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Rentrée littéraire 2020 : panorama, tendances

D 22 août 2020     C 1 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Avec 511 nouveaux romans d’ici à la fin d’octobre, dont de nombreuses valeurs sûres, le monde de l’édition entend bien conjurer, cet automne, les crises sanitaire et économique.
Panorama, tendances, auteurs et autrices attendus.

Par Raphaëlle Leyris
13 août 2020

Jamais sans doute une rentrée littéraire n’aura été, pour le monde du livre, à ce point une période de danger et d’espoir. De danger car, après les pertes sèches de presque deux mois confinés (librairies fermées, parutions suspendues), et dans le contexte d’une crise sanitaire et économique inédite, traverser sans rencontrer de succès cette période cruciale pourrait se révéler une catastrophe pour les maisons d’édition, quelle que soit leur taille. D’espoir, parce qu’à l’issue des semaines d’enfermement, les Français ont retrouvé le chemin des librairies, et dans d’impressionnantes proportions : les ventes de livres ont connu une augmentation de 19,6% par rapport à 2019 entre le 11mai et le 19juillet (Le Monde du7août).

Pourvu que ça dure, se répète le milieu de l’édition, alors que s’annoncent 511 nouveaux romans entre la mi-août et la fin octobre – contre 524 en2019 (chiffres de la publication professionnelle Livres-Hebdo). Précisons que, au moment du confinement, les programmes de rentrée étaient pour la plupart bouclés. Ils ont pu être aménagés, certains titres ajoutés et d’autres repoussés à plus tard (ainsi des premiers romans : on en compte 65 de langue française, contre 82 l’an passé), mais il serait impossible de prétendre qu’ils ont été pensés dans leur globalité en fonction du contexte, ou que le nombre important d’auteurs considérés comme des « têtes d’affiche » soit l’effet d’une stratégie liée à la période.

Quelques fondamentaux

C’est par exemple parce que, initialement prévus pour le printemps, ils ont été reportés que se retrouvent dans cette rentrée Camille Laurens, feuilletoniste du « Monde des livres » (Fille, Gallimard), Mathias Enard (Le Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, Actes Sud) et Véronique Olmi (Les Evasions particulières, Albin Michel). La présence, en revanche, d’Amélie Nothomb (Les Aérostats, Albin Michel également), pour le vingt-neuvième automne consécutif, n’est pas le fruit des circonstances. Il est bon de savoir, dans un monde aussi instable, que l’onpeut compter sur quelques fondamentaux.

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L’écrivaine Camille Laurens, en 2016. JOËL SAGET/AFP

L’un des textes les plus attendus du moment est à n’en pas douter Yoga, d’Emmanuel Carrère, six ans après Le Royaume (Prix littéraire Le Monde), Sa maison d’édition, P.O.L, fait paraître les ouvrages de deux autres auteurs « piliers » du catalogue : Patrick Lapeyre (Paula ou personne) et Jean Rolin (Le Pont de Bezons). Les Editions de Minuit ont, elles, construit leur rentrée autour de deux de leurs « stars » : Jean-Philippe Toussaint (Les Emotions) et Laurent Mauvignier (Histoires de la nuit). Gallimard, qui ne propose aucun premier roman, compte parmi les auteurs de sa rentrée solidement installés dans le paysage littéraire Eric Reinhardt (Comédies françaises), Carole Martinez (Les Roses fauves), ou encore Fabrice Caro (Broadway)…

Parmi les auteurs au lectorat les plus fervents

Muriel Barbery a quitté la maison et sa couverture blanche pour Actes Sud, qui publie Une rose seule, au côté des nouveaux romans de Lola Lafon (Chavirer), Alice Ferney (L’Intimité) ou encore Pierre Ducrozet (Le Grand Vertige). Chez Grasset, le onzième tome du Dernier Royaume, de Pascal Quignard (L’Homme aux trois lettres), voisine avec les romans d’Isabelle Carré (Du côté des Indiens), de Metin Arditi (Rachel et les siens) ou de Maël Renouard (L’Historiographe du royaume). Trois ans après le triomphe de L’Art de perdre (Prix littéraire Le Monde, Prix Goncourt des lycéens), Alice Zeniter publie Comme un empire dans un empire chez Flammarion, où paraissent, entre autres, les nouveaux romans de Serge Joncour (Nature humaine) et de Philippe Djian (2030). Chez Stock, parmi les auteurs au lectorat les plus fervents, se trouvent Philippe Claudel (Fantaisie allemande), Simon Liberati (Les Démons) ou Tobie Nathan (La Société des belles personnes). Julliard compte sur Yasmina Khadra (Le Sel de tous les oublis).

