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Luciano Berio : Hommage à Joyce

D 1er mars 2015     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

« Tout ce qui est lié à la voix m’intéresse énormément : que ce soit la voix naturelle ou la voix avec microphone, le parler, la résonance, la voix de tête, de nez, de poitrine ou... comment dire ?... d’utérus. La voix est le phénomène le plus riche du monde. » Luciano Berio.

Chamber Music (after James Joyce)

Chamber Music, for female voice, clarinet, cello & harp (1953)

I. Strings in the Earth and Air
II. Monotone
III. Wind of May

Marco Lazzara, alto
Lucia Rosati, clarinet
Giovanni Scaglione, cello
Alessandra Magrini, harp


Chamber Music for female voice, clarinet, cello, and harp is one of Luciano Berio’s first important pieces. He wrote the three settings of James Joyce poems in 1953 for soprano Cathy Berberian, who was his wife at that time. Although Chamber Music is basically twelve-tone, Berio’s use of the technique avoids many of the prevailing ultra-controlled applications of serial systems. While Berio’s work, as with the work of his close colleagues, is informed by the system that was so pervasive among the 1950s avant-garde, he rarely used twelve-tone techniques in an orthodox fashion. Instead, he applies this technique as a set of tools with which to create a given composition’s internal hierarchies. Chamber Music is a case in point : Berio’s flexible use of a twelve-tone row and its permutations (inversion, retrograde, and so on) allows for repeated note cells or closely cycling fields of pitches comprising only part of the row, for example.

A lyric element evident in the vocal line and inherent in the row itself may be traced in part to Berio’s contact with Luigi Dallapiccola — the most lyric of serialists — at Tanglewood, in the summer of 1952, and through studies of the older composer’s scores. In general terms, the textures of Chamber Music tend toward the austere quality of Webern, pointillism, the supple application of dynamics, and the note-by-note shifts in instrumentation known as klangfarbenmelodie. Berio’s choice of the poetry of James Joyce and the almost theatrical stance of each setting evince the composer’s wide-ranging interest in the modernist literature, which is quite evident in Laborintus II, Sinfonia, La vera storia, and other pieces. The three poems are "Strings in Earth and Air", "Monotone", and "Winds of May." "Strings in Earth and Air", the longest of the three settings, begins with harp and voice ; cello and harp join in rhythmically prosaic contrapuntal accompaniment. Only the voice takes a consistently lyric line, with more subtle rhythms and a well-shaped line. The ensemble fills out the serialized harmonic field. Berio sets much of "Monotone" on a single pitch, with an arpeggiated flourish for effect later in the song. The brief setting of "Winds of May" is spoken in the beginning and the end, while the middle lines have a windy word-painting that is matched throughout the song by quick, blustery instrumental writing.

The settings of Chamber Music are deft, and although they don’t match the complexly connected text-and-music pieces found in Berio’s career, the melodic lines, contrapuntal accompaniment, and flexible use of the twelve-tone armature represent a step along the way to his mature style. [allmusic.com]

*

Thema : Omaggio a Joyce, pour bande magnétique (1958)

Voix : Cathy Berberian.

D’après l’épisode des Sirènes dans Ulysses de James Joyce (1882-1941).


Images de Dublin provenant du documentaire : "Walking into eternity. The Dublin Tour"


Bronze by gold heard the hoofrons,
Steelyringing imperthnthn thnthnthn.
Chips, picking chips off rocky thumbnail, chips. Horrid ! And gold flushed more.
A husky fifenote blew.
Blew. Blue bloom is on the
Gold pinnacled hair.
A jumping rose on satiny breasts of satin, rose of Castille.
Trilling, trilling : I dolores.
Peep ! Who’s in the... peepofgold ?
Tink cried to bronze in pity.
And a call, pure, long and throbbing. Longindying call.
Decoy. Soft word. But look ! The bright stars fade. O rose ! Notes chirruping answer. Castille. The morn is breaking.
Jingle jingle jaunted jingling.
Coin rang. Clock clacked.
Avowal. Sonnez. I could. Rebound of garter. Not leave thee. Smack. La cloche ! Thigh smack. Avowal. Warm. Sweetheart, goodbye !
Jingle. Bloo.
Boomed crashing chords. When love absorbs. War ! War ! The tympanum.
A sail ! A veil awave upon the waves.
Lost. Throstle fluted. All is lost now.
Horn. Hawhorn.
When first he saw. Alas !
Full tup. Full throb.
Warbling. Ah, lure ! Alluring.
Martha ! Come !
Clapclop. Clipclap. Clappyclap.
Goodgod henev erheard inall.
Deaf bald Pat brought pad knife took up.
A moonlight nightcall : far : far.
I feel so sad. P. S. So lonely blooming.
Listen !
The spiked and winding cold seahorn. Have you the ? Each and for other plash and silent roar.
Pearls : when she. Liszt’s rhapsodies. Hissss.

