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Andrzej Wajda : Une leçon de cinéma

D 22 octobre 2016     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Une leçon de cinéma

Andrzej Wajda nous a quittés le 9 octobre à l’âge de 90 ans. Quelques mois avant sa mort, le cinéaste polonais revisitait l’ensemble de son oeuvre dans une salle de montage de l’école Wajda, créée à Varsovie il y a quinze ans. Une conversation testamentaire, riche et profonde, dans laquelle il livrait les clés de son cinéma.

"Polonais, ce n’est pas une nationalité, c’est un destin." Cette phrase emblématique du cinéaste qui vient de s’éteindre, conscience morale et historique de son pays, correspond parfaitement à son œuvre. Il y a quelques mois, le réalisateur Andrzej Wolski a fait assoir son illustre aîné et compatriote dans une salle de montage de l’école Wajda, créée par le cinéaste à Varsovie il y a quinze ans. Il lui a demandé de revoir et de commenter certaines scènes de ses films, choisies ensemble, afin de recueillir la leçon de cinéma d’un maître à la renommée mondiale. À l’aube de ses 90 ans, le regard d’un bleu espiègle restait toujours aussi vif, et sur les sujets qui eurent toujours sa prédilection, sa parole conservait toute sa bienveillance, sa finesse, son humour et sa vivacité. En revisitant ainsi ses propres films, Wajda a pu à la fois raconter de façon inédite la "cuisine" de son travail et le replacer dans son contexte historique et politique.

Les soubresauts de l’histoire

De Cendres et diamant (1958) à Katyn (2007) en passant par la célèbre trilogie politique que Wajda n’a menée à terme qu’à la fin de sa vie (L’homme de marbre en 1977, L’homme de fer en 1981, et L’homme du peuple en 2013), sa leçon de cinéma épouse les soubresauts de l’histoire polonaise à partir de l’invasion allemande de 1939. Une conversation riche et profonde, dans laquelle Wajda livre les clés de son œuvre, pour un documentaire dans lequel il s’est à la fois impliqué et retrouvé – il avait pu en découvrir le montage peu de temps avant sa mort.

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ECOUTEZ : Hommage à Andrzej Wajda

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Mort d’Andrzej Wajda : la France rend hommage au cinéaste

Le monde de la culture français rendait hommage lundi au grand cinéaste polonais Andrzej Wajda, décédé dimanche à l’âge de 90 ans, et qui avait remporté en 1981 la palme d’or au Festival de Cannes pour son film L’Homme de fer. Saluant un « immense réalisateur » et une « conscience européenne », la ministre de la Culture Audrey Azoulay a estimé que « la France perd un grand ami, dont l’oeuvre avait été soutenue très tôt par le Festival de Cannes ». « Sa vie et son oeuvre se sont confondues dans un même combat héroïque pour la liberté. Elles doivent nous inspirer et nous éclairer au moment où certains peuples d’Europe sont tentés de renoncer à ce qui les unit profondément, l’amour de la liberté », a-t-elle ajouté, dans une réaction publiée sur son compte Twitter.

« Maître incontesté du cinéma polonais, Andrzej Wajda était l’ami de toujours », a pour sa part déclaré à l’Agence France-Presse Gilles Jacob, ancien président du Festival de Cannes. « C’était un cinéaste baroque au lyrisme puissant. Il était aussi la conscience de tout un peuple. Il a accompagné ainsi les soubresauts de l’histoire de son pays », a-t-il souligné. Pour l’Académie des César, « le cinéma d’Andrzej Wajda est à l’image de l’engagement d’un homme qui a donné vie à un cinéma d’histoire empreint de romantisme  ». En 1982, Andrzej Wajda avait été récompensé par un césar d’honneur. L’année suivante, il a décroché le césar du meilleur réalisateur pour Danton, avec Gérard Depardieu.

