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L’incroyable

De Matthieu (Le Tinntoret) à Rimbaud, Dictionnaire Jésus

D 2 avril 2021     A par Viktor Kirtov - Jean-Hugues Larché - C 0 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


En cette veille de Pâques, reçu ce texte « L’incroyable » de Jean-Hugues Larché que nous vous proposons aujourd’hui.

En addendum :

- Le Tintoret interprétant Matthieu,

- et tiré des Illuminations de Rimbaud, une lecture de son poème « Le génie » lu par le comédien Denis Lavant,

- suivis d’extraits du « Dictionnaire Jésus », dans la collection Bouquins. Un ouvrage dirigé par le frère Dominicain Renaud Silly o.p., à paraître le 15 avril. « Ce livre d’exégèse vulgarisée est empreint d’une audace et d’une liberté ébouriffantes » (Guyonne de Montjou).

V.K..

L’incroyable

ça commence bien. Une guérison de lépreux, puis celle d’un paralytique et d’une main desséchée. Suivent d’autres guérisons, notamment celles d’aveugles - aveugles métaphoriques, il va sans dire. Exorcisme sur un possédé et surtout en prémisse du dénouement de l’histoire, résurrection d’un mort, comme par hasard. Se rajoutent multiplication de pains et de poissons, promenade sur les eaux, contenance d’une tempête et chasse aux démons.

ça continue plus mal. De la Pâque à la descente aux enfers en passant par le chemin de croix et la crucifixion- trahison, délation, arrestation, interrogatoire, lavement de mains, condamnation, humiliation, molestation, flagellation. En un mot - Passion. Descente de croix. Emballage en suaire. Mise au tombeau. Sous scellés derrière un rocher. Evaporation du corps. Disparition. Mystère.

ça se termine mieux. Troisième jour, résurrection conforme à l’écriture. Apparition. Don d’ubiquité. Ascension. Culte de soi pouvant compter jusqu’à trois. Assis à la droite de Dieu. Saint-Esprit au dessus. Marie, sa mère virginale, en quatrième terme de la trinité. Occupation entière du ciel. Soulager la souffrance et la pauvreté. Vaincre la mort universelle. Evacuer de la barbarie. Oublier la vengeance. Pardonner les offenses. Enlever le péché du monde. Verbe sauveur. Souffle retombé à la Pentecôte sur disciples. Salut de l’âme. Royaume des cieux. Evangiles. Beaucoup l’on vu, le voit ou croit le voir.

ça ne s’arrête pas comme ça. Vingt siècles et plus d’histoire. En son nom, on bafoue ses principes. Selon Jean l’évangéliste, il dit au Baptiste : « Je ne suis pas le Messie ». Secret de l’incarnation, de la formule, de la substance à travers le temps. Si le verbe se fait chair, la parole devient corps. On ne ressuscite que par elle. Parole d’homme ! Parole d’honneur ! Parole donnée ! Il lui manquait tout, sauf la parole ! On le croit sur parole. On y adhère en dédoublement de soi. Poupée gigogne. Conseiller existentiel, coach spirituel. La gratuité même ! Don sans contre don. La charité est-elle la clef ? Grands pécheurs et pècheresses sauvés d’avance puisque selon la chanson, On ira tous au paradis.

Son mythe s’affiche dans les arts majeurs, architecture, peinture, sculpture, livres, musique. La liturgie en oraison pour les siècles à venir. Amen pour les âmes qui l’aiment, agitation pour les autres. Illumine Constantin, convertit Paul, stigmatise François, extase Thérèse. Au paradis, les anges séraphins chantent sa gloire divine. Musique des sphères et voix sublimes. Le paradis de Dante est un haut lieu de tourbillon musical. Voltaire affirme : « Le paradis, c’est là où je suis ». Ciel où résident les immortels chinois. Olympe grecque. Janna pour l’islam. Pardes chez les Juifs. Proximité du jardin d’Eden. Son propre jardin intérieur est un paradis. Qui peut y croire ?

