4 5

  Sur et autour de Sollers
vous etes ici : Accueil » SUR DES OEUVRES DE TIERS » Pendant ce temps à Téhéran…
  • > SUR DES OEUVRES DE TIERS
Pendant ce temps à Téhéran…

suivi de « Khomeiny, Sade et moi » par Abnousse Shalmani

D 14 novembre 2024     A par Viktor Kirtov - C 3 messages Version imprimable de cet article * Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Arrestation d’une étudiante sans voile et dévêtue en Iran : ce que l’on sait

Une étudiante iranienne a été arrêtée samedi 2 novembre 2024 à l’université Azad de Téhéran. Interpellée pour un voile mal porté par les forces de sécurité, Ahou Daryaei, 30 ans, s’est ensuite déshabillée en signe de protestation. Dans des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, elle est vue en train de marcher lentement devant l’université en culotte et soutien-gorge, avant d’être brutalement embarquée en voiture par des hommes en civil.

Elle est là, ses cheveux longs détachés, en sous-vêtements devant la prestigieuse université islamique Azad de Téhéran, en Iran. Cette étudiante a été interpellée après avoir manifesté contre le harcèlement des forces de sécurité de l’établissement. Elle aurait été conduite par "les services de renseignement des Gardiens de la révolution dans l’hôpital psychiatrique "Iran", dans l’ouest de Téhéran, selon le groupe Telegram ’Newsletter Amir Kabir’", selon le journaliste franco-iranien Armin Arefi.

Plus tôt dans la journée, le ministre iranien des Sciences, de la Recherche et des Technologies, Hossein Simaei, avait qualifié d’« immoral » le comportement de la jeune femme, sans donner d’indication sur son sort.

Une protestation contre le harcèlement de miliciens

Cette étudiante à la prestigieuse université Azad de Téhéran a été arrêtée samedi après s’être mise en sous-vêtements, pour, selon les groupes d’activistes ayant révélé l’affaire, protester contre le harcèlement des agents de sécurité qui lui reprochaient de ne pas respecter le strict code vestimentaire islamique.

Une étudiante « saine d’esprit » et « courageuse »

L’ONG Amnesty International avait fait état mardi soir sur X « d’informations alarmantes » sur un transfert de l’étudiante en hôpital psychiatrique et rappelé que « les autorités iraniennes assimilent le rejet du voile obligatoire à un trouble mental nécessitant un traitement  ».

L’étudiante, mère de deux enfants et séparée de son mari, « une fois rétablie, reprendra ses études au sein de l’université » si l’établissement l’accepte. Réfutant tout trouble mental, la militante basée aux États-Unis Masih Alinejad a décrit sur X une étudiante « non seulement saine d’esprit, mais aussi une femme courageuse et remplie de joie et de vitalité », citant des sources la connaissant.

Depuis la révélation de l’affaire, la jeune femme a été érigée en nouveau symbole du combat des femmes en Iran. Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a assuré que Paris « suivait attentivement » son cas.

La loi islamique en Iran impose un code vestimentaire très strict aux femmes, sommées de porter le foulard et des vêtements amples dissimulant leurs formes. Les Iraniennes sont à l’origine de manifestations inédites dans le pays après la mort de la jeune Kurde Mahsa Amini en septembre 2022, arrêtée pour ne pas avoir respecté ce code. Le mouvement « Femme Vie Liberté » a été massivement réprimé, avec au moins 551 morts et des milliers de personnes arrêtées, selon des ONG.

Qu’est-il arrivé à l’étudiante ?

Selon des activistes, elle était harcelée par des membres de la milice Basidj, appartenant aux Gardiens de la révolution. Selon The Telegraph, elle a également été agressée physiquement par les agents de sécurité du campus, lui reprochant de ne pas porter de foulard. Des témoins affirment que ses vêtements ayant été déchirés, elle a décidé de les retirer complètement, en signe de protestation, et de déambuler en sous-vêtements à l’extérieur et à l’intérieur du campus.

Selon l’agence iranienne Fars, qui a fait état de l’incident et publié une photo floutée de l’étudiante, la jeune femme portait des vêtements « inappropriés » en classe et s’est « dévêtue » après avoir été mise en garde par les agents de sécurité.

