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Caroline Fourest, Génération offensée

D 6 mars 2020     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Dans la confusion actuelle, un livre salutaire.

« C’est l’histoire de petits lynchages ordinaires, qui finissent par envahir notre intimité, assigner nos identités, et censurer nos échanges démocratiques. Une peste de la sensibilité. Chaque jour, un groupe, une minorité, un individu érigé en représentant d’une cause, exige, menace, et fait plier.
Au Canada, des étudiants exigent la suppression d’un cours de yoga pour ne pas risquer de « s’approprier » la culture indienne. Aux États-Unis, la chasse aux sorcière traque les menus asiatiques dans les cantines et l’enseignement des grandes œuvres classiques, jugées choquantes et normatives, de Flaubert à Dostoïevski. Des étudiants s’offusquent à la moindre contradiction, qu’ils considèrent comme des « micros-agression », au point d’exiger des « safe space ». Où l’on apprend en réalité à fuir l’altérité et le débat.
Selon l’origine géographique ou sociale, selon le genre et la couleur de peau, selon son histoire personnelle, la parole est confisquée. Une intimidation qui va jusqu’à la suppression d’aides à la création et au renvoi de professeurs. La France croyait résister à cette injonction, mais là aussi, des groupes tentent d’interdire des expositions ou des pièces de théâtre… souvent antiracistes ! La police de la culture tourne à la police de la pensée. Le procès en « offense » s’est ainsi répandu de façon fulgurante. « L’appropriation culturelle » est le nouveau blasphème qui ne connaît qu’une religion : celle des « origines ». » — C. F.

Sans jamais vouloir revenir à l’ancien temps, Caroline Fourest trace ici une voie authentiquement féministe et antiraciste, universaliste, qui permet de distinguer le pillage de l’hommage culturel.

LIRE UN EXTRAIT

Caroline Fourest : la sensibilité est-elle devenue une religion ?

La Grande Table, 28 février 2020

Caroline Fourest est militante féministe, essayiste, éditorialiste et réalisatrice, mais elle est surtout universaliste. Dans son dernier essai, Génération offensée : De la police de la culture à la police de la pensée, elle interroge et critique cette « gauche identitaire », pour reprendre le titre de l’ouvrage de l’intellectuel américain Mark Lilla (Stock, 2018), qui trouve d’importants relais auprès des nouvelles générations et sur les réseaux sociaux.

Je peux tout à fait comprendre la rage et la colère de ceux qui découvrent la domination, (...) c’est un trajet que je comprends, j’ai moi-même découvert à 20 ans la domination sexiste. (...) Je l’ai vécue brutalement mais, déjà, je me battais au nom de l’universalisme.
(Caroline Fourest)

Elle considère que la censure a changé de camps : alors qu’elle émanait auparavant de la droite conservatrice, elle serait aujourd’hui l’apanage de la nouvelle gauche. D’après elle, cette gauche des identités engendrerait du séparatisme en empruntant les chemins de la revanche, de l’hostilité, au lieu de créer du dialogue et du vivre-ensemble. C’est ce passage de la lutte des classes à « la lutte des races » qu’elle accuse, considérant que cette nouvelle doctrine serait une idéologie de la division, renvoyant systématiquement les gens à leurs origines, à leurs frontières, à leur culture.

Aujourd’hui, dans un monde globalisé et de violence, chacun a envie de se replier sur soi. Le problème, c’est que ça ne fait pas avancer le monde.
(Caroline Fourest)

J’ai le sentiment qu’on est de moins en moins compris. (...) Il y a une tentation identitaire et victimaire, et la combinaison des deux ne donne pas forcément le meilleur dans le combat pour l’égalité.
(Caroline Fourest)

Caroline Fourest critique cette idéologie des sensibilités qui, selon elle, est en train d’engendrer des dérives démocratiques. L’occasion pour elle de revenir sur les concepts de Blackface, d’appropriation culturelle, sur le conflit entre deux antiracismes, sur les censures et la question de la victimisation. L’occasion aussi de mettre en garde contre une convergence involontaire mais qu’elle juge véritable entre « l’antiracisme identitaire » de gauche et les mouvements d’extrême droite.

On est tellement en train de débattre des identités des uns et des autres qu’on n’essaye même plus de comprendre le message de l’artiste, et c’est ça, cette ultra-sensibilité qui vire à la censure.
(Caroline Fourest)

Dans cet essai, Caroline Fourest cherche à sortir de cette impasse en proposant une voix progressiste qui ne s’entacherait ni d’une exacerbation des identités et de l’ultra-sensibilité, ni du repli sur soi de la droite conservatrice. Elle explique ainsi qu’elle milite pour une émancipation qui passe par le chemin de l’universalisme.

Si l’universalisme est aussi rejeté, c’est parce que, durant trop longtemps, il a été instrumentalisé pour imposer une norme (…) Mais supprimer l’horizon de l’universalisme parce qu’il n’a pas tenu ses promesses, c’est se tromper de chemin, c’est un piège.
(Caroline Fourest)

LIRE : Caroline Fourest et la « police de la culture » (Libération)
Comme nous, Caroline Fourest en a soupé de la génération « offensée » (Causeur)

A.G.


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