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Apple : Censurez-moi ces seins

D 26 mars 2014     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Par G.L., Le Nouvel Observateur, 14-03-2014

La société américaine refuse de commercialiser "La Femme", de Bénédicte Martin, sur son iBooks Store.C’est à cause de sa couverture.

« Les Editions des Equateurs viennent d’en faire les frais : elles nous« informent que le livre de Bénédicte Martin, "La Femme", à paraître le jeudi 20 mars (diffusion Interforum) a été censuré par Apple, dans sa version numérique. »

Ça n’est pas pour son contenu, qui se présente comme l’expression poétique d’une« féminité rebelle »sur toutes sortes de sujets (prostitution, désir des mâles, violences domestiques...). C’est pour quelque chose de beaucoup plus subversif : sa couverture.

Apple a en effet jugé« inapproprié »cette image d’une« femme aux seins nus prolongeant une lame de poignard ».Et semble assez peu sensible au fait qu’elle soit« une création d’inspiration surréaliste du maquettiste Stéphane Rozencwajg ».On doute que le problème soit posé par la lame de poignard. »

[…]

« Que de femmes ont de la cervelle plein la poitrine ! », s’exclame pourtant Madame de Pompadour, qui se trouve citée à l’intérieur-même du livre. Mais tant pis pour la Pompadour, tant pis pour les femmes, tant pis pour les belles poitrines. Quand Apple n’aime pas, Apple n’aime pas.


G.L.

Le Nouvel Observateur, 14-03-2014

Voir aussi :

« Apple couvre ce sein qu’il ne saurait voir »

Le Monde.fr, 14.03.2014,par Macha Séry,

Olivier Frébourg, directeur des éditions de l’Equateur, ne décolère pas contre la « bêtise » d’Apple, qui a décidé de retirer de son portail en ligneLa Femme, de Bénédicte Martin, à paraître le 20 mars, au motif que sa couverture était « inappropriée ». Telle est la décision notifiée par le géant américain au diffuseur de la maison d’édition, Interforum, jeudi 13 mars. L’objet du délit ? Une splendide photographie en noir et blanc où figure un poignard prolongé par un corps de femme nue.

Ce n’est pas la première fois qu’Apple refuse de diffuser un livre. L’iBookstore a déjà censuré la version numérique des albums photos Hippie1 Hippie2 du Danois Peter Øvig Knudsen, consacré aux années 1970. L’auteur, soutenu par la presse, a protesté auprès du ministre de la Culture danois, Uffe Elbæk, dans une lettre ouverte.

INCONVENANTS, LES NUS D’INGRES, RENOIR ET BOTTICELLI ?

En novembre 2012, Apple retirait de l’iTunes Store The Proof of the Honey, un livre érotique de la syrienne Salwa Al-Neim, publié par Europa éditions, un best-seller traduit en dix-neuf langues. Même motif – « caractère inapproprié » de la couverture, où apparaissait une chute de reins–, même punition. L’éditeur pointait à l’époque l’illogisme d’une telle décision sur sa page Facebook. « On pourrait donc penser qu’ils considèrent comme inconvenants les nus classiques d’Ingres, Renoir et Botticelli, sans mentionner la photographie de Man Ray. Qu’en est-il alors des éditions de Dud Avocado, Tyrant Banderas, de la New York Book Review, ou de notre livre The Days of Abandonment ? Rien du tout. Ils sont tous disponibles dans la librairie d’iTunes. »

La législation sur la liberté d’expression ne s’applique pas à une société privée libre de commercialiser ou non les produits qu’on lui propose. On peut toutefois s’interroger sur l’incohérence de la politique éditoriale du géant américain en la matière. Une simple consultation de la librairie en ligne permet, par exemple, de découvrir une autre chute de reins, celle qui figure en couverture de l’Anthologie de la photo de nu, de Dani Olivier (éditions ASAP, 2012).

Apple s’est aussi attaqué à des bandes dessinées jugées pornographiques. En avril 2013, la firme américaine a ainsi demandé à Izneo, un libraire en ligne, de retirer de son application de l’Apple Store 40% de son catalogue de BD riche de 3700 titres, notamment des albums destinés aux adultes, mais aussi Largo Winch, XIII, Blake et Mortimer.
[…]

DANS « TCHOUPI PART EN PIQUE-NIQUE », IL Y A « NIQUE »

« Ce qui me frappe, c’est que, lorsqu’on contacte Apple France, ils disent n’être responsables de rien, que le siège est aux Etats-Unis et, lorsqu’on se rend à Palo Alto, comme je l’ai fait en mai 2012, ils rejettent la faute sur les robots », observe Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE). C’est en effet des algorithmes qui détectent ce qui est inconvenant, par reconnaissance d’images et mots-clefs tels « pénis ». Raison pour laquelle la marque à la pomme avait décidé de « flouter » en 2012 l’album pour tout-petits Tchoupi part en pique-nique, à cause du mot « nique », remplacé par des étoiles.

Apple s’est aussi illustré en masquant une partie du titre du livre de l’Anglaise Naomi Wolfe, Vagina, a New Biography. La mobilisation des lecteurs face à cette manifestation de pudibonderie fut telle que l’opérateur a fait machine arrière. Apple reconnaît, non des dysfonctionnements, mais, au cas par cas et chichement, quelques erreurs de jugement face aux tollés suscités par les fourches caudines de ses robots.

Lorsque la multinationale a décidé de ne pas publier sur iPad deux planches où apparaissait une déesse nue, dans l’adaptation en bande dessinée d’Ulysse, de James Joyce, Robert Berry, le dessinateur, a d’abord proposé un compromis : une prude feuille de vigne. « Nous nous étions résolus, au pire, à pixelliser certaines images, mais nous ne pensions pas devoir retravailler totalement le dessin, a expliqué Robert Berry, à France24.com. Nous avons reçu un appel d’Apple, disant qu’ils voulaient que toute scène de nudité soit ôtée. Ils étaient polis, mais très fermes. »

Finalement, l’auteur a obtenu gain de cause, sans avoir besoin d’apposer une feuille de vigne. Et Izeo a aussi pu réintégrer quelques titres à son catalogue après avoir engagé des pourparlers avec Apple. « On a l’impression que les robots sont comme des sentinelles qui font une ronde de temps en temps. Il suffit parfois de remettre en place un livre un mois plus tard pour que, cette fois, ils ne soient pas enlevés », souligne Vincent Montagne.

« C’EST TRÈS HYPOCRITE »

Apple n’est pas la seule firme américaine à s’offusquer à la vue d’un mamelon. En 2011, un artiste danois avait été exclu de Facebook pour avoir posté une photo de profil du tableau L’Origine du monde, de Courbet. Même chose, l’année suivante, pour l’affiche de l’exposition de Laure Albin Guillot représentant une femme, seins nus, postée par le Jeu de Paume sur son profil Facebook.

Olivier Frébourg, lui, se refuse à changer la couverture de La Femme. « Apple vend des ouvrages érotiques autrement plus hard que le livre de Bénédicte Martin, qui défend l’émancipation politique et sexuelle des femmes. Et là, il ne trouve rien à redire. C’est très hypocrite. » De fait, sur l’Apple Store, existe une catégorie d’applications IOS rangées dans la catégorie « Erotica ».

Macha Séry
Journaliste au Monde

V.K.


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