Quelques minutes après s’être dévêtue, l’étudiante a été maîtrisée par une dizaine d’agents de sécurité, qui l’ont amené de force dans un véhicule, selon des témoins présents et les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Selon des médias étudiants, la jeune femme a été victime d’un traumatisme crânien après avoir été plaquée violemment contre un véhicule. Plusieurs témoins ont signalé des traces de sang sur les lieux de son arrestation. « Les allégations de coups et de violence sexuelle à son encontre pendant son arrestation doivent faire l’objet d’une enquête indépendante et impartiale », a réclamé Amnesty Iran, branche d’Amnesty international, qui réclame sa libération « immédiate et sans condition ».

D’après la « Newsletter Amir Kabir », citée par Armin Arefi, la jeune femme a été conduite samedi par les services de renseignement des Gardiens de la révolution dans l’hôpital psychiatrique « Iran », dans l’ouest de Téhéran.

D’après Le Parisien


© Marianne

« Khomeiny, Sade et moi » par Abnousse Shalmani

JPEG - 35 ko

En même temps que cette étudiante iranienne se dévêtait devant son université de Téhéran, il se trouve que, par hasard, je lisais le livre de Abnousse Shalmani, « Khomeiny, Sade et moi », qui résonnait comme un écho à cette actualité. Ecrivaine et chroniqueuse à LCI (en rousse alors qu’elle est brune sur la couverture du livre, et ainsi plus typiquement iranienne, mais le regard de feu, inchangé), émigrée d’Iran à l’âge de huit ans, ayant expérimenté le régime de l’Ayatollah Khomeiny et qui écrivait ceci dès les premières pages :

Téhéran, 1983

Si la petite fille que j’étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l’enceinte de son école, ce n’était pas à cause des fortes chaleurs. C’était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l’école. C’était physique.

Je ne veux pas porter ce truc ! En plus c’est moche.
Non ! Et avec la logique propre aux enfants : si c’est comme ça, tu vas voir ce que tu vas voir ! Je vais me venger ! Je vais le porter ce foulard gris qui serre trop mais tu vas voir. Et beaucoup ont vu. Mon cul.

Je ne veux pas porter le voile. Mais je dois le mettre pour aller à l’école, parfois pour sortir dans la rue, faire les magasins, voir des amis. Je le fais. Mais dès que sonne la fin de journée, je l’enlève. Et pas seulement le foulard-cagoule gris. La robe réglementaire et le pantalon tout aussi réglementaire et tout aussi gris. Je me cache dans la cage d’escalier ou je me réfugie dans les toilettes, juste avant que mes camarades ne se dirigent vers la sortie. J’enlève tout ou parfois je garde ma culotte, au gré de mon humeur. Puis, j’enroule l’ensemble dans mon cartable et je pars en sprintant vers la grande porte de sortie, en évitant les corbeaux qui se lancent à l’assaut de mon cul nu. Je compte les Points : un corbeau évité un demi-point, deux corbeaux évités un point, un corbeau qui glisse sur les pans de son tchador deux points, etc. Je gagne à tous les coups : elles ne savent pas courir sous tchador. Je finis dans la voiture qui m’attend avec le chauffeur qui est aussi le jardinier - de la grande maison de Téhéran où vivent ma grand-tante et mon grand-oncle avec mes deux plus jeunes tantes. […]

Pourquoi prenais-je tant de plaisir à recommencer mon exhibition ? Avant tout, c’était joyeux. C’est toujours amusant pour une enfant de six ans de faire courir des adultes. Ces adultes-là encore plus que les autres. Engoncées dans leurs tchadors noirs, les femmes-corbeaux se lançaient à ma poursuite. L’hystérie que provoque la nudité d’une enfant est surprenante. Je m’amusais, j’amusais mes camarades, je faisais enrager les corbeaux, j’inquiétais ma famille. J’étais devenue le centre d’attention de tant de gens, j’étais devenue une héroïne auprès de mes camarades, même les plus âgés. Et personne d’important, ni mon père, ni ma mère, ni mes tantes et oncle ne m’ont jamais punie pour cela. Ils se demandaient certainement si je n’étais pas un peu débile de recommencer après chaque exclusion de l’école et de rendre ma mère et le chauffeur-jardinier malades des nerfs. Mais après avoir assisté à une de mes courses-poursuites improbables, ils riaient plus qu’ils ne s’inquiétaient de ma santé mentale. Tant que les femmes-corbeaux poursuivaient leur travail, peignant ma ville et mon enfance de noir, je poursuivrais ma mise à nu.

