des femmes présentes, oui, beaucoup, et dans tous leurs états, mais en même temps rappelant en elles, du fond des âges, toutes les figurations, tous les récits, les mythes, les enjeux auxquels elles ont donné lieu.
Il s’agit d’une narration vive et méditante, « historiale », où le mystère « femmes » se trouve éclairé de tous les côtés à la fois. Quelqu’un expérimente sur le terrain, et une remémoration a lieu, d’elle-même, convoquée à sa propre densité de pensée. Il s’agit d’une traversée des représentations dans un présent devenu sans mesures. Le passé ne s’embarrasse plus de ses épisodes contradictoires. On le ressent dans une proximité ouverte, autrement scandée.
Ce livre-ci, lui, enluminé par les photographies d’Erich Lessing, et étayé du savoir des spécialistes, était donc une occasion inespérée de donner à voir le projet.

DE LA PRÉHISTOIRE à nos jours ? En voici la marque saisissante : d’une idole phénicienne ou mésopotamienne à une femme-vase de Picasso. Picasso est cet artiste du XXe siècle, encore si méconnu malgré sa gloire, qui a eu précisément l’ambition de « boucler la boucle » de la figuration. Il pouvait, nageur expérimenté, se glisser dans les espaces des temps, prendre ici ou là son inspiration, remonter aux sources, dévaler le courant, s’arrêter un moment en Afrique, en Égypte, en Grèce, sauter jusqu’à Tintoret ou Vélasquez, s’approprier Manet ou Cézanne, repartir où bon lui semblait, tout en restant lui-même, là, sans cesse. Histoires de femme ? Absolument. Et c’est le regard si libre, si mobile et intérieur, de Picasso qu’il nous faut pour pénétrer vraiment ce monde de métamorphoses. Magie, terreur, grandeur, extases, charmes, délicatesse, ironie, rien ne devrait, ici, nous demeurer étranger. Dans son livre Un amour secret de Picasso, Geneviève Laporte, son amie clandestine pendant vingt ans à partir de 1951, rapporte cette bizarre conversation avec l’inventeur des Demoiselles d’Avignon : « Ce fut un grand étonnement pour moi de découvrir qu’il tenait une sorte de journal. Dans celui qu’il me montra, il y avait une mèche de cheveux de Dora Maar. En même temps, il tentait d’expliquer : « Je n’aimais pas Dora Maar. Je l’aimais comme un homme et je lui répétais : "Tu ne me plais pas, je ne t’aime pas. Tu imagines les pleurs, les crises !" Il réfléchit un instant. Timidement, je commente : "Ce n’est pas étonnant qu’elle soit devenue folle." Son regard se fait perçant. Il revient au présent. « Cela a été horrible. On l’a soignée... Tu sais, quand elle a été guérie, elle ne faisait plus de la bonne peinture. » Entraîné par son idée, avec ce goût des propos qui peuvent sembler paradoxaux, il généralise : "Je suis une femme. Tout artiste est une femme et doit être gouine. Les pédérastes artistes ne peuvent pas être de vrais artistes car ils aiment les hommes. Comme ils sont des femmes, ils retombent dans le normal." Il est heureux, il rit et me surveille du coin de l’œil. Les années aidant, je ne rougis plus. Tant pis [2]. »
Des exemples, et parfois célèbres, viennent aussitôt à l’esprit pour contredire ce mot de Picasso ? Je crois pourtant qu’il ne faut pas se hâter de le comprendre. Ce n’est pas un simple « Madame Bovary, c’est moi ». Il recèle en lui quelque chose de beaucoup plus vertigineux et complexe. Mot de découvreur étonné d’être si peu compris : « Et pourtant, elle tourne ! » Mot qui révèle, plutôt, un tournant, une saisie nouvelle et consciente à l’intérieur d’un continent vieux comme le monde. Ce n’est pas par hasard si Picasso attire automatiquement l’hostilité du féminisme, sans parler des idéologies bien-pensantes ou totalitaires. Les femmes ont toujours été représentées par des hommes, certains hommes ? Oui ? Et alors ? Est-il possible de faire mieux ? Ou faut-il renoncer à toute représentation claire, profonde, critique ? Serait-ce à ce moment-là, une avancée ? Une régression ? En ce point, on commence peut- être à discerner les enjeux.

