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Jean-Yves Pouilloux, L’art et la formule (entretien)

D 30 septembre 2016     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

L’art et la formule
Collection L’Infini, Gallimard
Parution : juin 2016

« "Ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur." Ces lignes souvent citées sont écrites par Marcel Proust dans le dernier tome de son immense construction, Le temps retrouvé. Elles ne sont pas exactement faciles à interpréter, et l’on a souvent été tenté d’y voir l’expression d’une croyance plus ou moins mystique dans la permanence d’un au-delà de la mort qui viendrait hanter les vivants, ou d’une adhésion à ce qu’on a appelé des tentations spiritualistes voire carrément spirites, ou encore d’une philosophie idéaliste. On peut aussi y lire une véritable "religion de l’art", et de la littérature en particulier.
Et tant d’autres, poètes, essayistes, romanciers, qui ont ressenti l’urgence d’ouvrir les yeux, ou comme disait Huxley, reprenant William Blake, d’ouvrir les "Portes de la perception". C’est le parcours que je me propose d’explorer à travers des œuvres en apparence éloignées les unes des autres, et même hétérogènes, mais, selon moi, mues par une préoccupation analogue. J’espère qu’on acceptera d’accompagner mon cheminement hasardeux, et convaincu, voire obstiné. »
Jean-Yves Pouilloux.

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jean-Yves Pouilloux. Crédits : Ariane Bayle.

"Le livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer, puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur." Marcel Proust, Nicolas Bouvier, Jean Paulhan, Raymond Queneau... tous ont fait oeuvre de traduction. Mais comment chacun est-il parvenu à dire l’impression première que suscitaient en eux la vue d’une aubépine, un aigle qui surgit ou encore des amants qui s’embrassent ?

Le texte du jour

« Une petite voiture encadrée par deux coureurs qui la manoeuvrent de l’extérieur, ça retient quand même l’attention. Les camions qui venaient d’Erzerum la connaissaient déjà par les récits de ceux qui nous avaient dépassés la veille. D’aussi loin qu’ils l’apercevaient, ils saluaient au klaxon. Parfois, au moment de croiser, ces monstres lancés dans la descente s’arrêtaient sur cinquante mètres en arrachant leurs pneus et les chauffeurs descendaient pour nous offrir deux pommes, deux cigarettes, ou une poignée de noisettes. L’hospitalité, l’honnêteté, le bon vouloir, un chauvinisme candide sur lequel on peut toujours faire fond : voilà les vertus qu’on trouve ici. Elles sont simples, et bien palpables. On ne se demande pas – comme il arrive en Inde – si on les a vraiment rencontrées, ni si ce sont bien des vertus. Elles frappent et si par hasard on n’a rien remarqué, il se trouve toujours quelqu’un pour vous dire « voyez, tout cela... cette gentillesse, cette correction, etc., ce sont nos bonnes qualités turques ». La route du Cop est excellente parce que les militaires l’entretiennent soigneusement. Mais elle est très raide et monte à trois mille mètres. Il nous fallut pousser et courir constamment ; on atteignit le sommet, le cœur près d’éclater. Le ciel était bleu et le spectacle d’une splendeur inimaginable : d’énormes ondulations de terre descendaient en moutonnant à perte de vue vers le sud ; vingt fois au moins on perdait et on retrouvait la trace claire de la route ; au fond de l’horizon, un orage occupait une insignifiante portion de ciel. Un de ces paysages qui à force de répéter la même chose convainquent absolument. Une lourde cloche suspendue à une potence indique le sommet du col. On la sonne encore quand la neige est tombée, pour les voyageurs qui ont perdu la route. Comme je m’en approchais, un aigle qui était perché dessus s’envola en frappant le bronze de ses ailes et une vibration éperdue, interminable, descendit en s’élargissant sur ce troupeau de montages dont la plupart n’ont même pas de nom. »

Nicolas Bouvier, L’usage du monde (1963), « La route d’Anatolie », (Bibliothèque Payot, 2003)

Extraits

- Proust, A la recherche du temps perdu, Le temps retrouvé (1927) ; lecture : Denis Podalydès
- Archive : Nicolas Bouvier : émission « Agora » 21/04/1994. Nicolas Bouvier au micro d’Olivier Germain Thomas
- Archive : Alexandre Hollan, France Culture , émission "Hors champs" (19 07 2013)

Lecture

- Nicolas Bouvier, L’usage du monde (1963), « La route d’Anatolie », (Bibliothèque Payot 2003)

Référence musicale

- Jean-Marie Hummel, Le 1er voyage

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