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Hommage à Colbert

La dernière livraison de Lacan Quotidien

D 7 juin 2021     A par Albert Gauvin - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Alors que l’École de la Cause freudienne a lancé sa chaîne YouTube, Lacan Quotidien met les bouchées doubles. Plus de cent pages nous sont données à lire dans la livraison du n° 931 en date du 7 juin 2021. Compte tenu des polémiques récentes, souvent confuses, qui ont entouré de grandes figures de l’histoire de France, je reproduis ici le texte de François Regnault intitulé « Hommage à Colbert » [1].

HOMMAGE A COLBERT

Dialogue

François Regnault

– Savez-vous qu’ayant travaillé sur les Sorcières de Salem, qui furent pendues à Salem en 1692 (sauf celles qui en avaient dénoncé d’autres), et sur lesquelles Arthur Miller a écrit la pièce bien connue…

Celle où jouèrent à Paris Yves Montand et Simone Signoret…

– …reprise récemment par Emmanuel Demarcy-Mota au Théâtre de la Ville, je me suis demandé ce qu’il en était en Europe à la même époque où avaient eu lieu ces procès dans la Nouvelle-Angleterre.

On ne les brûlait plus, j’imagine.

– Détrompez-vous. Un simple coup d’œil dans Google vous le dira. Ce mouvement des procès de sorcellerie commence vers la fin du Moyen Âge (Première femme brûlée à Paris en 1390) : « Cette première vague dure environ jusqu’en 1520. Puis une nouvelle vague apparaît de 1560 à 1650. Les tribunaux des régions catholiques mais surtout des régions protestantes envoient les sorcières au bûcher. »

Ah ! pour la France, je n’aurais pas cru.

– Rappelez-vous la Voisin brûlée en 1680 dans l’Affaire des Poisons. Mais savez-vous aussi qu’en France, cette vague fut arrêtée ?

J’espère bien.

– Savez-vous par qui ?

Les protestations populaires.

– Vous rêvez ! Je vous renvoie à Google : « C’est donc en juillet 1682, et grâce aux efforts de Colbert, que sera mis officiellement un terme aux procès de sorcellerie. On ne parle plus de sorcellerie, mais de “prétendue magie”, et on insiste sur les “détestables abominations” par lesquelles des “personnes ignorantes ou crédules” sont abusées ».

Non !

– En somme, vous supposez qu’en France, on ne les brûlait plus guère, sauf la Voisin, mais si je vous avais révélé qu’on les avait encore brûlées jusqu’à la fin du siècle, vous auriez supposé que Colbert y eût été favorable ?

Oh ! le connaissant, bien sûr !

– Mais puisque je vous dis que c’est ce royal ministre qui s’y est opposé.

Soit. Mais on avait cessé les procès aussi ailleurs.

– Eh bien non ! Il y en eut encore en Allemagne, en Angleterre, au Danemark, en Suisse… On estime, dans l’ensemble, le nombre de procès à 100 000 et le nombre d’exécutions à environ 50 000. On ne peut donc savoir, puisqu’il s’y est opposé, quelles femmes y seraient passées.

Soit, mais le Code noir.

– Ah, je vous ferai remarquer que tout le monde n’a présentement que ce Code à la bouche, mais personne ne parle de ce que Colbert a fait en France, au pays Dieu merci de Tartuffe et de Dom Juan, pour les femmes, dans la mesure où ce furent bien plus souvent des femmes que des hommes que l’on brûlait. D’où la revendication du nom de « Sorcières » par le féminisme autour de 1968, dans la suite d’ailleurs du très beau livre de Michelet.

Bon, bon, d’accord.

– Et maintenant, lisez ceci :

« Les maîtres sont contraints de nourrir et vêtir leurs esclaves et de leur donner par chaque semaine deux pots et demi de farine de manioc (article 22) ainsi que deux habits de toile par an (article 25).
« Les esclaves qui ne seront pas nourris, vêtus et entretenus peuvent déposer un mémoire auprès du procureur qui poursuivra leur maître “sans frais pour les crieries et traitements barbares des maîtres envers leurs esclaves” (article 26).
« Les esclaves ont le droit de continuer à être logés et nourris gratuitement lorsqu’ils deviennent vieux ou invalides (article 27). »
Cet article tente de fournir un minimum de protection à l’esclave, notamment en cas de vieillesse ou de maladie. Mais il semble que l’abandon pur et simple d’un esclave vieux ou malade restera toutefois la règle, et une seule condamnation a été recensée !

D’où cela sort-il ?

– Eh bien ! du Code noir, auquel Colbert a travaillé.

Vous voyez qu’il n’a guère été appliqué.

– Mais ce n’est pas la faute du Code, ni de ses auteurs, mais des maîtres !

Bon. Mais il ne reste que cela dans le Code noir ?

– Non bien sûr. Il y a aussi les articles conformes à l’époque et à celles qui l’ont précédée, et que relèvent ceux qui les condamnent, mais manifestement, vous ne connaissiez ni les uns ni les autres.

Je fais confiance à ceux qui les ont dénoncés.

– En connaissance de cause ?

On ne peut pas tout lire.

– Reste que ceux qui ont commenté ce Code, eux, avec quelque attention, ont repris les précautions, ou les décisions qui furent prises pour protéger aussi ceux que l’on exploitait.

Et qui n’existaient pas avant ?

– Pas toutes, puisqu’il a fallu rédiger un nouveau Code (plus « humain » sans doute, et qui d’ailleurs a ensuite encore varié).

Soit, mais on ne peut pas tout savoir.

– Non, mais on n’est pas forcé de répéter n’importe quelle allégation.

Reste que ce code est appelé « noir », et qu’en cela réside l’infamie de la chose !

– Il est vrai que ce mot est terrible !

Surtout qu’en outre, on aurait dû écrire Code des Noir-e-s.

– C’est votre conclusion ?

Oui, au fond, ce que je reprocherais à votre Colbert, c’est qu’il n’a pas prévu l’écriture inclusive.

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