AU COMMENCEMENT était la Mère, la Terre-Mère, et la fascination humain e pour sa force dispensatrice, souterraine et énigmatique. On ne comprend rien à la suite du roman qu’est l’Histoire, si l’on n’éprouve pas le lourd temps, le caverneux et répétitif long temps des cultes féminins maternels. Voici l’Idole, elle s’appelle XX de base, elle est phénicienne, sumérienne, mésopotamienne, aurignacienne, peu importe. Elle surgit, seule ; elle règne ; elle se tient souverainement devant vous ; elle vous a pondu ; elle vous juge. Vous venez d’elle, vous devez revenir à elle. On ne lui parle pas, elle n’écoute rien, elle s’impose. C’est un principe hallucinatoire de votre éphémère réalité.
Qu’est-ce qu’un corps ? Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? Ces interrogations n’ont pas encore de sens. Peut-être, d’ailleurs, n’en auront-elles jamais. Voici ma cause, et Dieu, par conséquent, a été, est ou sera notre Mère à tous. Qu’on le nomme Terre ou Nature, Dieu a été une femme, et il le reste la plupart du temps en sous-main, dans les rêves, les fantasmes, les illusions tragiques ou comiques. Dieu a des fesses énormes et un ventre indéfiniment enceint, c’est une boule d’énergie féconde, un phallus renflé envasé, une tête compacte torsadée sans bouche, un nez d’os, des petits bras repliés sur les seins, un œil massif et aveugle. XX est enfantée par la nuit puissante, avec sa pente de pesanteur et de majesté, son bassin-méditerranée, son assise. La Vénus de Willendorf, par exemple, vous ne l’apprivoiserez pas, elle ne viendra pas minauder sur ms écrans, elle est définitivement en réserve, elle produit, pétrifie, détruit.
Elle est toujours là, puisqu’elle incarne le là. Elle a été et sera toujours veuve, elle garde son tranchant. Le plus étonnant (génie des modeleurs de l’ombre), c’est qu’elle puisse vous apparaître aussi comme légère, désinvolte, presque humoristique. Inamovible, effrayante, soit. Mais simultanément inoffensive, presque gentille, comme une grosse poule prise à son propre jeu. Nous devinons que les cultes qui lui étaient rendus devaient être à la fois cruels et méprisants, fascinés et conjuratoires. Il sera déraisonnable de la prendre trop au sérieux, sauf à vouloir, bien plus tard, intimider ou terroriser les enfants, les naïfs, les crédules, ou encore, comme dira Rimbaud , « les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes ». Ces hanches énormes, ces mains minuscules, ces pieds joints, cet ensemble de trous menaçants, ont pourtant un magnétisme de danse dont vous ignorez les règles. Rien, encore, ne s’écrit. C’est le face-à-face. Coupés du sens, nous n’existons que dans l’orbe de cette déesse primaire, dans son prolongement ou ses environs. La Méduse en retiendra le pouvoir, et aussi tous les effets de masque. Nous sommes à l’âge de fer. Cette Mère n’aura jamais de Fille, on le comprend, et quant à imaginer un Père quelque part, impossible. Un père est beaucoup plus compliqué ; c’est tout le problème. La grande Déesse, elle, avec son enfant indéterminé, sa progéniture à l’emporte-pièce collée à elle comme une prothèse, est simplement un avertissement. Un pas au-delà d’elle, et c’est le chaos. Sorcières, vous invoquerez cette Macbeth. Chamans ou chamanes, c’est votre maîtresse. Un esprit éveillé n’a d’ailleurs aucun mal à en surprendre la persistance aujourd’hui, furtive ou hurlante, dans les mégapoles modernes, au creux de l’hystérie. Ce n’est pas pour rien que le bureau de Freud, à Vienne puis à Londres, s’encombrait de statuettes en tous genres lui rappelant, sans doute, une superposition archéologique jointe au sommeil de la raison engendrant des monstres. Que de divinités disparues sur un divan ! Mais alors Moïse ? Et le monothéisme ? Ah, voilà.
