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Les quatrains du sage Omar Khayyâm

suivi d’Eloge de "La jouissance d’exister" dans Graal

D 21 mars 2022     A par Viktor Kirtov - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Alors que Philippe Sollers publie « Graal », une réflexion sur la vie, la mort et la résurrection, à la lumière de celle de Jésus décrite par Saint Jean dans les Evangiles, à la lumière de la foi, à contre-courant du déclin du catholicisme de l’époque, on peut lire, en contrepoint, quelques quatrains du poète persan Omar Khayyâm.

Epicurien et à contre courant des mouvements religieux de l’époque (Moyen âge) et d’aujourd’hui, comme Sollers, le poète persan célébrait les des plaisirs de la vie.

« Bois du vin... c’est lui la vie éternelle ». On comprend aisément le malaise, dans un Iran où même un panaché n’est pas au menu, d’assumer un héritage aussi provoquant, le scepticisme religieux de Khayyâm, la sensualité de ses poèmes et sa provocation à l’ébriété comme remède interpelle.
Commentaire d’un lecteur (Pourpier)

Voici une sélection de ces quatrains traduits du persan par E’tessam-Zadeh qui a été directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Téhéran. Cette traduction n’est pas récente, elle date de 1931, mais à l’avantage de restituer en français la rime qui prévaut dans les rhubayyat, ces quatrains persans, et lui avait valu, pour cette raison, une distinction de l’Académie française. Les titres sont à l’initiative de l’éditeur.

Les quatrains du sage Omar Khayyâm

LE QUATRAIN PERSAN

On appelle rubâï un genre particulier de quatrain persan dont les premier, deuxième et quatrième vers riment entre eux, tandis que le troisième est un vers blanc. Le rubâï est soumis à des règles précises qu’il faut observer à tout prix, sans quoi il n’y aurait plus de rubâï. Au final, un rubâï se pésente comme un petit poème complet qui doit exprimer une idée précise. En outre, il doit être clair, concis, très gracieux s’il traite un sujet galant, très profond s’il exprime une pensée philosophique. En un mot, le rubâï persan ressemble étrangement au sonnet français ; et les poètes persans qui ont produit de beaux rubâïyat, sont aussi rares que les poètes français ayant réussi de parfaits sonnets.
E’tessam-Zade

FAUX DÉVOT

Ne blâme pas l’ivrogne en invoquant ta Foi.

Ne te redonne pas cet air de faux émoi !

Tu ne bois point de vin et tu t’en glorifies,

Mais tes actes sont tels qu’ils me tueraient d’effroi.

AU SEUIL DE LA TAVERNE

Faites-moi dans du vin l’ablution dernière ;

Sur mon corps, en buvant, récitez la prière.

Venez donc, chers amis, au Jour du Jugement,

Au seuil de la taverne, y chercher ma poussière

ET L’ANSE QUE TU VOIS…

Comme moi, cette cruche un jour fut un amant,

Esclave des cheveux de quelque être charmant.

Et l’anse que tu vois à son col attachée

Fut un bras qui serrait un beau cou tendrement

QU’EST-CE DONC QUE CE MONDE ?

Qu’est-ce donc que ce Monde ? un séjour provisoire

Où sans cesse le jour succède à la nuit noire.

Cent rois comme Djemchid y vinrent tour à tour,

On y vit cent Bahram mourir en pleine gloire.

JOUR PERDU

Ah ! que je plains un cœur vide de sentiment

Qui n’a jamais souffert d’un amoureux tourment !

Ne vis pas un seul jour sans amour dans la vie :

Rien n’est aussi perdu que ce jour-là vraiment

NE PERDS PAS CET INSTANT

Tu ne sais aujourd’hui si tu verras demain.

Fou qui de l’avenir se préoccupe en vain !

Sois sage et ne perds pas cet instant de la vie

Car tu pourrais ne plus vivre l’instant prochain

JE SUIS UN PEU D’ARGILE

Je suis un peu d’argile ; or, l’artiste divin,

En me créant, savait ce que ferait ma main.

Ainsi pas un péché n’est commis sans ses ordres.

Mais alors pourquoi donc cet Enfer à la fin ?

CHERCHE-LES EN TOI-MÊME

Tablette, Enfer, Eden, mon esprit curieux

Les cherchait autrefois beaucoup plus haut qu’aux cieux.

Or, le Sage m’a dit : « La Tablette et le reste

Cherche-les en toi-même et non dans d’autres lieux.

(Comme le Graal de Sollers)

IL IMPORTE, AUJOURD’HUI…

Que la rosée est gaie au printemps sur la rose,

Quand l’Aimée, en mes bras, sur l’herbe se repose !

Ne parle pas d’Hier, car le passé n’est plus. Il importe,

Aujourd’hui, de n’être point morose.

LE VÉRITABLE EDEN

Un danseur et du vin ; une fille adorable ;

De l’herbe ; et d’un ruisseau la fraîcheur agréable ;

Les as-tu ? Ne crains plus ce pauvre Enfer éteint.

