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L’Âge de la régression

D 16 avril 2017     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Un ouvrage collectif paraît aujourd’hui simultanément en treize langues sous le titre L’Âge de la régression.

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Publié dans sa version française aux éditions Premier Parallèle, c’est un événement éditorial dont la presse se fait largement l’écho. Quinze intellectuels d’envergure internationale posent un diagnostic et s’emploient à réanimer un esprit de résistance face à la montée des périls : essor des partis nationalistes et du populisme autoritaire, démagogie galopante, repli sur soi, brutalisation du débat public, règne de la post-vérité, même le vote est devenu une arme contre la démocratie. L’éditeur de l’ensemble, Heinrich Geiselberger, rappelle que ce processus de régression avait été anticipé par de nombreux penseurs dès les débuts de la mondialisation, comme l’un de ses effets collatéraux. Richard Rorty, par exemple, dans L’Amérique, un projet inachevé, avait listé toutes les régressions auxquelles nous devions nous attendre : « aggravations des inégalités sociales et économiques, émergence d’un monde orwellien, explosion du ressentiment et des manifestations de dénigrement visant les femmes comme les membres de minorités ». L’économiste Dani Rodrick, lui, « annonçait de façon prophétique que la globalisation conduirait à une désintégration sociale, et il mettait en garde contre un retour du protectionnisme ». Quant au « nous cosmopolitique » dont parlait Ulrich Beck dans le contexte de la mondialisation, force est de constater qu’il n’est jamais parvenu à prendre forme. Face à la régression, les auteurs se défendent de partager une foi naïve dans le progrès, comme Bruno Latour, qui prolonge sa contribution au livre dans la page Débats de La Croix. Selon lui, il ne s’agit pas tant d’une régression que d’une « désorientation », due au mouvement divergent de deux avancées « qui tirent en sens opposé » : « la mondialisation, vers laquelle on continue à se diriger et dont l’existence paraît de plus en plus vague » et « les anciens États-nations, apparemment plus protecteurs, qui ont été relookés pour l’occasion mais qui n’ont aucune existence réelle ». Car « un territoire, dans sa définition la plus essentielle, c’est ce qui vous permet d’assurer votre subsistance ». Or aucune nation ne peut aujourd’hui assurer à elle seule la subsistance de ses concitoyens à l’écart des échanges économiques et commerciaux. Et le véritable territoire vers lequel les uns et les autres prétendent se diriger « reste complètement hors-champ » : c’est notre planète, « le sol, la terre, celle qui n’est définie ni par la mondialisation ni par l’État-nation mais qui se trouve imposée à tous par la mutation écologique ». Elle fait figure « d’éléphant qui s’agiterait dans la pièce où vous habitez – la « maison commune » chère au pape François – et qu’on ferait tout pour ignorer ».

Les pages débats de L’Obs publient de larges extraits de L’âge de la régression .
Autres extraits : Inde, USA, Turquie, Royaume-Uni : la grande arnaque des souverainistes.
De Trump à Le Pen : pourquoi l’Occident se dé-civilise .

L’historien belge David Van Reybrouck évoque le « syndrome de fatigue démocratique ». Il cite l’enquête du World Values Survey qui établit que « moins de la moitié des jeunes Européens considèrent comme essentiel de vivre dans une démocratie ». C’est selon lui l’indice d’une « division entre ceux qui se sentent représentés politiquement et ceux qui n’ont pas ce sentiment ». Nancy Fraser dénonce la responsabilité du néo-libéralisme de gauche dans la victoire de Donald Trump. Un néolibéralisme « progressiste » qu’elle définit comme « une alliance des nouveaux mouvements sociaux (féminisme, antiracisme, multiculturalisme, défense des droits LGBT) et des secteurs de pointe à forte valeur ajoutée de la finance et des services (Wall Street, Silicon Valley et Hollywood) ». C’est ainsi que « le néolibéralisme progressiste mêle des idéaux d’émancipation tronqués et des formes de financiarisation létales » qui ont « dévasté le secteur industriel et les conditions de vie de la classe moyenne ». Le politologue bulgare Ivan Krastev évoque lui aussi la désintégration sociale qui suscite l’envie malsaine d’un « monde barricadé », dont la crise migratoire est le symptôme le plus criant. Bruno Latour parle dans le livre de l’événement paradoxal du Brexit dans « le pays qui avait inventé l’espace indéfini du marché sur mer comme sur la terre, qui n’avait cessé de pousser l’Union européenne à n’être qu’une vaste boutique et qui décide, sur un coup de tête, devant l’irruption, à Calais, de quelques milliers de réfugiés, de ne plus jouer le jeu de la mondialisation ». Et Zygmunt Bauman, qui nous a quittés cette année, analyse la « panique migratoire ». « La globalisation transforme tous les territoires souverains en "vases communicants" entre lesquels s’écoulent continûment leurs contenus », écrit le penseur de la société liquide. Qui rappelle que la majorité de l’humanité étant désormais citadine, « l’hétérogénéité culturelle est en train de devenir un trait caractéristique définitif, et même endémique, du mode urbain de cohabitation humaine. » « La pensée critique partagée est déjà une forme de résistance à l’inadmissible » écrivent Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot dans un livre au titre et sous-titre éloquent : Les prédateurs au pouvoir. Main basse sur notre avenir (Textuel). « L’argent a gagné dans sa rivalité avec les religions pour atteindre l’universel. Plus de gauche ni de droite, tous réunis et unis autour du veau d’or » Mais « pas de mondialisation heureuse pour les habitants de la planète ».

Par Jacques Munier


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