La Bible est pleine de ce règlement de comptes difficile avec XX, c’est-à-dire avec un principe biologique, anthropomorphique et idolâtrique, ne convenant pas à un Dieu qui parle et se définit par son extension dans le Temps. Fécondité, accouchements légitimes ou déviants, tel est l’éternel retour que Iahvé veut dominer, incliner, guider, relancer. La grande ennemie de l’Ancien des jours, du Très-Haut, de l’Éternel, est donc « la reine des cieux », Astarté, l’lstar babylonienne et assyrienne, associée, comme par hasard, à la planète Vénus. Dur combat. Astarté séduit sans arrêt le peuple que Iahvé s’est choisi. Elle a pour elle l’aimantation cosmique, la preuve par l’espace et l’espèce, la place, l’endroit, le poteau, le pieu. La Femme est liée au lieu. Dieu, au féminin, est un lieu. On comprend que les Hébreux, sans cesse appelés par l’invisible vers une Terre promise, se laissent constamment immobiliser par cette assignation, ce repos rassurant et mortifère, ce cercle. Il n’en va pas autrement dans les vies privées, quelle que soit l’époque. Entre les deux Principes, la guerre est totale : les Philistins coupent la tête de Saül, déposent ses armes dans le temple d’Astarté, clouent son corps contre la muraille. Et pourtant, les fils d’Israël recommencent à chaque fois la même erreur. Ils font de nouveau « ce qui est mal aux yeux de Iahvé », lequel, tout de suite, s’enflamme, et les « vend » à leurs ennemis. Bruit et fureur de la Bible : la voluptueuse Vénus est une méchante ruse cyclique, un piège à consommer des corps, une poigne sanglante clans une main trompeuse. Voici ce que dit lahvé, abandonné, à travers son prophète Jérémie (la scène se passe dans les rues de Jérusalem) :
« Les fils recueillent des bois
et les pères allument le feu ,
les femmes pétrissent de la pâte
pour faire des gâteaux à la Reine des Cieux
et pour répandre des libations à des dieux étrangers
afin de m’irriter.
Mais est-ce bien moi qu’ils irritent —
oracle de Iahvé —
n’est-ce pas eux-mêmes pour la honte de leur visage ? »
Donc : châtiment, colère, feu qui « brûle et ne s’éteindra pas », enfer. Elle est extraordinaire à entendre, face à toutes ces idoles à gâteaux, la rumination rageuse de Iahvé. Lui, c’est le Dieu de la voix, de l’écoute. L’Idole est d’abord prise d’optique, hypnose, assoupissement, somnolence et, bientôt, cruauté pour cause de peur. Il s’ensuit une opération indistincte sur la génération qui exige des sacrifices humains, souillure abominable puisque le peuple infidèle en arrive à brûler ses fils et ses filles. C’est la « vallée de la tuerie », et les prophètes bibliques en sont les dénonciateurs. Ils parlent, mais le plus souvent en pure perte : « Tu leur diras toutes ces paroles et ils ne t’écouteront pas ; tu les appelleras et ils ne te répondront pas. » Pas de compromis possible, donc, entre les deux divinités en lutte. « Si vous me méconnaissez, dit Iahvé, je ferai taire la voix du plaisir et la voix de la joie. » Que dit Astarté ? Rien, elle happe, elle avale, elle oublie. Il faut prêter l’oreille à cette bataille pour la possession des sanctuaires quand on contemple, à distance, photographiées, ces figures que nous croyons être, désormais, de simples personnages de musées. Non : elles vivent, elles sont chargées à bloc et radioactives, elles ont une puissance de dinosaures, déformations, limites du pré-humain angoissant. Ce sont les piles négatives, d’ailleurs magnifiques, d’un culte toujours en vigueur sous le couvert de la Technique. Pourquoi ne les disposerait-on pas dans les salles des cliniques ou des hôpitaux, lors de certaines expérimentations gynécologiques ? Elles présideraient aux manipulations du génome. Elles seraient à leur place, éternelles et réelles, en retrait des images de publicité défilant sur les écrans télévisés.
Iahvé a vaincu ? Oui, à l’époque. Mais Astarté évolue. Et Iahvé aussi. Leurs chemins sont-ils parallèles ? Affaire à suivre.