Mais je n’étais pas la seule à jouer à ce jeu-là. La nudité était ce qui occupait tout le monde, juste avant et après la Révolution des mollahs. J’entends encore les questions, les doutes et les pressions autour de telle jupe qui découvrait trop les chevilles ou telle che¬mise qui était trop décolletée pour dîner chez Untel. L’inspection du corps avant de sortir était un rituel indispensable. « Tu es complètement folle ! Tu ne peux pas sortir comme ça ! » était la phrase de rigueur avant d’affronter l’extérieur. Car la police des mœurs et ses gardiens de la Révolution veillaient au grain, à chaque coin de rue. Ils regardaient passer les hommes et les femmes en les observant avec une attention malsaine, un voyeurisme assumé, un « reluquage » dans les règles de l’art, traquant le moindre bout de peau échappé à la vigilance familiale. Le regard des barbus et des corbeaux n’est pas pudique. Eux qui prônent la disparition du corps et insultent ceux qui osent lever les yeux, promènent leurs regards perçants sur une foule apeurée, les déshabillant au nom de la loi.

Je ne comprenais pas comment je pouvais être la seule à me mettre nue. Et assister chaque jour au rituel de mise sous voile de ma mère et de mes tantes me révoltait : elles se couvraient docilement avant de sortir

- même si, chaque fois, comme une incantation, elles insultaient Khomeiny et tous les barbus du monde. Mais l’enfance veut des héros. Et c’est peu dire que les barbus n’étaient pas des héros pour moi. Ma mère et mes tantes n’avaient même pas essayé d’enlever, de déchirer, de piétiner le voile, comme moi, quand on m’avait fait essayer mon premier foulard. Leur manque de révolte me révoltait. […]

Et les hommes ? Comment se défendaient-ils ?

Rien du tout ! Ils étaient tous pareils. Ils n’osaient pas davantage montrer leurs bras ou leurs mollets. Et rares étaient ceux qui ne portaient ni moustache ni barbe. Si des femmes ont osé les foulards colorés, et des hommes la cravate, si des femmes ont - quand même-maquillé leurs lèvres ou des hommes tenté une chemise hawaïenne à fleurs, ils ont vite été rappelés à l’ordre par un passage dans le commissariat du coin ou dans une échoppe - hier salon de thé ou salon de jeu - deve¬nue un bureau de réglementation des mœurs. Là, ils se voyaient infliger la morale à force de cris et d’insultes. Voire plus. Mais dans ces cas-là, vous étiez bon pour la cellule. La vraie, dans une vraie prison. À en croire les barbus et les corbeaux, un avant-bras ou des mains manucurées n’étaient rien de moins qu’un déni de Dieu et une trahison à l’encontre de l’ayatollah Khomeiny -toujours lui. Mon cul nu était donc l’insulte suprême, la révolte absolue. Aujourd’hui, si j’ai compris le mécanisme de la peur ultra-contagieuse, je ne le digère pas. La facilité avec laquelle tout le monde s’est mis à ressembler à tout le monde demeure une inconnue anxiogène. Et si tous s’étaient mis à poil comme moi ? Et si d’un coup, tous les passants au hasard des rues de Téhéran s’étaient mis à retirer leurs vêtements ? Khomeiny aurait-il envoyé l’armée tirer sur une foule à poil ? Peut-être que la Révolution n’aurait pas duré un jour de plus.

