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Poutine, le Nouvel Empire

D 16 décembre 2016     C 1 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Après avoir consacré un premier film à l’obscure ascension de Vladimir Poutine, médiocre fonctionnaire du KGB devenu le dirigeant tout puissant de la Russie (Le mystère Poutine), France 2 programmait le jeudi 15 décembre un nouveau documentaire de Jean-Michel Carré sur le maître du Kremlin. Après deux précédents films très critiques « Le Système Poutine » et « Poutine pour toujours », le documentariste tente cette fois d’expliquer pourquoi et comment Poutine, après s’être imposé sur la scène russe, est devenu un acteur incontournable de la scène internationale, notamment à cause du conflit syrien (ou grâce à lui). J.-M. Carré a-t-il retourné sa veste ? S’est-il laissé piéger par sa volonté de comprendre ? S’est-il laisser séduire par « l’intelligence » (elle est indéniable [1]) de Poutine ? Si, à l’évidence, le documentaire manque de distance par rapport aux positions du leader russe, il a le mérite de pointer avec beaucoup de perspicacité les aveuglements et les erreurs répétés des chancelleries occidentales (depuis plus de 15 ans) qui ont permis un retournement de situation géopolitique aussi spectaculaire que prévisible. Que, cependant, dans un monde devenu fou, Poutine fascine désormais certains dirigeants américains (Donald Trump) ou européens (Orban, Le Pen et, maintenant Fillon (qui n’a jusqu’ici pas eu un mot sur les crimes perpétrés par le régime syrien et son allié à Alep)) n’a pas fini d’inquiéter. — A.G.

Poutine, le Nouvel Empire

Un film de Jean-Michel Carré

Avec l’intervention russe en Syrie le 30 septembre dernier, le monde a changé d’une manière sans doute aussi radicale que lors du 11 septembre 2001. Un tournant décisif de l’Histoire s’écrit à un rythme de plus en plus soutenu. Ennemi à abattre un jour, partenaire incontournable le lendemain, Vladimir Poutine souffle le chaud et le froid mais avance toujours ses pions. Après la Tchétchénie, la Géorgie et l’Ukraine, voici ses armées en Syrie, pour la première fois hors de son territoire depuis la chute l’ex-URSS. Allié préférentiel des grands émergents, de la Chine à l’Iran, il s’affirme également comme un modèle de rechange à l’extrême droite et parfois de la droite, comme de l’extrême gauche de l’échiquier européen.

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Interviews de Jean-Michel Carré

1. Sur France Inter, L’Instant M. Sonia Devillers reçoit Jean-Michel Carré.

2. Sur Sputnik, site très controversé qu reprend l’essentiel de la propagande russe [2], Dimitri Bochman reçoit Jean-Michel Carré.

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Critique

Avec l’intervention de son armée en Syrie et son veto diplomatique à l’ONU pour trouver une solution à ce conflit, la Russie est revenue au centre de la scène internationale. Après avoir été marginalisée et souvent méprisée par les dirigeants occidentaux, la Fédération russe veut maintenant redéfinir – à sa manière – les grands équilibres géo-stratégiques issus de la fin de la guerre froide.

A la manœuvre, on retrouve Vladimir Poutine, chef absolu de la nouvelle Russie depuis dix-sept ans qui, tout en tenant son pays d’une main de fer, s’impose désormais comme un chef d’Etat incontournable voulant redonner à la Russie sa puissance d’antan. Que ce soit en Tchétchénie, remise au pas au prix de centaines de milliers de morts, en Géorgie ou en Ossétie, le maître du Kremlin a montré de nouveau ses ambitions, particulièrement en faisant revenir la Crimée dans le giron Russe et en s’opposant militairement aux indépendantistes ukrainiens qui voulaient basculer dans le camp de l’Europe. Dans le premier documentaire de cette soirée spéciale consacrée à Vladimir Poutine, Laurent Delahousse revient sur tous ces conflits et décrypte à travers de nombreuses archives et témoignages l’ascension de ce « fils du peuple », pur produit du système soviétique.