Pour voir vraiment, il faut savoir entendre et lire. L’écriture : mutation essentielle dans la représentation de la question des origines, donc des femmes. La Bible est Écriture. son Dieu parleur l’a voulue ainsi. Un texte, un tissu, et, à partir de là, toutes les visions sont jugeables. La force, dont Astarté est un des noms, devrait combattre la lecture : elle n’est pas dans son intérêt. En revanche, un monde de spectateurs passifs affalés devant des images lui serait comme un encouragement à resurgir. La biologisation intensive de l’humain, sa fabrication programmable (figures du nihilisme de notre temps) en serait alors le retour, sur un autre plan. Voilà sur quoi insiste ce roman de la fin du XXe siècle, Femmes. Un autre roman ouvrait ce même siècle par un monologue qui, déjà, aurait dû nous faire réfléchir : celui de « la chair qui toujours dit oui », sans doute pour mieux dissimuler un « non » radical, le « non » de « l’esprit qui toujours nie ». Il s’agit, bien entendu, de la révélation explosive de la Molly Bloom de Joyce, dans Ulysse.

MAINTENANT, allons au miracle : l’Égypte, la Grèce. Il y a deux façons de sortir des cultes maternels archaïques : l’une, invisible, biblique ; l’autre, par la splendeur de la forme et sa vérité. « Le phénomène, écrit Hegel dans un passage fameux de sa préface à la Phénoménologie de l’Esprit, est le surgir et disparaître qui lui-même ne surgit ni ne disparaît, mais est en soi et constitue l’effectivité et le mouvement de la vie de la vérité. Le vrai est ainsi le délire bachique en lequel il n’est aucun membre qui ne soit ivre, et parce que chacun, en tant qu’il s’isole, se dissout tout aussi immédiatement, le délire est pareillement le repos transparent et simple. » Les membres, le mouvement ivre, le repos transparent : nous y voici. Côté femmes, c’est enfin l’apparition personnelle. Force, majesté, grâce, intériorité épanouie : aucun « progrès » par la suite. Voyez ce torse de Nefertiti — femme de l’énigmatique monothéiste solaire Akhnaton, le grand hérétique de la XVIIIe dynastie — ou bien cette tête de la princesse d’Amarna : démarche souveraine, détachement des bras et des seins, bouche, nez, crâne, asymétrie vibrante des yeux, mélodie puissante et mathématique des plis — tout est dit. Le corps féminin sort enfin au soleil ; la Mère peut devenir Fille (donc une autre femme) ; on dirait qu’un principe surtemporel s’affirme dans son unité, son autonomie. Il va être toujours midi pour ces affranchies de l’ombre. L’espace leur appartient en propre, comme la lumière. La Mère laisse échapper des Filles ; le Père, un jour ou l’autre, sera bien contraint d’avouer des Fils. Les déesses ont des noms, une masse, des dimensions, des modes de déplacement, des visages, des intentions, des passions. Elles se mêlent aux mortels, mais ne sont nullement leur cause. Certaines viendront même copuler avec eux, ce sera un événement. De telles femmes, donc, Athéna, Artémis, Aphrodite, vont inspirer des poètes, des penseurs. Encore une question de texte : nous devons regarder ces Égyptiennes ou ces Grecques en nous rappelant les mots tressés à leur intention dans les incantations ou les hymnes. Non, elles ne sont pas inanimées, elles n’existent pas seulement pour les historiens d’art ou les conservateurs de musées : elles parlent, elles sont parlées ; elles ont leurs fidèles ; elles guident leurs voyants ou leurs protégés (ainsi Athéna avec son « grand cœur » d’Ulysse). Elles ont leurs sculpteurs : Praxitèle, Phidias ; plus tard Michel-Ange, Rodin. Elles auront leurs peintres : Giorgione, Titien, Manet. Le moment est venu de s’émerveiller, c’est-à-dire, par exemple, d’ouvrir les hymnes homériques : « Chante, ma muse, les œuvres glorieuses d’Aphrodite d’or, de Cypris qui éveille le tendre désir amoureux dans le sein des Immortels et fait ployer sous ses charmes vainqueurs la race des mortels, ainsi que les oiseaux de l’éther, rapides messagers de Zeus dont la voix gronde [3]... ». Aphrodite, oui, l’Aphrodite de Cnide, celle-là même que vous regardez en passant, celle de Praxitèle copiée par les Romains (les Romains sont de remarquables copieurs), a donc pour fonction d’éveiller le désir des immortels, et de faire ployer sous ses charmes les mortels et les animaux terrestres. Son île est Chypre. Un autre de ses noms se décline ainsi :