Les gardiens de la Révolution étaient les seigneurs de la rue et il m’était impossible de m’y dévêtir. Ils étaient autrement plus coriaces que les corbeaux de la cour d’école. Ils étaient incontrôlables, persuadés de leur bon droit, victorieux. Non seulement j’étais toujours accompagnée, mais le voile n’était pas obligatoire dans la rue pour les fillettes de moins de huit ans. Tout dépendait du quartier où il fallait se rendre. Dans le bazar ou dans les quartiers administratifs, ma mère me couvrait toujours la tête, alors qu’on pouvait laisser mes cheveux visibles dans les quartiers bourgeois du nord de Téhéran. Tout le monde était obsédé par le corps ou plutôt par l’absence de corps. Téhéran n’était plus peuplé que de visages. (pp. 11-15)

*

En avant-propos du livre, ce texte :

« Je désirerais qu’on fût libre de se rire ou de se moquer de tous ; que des hommes, réunis dans un temple quelconque pour invoquer l’Éternel à leur guise, fussent vus comme des comédiens sur un théâtre, au jeu desquels il est permis à chacun d’aller rire. Si vous ne voyez pas les religions sous ce rapport, elles reprendront le sérieux qui les rend importantes (...).

Je ne saurais donc trop le répéter : plus de dieux, Français, plus de dieux, si vous ne voulez pas que leur funeste empire vous replonge bientôt dans toutes les horreurs du despotisme ; mais ce n’est qu’en vous en moquant que vous les détruirez ; tous les dangers qu’ils traînent à leur suite renaîtront aussitôt en foule si vous y mettez de l’humeur ou de l’importance. Ne renversez point leurs idoles en colère : pulvérisez-les en jouant, et l’opinion tombera d’elle-même. »

Donatien Alphonse François de SADE, « Français, encore un effort
si vous voulez être républicains », in La Philosophie dans le boudoir

En 1979, le retour de l’ayatollah Khomeiny à Téhéran mettait en branle un bouleversement géopolitique aux répercussions encore aujourd’hui

Le 1er février 1979, après 15 ans d’exil, l’ayatollah Khomeyni rentre à Téhéran. Près de 4 millions d’Iraniens l’attendent à sa sortie d’avion. La foule est en liesse. C’est une journée historique, pour l’Iran, mais aussi pour le monde musulman, qui voit l’avènement de l’islamisme comme nouvelle force politique majeure. Pour bien comprendre l’importance de cette journée, il convient de revenir quelques jours en arrière, au moment où se joue la succession du pouvoir du Shah d’Iran.
Si l’ayatollah Khomeyni est acclamé par cette immense foule, c’est que le pays rejette le pouvoir de son roi, le Shah, sur le trône depuis la Seconde guerre mondiale et soutenu historiquement par les Occidentaux.

Les excès de sa police politique, la redoutée Savak, son dédain pour les droits de l’homme, la fragilisation économique d’un pan entier de la société, et son aveuglement face aux aspirations traditionalistes et religieuses d’un nombre important d’Iraniens amènent une contestation de plus en plus forte à son égard.

En 1978, les manifestations contre son régime sont réprimées dans le sang. Le Shah finit par perdre ses soutiens. Il doit partir.

Le 16 janvier 1979, son Premier ministre et ancien opposant Shapour Bakhtiar lui conseille l’exil momentané, pour rétablir l’ordre dans les rues. Mais tout le monde en Iran a compris que c’est un départ définitif.

Cependant, malgré le départ du Shah, le régime reste en place, l’Iran est toujours gouverné par son Premier ministre Shapour Bakhtiar qui entend garder le pouvoir pour éviter que l’Iran ne tombe aux mains des religieux et des communistes, les deux grandes forces d’opposition au pouvoir.
Face à lui, un homme, qui symbolise de plus en plus la révolution iranienne en cours depuis 1978 : l’ayatollah Khomeyni. Exilé en 1964 en Turquie puis en Irak, il s’installe en 1978 dans la région parisienne, à Neauphle-le-Château.
C’est de cette petite localité francilienne qu’il continue à prêcher sa révolution : l’Iran doit se débarrasser du Shah et retourner aux fondements de l’Islam afin de couper l’assujettissement du pays à l’Occident. Sa parole est diffusée sur des cassettes, distribuées par milliers dans les villes iraniennes.
Le 16 janvier, réagissant au départ du Shah, l’ayatollah, depuis sa maison de Neauphle-le-Château, annonce son retour en Iran à une date indéterminée. Il annonce : « la vraie victoire, ce sera la fin de la domination étrangère sur le pays ».
Plus tôt dans la journée, il précisait que « le gouvernement Bakhtiar est illégal, de même que le Conseil de régence installé par le Shah, seul reconnu est le gouvernement provisoire de la Révolution islamique qui va former un gouvernement provoisoire ».
[…]