Réflexe nationaliste

Ils racontent comment cet ex-lieutenant-colonel assez terne du KGB (le service de renseignement de l’URSS) est devenu un des maîtres du monde qui avance ses pions en s’alliant avec les pays émergents. D’un point de vue intérieur, il s’appuie surtout sur son peuple qui, dans un réflexe nationaliste après le démantèlement de son empire, rêve toujours de grandeur.

C’est ce renouveau que tente d’expliquer Jean-Michel Carré dans son documentaire Poutine, le nouvel empire, diffusé en deuxième partie de soirée. Déjà auteur de plusieurs films passionnants sur les soubresauts de la Russie, Jean-Michel Carré avance que Poutine est en train de gagner la bataille qu’il a engagée avec le modèle libéral occidental en constituant, comme à l’époque de la guerre froide, un nouveau bloc, l’Eurasie, constitué de fortes puissances (la Chine, l’Iran et l’Inde) dont le centre stratégique serait Moscou.

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Poutine le 3 mars 2016.

Interrogés par le réalisateur, de nombreux observateurs et experts estiment que ce plan de bataille rencontre un écho favorable auprès du peuple russe qui, malgré la corruption institutionnalisée et le délabrement des infrastructures, plébiscite Poutine, autocrate assumé mais capable, selon eux, de régler les difficultés du pays. Une détermination qui, selon le réalisateur, séduit aussi à l’étranger, particulièrement dans les petits pays de la vieille Europe, qui voient avec Poutine un moyen de ne pas être marginalisés par le nouvel ordre mondial. On comprend dès lors pourquoi l’élection surprise, en novembre, à la présidence des Etats-Unis de Donald Trump, piètre stratège en politique internationale, a ravi les dirigeants russes…

Mais il n’y a pas que quelques nations à être séduites par le ­combat de Poutine. Le chef du Kremlin a aussi compris que, pour faire avancer ses idées, il fallait s’appuyer sur l’ensemble des partis de l’extrême droite nationaliste. A travers toute l’Europe (Angleterre, France, Belgique…), les leaders extrémistes en pleine ascension, à l’image de Marine Le Pen en France pour le Front national, voient en Poutine un modèle de rechange et qui n’hésite pas à les aider financièrement, comme l’ont montré plusieurs enquêtes.

La bataille pour un nouvel ordre mondial ne fait que commencer et la Russie a de grandes chances de distribuer les cartes dans les toutes prochaines années.

Daniel Psenny, Le Monde du 15 décembre 2016.

EN IMAGES. Les mille talents de "Super Poutine"
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L’extrême droite autrichienne s’allie à Russie unie, le parti de Vladimir Poutine


[1Avoir mis en échec un Kasparov en témoigne.


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1 Messages

  • A.G. | 23 décembre 2016 - 11:15 1

    "La ’poutinisation’ du monde est en marche"

    Pour le spécialiste de géopolitique François Heisbourg, avec la chute d’Alep et l’intervention du Kremlin dans l’élection américaine, la Russie impose désormais ses règles sur la scène internationale.

    Expert en géopolitique, François Heisbourg est conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche stratégique. Il a notamment écrit "Secrètes histoires. La naissance du monde moderne" (Stock, 2015).

    La chute d’Alep, obtenue grâce à l’intervention musclée de l’armée russe, est-elle le symbole de ce que l’on appelle déjà la "poutinisation" du monde ?

    Oui, à une réserve près : le martyre d’Alep n’est pas partout considéré comme un événement très important. Il l’est, bien sûr, dans les pays arabes et en France, du fait des liens historiques qui unissent notre pays au Levant. Mais ailleurs, cet épisode tragique n’a pas eu le même écho. Cela dit, avec la chute d’Alep, l’intervention du Kremlin dans l’élection américaine et la poussée des leaders populistes prorusses en Europe, on sent bien qu’une forme de "poutinisation" du monde est en marche.

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