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Pourquoi tant de rage ?

Jacques Henric, art press 473, janvier 2020

D 29 décembre 2019     A par Albert Gauvin - C 9 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Le numéro de janvier 2020 d’art press est dans les kiosques. Nous en reproduisons l’édito de Jacques Henric qui annonce, nul ne peut en douter, au-delà même des faits récents qu’il dénonce, d’autres combats à venir sur le front culturel, artistique et éditorial.

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Couverture : Peter Hujar, David Wojnarowicz with Hand Touching Eyes, 1981
© 1987 The Peter Hujar Archive LLC, Court.

ÉDITO

Pourquoi tant de rage ?

L’histoire nous l’enseigne, les grands mouvements de libération qui ont abattu les diverses tyrannies, une fois leurs héros au pouvoir, ins­tallent de nouvelles tyrannies, dont les violences n’ont rien à envier aux anciennes : 1789/la Terreur, le communisme et bonheur pour tous/le Goulag... Toutes proportions gardées, cette logique de retournements, on la voit aujourd’hui à l’œuvre au sein de nos démocraties où ont été très actifs les mouvements de libération des mœurs, les soutiens aux combats féministes, la défense des minorités sexuelles (que de combats ont été menés contre l’homophobie !). Or ce sont paradoxalement quelques-unes de ces minorités brimées, réunies sous le sigle LGBT, qui aujourd’hui sèment une manière de terreur, pas seulement idéologique — elles en viennent parfois aux mains — dans la pensée, la littérature et les arts. Ce sont ces brigades de police morale, appuyées par des agitateurs d’extrême gauche pullulant dans les universités, non pour y étudier mais y mettre le foutoir, qui sont à l’origine des récentes interventions destinées à interdire de parole Alain Finkelkraut, Mohamed Sifaoui, Sylviane Agacinski, la romancière Emma Becker, le malheureux François Hollande dont de jeunes « étudiantes » ont déchiré le livre devant des caméras (honteuse reprise des auto­dafés nazis au cours desquels on brûlait les livres). Ce sont ces mêmes groupes de procureurs autoproclamés, d’inquisiteurs (à mettre au féminin), qui ont tenté d’empêcher la projection des films de Roman Polanski et Woody Allen, d’obtenir le décrochage d’une exposition des tableaux de Gauguin, de lancer une pétition demandant l’éjection de Finkelkraut de France Culture pour avoir, avec auto-ironie, donné à voir la bêtise au front de taureau de la militante féministe Caroline De Haas.
L’ennemi de ces rageuses minorités ? L’hétérosexuel, l’infâme complice du système « patriarcat/raciste/capitaliste », comme elles disent. « Pourquoi tant de rage, s’est demandé Philippe Lançon dans un ex­cellent article de Charlie Hebdo, le 22 novembre 2019, quand on n’est ni flic ni juge, à vouloir être flic et juge uniquement à charge, de surcroît dans le sens du vent. »
Tout cela serait sans grande importance si ces escouades vociférantes, adoptant les méthodes d’intervention qui furent celles de l’extrême droite, ne trouvaient un complaisant écho à leurs actions dans la grande presse, l’appui idéologique de certains enseignants, la pleutre­rie et la soumission de présidents et présidentes d’universités, le sou­tien de partis politiques, la tortueuse complicité avec les censeurs de ministres du gouvernement, dont l’inoxydable Marlène Schiappa et la ministre de l’Enseignement supérieur.
La section française de l’AICA, Association des critiques d’art, pour prémunir les artistes contre la censure de leurs œuvres, a rappelé à cette occasion la déclaration de la Ligue des droits de l’homme et de l’Observatoire de la liberté de création : « Dans un État de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la Justice. »
Le rappel d’un tel principe, qui est un des fondements de notre République aurait « froissé la sensibilité » de certains membres de l’Association. Question : des critiques d’art approuvant le possible recours à des mesure d’interdiction d’œuvres d’art ont-ils leur place dans cette Association ? Question subsidiaire : pourquoi celle-ci apporte-t-elle sa caution à la démolition de la langue française, déjà bien avancée, par l’usage de ce baragouin qu’est l’écriture inclusive ?