Le 9 février, des combats éclatent au sein des casernes, l’armée est, elle-aussi, comme l’ensemble de la société, partagée. Le soutien au gouvernement loyaliste s’affaiblit considérablement. Le couvre-feu n’est alors plus respecté et de nouveaux combats de rue éclatent à Téhéran dans la nuit du 10 février.
Tout se joue le 11 février, lorsque l’armée annonce qu’elle restera neutre, et qu’elle ne réprimera donc pas les partisans de Khomeyni. Le soir, la révolution islamique prend définitivement le pouvoir à Téhéran.

Thierry de Scitivaux, envoyé spécial à Téhéran, rend compte de ce moment historique qui voit les radios et télévisions passer dans le camp révolutionnaire, l’ayatollah Khomeyni définitivement devenir maître de l’Iran. Cette date marque la fin de la Perse impériale.

INA, le 13.01.2020


GIF 2022. Mort de Mahsa Amini. Son crime : « port non conforme de voile »

l y a deux ans, Mahsa Amini, une jeune étudiante de 22 ans, avait été arrêtée en Iran pour ne pas avoir porté son voile selon les prescriptions des mollahs. Sa mort, trois jours plus tard, a provoqué une vague d’indignation et de manifestations au cri de « Femme, vie, liberté ! ». Une protestation et une aspiration à plus de liberté réprimées dans le sang par le régime iranien.

13 septembre 2022 : l’arrestation

Alors qu’elle se promène dans les rues de Téhéran, Mahsa Amini, 22 ans, est arrêtée le 13 septembre par la police des mœurs pour « port lâche » de son hidjab, obligatoire en République islamique d’Iran. Le 16 septembre, elle décède à l’hôpital après êt Le lendemain, ses funérailles, dans son Kurdistan natal, rassemblent des centaines de personnes et se muent en contestation politique. Les manifestations se multiplient les jours suivants, dans le Kurdistan iranien mais aussi au cœur de la capitale Téhéran, où des Iraniennes se défont de leur voile et scandent « Femme, vie, liberté ! ».re tombée dans le coma pendant sa garde à vue. Plusieurs témoins accusent la police d’avoir battu violemment la jeune femme

21 septembre : #mahsaamini rassemble les Iraniennes

Les vidéos d’Iraniennes coupant leur queue-de-cheval et brûlant leur hidjab inondent les réseaux sociaux. Les jeunes femmes partagent leur colère sous le hastag #mahsaamini. Face à la contestation qui gagne tout le pays, le régime décide, le 21 septembre, de couper Internet, empêchant l’accès à WhatsApp et Instagram.
Dans les rues, les manifestants réclament l’abolition du port du voile obligatoire et des discriminations envers les femmes. Les milices des bassidjis et l’armée tirent à balles réelles sur la foule. L’ONG d’opposition Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, fait état d’au moins 31 civils tués par les forces de sécurité.

30 septembre : vendredi noir

À Zahedan, capitale de la province du Sistan-et-Baloutchistan à majorité sunnite et baloutche, les militaires ouvrent le feu sur des manifestants à la sortie de la prière du vendredi 30 septembre. Plus de 80 personnes, dont des passants, femmes et enfants, sont tués. C’est le « vendredi noir » de cette révolte, en référence au triste bilan de la répression des manifestations de 1978 contre le chah d’Iran

26 octobre : le rituel du 40e jour

Début octobre, les autorités publient un rapport selon lequel la mort de Mahsa Amini est liée à une maladie du cerveau et n’a pas été causée par des coups.
À la fin de la période du deuil dans la tradition chiite, au 40e jour de la mort de Masha Amini, des dizaines de milliers de protestataires se rassemblent. Plus que l’abolition du port du voile obligatoire, ils dénoncent le régime des mollahs.