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L’écrivain Emmanuel Carrère, en 2016. JOËL SAGET/AFP

Plusieurs maisons alignent elles aussi des auteurs « identitaires » de leur catalogue, qui ont connu par le passé de beaux succès. Ainsi de François Vallejo chez Viviane Hamy (Efface toute trace), Marie-Hélène Lafon chez Buchet-Chastel (Histoire du fils), Jean-Marie Blas de Roblès chez Zulma (Ce qu’ici-bas nous sommes), Florence Seyvos à L’Olivier (Une bête aux aguets), Négar Djavadi chez Liana Levi (Arène), Diane Meur chez Sabine Wespieser (Sous le ciel des hommes), Gauz au Nouvel Attila (Black Manoo), Miguel Bonnefoy chez Rivages (Héritage), Pierre Adrian aux Equateurs (Les Bons Garçons), Celia Levi chez Tristram (La Tannerie) ou Thierry Beinstingel (Yougoslave) chez Fayard – maison que Faïza Guène vient de quitter pour Plon, qui publie La Discrétion, au côté de Rumeurs d’Amérique, d’Alain Mabanckou.

Raz-de-marée mondial

Du côté de la littérature étrangère (165 romans contre 188 en2019), tandis que se profile le raz-de-marée mondial du Crépuscule et l’Aube, de Ken Follett (Robert Laffont), de grands noms sont annoncés, du côté des anglophones, de Salman Rushdie (Quichotte, Actes Sud) à Colson Whitehead (Nickel Boys, Albin Michel), de Colum McCann (Apeirogon, Belfond) à Julian Barnes (L’Homme en rouge, Mercure de France), en passant par Daniel Mendelsohn (Trois anneaux, Flammarion), Jonathan Franzen (Et si on arrêtait de faire semblant ?, L’Olivier) ou Joyce Carol Oates (Ma vie de cafard, Philippe Rey). Citons également deux auteurs septentrionaux, l’Islandais Jon Kalman Stefansson (Lumière d’été, puis vient la nuit, Grasset), et le Norvégien Karl Ove Knausgaard, dont paraît le sixième tome de la grande entreprise autobiographique, Fin de combat (Denoël).

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L’écrivain britannique Salman Rushdie, en 2018. JOËL SAGET/AFP

La veine du récit de soi

S’ils n’ont pas la dimension de ce vaste projet, nombre des textes de langue française de cette rentrée s’inscrivent dans cette veine du récit de soi, tels La Petite Dernière, de Fatima Daas (Notabilia), La Part du Sarrasin, de Magyd Cherfi (Actes Sud), Notre dernière sauvagerie, d’Eloïse Lièvre (Fayard), Le Temps gagné, de Raphaël Enthoven (L’Observatoire), ou La Naissance d’un père, d’Alexandre Lacroix (Allary). Le lien avec le père est du reste un thème très présent, du Saturne, de Sarah Chiche (Seuil), à La Fille du père, de Laure Gouraige (P.O.L), en passant par Dernière Cartouche, de Caroline de Bodinat (Stock). Au nombre des enquêtes familiales, on peut citer Le Tailleur de Relizane, d’Olivia Elkaim (Stock), La Grâce, de Thibault de Montaigu (Plon), ou encore Un crime sans importance, d’Irène Frain (Seuil), qui revient sur le meurtre de sa sœur.

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L’écrivaine Lola Lafon, en 2011. ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Crédit : Le Monde

10 romans de la rentrée littéraire 2020 sélectionnés par France Inter et Le Point

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Lola Lafon - Photo OLIVIER DION

Le jury, issu des deux médias, a dévoilé jeudi 20 août ses dix coups de cœur de la rentrée littéraire.

La sélection France Inter-Le Point de la rentrée littéraire composée de 10 livres de la rentrée, 5 français et 5 étrangers, choisis par des journalistes des deux rédactions. Les 10 titres ont été annoncés dans la matinale du jeudi 20 août sur France Inter, dont les romanciers Lola Lafon et Laurent Petitmangin étaient les invités du Grand entretien.