Jacques Henric

LE SOMMAIRE

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9 Messages

  • Albert Gauvin | 12 janvier 2020 - 20:20 1

    Comme vous avez constaté qu’il n’y a rien à lire, ces temps-ci, dans le déferlement des inutilités romanesques, prenez ce livre, emportez-le, cachez-vous. C’est un brûlot fanatique. Une honte. Un écoeurement. On devrait l’interdire, si les lois n’étaient pas si relâchées, les habitudes si flasques. Qui est cet Henric ? De quel droit ce ton égaré ? Ces anathèmes ? Cette prédication de Savonarole à l’envers ? Oui, cet homme est dangereux !


  • Albert Gauvin | 11 janvier 2020 - 23:46 2

    Il semble qu’il n’y ait pas encore de podcast, ni, d’ailleurs, la possibilité momentanée (?) de réécouter l’émission qui était la première d’une nouvelle série.


  • Laetitia Gruet | 11 janvier 2020 - 22:47 3

    Il n’y a pas de podcast pour écouter Une heure avec…Philippe Sollers sur Fréquence Protestante ?


  • Laetitia Gruet | 11 janvier 2020 - 22:31 4

    L’éditorial de Jacques Henric est très juste. Il décrit de manière pertinente ces brigades de police morale, appuyées par le journalisme français dans son ensemble. Contrairement à ce que dit le commentaire précédent, l’intérêt d’Art press et des écrits de Jacques Henric tiennent précisément au fait qu’ils sont restés les mêmes, fidèles à la même haute exigence et à l’expérience de la pensée. Chapeau !


  • Isabelle | 11 janvier 2020 - 20:17 5

    Jacques Henric mélange tout et ne comprend plus rien à l’époque en cours. Il est simplement devenu vieux et son journal postmoderne n’est plus qu’un reader’s digest de l’animation culturelle pour les CSP +++ , ces personnes si soucieuses de boire leur whisky ou leur verre de Bordeaux en s’intéressant distraitement à l’Art, avec un grand A, comme Argent.

    L’autre jour, après avoir été abonné pendant vingt ans à ce magazine et l’avoir abandonné durant quinze ans, je l’ai ré-acheté " pour voir " : j’ai été surpris de le retrouver "intact " comme si je l’avais quitté la veille . Les mêmes articles, le même langage, les mêmes lubies, la même écurie d’artistes, la même complaisance affichée pour un certain " Monde de l’art " versus Vuitton .

    Pour la Rédaction d’Art Press, rien n’a changé dans le monde depuis quinze ans, rien n’est important, tout est affaire de codes et de dress-codes, tout le réel est superflu. Encore plus les femmes et les hommes réellement vivants sur la planète qui ne lisent pas Art Press. Ces gens là n’existent pas.

    Pour Art Press, rien ne se passe, à part à l’ identique.

    Où l’on finit par comprendre - à force d’être un abonné habitué au magazine et d’y lire toujours la même chose - que Jacques Henric s’est fabriqué il y a de cela cinquante ans une petite sinécure dans lequel il s’est confortablement endormi. Chut ! Ne le réveillons pas, Papi dort.


  • Pierre Stalvès | 2 janvier 2020 - 19:21 6

    Merci, Pileface.

    A l’un de ces croisements comiques et imprévisibles que l’Histoire se plaît à mettre en scène, les acteurs d’une génération qui étaient sur les deux rives opposées de Mai 68 se retrouvent : les rebelles et leurs maîtres, le préfet (cultivé) et l’animal (cultivé) des barricades, le CRS insulté et l’auteur du slogan "Ne travaillez jamais", Finkielkraut et Henric, toujours très différents, mais comme requis par l’essentiel. Comme si le socle de la statue vacillait. Ceux qui veulent lui tresser des louanges et ceux qui veulent lui pisser dessus ont bien compris qu’ils avaient besoin de la statue. De Gaulle est d’ailleurs revenu depuis longtemps au coeur de ses plus vaillants ingrats...