8 décembre : le début des exécutions

La première exécution dans le cadre de la répression intervient le 8 décembre 2022. Mohsen Shekari, jeune homme de 23 ans, est pendu après avoir été accusé d’avoir blessé un milicien,
Quatre personnes sont pendues en décembre et janvier, dont trois en public. Ce n’est que le début de la répression. Voir ci-après :

Femme, vie, liberté - Une révolution iranienne | ARTE

Rediffusion disponible jusqu’au 31/01/2025 Un an après l’assassinat qui a embrasé l’Iran, ce documentaire relate, à l’aide d’images tournées clandestinement et de témoignages, une insurrection féministe et populaire à l’immense impact.
"Lorsque j’ai appris le meurtre de Mahsa, ma première réaction a été la rage", témoigne Narges Mohammadi, qui a suivi les événements de la prison d’Evin où elle est détenue. Dans une missive bouleversante, lue par l’actrice iranienne exilée Golshifteh Farahani (qui témoigne dans le film), cette militante des droits de l’homme, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2023, évoque aussi son combat pacifique contre un "régime religieux, misogyne et tyrannique" et ses dures conditions de détention.
Le 16 septembre 2022, à Téhéran, le meurtre par la police de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour "port du voile non conforme à la loi", déclenche une insurrection sans précédent. En quelques heures, un mouvement spontané se forme autour du cri de ralliement : “Femme, vie, liberté”. Pour la première fois, des femmes, rejointes par des hommes et des étudiants, en sont à l’initiative : elles descendent en masse dans la rue et retirent leur voile, symbole honni de la République islamique. La population iranienne, toutes régions et catégories sociales confondues, se soulève. Les réseaux sociaux s’enflamment. La diaspora (de 5 millions à 8 millions d’Iraniens) prend le relais et le monde entier découvre l’ampleur de cette mobilisation : se pourrait-il, cette fois-ci, que le régime théocratique soit renversé ?

À cette révolte les mollahs répliquent de manière féroce, emprisonnant des dizaines de milliers de personnes et causant plus de 400 morts.

Mais la peur suscitée par cette répression s’accompagne désormais d’une rage tenace et d’une propension grandissante à la désobéissance civile. Les exécutions publiques, le gazage des écoles de filles sanctionnant l’activisme des élèves, les tirs dans la foule et les arrestations n’entravent plus la détermination du peuple iranien. La contestation perdure, et des dissensions surgissent chez les Gardiens de la révolution, le rempart du régime. Ce film retrace ce soulèvement de l’intérieur en puisant dans l’avalanche de vidéos publiées sur les réseaux sociaux durant les émeutes et dans les images tournées clandestinement et courageusement sur place par une équipe iranienne. Tout en préservant leur anonymat, il recueille les témoignages de manifestants et d’activistes, éclairage complété par celui d’opposants au régime en exil. Il rappelle l’extrême pauvreté du pays et les fondations fragiles d’un pouvoir verrouillé, miné par la corruption et l’autoritarisme : le guide suprême Ali Khamenei, ce "dictateur" dont la jeunesse en colère a déchiré maints portraits, contrôle justice, élections et médias, tandis que des gangs mafieux font tourner l’économie. Dans le feu des témoignages et des images, parfois d’une grande violence, documentant cette révolte historique, au fil de cette immersion instructive et poignante, une question demeure : quel épisode décisif mettra fin à la dictature ?

Documentaire de Mohamad Hosseini et Claire Billet (France, 2023, 52mn)

Et pendant ce temps là, en Afghanistan…

Application ultra-rigoriste de la charia


Afghanistan © Ebrahim Noroozi/AP/SIPA

Depuis la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en 2021, le droit des femmes n’a cessé de se réduire.

Actuellement, les Afghanes ne peuvent plus étudier au-delà du primaire, aller dans les parcs, les salles de sports, les salons de beauté, ni quasiment sortir de chez elles sans chaperon.
Une récente loi leur interdit de chanter ou de déclamer de la poésie, en vertu, comme les autres directives, d’une application ultra-rigoriste de la loi islamique. Elle les incite aussi à "voiler" leur voix et leurs corps hors de chez elles.

Rukhsana Media, un site d’information afghan en exil composé de femmes journalistes, a également indiqué que les talibans avaient publié, en août, de nouvelles lois qui obligent les femmes à se voiler complètement le corps et le visage avec des vêtements épais, pour éviter d’entraîner les hommes dans la tentation et le vice. Elles ne pouvaient plus être entendues en public, donc interdites de chanter ou lire à voix haute, même depuis leur domicile.
Certaines radios et télévisions locales ont également cessé de diffuser des voix féminines. Le gouvernement taliban assure, lui, que la loi islamique "garantit" les droits des Afghans et des Afghanes.

