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Trump-la-mort

suivi de Trump - La soif de revanche

D 17 juillet 2024     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


LE BLOC-NOTES DE BHL.

Et voici le candidat républicain soudain paré d’une cuirasse d’invincibilité. Le sort du monde se jouerait-il à un coup de dés ?

Par Bernard-Henri Lévy
Publié le 16/07/2024

_ Donald Trump visé par une tentative d’assassinat à Butler (Pennsylvanie), le 13 juillet 2024 . © Evan Vucci/AP/SIPA

Mais la première idée qui me vient à l’esprit après la tentative d’assassinat contre Donald Trump, ce ne sont pas les précédents Lincoln, Roosevelt, Kennedy, Reagan.
Ce n’est pas le soulagement de voir un homme ayant échappé, à quelques millimètres près, à la mort promise par un terroriste américain.

C’est l’image d’une roulette russe.

C’est la folie d’un monde, décidément out of joint, dont le destin s’est joué dans le viseur d’un assassin aux motivations encore indéterminées (politiques ? troubles mentaux ? manipulation ?) mais dont le coup de feu a peut-être « aboli le hasard » de l’élection la plus importante du monde.

Les programmes ? La place des États-Unis dans le concert des nations ? L’état de santé des candidats ? Non. Un instant devenu Histoire. L’esprit du monde passé sous une fenêtre de Pennsylvanie par la grâce d’un événement insensé et exorbitant. Une seconde avant, Trump était, pour beaucoup, le nom du pire en Amérique. Une seconde après, il est, pour tous, un miraculé – et, pour ses partisans, un trompe-la-mort ; un mort-parrain comme on disait, au Moyen Âge, de ceux qui en sont revenus, ont passé l’épreuve et triomphé de l’ordalie ; un ressuscité nietzschéen, cuirassé d’invincibilité, quasi sacré ; un vainqueur.

Vertige et effroi : quelques jours après le 4 juillet et la fête nationale américaine, quelques heures avant le 14 juillet et la fête nationale française, l’image de cette oreille ensanglantée, vouée à se dilater sur les réseaux et dans les cœurs, a liquidé le débat et, peut-être, plié l’élection.

Il faut dire que le candidat Trump ne s’est, à cette seconde, pas mal conduit.
Le geste, d’abord, de se toucher l’oreille, donc de vérifier si l’on est vivant, comme font toujours ceux qui viennent de frôler la mort.

Puis le mouvement souple, presque félin, du golfeur ou, mieux, du pilier de saloon qui, dans les westerns, quand la fusillade commence, fléchit les genoux, se baisse et disparaît derrière le bar.

Et encore, alors que les cerbères du Secret Service le ceinturent et tentent de le mettre à l’abri, la vigueur stupéfiante de ce poing levé, geste de colère et de défi, qui tape dans le mille des archétypes de la mémoire américaine.

On a trop vite glosé sur la violence de ce poing levé.

C’est le geste du cow-boy qui tient sous les ruades de la vache en colère.
C’est celui de l’athlète noir américain Tommie Smith aux Jeux olympiques de 1968, à Mexico.

C’est celui, immémorial, et pardon si je choque, de la statue de la Liberté qui, même si elle tient dans l’autre main la Constitution, a, elle aussi, le poing levé.

On pourra se lamenter de l’état d’une démocratie gagnée, comme la République romaine après l’effondrement de son Sénat, par la logique d’un plébiscite où l’on ne sait plus parler qu’en faisant signe, tache, image et incident.

On pourra – il faudra – s’horrifier de ce peuple de spectateurs guettant le moment de virilité suprême de leur champion, le voyant dégoutter de son sang à défaut de celui des autres et l’acclamant, dans un cliquetis d’armes, tels des légionnaires tardifs, au terme d’une élection bronca, pétarade, surprise, où il suffit de prouver, d’un signe, que l’on a fait sien le numen, la puissance active, de l’empire.

J’ai assez souvent brocardé cet homme, je l’ai assez traité en père Ubu, en clown, pour être fair-play et admettre qu’il est, par ce geste, et ce cran, entré dans la légende.
Mais, aussitôt, me revient ce que je sais de Trump.

Car cet homme, à l’allure de soudard promu, est aussi l’homme de Poutine.

C’est le président qui, s’il gagne, pourrait dire non au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et à ses demandes d’armes américaines.

C’est l’homme qui a trahi les Kurdes et ce qui restait des démocrates syriens.