*

Les expériences compositionnelles de Berio à partir d’un fragment d’Ulysse de James Joyce se proposent de mettre en évidence les virtualités poétiques du mot écrit, dit et entendu, sans établir la prépondérance d’un des deux systèmes, le poétique ou le musical. Le compositeur cherche à situer le mot joycien dans un tissu sonore complexe qui l’assimile et le prédétermine à la fois.

Une première expérience avait été menée lors de la préparation d’une émission radiophonique au Studio de Phonologie de la RAI à Milan, la seconde, connue en tant qu’œuvre sur bande, sera intitulée Thema (Omaggio a Joyce).

Le matériau sonore devenu point de départ pour l’élaboration électronique est le texte du début du chapitre XI — « Les sirènes » — d’Ulysse de Joyce. Le choix n’est pas hasardeux : Berio est particulièrement attiré, par la musicalité du texte littéraire. Les onomatopées et la reproduction des sonorités similaires à distance surimpriment au texte de Joyce une structure phonique évidente pour le lecteur qui écoute ; elles sont assimilées tout naturellement par Berio aux modalités d’articulation proprement musicales. Ainsi « Imperthnthn thnthnthn » est apparenté aux trilles ; « Chips picking chips » au staccato.

Mais la musique au niveau de la microstructure chez Joyce est étroitement liée à l’idée d’une construction formelle d’inspiration musicale aussi, celle de la fuga per canonem. Et l’idée de la fugue canonique aura une importance considérable pour la première expérience de Berio à partir du texte de Joyce, en collaboration avec Umberto Eco.

Dans Thema (0maggio a Joyce), Berio se concentre sur la lecture par Cathy Berberian du texte, anglais, accepté en tant que système sonore où se trouvent condensées les intentions polyphoniques de Joyce. Dans cette optique, les versions du texte en français et en italien assument uniquement une fonction de démarqueurs rythmiques qui ponctuent la matière sonore. Quant au texte anglais, ses mots sont classés d’après leurs propriétés phoniques et condensés en agrégats sonores, sortes d’accords, d’après une échelle de couleurs vocales qui s’étend de A à U, y compris les diphtongues. La disposition originale de cette « série » de couleurs timbrales « correspond, dans les limites d’une interprétation schématique du mécanisme de la production des sons vocaux, aux positions successives des points de résonance de l’appareil vocal » (Berio).

La fonction des moyens électroniques est de transformer les couleurs sonores, de multiplier les bribes du texte, de décomposer et recomposer les énoncés continus, en les soumettant à des critères d’organisation essentiellement différents de ceux qui privilégient la signification du langage. La variation des vitesses, des durées et des bandes de fréquences permet de découvrir de nouvelles relations à l’intérieur du même matériau, Thema (Omaggio a Joyce) pour 4 canaux et donc 4 haut-parleurs se soumet dans son ensemble à un schéma formel tripartite. La première partie est une lecture musicalisée du texte de Joyce par Cathy Berberian ; dans la seconde partie, le compositeur développe les virtualités du texte en utilisant des mots et des bribes de mots, souvent manipulés par filtrage et réverbération, mais identifiables ; des phonèmes ou des agrégats de phonèmes, des événements sonores complexes obtenus par mixages successifs. La troisième partie débutant, après un silence, par l’intervalle vocal de seconde majeure ascendante, reprend des fragments du texte, lus ou légèrement manipulés et tout à fait distincts à l’écoute.

d’après Ivanka Stoianova, programme Ars Musica 1992.

Lire aussi : D’une expérience en écoute de phoné et logos. Texte, son et structure dans Thema (Omaggio a Joyce) de Luciano Berio

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Luciano Berio sur le site de l’IRCAM
Luciano Berio : site officiel


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