    C’est qu’une même base nourrissait au biberon les futurs adversaires. On savait, ou plutôt il allait de soi, qu’on ne divisait rien d’autre que la même cellule France, fusse à coup de pavés, de grosses matraques sans lendemain, et d’injures dans la gueule. Je n’idéalise pas ce passé. La société était dure autrement, ses injustices étaient flagrantes, mais ses répits étaient plus soyeux, enfantins, et la joie de vivre, le rire étaient là très souvent, pour rien, sans emballage... On s’engueulait, mais on parlait en fait, en un sens, de la même chose. Cette culture commune dont j’ai entendu dire dans l’assemblée d’un syndicat majoritaire de l’Education Nationale qu’elle ne renvoyait à rien, et cette culture française dont un très haut responsable actuel a dit qu’en fait, elle n’existait pas.

    La mise en idéologie des jeunes cerveaux post-modernes, par le néo-enseignement, la démission parentale, la fin de l’autorité (précisons pour les inquiets...conçue comme principe d’émancipation grâce à un guidage ferme et souple, ouf !), la répression socio-publicitaire de la figure paternelle, et de tout principe masculin en général, porte aujourd’hui ses nouveaux fruits blets : cette partie de la jeunesse qui ne rit même plus. Et ce n’est qu’un début...

    Les vieux adultes censurés se couchent, trop fatigués par un long voyage dans ce qu’ils n’ont pas voulu se voir créer. Le techno-capitalisme a désormais, plus ou moins, le champ-libre : ces babys méchants, poupées Chucky d’un pays lessivé, en réalité militants obéissants de la cause enseignée, ont été formés pour revendiquer sans le savoir la manipulation des corps déjà commencée (des changements de sexe ont désormais lieu dès l’âge de quatre ans aux Etats-Unis). Que leur reproche-t-on, à ces jeunes militants ? D’être les créatures toxiques créées par leurs victimes ? Allons, un vieux livre très à la mode, très commenté ces temps-ci à l’université pour de mauvaises raisons, Frankenstein, avait montré que dans ce domaine, on n’a jamais que ce qu’on mérite. Et dans celui de la transmission, donc du courage, les néo-adultes méritent rarement beaucoup. Pas vrai ?

    Ce qu’on appelle aujourd’hui, sûrement par plaisanterie, extrême-gauchisme, et qui aurait bien fait rigoler n’importe quel rebelle groupusculaire, trotzkiste, mao, ou même coco, des Seventies, n’est qu’un puritanisme yankee crépusculaire, insipide et fascisant, importé à peu de frais et renforcé, de notre côté de l’Atlantique, par la violence de l’esprit niveleur français, toujours aux aguets. Ces marionnettes sont, of course, totalement dépourvues d’humour, et ne parviennent à jubiler sans joie que de la transgression des limites inexistantes dont ils rêvent, et que les néo-adultes, eux-même culpabilisés bêtement, ne leur offriront jamais. Oui, aucune musique de leur jubilation à faire chier le monde ne se fait entendre, ce qui serait pourtant la moindre des choses quand on se propose de pourrir la prestation d’un ancien Président de la République ou d’une intellectuelle très reconnue !

    Naguère, disons avant 2000, leur happening aurait été complexe. Discuté partout, critiqué, polémiqué, il aurait peut-être été passionnant, intéressant, excitant, risqué ! parlé ! Raconté, formulé, ridiculisé, vanté ! Aujourd’hui, les actes de « contestation » passent comme lettres à la poste - ce qui les transforment malgré eux, et malgré les fauteurs de troubles eux-mêmes, en actes de violente censure locale (de surcroît quasi-censurés dans les médias de grande audience). On a poussé ces gamins à se donner à voir, et à faire de leur psittacisme pixelisé le geignement d’ actions sans âme, donc sur-armées.