C’est celui qui a programmé, même si c’est son successeur qui l’a mis en œuvre, l’abandon de l’Afghanistan.

C’est celui qui menace de ne plus protéger l’Europe si elle persiste à ne pas payer son dû au budget de l’Otan.

Je songe à sa vulgarité, son cynisme, sa violence contre les migrants, ses poses de matamore au vocabulaire minimal, aux insultes mécaniques et aux biceps de comédie.

Je me souviens que la grandeur de l’Amérique a toujours signifié, à ses yeux, repli sur un pré carré de deals dont il se veut l’expert et qui le rachèteront de ses forfaitures.

Je me souviens de la marche sur le Capitole et de son indulgence, en 2017, envers les fascistes de Charlottesville.

Et je me dis que, si les fumées du barillet de Butler, Pennsylvanie, ont réellement fait mentir le doux Mallarmé et aboli la contingence du bon débat démocratique auquel se préparaient les États-Unis, si elles ont, en arrêtant la roue de l’Histoire, blanchi Trump de ses mensonges, de ses méfaits ou, pour parler comme Philip Roth, de ses complots contre l’Amérique, alors son élection sera une très mauvaise nouvelle pour l’Amérique et pour le monde.

Le Point

A propos de Bernard-Henri Lévy

Normalien, agrégé de philosophie, écrivain, fondateur et directeur de La Règle du Jeu, éditorialiste au Point, au Corriere della Sera, au El Pais, ainsi qu’à d’autres publications (New York Times, Huffington Post, Daily Beast, Haaretz, Aftenposten, Espressen de Stockolm, New Republic) où il analyse, chaque semaine, l’actualité politique, artistique et culturelle. Bernard-Henri Lévy, ou BHL, a obtenu le prix Médicis pour Le Diable en tête et le prix Interallié pour son roman Les Derniers Jours de Charles Baudelaire.

Bernard-Henri Lévy a réalisé 4 films documentaires dont 3 rejoindront la
sélection officielle du Festival de Cannes : Bosna ! (1994), puis Le Serment de Tobrouk (2012) et enfin Peshmerga (2016). La Bataille de Mossoul (2017), réalisé pour la chaîne Arte, a été sélectionné dans plusieurs grands festivals à travers le monde depuis sa première diffusion le 4 mars 2017.

Livres publiés

• La Barbarie à visage humain
• L’Idéologie française
• Le Siècle de Sartre
• Qui a tué Daniel Pearl ?
• L’Esprit du judaïsme


GIF Trump - La soif de revanche

• Au lendemain de la tentative d’assassinat contre Donald Trump , la convention républicaine à Milwaukee (Wisconsin), l’a désigné triomphalement comme son représentant pour la candidature à la présidence des Etats Unis.

Ses grands rivaux aux primaires républicaines, notamment l’ancienne ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley et le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, se sont ralliés à lui.
Malgré le portrait vidéo accablant ci-dessus, un boulevard s’offre pour Trump !


Donald Trump au 2e jour de la convention républicaine de Milwaukee, le 16 juillet 2024./ afp.com/ANGELA WEISS

Son accueil était à la hauteur de la frayeur ressentie par ses partisans deux jours plus tôt lorsqu’il est passé à quelques centimètres de la mort. Arrivé en fanfare, pansement sur l’oreille, à la convention républicaine à Milwaukee lundi soir, c’est un Donald Trump combatif et le poing levé qui a été accueilli sous les longues acclamations du public. Le même geste que celui exécuté samedi, le visage ensanglanté, quelques secondes après avoir échappé à une tentative d’assassinat lors de son meeting à Butler en Pennsylvanie, et dont l’image, aussitôt passée à la postérité, a fait le tour du monde.

En dépit de l’onde de choc provoquée par cette attaque inqualifiable, ce symbole, trop beau pour ne pas être exploité, a très vite été mis à profit par les partisans du milliardaire pour alimenter une campagne construite depuis des mois sur le thème de la victimisation et de la persécution politique de Trump. "Ils ont essayé de le mettre en faillite. Ils ont essayé de le calomnier. Ils ont essayé de l’emprisonner. Maintenant, ils ont essayé de le tuer, mais si Dieu le protège, ils n’y parviendront jamais", a psalmodié, sans préciser davantage à qui ce "ils" faisait référence, son ancien secrétaire au Logement, Ben Carson, sur X, moins de deux heures après l’attaque.

lexpress.fr