« Cythérée couronnée d’or et de violettes. » Elle traverse la matière animée et le temps. Le latin la réduit déjà à n’être plus que Vénus, « Mère des Énéades, plaisir des hommes et des dieux, Vénus nourricière... » (Lucrèce). N’empêche, elle poursuit clandestinement sa route, se montre avec plénitude et insolence chez Giorgione et Titien, habite Le Jugement de Pâris, de Watteau, l’un des plus beaux tableaux du monde. Mais nous sommes encore dans ce pays incroyable, la Grèce, où des jeunes filles, au printemps, s’élancent « dans les chemins creux en retenant les plis de leurs robes gracieuses... On voit sur leurs épaules, flotter leur chevelure safran. Sous la touffe d"olivier où elles l’ont laissée. elles rejoignent l’auguste déesse... » Ici, nous avons affaire à Déméter qui a bien des soucis avec sa fille bien-aimée, Perséphone, enlevée par le dieu de la mort, Hadès. Irons-nous chercher Eurydice aux Enfers ? La musique de Monteverdi y suffira- t-elle ? Mais voici maintenant Artémis, l’arc en main , « formant avec les femmes des chœurs dansants, car elle aime la lyre et le chant de ses compagnes aux voix claires, le séjour des cités des justes et l’ombre des bois ». Les formes s’animent. Les statues échangent, la nuit, dans des salles étrangères où on les a parquées en vue d’une contemplation improbable, des silences spéciaux. Les touristes une fois partis, l’air résonne. Cette vierge d’Éleusis, datant de cinq cents ans avant notre ère, continue, sur place, à s’enfuir. Qui ne tient-elle pas à rencontrer ? N’en doutons pas : c’est nous. La Gorgone aux serpents ne nous fait pas peur ? Nous avons tort. Les trois Grâces nous paraissent naturelles ? Quelle erreur. Savons-nous vraiment ce qu’est une danse de Ménades, une bataille d’Amazones ? Le cinéma se charge de nous aveugler sur leur mouvement.
Voyons enfin ce Sphinx ailé : pouvons-nous lui répondre ? Nos psychanalystes ont-ils surmonté leur complexe d’Œdipe ? Ne sont-ils pas troublés, au contraire, malgré leurs dénégations, par cet Hermaphrodite endormi ?
D’où vient donc, face aux Grecs, cette sensation d’oubli, de faute, de détresse ? Ce malaise quant à la « copie » dont ils ont fait l’objet ? Cet appel à dire de plus loin ce qui se tient ici en pleine lumière ? Comme elle est rare, l’inspiration directe dans une telle dimension des figures ! Et, à la place, que d’aplatissements néo-classiques, que de propagandes de mauvais goût !
Heidegger prévoit sa mort, son enterrement, et demande à son fils de réciter un jour, devant sa tombe ouverte, des vers de Hölderlin ? Oui, et on ne peut qu’y penser avec émotion. La scène a lieu en mai 1976 :
« Bienheureux pays grec ! Toi demeure de tous les dieux !
Était-ce donc vrai ce qu’un jour en notre jeunesse nous avons entendu ?
Ô salle de fête ! Ton sol est la mer ! Tes tables, les montagnes
Jadis à cet unique usage bâties, en vérité.
Mais les trônes où sont-ils ? Où sont les temples et les coupes
De nectar, où est le chant qui réjouira les dieux ?
Où, mais où brillent-il s donc les oracles frappant au loin ?
Delphes sommeille, et où retentit la voix du grand Destin ? [4] ».
Je regarde encore une fois ce Sphinx ailé, sculpté par Lycien en 400 avant notre ère, et qui se trouve au musée archéologique d’Istanbul. Sa splendeur ferme, verte, rayonnante est, en effet, digne d’un grand destin. Qui peut le penser, cependant, non pas comme un mythe ou une idée abstraite, mais comme il se montre ?