La générosité du Timon d’Athènes de Shakespeare fait penser à ses dons. N’a-t-il pas inspiré le slogan : Liberté - Egalité - Fraternité ? Le journal de Kierkegaard est intitulé Christ. Nietzsche l’oppose à Dionysos dans Ecce Homo. Le poème Génie de Rimbaud, en parle en ces termes : « Il est l’affection et l’avenir, la force et l’amour… » - « Nous avons tous eu l’épouvante de sa concession et de la notre. » - « Il ne s’en ira pas, il ne redescendra pas d’un ciel, il n’accomplira pas la rédemption des colères des femmes et des gaités des hommes et de tout ce péché car c’est fait, lui étant et étant aimé. » - « Il nous a connus tous et nous a tous aimé ». Rimb’ invite enfin à suivre « ses vues, ses souffles, son corps, son jour . »

ça n’en finit plus. Le livre de son histoire et de ses ascendants est le plus vendu et lu dans le monde. Gageons que s’il revient un jour, la plupart diront…Incroyable.

JHL 2021

Jean-Hugues Larché sur pileface

De Matthieu (Le Tintoret) à Rimbaud


Resurrection du Christ , Le Tintorret, 1580
Huile sur la toile, 529 cm x 485 cm
Venise, Scuola grande di San Rocco, Salle du Chapitre
ZOOM : cliquer l’image

“Et voilà qu’il y eut une grande secousse ; car l’Ange du Seigneur était descendu du ciel et, s’avançant, avait roulé la pierre, et il était assis dessus. Son aspect était comme l’éclair, et son vêtement était blanc comme neige.

Dans la crainte qu’ils en eurent, les gardes furent secoués et devinrent comme morts.”

Évangile selon St. Matthieu, ch.28, 1-8.

. Arthur RIMBAUD – « Génie », poème lu par Denis Lavant

Extrait du recueil ’Les Illuminations :


Jésus de A à Z

Dirigé par le frère dominicain Renaud Silly o.p.,
paraîtra le 15 avril, dans la prestigieuse collection
Bouquins, un « dictionnaire Jésus » éblouissant par
son ampleur, sa précision et son érudition.
Nous en avons sélectionné quelques entrées
marquantes.

EXTRAITS

RECONSTITUTION PLAUSIBLE

Issu de la Bible en ses Traditions, le Dictionnaire Jésus n’a rien d’un ouvrage farfelu, mais il en a la légèreté. Fabriqué à partir des découvertes les plus inattendues des biblistes de l’Ebaf, dirigé par Renaud Silly, dominicain de Toulouse, avec la complicité d’Olivier-Thomas Venard, ce livre d’ exégèse vulgarisée est empreint d’une audace et d’une liberté ébouriffantes. Ainsi, on y note le maniement par Jésus de l’ironie, qui lui permet de mettre à nu, sans condescendance, les faux-semblants ( lire les extraits). A la lettre « I », comme Ipsissima verba (« les paroles mêmes »), on découvre que les évangélistes ont transmis des reconstitutions plausibles des paroles de Jésus plutôt qu’une « retranscription verbale » de celles-ci, selon « une continuité autorisée et [une] fidélité créative et charismatique au Verbe  ». Rien qui ne puisse déstabiliser ces religieux : « Dans les Evangiles, Jésus lui-même compare sa parole à du blé qu’on sème, explique Venard. Or, les évangélistes en sont les premiers moissonneurs : on récolte toujours des grains plus nombreux et plus riches que ceux qu’on a semés !  » Amen. •