Tu possèdes l’Eden, et le seul véritable.

LA MORT, CETTE ÉNIGME…

Tout homme qui connaît la vie et son problème

Connaît aussi la mort, cette énigme suprême.

Etant avec toi-même encor, tu ne sais rien ;

Que sauras-tu demain, étant hors de toi-même ?

IMITE LA TULIPE

Imite la tulipe et prends la coupe en main,

Et tout près d’une fille aux lèvres de carmin,

Bois gaiment : le Ciel bleu, tournant comme une roue,

Va, dans un coup de vent, te renverser soudain

JAMAIS DEUX FOIS

Entré dans le jardin, un rossignol morose

Vit sourire la coupe et le bouton de rose.

Alors, à mon oreille il chuchote ces mots :

« Pas une vie en fleurs deux fois ne s’est éclose. »

PAREIL AU ROSSIGNOL

L’Amour, c’est le soleil de l’Immortalité,

C’est le pinson du bois de la Félicité !

Pareil au rossignol, geindre, est-ce aimer ?

Seul l’homme Qui sait mourir sans geindre aime en réalité.

LE VIEUX SAGE M’A DIT…

Le vieux sage m’a dit en songe : « Il faut jouir !

Pour qui dort, le bonheur ne peut s’épanouir.

Foin de cet acte avec la mort formant la paire !

Bois du vin ! Sous la terre un jour tu dois dormir. »

DÉCLARATION

Dans ce Monde qui n’est qu’un asile éphémère,

J’ai cherché bien longtemps, comme je l’ai pu faire.

Or, je dis que la lune a moins d’éclat que toi ;

Que le cyprès n’a pas ta taille droite, altière.

VOICI L’EDEN…

Le printemps, une amante au galbe gracieux ;

Une prairie ; un pot de vin délicieux ;

Voilà l’Eden. Je veux être – quoiqu’on en dise,–

Moins qu’un chien si je songe au paradis des Cieux !

NUL NE CONNAIT DIEU

Ma raison ne sait pas prouver l’Etre suprême.

Mais ma dévotion reste toujours extrême.

Comment puis-je savoir ton être exactement ?

O mon Dieu, nul ne peut le savoir que toi-même

LE PARADIS SERA VIDE

On jette au feu, dit-on, celui qui boit du vin.

C’est une invention de quelque esprit humain.

Car si l’on jette au feu l’amoureux et l’ivrogne,

Le Paradis sera vide comme ma main.

LA VÉRITÉ

La vérité semble être un pauvre arbre sans fruit.

Car pour la discerner nul n’est assez instruit.

Et chacun tend la main vers une branche faible.

Et l’homme reste ainsi dans l’éternelle Nuit.

JE VEUX UNE CITHARE…

J’ignore si Celui qui m’a fait si modeste

Me donnera l’Eden ou bien l’Eden funeste.

Je veux une cithare, une amante et du vin :

Cela, comptant, vaut mieux qu’un beau crédit céleste

LA LUNE ÉCLAIRERA NOS TOMBES…

La nuit a dans sa robe un trou de clair de lune.

Bois du vin : on n’a pas toujours cette fortune.

Sois heureux et jouis : après nous bien des fois,

La lune éclairera nos tombes une à une.

POURQUOI JE BOIS…

Si je bois, ce n’est point par simple paillardise ;

Ni par manque de foi, ni par vaine sottise.

Mais je voudrais trouver quelques instants d’oubli.

Et voilà donc pourquoi je bois tant et me grise.

NIHIL

Qu’emporterai-je ? Rien ! O vaine convoitise !

A quoi m’a donc servi de vivre ? Ah, qu’on le dise !

Je suis un feu ? – Le feu n’est plus dès qu’on l’éteint.

Ou la coupe de Djem ? Plus rien, quand on la brise

POURQUOI ?

Celui qui fit un jour et le Ciel et la Terre

Veut mettre à tout cœur d’homme un horrible cautère,

Ces lèvres de rubis, ces cheveux parfumés

Pourquoi les jette-t-il ainsi dans la poussière ?

VŒU

Quand l’arbre de ma vie, écroulé dans l’abîme,

Sera rongé, pourri, du pied jusqu’à la cime,

Lors, si de ma poussière on fait jamais un pot,

Qu’on l’emplisse de vin, afin qu’il se ranime !

JEUNESSE

Le livre des beaux jours, hélas ! finit trop vite.

Déjà le doux printemps d’allégresse nous quitte.

Cet oiseau de gaîté dont Jeunesse est le nom,

Je ne sais quand il vint, ni quand il prit la fuite.

SI TU VEUX ÊTRE HEUREUX…

Si tu veux être heureux, vis en bohémien,

Détaché, dans ce Monde, et du mal et du bien.

Jouis ! car, tel qu’il est, ce tournoiement céleste

Durera, quand de nous il ne restera rien.

