vous etes ici : Accueil » NOTES » Bacchanale des Andriens (1523-1524) de Titien par : PileFace.com
  • > NOTES

Bacchanale des Andriens (1523-1524) de Titien

D 25 décembre 2016     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   


Titien, Bacchanale des Andriens (1523-1524).
175 cm × 193 cm. Musée du Prado, Madrid. Zoom : cliquez l’image.

La scène se déroule dans l’île d’Andros, et représente les effets du vin qui coule à flots dans le lit d’une rivière créée par le dieu Bacchus. La nymphe apparaissant au premier plan de cette composition agile et sinueuse, qui s’inspire de la sculpture classique « Ariane », constitue l’un des nus les plus osés de la peinture Renaissance. Le morceau de partition que l’on aperçoit en bas au centre et dont les paroles se réfèrent à la célébration du vin par les hommes et les dieux, a été attribué au musicien flamand Adriaen Willaert.
La toile a été réalisée, tout comme « L’Offrande à Vénus », entre autres, pour le fameux « Camerino de alabastro » d’Alphonse Ier d’Este à Ferrare. En 1598, l’ensemble de la collection fut transférée au palais Aldobrandini, pour être finalement remise par Niccolo Ludovisi à Philippe IV en 1637.

*

France Culture, Les Regardeurs.
Étude du tableau « Bacchanale des Andriens » de Titien (Tiziano Vecellio ou Tiziano Vecelli ou Tiziano da Cador, plus communément appelé Titien ou le Titien en français)

Aujourd’hui, nous observons une peinture réalisée entre 1523 et 1524 par Titien pour le camerino d’Alfonso d’Este, grand mécène de son temps. C’est une huile sur toile de 175 x 193 cm, conservée à Madrid, au Musée du Prado. Intitulée la Bacchanale des Andriens, son programme iconographique relève d’une source écrite antique, la description d’une peinture dans la galerie de tableaux imaginés par Philostrate l’Ancien.

« Le Titien alliait la grandeur et le côté terrible de Michel-Ange à la grâce et élégance de Raphaël et aux couleurs propres à la nature. » Ludovico Dolce.

Invité : Philippe Morel.

France Culture, Les Regardeurs.

*

La figure de Bacchus ou de Dionysos incarne et résume un faisceau d’idées, d’évolutions et d’aspirations caractéristiques de la Renaissance, période au cours de laquelle on a cherché à renouer plus étroitement avec l’héritage antique et certaines de ses valeurs, à relativiser ou à redimensionner la place du christianisme pour des registres existentiels qu’il avait souvent disqualifiés, et à explorer les parentés multiples qui faisaient s’entrecroiser des composantes culturelles païennes et chrétiennes. Bacchus n’est pas que le dieu de l’ivresse, compagnon de tous les plaisirs, notamment de la danse et de l’amour ; il préside à la fertilité sous toutes ses formes : agricole et humaine, mais aussi littéraire ou artistique. Il est la source ou le symbole d’une inspiration qui sert régulièrement de miroir aux peintres et se fait parfois principe de contemplation philosophique et métaphysique. Divers artistes parmi les plus célèbres de la période, tels Bellini, Titien, Michel-Ange, Raphaël, Caravage, Rubens, ont exploré ces potentialités à travers des œuvres majeures d’où ressortent les fonctions multiples et souvent paradoxales, propres à la sphère dionysiaque. Elles relèvent en effet aussi bien de l’excès que de la tempérance, du burlesque que du philosophique, du populaire que de l’aristocratique, de la trivialité que de l’élévation, de la vie que de la mort. Ainsi, l’antique divinité chtonienne s’est transformée en vecteur et incarnation du salut, et ce rapport à l’au-delà, un artiste comme Donatello va savoir génialement le renouveler dans une perspective chrétienne. Au-delà d’une redécouverte élargie et d’une réinterprétation variée de la culture antique, la Renaissance a ainsi travaillé à une fusion de ces traditions apparemment contradictoires, comme à une remise à jour de ce qu’il y a de profondément païen dans le christianisme, à un retour du refoulé dionysiaque tel qu’il ressort des thèmes iconographiques du pressoir mystique ou du Christ-vigne.

Éditions du félin. LIRE UN EXTRAIT

Philippe Morel est docteur d’État, professeur d’histoire de l’art de la Renaissance à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre de l’Institut Universitaire de France, de l’Academia Europaea et de l’Accademia delle Arti del Disegno. Il est l’auteur de nombreux articles et de plusieurs ouvrages dédiés à l’art italien de la Renaissance, en particulier : Les grotesques. Les figures de l’imaginaire dans la peinture italienne de la fin de la Renaissance (Flammarion, 1997) ; Les grottes maniéristes en Italie (Macula, 1998) ; Mélissa. Magie, astres et démons dans l’art italien de la Renaissance (Hazan, 2008).


Titien, Bacchanale des Andriens (1523-1524).
Détail. Zoom : cliquez l’image.

Titien, Bacchanale des Andriens (1523-1524).
Détail. Zoom : cliquez l’image.
*

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document