« Un grand Polonais »

En Pologne, l’émotion est évidemment très forte. « Nous sommes tous de chez Wajda. Nous regardions la Pologne, et nous-mêmes, à travers lui. Et la comprenions mieux ainsi. Désormais, ce sera plus difficile », a regretté sur son compte Twitter Donald Tusk, le président du Conseil européen et ancien Premier ministre polonais. Depuis son deuxième long-métrage Kanal (Ils aimaient la vie), primé à Cannes en 1957, jusqu’à Powidoki (Après-Image, 2016), candidat polonais au prochain oscar du film étranger, Wajda a raconté aux Polonais et au monde entier leur histoire, ses pages sombres comme ses moments lumineux, le plus souvent inextricablement emmêlés.

« Un grand personnage, un grand Polonais, un grand patriote et un grand réalisateur est passé dans l’éternité », a déploré Lech Walesa, le leader historique du syndicat Solidarité et Prix Nobel de la paix. « Chaque fois que nous nous voyions, il disait des choses de grande sagesse », a souligné à l’Agence France-Presse l’ancien président, qui est apparu en personne dans le film L’Homme de fer inspiré par la naissance de Solidarité et couronné par la palme d’or à Cannes en 1981. Wajda a consacré plus tard à Walesa un long-métrage, L’Homme d’espoir (2013). « Nous allons nous revoir bientôt, j’ai déjà fait mes bagages », a ajouté Lech Walesa devant plusieurs journalistes, sans expliquer ses propos.

L’École de cinéma de Lodz (Centre), qui compte parmi ses diplômés tous les grands noms du septième art en Pologne, dont Wajda, a mis lundi des drapeaux noirs sur son entrée. « Ce fut un homme de courage, d’une grande autorité, un maître pour les jeunes », a souligné le comédien Daniel Olbrychski, qui a joué dans 13 films de Wajda. « Il nous parlait de nos petitesses et de nos grandeurs, droit dans les yeux, sans emprunter des détours du mensonge », a-t-il souligné.

Krzysztof Piesiewicz, scénariste de Krzysztof Kieslowski, a rappelé que l’œuvre de Wajda avait eu aussi une facette politique : Wajda, « un des fondateurs de la liberté polonaise, notamment à travers sa magnifique peinture de notre identité ». Résumant le sentiment général, un critique du cinéma, Tomasz Raczek, a écrit sur son compte Twitter : « Le deuil dans le cinéma polonais sera long. »

« Il paraissait éternel »

Ces derniers mois, ses amis ont constaté que sa santé faiblissait, mais ils se refusaient à croire qu’il puisse les quitter. « On savait qu’il était malade, qu’il avait 90 ans. Il est entré il y a quelques jours à l’hôpital, mais on espérait qu’il en sortirait », a raconté le réalisateur et président de l’association des cinéastes polonais Jacek Bromski sur la chaîne privée TVN24. « Il n’y a pas si longtemps, je l’ai rencontré à l’occasion de la cérémonie de son 90e anniversaire. Il était en excellente forme, notamment intellectuelle, a raconté l’acteur Marian Opania. Je n’ai pas du tout pensé que cela puisse arriver, il me paraissait éternel. »

Car, malgré son grand âge, le cinéaste était resté très actif ces dernières années, secondé par sa femme Krystyna Zachwatowicz, actrice, metteur en scène et scénographe. Dans Katyn, sélectionné aux Oscars en 2008, il racontait l’histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l’un des 22 500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Son dernier film, Powidoki (Après-Image), a été projeté en première mondiale en septembre au Festival de Toronto (Canada) et n’est pas encore sorti en salle. Wajda y raconte les dernières années de la vie d’un peintre d’avant-garde et théoricien de l’art, Wladyslaw Strzeminski, en lutte contre le pouvoir stalinien. « Avec ce film, je voulais mettre en garde contre toute intervention de l’État dans les affaires de l’art », déclarait-il lors de sa dernière apparition en public, il y a quinze jours, au Festival du film polonais à Gdynia (Nord). Certains critiques y ont vu une métaphore de la Pologne actuelle dirigée par les conservateurs de Droit et Justice (PiS).

« Le réalisateur a souhaité être enterré à Cracovie ». (lepoint.fr)

L’ancien chef de l’Etat Bronislaw Komorowski, a regretté devant les journalistes que la Pologne n’ait pas offert à Wajda de funérailles nationales, "qu’il avait méritées mille fois".

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