AUCUN N’EST REVENU

Va, moque-toi des Cieux, pauvre cœur ingénu !

Bois ! Recherche une amante au corps frêle et menu.

A quoi te serviront les vœux et les prières ?

De ceux qui sont partis aucun n’est revenu.

LE BUT

Ils ont soixante-douze espèces d’évangiles ;

J’aime mieux ton amour que ces choses fragiles.

Que m’importent l’Islam, le culte et le péché ?

C’est Toi le but ; assez de détours inutiles.

SUR L’AGE DU MONDE

Puisque nous n’habitons ce Monde qu’en passant ;

La vie est, sans l’amour, un spectre grimaçant.

Naïf ! tu veux savoir de quand date ce Monde ?

Qu’importe, quand je pars, qu’il soit vieux ou récent !

OMAR KHAYYAM

Omar Khayyam n’est pas seulement poète et philosophe ; il est aussi astronome et mathématicien. Il étudie les mystères du Ciel, et pour un homme comme lui, comprendre l’infini, c’est déjà de l’extase. Il jongle avec les chiffres, et l’effroyable précision des mathématiques lui prouve combien sont vagues les théories inventées par les prêtres de toutes les religions. Mais il se délasse de ses études scientifiques en ciselant quelques-uns de ces purs joyaux que sont ses quatrains, et l’inspiration qu’il puise dans l’amour et dans le vin lui démontre clairement que jouir des bonnes choses que Dieu nous donne, c’est encore la meilleure manière de croire en Dieu.

Bien mieux, Khayyam n’est pas un soufi ordinaire. Il appartient à une branche curieuse de la secte soufie qu’on appelait « mélamétiyeh » (Les blâmés) et dont les adeptes mettaient une sorte d’obstination à se faire mal juger des ignorants. A cet effet, ils commettaient ouvertement tous les actes que le monde a l’habitude de considérer comme des péchés, parce qu’ils trouvaient une sorte de jouissance à se voir « blâmer » par ceux qu’ils méprisaient.

Omar Khayyam était bel et bien un vrai mystique comme le sont d’ailleurs tous les poètes persans. Même Hafiz, le plus pur lyrique de la Perse, a ses moments de mysticisme. Au demeurant, tous les Persans sont des mystiques. Nous sommes, nous autres Persans, contemplatifs par hérédité, pour ainsi dire mystiques de naissance. Nous ne savons si c’est un défaut aux yeux des Occidentaux, lesquels sont des gens pratiques ; mais le fait est là.

A. G. E’tessam-Zade


La jouissance d’exister par Sollers-l’Atlante dans Graal

Dans cet ouvrage, Sollers se voit en lointain descendant du peuple des Atlantes disparu avec l’Atlantide.

Une Atlante a pour seul plaisir de faire jouir un mâle en le caressant et en l’embrassant, elle jouit tout de suite après, avec un grand soupir de satisfaction. Cette pratique spéciale semble dater de milliers d’années, et on comprend qu’il s’agissait d’éviter un surcroît de population. Pas question de circoncision, et encore moins d’excision, on laisse les organes à leurs intuitions.
Au lieu de « péché originel », expression religieuse qui évoque aussitôt un dérapage sexuel, on devrait s’habituer à dire « virus originel », l’être humain en étant infecté d’emblée et n’arrêtant pas de se réinfecter lui-même. Vous ajoutez désormais l’islamisme radical, et vous obtenez un virus nouveau, le Coranovirus. Vous ouvrez le Coran, et vous savez ce qui vous attend comme mécréant.

Et aussi :

Le cri d’amour sonore, impossible à simuler, est donc un écho de la Parole Suprême. (sic)

Ou encore, en prolongement :

La Parole Suprême jouit de la parole en tant que parole, et nous voici brusquement chez saint Jean, sans parler de Heidegger, qui préfère l’expression « cheminement vers la parole », chemin qui ne mène nulle part, mais là où il faut, en pleine Forêt-Noire. Quant à la cure psy par la parole, vous serez toujours très surpris par ce que disent vraiment vos rêves. Je laisse de côté les mystiques de toutes les traditions, pour n’en garder qu’un, le plus proche de la Parole Suprême, l’obscur et lumineux Maître Eckhart.

Et encore, lorsque le jeune-Atlante Sollers fantasme quand il évoque sa tante :

Une telle éducation précoce fait du jeune Atlante doué un virtuose de la jouissance continue et inconclusive. Il devient l’instrument de lui-même, hyper-sensible aux voix, aux coups d’œil, à la peau du monde.

Sa tante est une déesse, et elle est là, assise dans son peignoir blanc. Elle lui demande de se rapprocher, elle le déculotte, elle l’aère. Jamais l’acacia qu’on voit par la fenêtre du fond de la pièce n’a été plus frais au soleil.

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2022 Graal jouissance Khayyam (Omar) poésie vin