    Vite un Molière ! Un Voltaire !

    Qu’on les croque et qu’on les passe au bistouris de la syntaxe ! Au fusain et à l’eau-forte, à l’usine à mots ! Car, qui l’aurait cru, et c’est pourtant certain, nos transhumains volontaires n’ont pas fini de nous faire lire ! On va passer notre temps à éclater de lire ! Jusqu’à s’ épanouir la rate, comme disait Mme de Graffigny, enchantée des soirées "contes et lanterne magique" de Voltaire à Cirey... Le XXIème siècle sera un gigantesque porte-container à Connerie comme les océans de l’Histoire et les mers du monde n’en auront jamais drainé ! Et donc un volcan à satire et à parodie comme on n’en a jamais connu par le passé ! Le XXIème siècle sera littéraire (et drôle) ou ne sera pas. Du pain béni pour les fines plumes, pour la contre-société studieuse ! Les incrédules de la grotesque gesticulation réticulaire passeront aux commandes ! Les réfractaires solides à la société liquide détiennent le chant de l’avenir ! Renversant la formule des manifestants du millénaire précédent "Ce n’est qu’un début, continuons le combat !", Denis Roche écrivait, derrière lui, au tableau noir : Ce n’est qu’un débat, continuons le con bu.

    Pourquoi pas un autre renversement, tout en merveilleuse humilité, pour finir en douceur ? Ce n’est qu’un combat, continuons le début !


  • Pierre Vermeersch | 30 décembre 2019 - 18:01 7

    Jacques Henric ne situe pas le lieu d’origine de ce qu’il dénonce à juste titre.


  • Tual jean pierre | 30 décembre 2019 - 17:12 8

    POURQUOI TANT D’ENRAGÉS ?
    Si la colère est saine en tant qu’excès d’affirmation, la rage perd le sens de cette colère. L’excès peut être moteur mais il n’est pas sans limitation. L’enragement est la perversité de la colère parce qu’aveugle. La rage signe un mal d’esprit : une valeur perd son sens. La pollution en cause est la haine ou rejet exalté du sens ou d’une compréhension de celui-ci. Pourquoi la haine ? Par choix d’une croyance, d’un préjugé, d’un affect. Par choix aveugle qui ne tolère pas le doute. Cette pseudo-certitude a un autre moteur, discret mais ô combien puissant : la vanité. Sorte de spiritualité à l’envers -plutôt un diabolisme- ayant pour éthique toute vaine pensée, croyance, attitude dont l’avantage est d’être accommodant.

    Dès lors la rage accusatrice devient l’outil privilégié qui donne un sentiment de supériorité et surtout la magie du conflit, de la division, de la guerre. Avec la pire mauvaise foi, l’inversion accusatoire fait de l’intolérance une vertu, et delà les mensonges, provocations, pressions.

    Aujourd’hui, amplifié par les médias et les réseaux sociaux (ces activateurs « créant l’évènement ») s’expriment les frustrés de tous poils donnant à toutes les minorités une force malheureusement toujours agressive voire vengeresse. Nous sommes à l’ère de la dictature des minorités qui toutes comprennent leurs chances de pouvoir s’exprimer dans un merveilleux pays qu’elles haïssent mais avec le malin plaisir d’exploser les contradictions. Celles-ci étant sans limite, le diable n’a plus à se cacher dans les détails. Il a tout l’univers de nos vanités. C’est dire si l’année qui vient après-demain risque d’être joyeuse.


  • Gaétan Sebudandi | 30 décembre 2019 - 10:44 9

    Bravo pour la pertinence de cet édito. Je retiens particulièrement sa conclusion en question "subsidiaire". Pourquoi faire simple quand on peut se compliquer la vie ? Faudra-t-il désormais débaptiser "l’Homo sapiens" pour le transformer en "Homo/Mulier sapiens". La première appellation a toujours englobé le genre humain dans sa totalité, que je sache.