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D 11 septembre 2015     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

TEST VINCI

En mai 1992, France Culture diffusait une émission réalisée pour le 540e anniversaire de la naissance de Léonard de Vinci. Il s’agissait d’un documentaire de Pascale Charpentier consacré au peintre italien de la Renaissance, composé d’un montage d’entretiens illustrés de lectures. Avec Daniel Arasse, historien de l’art, Marcelin Pleynet, écrivain, Olivier Debré, artiste peintre, Italo Rota, architecte, Pierre Rosenberg, Conservateur du Musée du Louvre, et l’astrophysicien Hubert Reeves.

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Les interventions de Marcelin Pleynet

1. La jeunesse et l’apprentissage de Léonard à Florence, son savoir empirique et autodidacte de peintre touche-à-tout, ses dons d’observation et d’imagination.

2. Les emplois d’ingénieur militaire et d’organisateur de fêtes de Léonard chez ses mécènes de Milan, Florence et en France. Léonard, enfant de l’humanisme florentin de la Renaissance.

3. La qualité de l’observation, les phénomènes du regard privilégiés chez Léonard au service de la peinture, l’art le plus noble qu’il y ait au monde.

4. « L’oeil, miroir de l’âme, intelligence du corps » ; le regard chez Léonard sauve le corps de la décrépitude ; sa mélancolie pour tout ce qui concerne le monde matériel sublimée par la peinture. Sa vision philosophique du monde.

5. Analyse de La Cène.

6. Anecdote concernant le début de la réalisation de la peinture de La bataille d’Anghiari au Palazzo Vecchio de Florence.

7. Analyse et commentaires sur l’oeuvre Vision du déluge.


Léonard de Vinci, Déluge, 1517-1518. Dessin, 162 x 203 mm. Royal Collection.
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Léonard de Vinci peintre

Le 14 avril 2017, France Culture rediffusait cette émission en ne conservant que deux intervenants : Daniel Arasse et Marcelin Pleynet.

Tout à la fois peintre et ingénieur, intéressé autant par l’anatomie que par l’astronomie, Léonard de Vinci est né un 15 avril, en 1452. Une archive passionnante explore l’esthétique de l’un des plus célèbres peintres.


Léonard de Vinci, Autoportrait.
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Son nom appelle immédiatement La Joconde ou encore La Cène. Artiste mystérieux et objet de légende, Léonard de Vinci est né, comme son nom l’indique, à Vinci en Toscane le 15 avril 1452. Il fut à la fois peintre, ingénieur militaire, concepteur de fêtes à la Renaissance, passionné autant par l’astronomie et l’anatomie, éternellement curieux. S’il y a bien des manières d’entrer dans son oeuvre, tant celle-ci est vaste, tentons de comprendre ici pourquoi la postérité a retenu plus particulièrement son activité de peintre.

En mai 1992, pour l’émission Une Vie, une oeuvre, la documentariste Pascale Charpentier lui consacrait un documentaire, dans lequel les critiques d’art Daniel Arasse et Marcelin Pleynet traçaient quelques aspects du talent de Léonard peintre. Tour d’horizon.

La légende Léonard de Vinci

Selon un sondage réalisé par la revue Beaux-Arts en avril 1992, Léonard de Vinci est l’artiste favori des Français. Au micro de la documentariste Pascale Charpentier, l’historien Daniel Arasse revient sur les raisons de ce succès :

Si l’on retient souvent la peinture comme art principal de Léonard de Vinci, l’historien rappelle une réalité en fait beaucoup plus riche. Car même s’il a peint tout au long de sa vie, il a également été ingénieur militaire et concepteur de grandes machines pour les fêtes de la Renaissance. Homme de cour, au service des princes de l’époque, ses recherches ont porté autant sur l’anatomie que sur l’astronomie, comme en témoignent ses Carnets. Mais très vite, dès le milieu du XVIe siècle, la légende se met en place, privilégiant son activité de peintre.

A ÉCOUTER AUSSI La postérité de Léonard de Vinci et Léonard de Vinci, courtisan (La Fabrique de l’Histoire)

L’historien souligne également combien la fascination pour Léonard de Vinci tient aussi au caractère extrêmement discret de l’homme : « Léonard de Vinci se cachait. Sa grâce extrême consistait à ne pas manifester ses humeurs, ses tempéraments ». Sa représentation de lui-même ? Réponse avec son autoportrait :

« Dans l’œuvre la plus intime qu’il puisse faire lui-même, il se présente sous le masque d’un philosophe antique. »

L’éloge du regard

Pour Léonard de Vinci, la peinture est un témoin de la connaissance du monde et du rapport de l’homme au divin. L’œil, dont il fait l’éloge, tient ainsi une place essentielle souligne Daniel Arasse :

« [La peinture] est la synthèse de possibilités de démonstration qu’a l’homme de sa connaissance du monde et de la maîtrise qu’il a sur le monde. En donnant une image vraie du monde, l’homme démontre qu’il connaît ou maîtrise le monde, et qu’en tant que tel, il est bien au centre du monde, la créature privilégiée de Dieu. »