L’ONU accuse les talibans d’avoir instauré un "apartheid de genre" depuis leur retour au pouvoir en 2021, en chassant progressivement les femmes de l’espace public.

D’après : laliberte.ch

oOo

Portfolio

3 Messages

  • Viktor Kirtov | 30 novembre 2024 - 17:56 1

    Peut-on parler de « sainte colère » quand il est question de laïcité ? Née en Iran, l’écrivaine et journaliste Abnousse Shalmani, entrée en littérature en 2o14 avec le fracassant Khomeiny, Sade et moi (Grasset), flambe de rage. « Nous, les laïcs, universalistes, huma¬nistes sommes accusés de défendre la liberté et la laïcité, nous sommes accusés de ne pas respecter les minorités, de ne pas être tolérants, d’être de vieux cons », tempête-t elle dans ce Laïcité, j’écris ton nom, qui revendique le droit de contester l’identitarisme et l’islamisme sans être taxée d’intolérance ou d’appel à la haine, de manière à protéger notre idéal républicain et à être à la hauteur des combats de ceux et celles qui élèvent leur voix au cour des dictatures. C’est tranchant, et salutaire.

    (Editions de l’Observatoire, 80p., 10€)

    É.L.
    Le Point, 28 nov. 2024

    JPEG - 61.6 ko
    le livre sur amazon.fr
    oOo


  • Viktor Kirtov | 22 novembre 2024 - 18:50 2

    Outre Khomeiny, Sade et moi », Abnousse Shalmani a aussi publié "J’ai péché, péché dans le plaisir", Grasset (10 janvier 2024), un troisième roman marqué par ses origines et son expérience iraniennes, pour lequel elle a déjà reçu cette année le Prix Simone Veil et Femmes de Lettres.

    La journaliste et écrivaine Abnousse Shalmani a remporté, lundi 18 novembre, le prix Gisèle Halimi 2024 pour son roman J’ai péché, péché dans le plaisir. Un prix littéraire qui récompense un ouvrage célébrant la force et le courage des femmes, ainsi que leur lutte pour la liberté.


    Photo Jean-Louis Bertini
    oOo


  • Viktor Kirtov | 18 novembre 2024 - 17:14 3

    Trouvé sur la page FB de Sylvie Dallet, ce poème de RAYMOND FARINA (*) (poète et traducteur), publié par son épouse Marie Paule Farina :

    RAYMOND FARINA
    DÉVOILEMENT

    Aux femmes d’Iran
    et du Turkestan

    L’heure est venue d’abandonner
    votre vêtement d’indigo,
    de laisser aux morts leur suaire,
    aux papillons leur chrysalide,
    de révéler le vrai visage
    de ceux qui ont caché le vôtre
    comme ils cachent la vérité.

    Que votre décision d’acier,
    inspirée par votre tendresse,
    devienne enfin celle d’un peuple
    las des dogmes et des décrets
    et qu’en enflammant la phalène
    le feu brûle avec votre voile
    ce qui fait offense à la Vie,

    pour que redeviennent essentiels
    le souci du jasmin, de l’ambre,
    de la semence dans le vent,
    du pur symbole d’un ghazal
    sur une page du printemps
    que vos enfants sauront par cœur.

    Qu’on puisse voir sur vos visages
    la couleur de toutes vos joies
    et la couleur de vos colères,
    que soit visible la Beauté
    comme l’est au jardin d’Hafiz
    la rose que l’aube réveille.

    *

    (Extrait de "Jîna Bendan- Femme Vie Liberté" Recueil de poésies en soutien aux femmes du Turkestan et d’Iran coordonné par Nazand Begikhani et Nicole Barrière, Edition L’Harmattan)

    tableau de Hayv Kahraman (peintre irako-américaine d’origine kurde née en 1981)

    (*) Entretien de Sabine Dewulf avec Raymond Farina (2016). A aussi publié une biographie Raymond Farina, Bordeaux, Éditions des Vanneaux, coll. « Présence de la poésie », 2019.

    oOo