TOUT A COUP, le théâtre change. Le Dieu biblique ne s’est pas contenté d’affirmer, contre la Mère primordiale, qu’il avait créé le monde et aussi l’homme, mâle et femelle. à son image ; voilà qu’il s’avise de s’incarner carrément dans un Fils unique. Pour une surprise, c’en est une. Et même un tremblement de terre. Les acteurs de la représentation sont maintenant Adam, Ève, le Serpent ; le nouvel Adam, le Christ : la nouvelle Ève réparatrice : Marie. La Vierge est-elle une femme ? Oui et non. Oui, puisqu’elle est mère. Pas seulement, puisque cette maternité unique lui vient de l’Esprit, faisant d’elle, à la fois, la mère de Dieu et sa fille. Difficile à concevoir ? Oh combien. Mais justement. En contemplant ces cascades de Madones dans tous leurs états, nous ne devons pas oublier que, là encore, une masse de textes accompagnent des peintures qui nous paraissent familières. Les Évangiles, les vies de saints et de saintes, les Conciles, les Pères de l’Église, les prédicateurs, les théologiens, les poètes. Marie est la star des stars. Il y a, bien sûr, des vedettes secondaires : sa propre mère, Anne (celle de l’lmmaculée Conception) ; Marie-Madeleine ; des flots de martyres ; et, beaucoup plus tard, grâce à l’audace du cavalier Bernin, l’extatique sainte Thérèse.
Les thèmes n’en sont pas moins musicalement réglés, canon, fugues, variation. Nativité, Annonciation, Naissance de l’Enfant Sauveur, Fuite en Égypte, Stabat Mater, Assomption, Couronnement céleste. La question-femme se spiritualise à l’extrême par une opération dont le génie simplificateur et multiplicateur nous retient toujours. La Trinité elle-même, en effet, dépend de cette Vierge résumant en elle toutes les interrogations généalogiques et les portant à leur solution géométrique. Éclatant théorème, dont Dante, dans son Paradis, donne la formulation la plus élégante, sur laquelle, d’ailleurs, on peut méditer indéfiniment :
« Vierge mère, fille de ton Fils,
Humble et haute plus que nulle créature,
Terme fixe d’un éternel dessein ;
C’est toi qui ennoblis notre nature humaine
A un point tel que n’a pas dédaigné
Son Ouvrier de se faire son œuvre [5]. »
Ce passage à la limite de ce qu’on pourrait appeler la reproduction-une-fois-pour-toutes est, Pascal a trouvé la formule, un scandale et une folie. Scandale si l’on parie sur un messianisme projeté dans la perpétuation biologique ; folie si l’on pense que l’humanité, au lieu de s’en séparer radicalement, est un élément du cosmos. Les résultats de ce coup de force ne se font pas attendre. C’est à cause de cette élaboration, et non pas malgré elle qu’Aphrodite et Vénus vont elles-mêmes se laïciser, s’incarner dans le monde profane et devenir, peu à peu, cette femme-là, n’importe laquelle, et puis cette autre, et encore cette autre. Des femmes, désormais, il y en aura des. C’est un coup de dés. Marie (et c’est aujourd’hui que nous pouvons mieux la comprendre) absorbe les élans, les aspirations, l’hystérie de base de l’éternel féminin ; elle rafle l’énorme mise de fécondité dont elle est, Dante a raison, le « terme fixe ». Autant dire qu’on en reviendra toujours là, qu’on n’ira pas plus loin dans la spéculation forcenée qui consiste à ajouter des vivants aux vivants et, en somme, des morts aux morts. Bien entendu, puisque cette Raison supérieure apparaît comme scandale ou comme folie . personne n’écoute, la chose paraît impraticable, insupportable, absurde. Et pourtant, dirait un nouveau Galilée, elle ne tourne pas, elle marque sans cesse la même heure, annonciation, incarnation, crucifixion, ascension, assomption. L’Occident a trouvé son horloge (cela ne va pas sans contestations), son calendrier dont les opérations boursières du monde entier tiennent compte. Nos dates sont les siennes. Nous sommes bien à la fin du XXe siècle « de notre ère », comme on dit pudiquement. en oubliant pourquoi, à cause de qui, et comment.