Le peintre comme un intermédiaire entre le cosmos et l’homme. Un point que souligne également Marcelin Pleynet, rappelant toute l’importance de la lecture de Lucrèce sur l’œuvre de Léonard de Vinci :

« Le corps en lui-même va se dissoudre. Il n’y a que le regard, et l’intelligence que le regard apporte qui peut lui donner une dimension susceptible de se supporter lui-même. Tout ce qui relève du corps et des humeurs est d’une certaine façon condamné. (...) C’est l’expérience qui passe par le regard qui permet de sauver l’homme de cette décrépitude. (...) Il a lu Lucrèce, il a lu le fait que le monde matérialiste chez Lucrèce est condamné à disparaître pour renaître son forme d’atomes, etc. Et il y a incontestablement chez Léonardo une mélancolie pour tout ce qui concerne le monde matériel, une mélancolie qu’il sublime à travers cet éloge du miroir, cet éloge de l’œil et, bien entendu, à travers la peinture. »

Le vu et non-vu chez : l’art du sfumato

Parmi les apports très importants de Léonard de Vinci à la peinture, Daniel Arasse souligne l’importance du sfumato, cette technique qui "consiste à effacer la ligne de contour" . Pour lui, tout l’intérêt du sfumato réside dans cette tension entre la tradition de la question du contour et la recherche de la vie en peinture :

« Le sfumato vient d’une grande tradition telle que Pline [l’Ancien] la rapporte : la question du contour est le suprême subtilité de la peinture. Parce que, si le contour est trop visible, il créé une rupture dans l’image. Alors que, si le contour n’est pas visible - et la formule est de Pline - la peinture promet même ce qu’elle ne montre pas. Il y a donc une possibilité de suggestion extraordinaire de la peinture par ce qu’elle cache. (...) Quel est l’enjeu du sfumato à la fin du XVe siècle ? C’est l’idée de suggérer que l’image est vivante. On rejoint le problème de la grâce de [Giorgio] Vasari qui dit : "la grâce est ce qui surgit entre le vu et le non-vu, et que possèdent les choses vivantes". »

Autre tension entre le vu et le non-vu, Daniel Arasse, évoquant La Cène, et la représentation du traître :

« Léonard de Vinci est le premier à mettre Judas avec les apôtres. (...) Ce que Léonard de Vinci a inventé, entre autres choses, c’est la figuration du traître : comment représenter quelqu’un qui se cache.” »

Léonard de Vinci, La Cène.
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Léonard de Vinci et ses contemporains

Si Daniel Arasse évoque les relations difficiles entre Léonard de Vinci et Michel-Ange, Marcelin Pleynet insiste pour sa part sur la différence entre sa peinture et celle de Raphaël :

« Ce qu’il y a d’extraordinaire chez Raphaël, c’est qu’on ne sent pas l’effort. Tout vient tout seul. La perfection est absolue, mais l’effort pour la conquérir n’est jamais perceptible. (...) Chez Léonard de Vinci, on sent, au contraire, que la perfection, il la sait inatteignable. Par conséquent, il la fuit. Il y a toujours une fuite en avant, une volonté de fuir à tout ce qui fermerait le tableau et qui limiterait le monde de l’œuvre d’art à la surface de la toile. »

Léonard de Vinci en quelques tableaux

Et pour finir, place aux tableaux du maître, le tout en archives radiophoniques :

Histoires de peintures : La Joconde
L’Adoration des mages (Histoire de peintures, Daniel Arasse)
La Saint-Anne (La Fabrique de l’Histoire, un documentaire de Perrine Kervran et Anne Fleury)

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La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne

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Léonard de Vinci, 1508-1510
Huile sur bois, 168 cm × 130 cm. Le Louvre.


Léonard de Vinci se signale parmi tous les peintres italiens comme n’ayant jamais peint ni Crucifixion ni Pietà. Très singulier, il a fait ce tableau, et nous devons comprendre comment cela implique qu’on n’entre ni dans la Crucifixion ni dans la Pietà. Il s’agit, bien entendu, d’un défi porté à la Bible. On n’est plus dans l’intervention d’un Dieu qui prélèverait une côte sur un corps masculin pour en faire une femme. Il y a donc eu cette longue incubation du féminin, où du féminin engendre du féminin lequel engendre son principe causal, sans qu’on puisse jamais distinguer une pause par rétroaction entre le corps et l’esprit ou la chair et le verbe, comme vous voulez. Très significative est la position, dans ce tableau, de l’enfant Jésus qui est déposé et comme retenu par sa mère, assise elle-même sur les genoux de sa mère. Les regards sont à analyser de près. Anne regarde en surplomb, la mère a les yeux plus ouverts, et le garçon, car c’en est un assurément, tourne la tête de l’autre côté comme rétroactivement, comme s’il se tournait vers un passé qui ne finira pas d’être toujours présent. En même temps, comme vous le voyez je suppose, il saisit très fermement les oreilles de cet agneau qui se trouve là pas par hasard, l’agneau christique donc, et la jambe gauche — ceci est peu souligné parce qu’on s’attarde, et il ne s’agit pas de vautour, sur les pieds d’Anne et de Marie — de façon très symphonique, la jambe gauche enjambe. Ce garçon enjambe le dos de l’agneau qu’il est. Il s’enjambe.
Cette histoire a suinté à travers les siècles jusqu’à ce dogme, et on peut dire que le dogme a eu lieu au moment où, franchement, on avait atteint le comble de l’absurdité en le promulguant. C’est d’ailleurs Flaubert qui, dans une lettre, s’éblouit d’une telle initiative, « ça c’est vraiment très fort » dit-il, au moment même où ça semble ne plus avoir aucun sens. Dogme de l’Immaculée Conception.