Guyonne de Montjou

ADORATION DE LA CROIX

L’adoration de la Croix invite le fidèle de l’extérieur à l’intérieur ; du mal accusé au péché confessé ; de l’autojustification à la vérité sur soi-même ; à déchirer son cœur plutôt que ses vêtements. La croix dévoilée aux fidèles lors de la liturgie de la Passion est à l’image de leur coeur mis à nu devant Dieu, sans faux-semblants. Elle les invite à mettre de côté la paranoïa qui n’a de cesse de rejeter sa responsabilité sur les autres. « Comprenez ce que vous faites, imitez ce que vous célébrez », dit une ancienne exhortation liturgique. Par l’adoration de la Croix, le fidèle se remémore la méprise de Pilate et des autorités qui ont condamné Jésus. Tous cherchent à l’extérieur la cause du mal qui est en eux, dans la volonté inClinée vers le mal dont le redressement n’est du pouvoir de personne, mais de la seule grâce de Dieu. L’ostension de la croix est là pour objectiver ce mal dont les chrétiens considèrent la passion de Jésus comme l’ultime conséquence. Par l’ostension de la croix, le fidèle est appelé à contempler le fait que Jésus n’a pas vaincu le mal en écrasant les criminels, mais en l’anéantissant dans sa propre offrande à l’amour rédempteur. L’ostension de la croix est l’école de la charité, grâce à laquelle Jésus a vaincu le mal par le bien, la haine par l’amour, la révolte par l’obéissance, la violence par la douceur, le mensonge par la vérité. Il a détruit l’hostilité et non l’ennemi, le péché et non les pécheurs. C’est la science de la croix dans laquelle les spirituels chrétiens renouvellent leur consécration à l’amour qui sauve.

IRONIE

Jésus a manié l’ironie, mais elle se connote toujours chez lui de la rhétorique du renversement des valeurs. La promesse aux disciples d’occuper« douze trônes » est ironique, surtout si l’on songe avec Bossuet que la Croix fut pour Jésus un autel, une chaire et... un trône ( Panégyrique de saint Bernard). A-ses disciples gui lui demandent de quel profit leur sera d’avoir tout quitté pour le suivre, Jésus établit une longue liste de bienfaits, qui inclut en prime des persécutions ! Devant l’assemblée de gens respectables qui le traitent avec honneur, Jésus déclare que le meilleur de tous les présents n’est autre que Marie-Madeleine, « pécheresse dans la ville » de son état et dont il expulse « sept démons ». Lorsqu’il déclare qu’il est venu appeler « non des justes, mais des pécheurs », il faut entendre l’ironie du propos : bouffis d’orgueil, les interlocuteurs de Jésus ne voient pas que ce sont eux qu’il appelle en priorité, justement parce qu’ils sont des pécheurs ... Le trait rend d’ailleurs ridicules les justes prétendus, confis dans leur impeccabilité. On peut également souligner l’ironie satirique de certaines paraboles. Jésus use aussi d’une ironie philosophique, qui constitue une voie de recherche vers la vérité. [Il] s’y entend pour répondre aux questions par d’autres questions, de manière à approfondir une discussion’ que ses interlocuteurs pensaient maintenir à la surface. Ainsi lorsqu’on le questionne sur son autorité, sur la filiation du Messie ou encore sur le plus grand commandement. À chaque fois, l’approfondissement auquel invite l’ironie de Jésus porte sur son identité mystérieuse. Une autre forme très personnelle d’ironie consiste pour Jésus à ne pas répondre aux questions, mais demanderà ceux qui l’interrogent pourquoi ils les lui posent. Dans la controverse sur le mariage, par exemple, son argumentation, remontantà la source de la sacramentalité du couple, accuse les motifs malveillants de ses interlocuteurs : ils ont tendu un piège à Jésus pour essayer de le prendre en flagrant délit d’enseignement contraireà la Loi. En argumentant partir de la Loi, Jésus a manifesté la pauvreté des arguties de ses adversaires et le motif réel, vicieux, de leurs questions. La manière est à proprement parler ironique : Jésus restitueà la parole divine sa qualité de question (en grec : eirôneia), quand ses adversaires la restreignentà un système clos, infalsifiable et oppressif. Jésus mène ironiquement ses adversaires où il veut, et les fait répondre euxmêmes à leurs propres questions.

PLUS ICI (pdf)

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Le livre sur amazon.fr

Éditeur :Bouquins (15 avril 2021)

1312 pages

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