Le plus souvent, on feint hypocritement de s’étonner d’un paradoxe irritant : Vierge Marie d"un côté ; prolifération voluptueuse de l’autre. Remarque de bon sens, donc de courte vue. C’est précisément à cause de l’Une qu’on obtient les autres. Titien ou Rubens auraient trouvé dépourvu de sens qu’on leur demandât de choisir, de se limiter, de se tenir à la Vierge ou à Vénus. Les deux, chers puritains , les deux ! Ou plutôt : une et mille ! La Réforme, en voulant ravaler l’Une, n’a fait qu’aller dans le sens d’une normalisation des mille : plus de Vierge, plus de flots de Vénus. Au bout du compte viendra le temps de la mélancolie, du romantisme, de l’angoisse, de la frustration, du bovarysme de plus en plus confiné, de la dépréciation malheureuse, du délire pseudo-poétique, du féminisme vite enrôlé dans le biologisme, de l’érotisme rabaissé en pornographie, bref, le « cinéma ». Pour Titien, pour Rubens, pour Vélasquez, pour tant d"autres, il n’y a aucune contradiction entre peindre une Annonciation ou une Assomption et représenter (avec quelle ivresse matérielle) Vénus à sa toilette ou en train de se faire donner un concert. La Vierge Marie et Vénus ont indifféremment, comme modèles, la princesse ou la boulangère du coin. Vénus et l’organiste ? Elle est quand même plus convaincante que madame Luther. Et Danaé ! Sous sa pluie d’or ! Et les nymphes ! Certes, on maintient un principe d’horreur (des sorcières, Judith châtrant Holopherne, une tête de Méduse pétrifiante aux serpents), mais pour mieux faire sentir le faste de la vie privée, les étoffes, les instruments de l’intimité, les couleurs, les parfums, les sons, la peau de l’instant visible. Ici surgit le miroir. Une femme se voit.
Elle ne demande pas mieux, semble-t-il, à condition qu’un artiste (c’est-à-dire, rappelons-nous le mot de Picasso, « une femme ») organise une telle vision favorable. Sans quoi, eh bien, elle ne s’aimerait peut-être pas. Voilà un fait d’expérience. On peut le vérifier tous les jours. Les couturiers, par exemple, le savent. Ils veillent sur cette question ; ils sont chargés de l’agrémenter, d’en atténuer les contours. Le peintre, lui, va directement sur le motif : habiller la Vierge de ciel, singulariser son Enfant, dénuder Vénus relèvent de la même technique. Les vraies femmes sont celles des peintres. Le peintre et ses modèles sont une seule nébuleuse d’énergie. « À quelque fête de nuit dans une cité du Nord, écrit Rimbaud dans les Illuminations, j’ai rencontré toutes les femmes des anciens peintres. » Nous devrions faire comme lui. Tiens, voici Hélène Fourment en 1638 ! Bonjour. Elle est aujourd’hui à Vienne. La Contre-Réforme, donc, toujours si mal jugée par la propagande scolaire, et pour cause, a eu son orgie savante. Décidément, les catholiques sont impossibles, tordus, pervers, accablants, odieux. Mais que saurions-nous de la beauté sans eux ? De la beauté féminine ? Qui s’est chargé, sinon eux, de transmettre la grande leçon grecque au lieu, comme la païennerie romaine stagnante, de la démarquer ? Giorgione et Titien sont plus proches d’Homère que de Virgile. Leur Vénus est bien l’Aphrodite d’or. Sa ville ? Venise.

ET PUIS PARIS. Ils ont rendez-vous là, les derniers, et quel feu d’artifice ! On emmène Goya, que sa Maja Desnuda ne pouvait que conduire à l’exil (il meurt à Bordeaux). Mais enfin : Watteau, Fragonard, Manet , Ingres, Delacroix, Courbet, Cézanne, Rodin, Picasso, Matisse, qui dit mieux ? La démonstration n’est-elle pas fulgurante ? Peut-on encore l’ignorer ? L’Olympia, Le Bain turc, La Mort de Sardanapale, Les Deux Amies, Iris messagère des dieux : on dirait des noms de batailles, mais ce sont des victoires plus important est que celles d’Alexandre ou de Napoléon.