Philippe Sollers, Le Saint-Âne, 2004, Verdier, p. 26-28.
(Fugues, 2012, Folio 5697, p. 741-742).

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Restauration

Le 18 décembre 2008, à l’occasion d’un décrochage de l’œuvre, Sylvain Laveissière, conservateur au département des Peintures, a découvert trois dessins au revers vraisemblablement de Léonard de Vinci, représentant une tête de cheval (proche de celles conçues par Léonard pour La Bataille d’Anghiari, la moitié d’un crâne ressemblant à l’une de ses études conservées à Windsor, et un enfant tenant un agneau qui rappelle trois dessins préparatoires [1].
Cette découverte a été l’occasion pour le musée du Louvre d’organiser le 17 juin 2009 une journée d’étude consacrée à la Vierge à l’Enfant avec sainte Anne. Sous la direction de Vincent Delieuvin du département des peintures, cette journée a été l’occasion d’un examen attentif de l’œuvre et a permis l’intervention d’historiens d’art et de divers spécialistes de l’investigation matérielle pour présenter au public les principaux résultats, enjeux et découvertes de cette enquête.
En février 2010, le musée du Louvre a annoncé qu’il allait décrocher le tableau pour qu’il puisse subir une méticuleuse restauration. Cette restauration annoncée sous haute surveillance répond à une urgence en termes de sauvegarde de l’œuvre a précisé Vincent Pomarède, le chef du département. Vincent Delieuvin a précisé qu’« il s’agit d’alléger et uniformiser le vernis, afin qu’il cesse de tirer sur la couche picturale, faire de même avec les paquets formés par des repeints, et enfin retoucher ceux dont la couleur a viré, provoquant ce phénomène de tache [2]. »
La restauration, dirigée par Cinzia Pasquali choisie à l’issue d’un appel d’offres, a débuté fin 2010 au Centre de recherche et de restauration des musées de France, grâce au mécénat de Barry Lam (en), et duré 15 mois5.
En mars 2012, le conservateur au département des peintures du musée du Louvre, Vincent Delieuvin, a placé ce chef-d’œuvre de Léonard de Vinci, restauré avec le concours du Centre de recherche et de restauration des musées de France, au cœur d’une exposition exceptionnelle, intitulée « La sainte-Anne, l’ultime chef-d’œuvre de Léonard de Vinci » (Wikipedia).

La version restaurée et exposée en 2012.


Léonard de Vinci, La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne.
Photo A.G., 25 janvier 2017. Zoom : cliquez l’image.

Peu après l’annonce de la démission du pape Benoît XVI et en plein débat sur le « mariage pour tous », Philippe Sollers, le 15 février 2013, écrivait avec humour (PSA contre PMA) :

« Péché — J’insiste : un pape, à la différence de toutes les autres religions, est tenu de croire en Dieu sous la forme d’une incarnation humaine historiquement située. La Vierge Marie s’en charge, dans une procréation spirituellement assistée. Mais cette Marie a elle-même une mère, Anne, qui a conçu sa fille "sans péché", c’est-à-dire en dehors du péché originel. C’est quoi, "le péché originel" ? La sexualité ? Mais non, le calcul. Le Diable est la négation du gratuit, l’appropriation indue, le profit. Ce n’est pas pour rien que le dogme de l’Immaculée Conception a été défini comme "ineffable", c’est-à-dire au-delà de toute expression et de toute évaluation. Si vous voulez en avoir une idée, allez au Louvre, et restez quelques instants devant le tableau de Léonard de Vinci, La Vierge, l’enfant Jésus et sainte Anne. Si, devant cette douceur bouleversante, vous ne devenez pas sur le champ catholique, je ne peux plus rien pour vous. » (lepoint.fr, 15 février 2013).

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Trois cartons et 20 ans ont été nécessaires à Léonard De Vinci pour parvenir à peindre La Vierge, l’Enfant Jésus et Sainte Anne. Extrait de la Saint Anne de Léonard De Vinci, La Naissance d’un Chef-d’œuvre.

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[1Vincent Noce, « Vinci côté pile », Libération,‎ 18 décembre 2008.

[2Vincent Noce, « un Vinci bientôt en soins intensifs », Libération,‎ 5 février 2010.


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