En littérature française :

- Yoga, d’Emmanuel Carrère (POL)
- Chavirer, de Lola Lafon (Actes Sud)
- Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon (Buchet-Chastel)
- Histoires de la nuit, de Laurent Mauvignier (Minuit)
- Ce qu’il faut de nuit, de Laurent Petitmangin (La Manufacture de Livres)
En littérature étrangère :

- American Dirt, de Jeanine Cummins, traduit de l’américain par Françoise Adlestain et Christine Auché (Philippe Rey)
- Impossible, de Erri de Luca, traduit de l’italien, (Gallimard)
- M, le fils du siècle, de Antonio Scurati, traduit de l’italien par Nathalie Bauer,( Les Arènes)
- La dernière interview, de Eshkol Nevo, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche, (Gallimard)
- Trois femmes, de Lisa Taddeo, traduit de l’américain par Luc Dutour, (Lattès)

Le jury est constitué de quatre journalistes du Point - Marie-Laure Delorme, Valérie Marin la Meslée, reporter service culture, Christophe Ono-dit-Biot, directeur adjoint de la rédaction, Michel Schneider - et de quatre journalistes de France Inter - Anne-Julie Bémont, responsable de projets des éditions écrites et sonores de Radio France, Nicolas Demorand, journaliste et présentateur du "7/9", Ilana Moryoussef, journaliste au service culture et Augustin Trapenard, producteur de l’émission "Boomerang"

Crédit : Livres Hedo

VOIR AUSSI : La rentrée littéraire de Cécile Guilbert


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1 Messages

  • Viktor Kirtov | 1er septembre 2020 - 18:04 1

    RENTRÉE LITTÉRAIRE. L’écrivain revient avec « Yoga ». Un récit aussi drôle que féroce, sur fond de méditation et de dépression. La sienne.

    Propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot
    Le Point, le 25/08/2020


    Zen ? Emmanuel Carrère, chez lui, à Paris, le 19 août.

    Il nous l’avait confié en janvier 2018, à la toute fin de l’entretien. Tiens, au fond, pourquoi n’écrirait-il pas un « petit livre » sur le yoga ? C’était le premier numéro de l’année. Le Point consacrait sa une à cette pratique, de plus en plus massive. Sur la couverture, incarnant à merveille le dossier, car pratiquant le yoga assidûment depuis vingt ans, et livrant sur lui ses vues forcément singulières, voire déroutantes (tout ce qu’on aime chez lui), Emmanuel Carrère en position du lotus, et en exergue une phrase de lui aux airs de mantra : « Être dans le flux, ne pas nager à contre-courant de la vie. » Deux ans et quelques mois plus tard, surprise, voici donc ce livre, intitulé sobrement Yoga. Deuxième surprise, il n’est pas vraiment « petit » puisqu’il fait 400 pages, soit la taille d’un Carrère standard. Troisième surprise, et même cerise sur le zafu (ainsi nomme-t-on le coussin censé favoriser l’assise du méditant) : si Yoga parle effectivement de cet « ensemble de disciplines visant l’élargissement et l’unification de la conscience », dont Carrère raconte, avec sérieux, gourmandise, et parfois une drôlerie irrésistible, les mille et une facettes depuis son « expérience d’apprenti » dans un stage au radicalisme assumé (« Il est encore temps de partir », lui dit le maître des lieux en recevant l’impétrant), il parle aussi… de la dépression. Surmontée par l’auteur de L’Adversaire (mais cette fois-ci de lui-même, jusqu’à désirer mourir) à coups d’électrochocs à Sainte-Anne et de traitement à la kétamine, un remède pour cheval. Le yoga mènerait-il à tout, même à l’abîme ? Dédouanons la voie du « noble silence ».


    Adepte. Le 4 janvier 2018, Emmanuel Carrère en position du lotus faisait la une du « Point ».

    L’origine du mal, en effet, est plutôt à chercher du côté d’une relation amoureuse douloureuse, de laquelle, à rebours des épanchements actuels, il ne parlera pas dans le livre, parce que, « en écrivant sur les autres, on passe ou peut passer du côté de la vraie torture ». La torture, ici, ne s’appliquera en effet qu’à lui et jamais au lecteur, totalement pris dans les rets de ce récit de la transformation d’un ascète au périnée épanoui en zombie sous perf à claquettes couinantes, puis en formateur bénévole pour réfugiés afghans sur les rivages bénis du Dodécanèse, où coule à flots la bière Mythos… Mais pas seulement : Carrère adorant convoquer dans ses œuvres son « narcissisme insatiable » (c’est lui qui le dit) et son masochisme généreux, l’engagement physique du reportage et les vertiges de l’introspection (pas seulement quand il avoue être « jaloux » de Houellebecq), le tragique le plus noir (« je continue à ne pas mourir », lettre d’un garçon de 8 ans à sa grand-mère pendant les purges de 1936 en URSS) et l’humour tout sourire (« Mes narines sont mes meilleures amies »), la méditation « bourré » et « le cul » illuminé, mais aussi le cru et le cuit, et même le loup (au ski) et l’agneau (à l’hosto), son Yoga s’impose vite comme un festin littéraire, une mimêsis réussie de la vie comme elle va, et comme elle est sans doute toujours allée, entre mer calme et montagnes, forcément russes… Entretien sans zafu

    L’interview ICI (pdf)