Des prostituées, des baigneuses, des femmes du monde, des danseuses, il y en a pour tous les goûts et de toutes les couleurs. Cela ne plaît pas à la métaphysique ou, comme dit Baudelaire, au « vieux Platon » ? C’est probable. Mais l’acte vient de plus loin, écoutons sa musique :
« Lesbos, où les baisers sont com me les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades
Orageux et secrets, fourmillants et profonds ! »
Ou encore, tout simplement :
« Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair. »
Voilà, nous sommes arrivés, ou presque. C’est Picasso, donc, qui tire le rideau pour l’instant, puisque nous pouvons revoir grâce à lui notre histoire. Par lui, les apparitions préhistoriques, au lieu d’avoir un aspect archaïque et menaçant, prennent une forme enjouée. Après la catastrophe de la deuxième guerre mondiale, le Vieux Picasso, que tout le monde croyait fini, s’est lancé dans une sarabande effrénée, satyres, ménades, couples, baisers. Il y avait encore des communistes : embarras, gêne. Les Américains ont jugé, eux, symétriquement, qu’il y avait là une preuve de sénilité. Mais non : tout
le monde, en réalité, voulait que ça s’arrête, mais voilà, pas question, on continue, on insiste, on se cachera s’il le faut. Astarté, Nefertiti, Aphrodite, Ève, Marie, Vénus, L’Olympia : soudain, ces figures n’en font plus qu’une. Des déesses, des madones, des reines, des infantes, des nudités, des passantes, des fleurs du mal, des jeunes filles en fleurs, vous n’en avez pas assez ? Non, jamais. Des torsions, des grossesses, des sourires, des malédictions, des promesses ? Des grottes, des crèches, des chambres, des boudoirs, des jardins, des bains, des bénédictions, des caresses ? Oui, encore. Et maintenant ? On ne sait pas. Elles semblent en suspens. Elles sont réquisitionnées par le Calcul, le Programme. On les veut consommatrices, matrices, esclaves des produit s de beauté, cyniques, travailleuses , sentimental es, frontales. Elles doivent maigrir, bronzer, débronzer, pointer, réussir, accoucher, éduquer, s’agiter, défendre leur droit à l’égalité, se maquiller, se démaquiller, veiller, surveiller, aimer un peu, courir, vieillir beaucoup —, aux suivantes. La religion ne peut plus grand chose pour elles. Vénus est hors de prix. Se faire entretenir est de plus en plus impossible. L’ignorance s’accroît, le conformisme aussi. La mode fait ce qu’elle peut. Le cinéma est en crise. La télévision universelle ennuie. La vulgarité augmente. Les mâles sont au plus bas, leur bassesse animale remonte. La misère, ailleurs, est immense. Alors ? Cette fabuleuse aventure aurait eu lieu pour rien ? C’est maintenant à chacun, et à chacune, de répondre.
Heidegger, dans Sérénité :
« La révolution technique qui monte vers nous depuis le début de l’âge atomique pourrait fasciner l’homme, l’éblouir et lui tourner la tête, l’envoûter, de telle sorte qu’un jour la pensée calculante fût la seule à être admise à s’exercer.
« Quel grand danger nous menacerait alors ? Alors la plus étonnante et féconde virtuosité du calcul qui invente et planifie s’accompagnerait... d’indifférence envers la pensée méditante, c’est-à-dire d’une totale absence de pensée. Et alors ? Alors l’homme aurait nié et rejeté ce qu’il possède de plus propre, à savoir qu’il est un être pensant. Il s’agit clone de sauver cette essence de l’homme. Il s’agit de maintenir en éveil la pensée.
L’égalité d’âme devant les choses et l’esprit ouvert au secret nous dévoilent la perspective d’un futur enracinement. Il pourrait même arriver que ce dernier fût un jour assez pour rappeler à nous, sous une forme nouvelle, l’ancien enracinement qui pour l’heure disparait si vite. »
Et encore ceci, dans L’Expérience de la pensée :
Ce caractère de la pensée, qu’elle est œuvre de poète, est encore voilé.
Là où il se laisse voir. il est tenu longtemps pour l’utopie d’un esprit à demi poétique.
Mais la poésie qui pense est en vérité la topologie de l’Être.
A celui-ci elle dit le lieu où il se déploie. » [6]
Philippe Sollers



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[1] Femmes, Gallimard, 1983.
[2] Geneviève Laporte, Un amour secret de Picasso, Éditions du Rocher, 1989.
[3] Homère, Des héros et des dieux (Hymnes), traduit du grec et présenté par François Rosso, Arléa, 1993.
[4] Hölderlin, Le Pain et le Vin, quatrième strophe (ce poème a été écrit en 1800).
[5] Dante, Paradis, début du chant 33. C’est saint Bernard, chantre du culte marial, qui parle.
[6] Heidegger, Questions III et IV, Tel, Gallimard, 1990.
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