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La langue cachée d’Amazonie

D 1er octobre 2013     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Réalisation : Randall Wood, Michael O’Neill
Australie, 2012, 55’.

Au coeur de la forêt amazonienne existe un mystérieux langage qu’aucun étranger n’a jamais appris. Jusqu’à aujourd’hui. Après trente ans de recherches, en vivant avec les Pirahas, un homme a finalement déchiffré le code. La mission de Daniel Everett était d’évangéliser l’Amazonie. Au lieu de cela, le missionnaire a découvert un peuple exceptionnel, qui n’a pas de mots pour les chiffres et les couleurs, ne se préoccupe ni du lointain passé ni du futur, et n’a aucun besoin de son Dieu. La découverte de cette nouvelle langue remet ainsi en cause quelques théories admises sur le langage humain.

Extrait


La Langue cachée d'Amazonie par Telerama_BA

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C’est en parlant une autre langue que Dan Everett, parti comme missionnaire en 1977 chez les Pirahãs d’Amazonie, a totalement changé de vie et de regard sur le monde !

Le documentaire "La langue cachée d’Amazonie" diffusé ce samedi 28 septembre sur Arte dans le cadre de la journée spéciale Peuples en danger, retrace cette extraordinaire aventure. Mandaté par l’organisation Wycliffe pour évangéliser une tribu perdue au coeur de la jungle Amazonienne, Dan Everett découvre alors avec stupeur un langage unique, fondée sur la stricte observation de la réalité, et une communication tonale, — un même terme désignant divers objets à la fois selon le ton utilisé —, dénué de nombres, de couleurs, de références au passé ou au futur. Après huit ans en compagnie des Pirahãs, fasciné par l’harmonie d’une existence centrée sur le présent, il décide de se consacrer à l’étude du Piraha, qu’il enseigne depuis vingt ans à l’université de Bentley, aux Etats-Unis. Nous l’avons rencontré.

Quel était le but initial de votre visite chez les Pirahãs ?

Je suis parti comme missionnaire, afin de traduire la Bible dans leur langue, pour l’organisation Wycliffe. Cette organisation ne fait pas d’évangélisation au sens propre, mais espère, en traduisant la Bible, amener les Indiens aux croyances chrétiennes.

Mais les Pirahãs vivent au fin fond de l’Amazonie ?

En effet, ils se trouvent à quatre jours de bateau de Porto Velho, sur le bord du fleuve Maici ; totalement isolés. Leur première rencontre avec un missionnaire remonte à 1784. Les recensements évaluent la population actuelle à sept cents personnes. Les familles sont dispersées dans plusieurs villages, selon les saisons — saisons des pluie, ou saisons sèches. Ma communauté variait de vingt à quatre-vingts personnes ; car ils se rendent sans arrêt visite, montant et descendant le fleuve ; même lorsqu’ils vivent à dix jours de canoë.

Comment vous ont-ils accueilli ?

Notre relation a été excellente dès le premier jour. Même si ma volonté d’interférer en tant que missionnaire s’est avérée conflictuelle, parfois. Il n’y a pas eu « d’adoption », mais étant le seul étranger capable de m’exprimer en Piraha, ils m’ont intégré au bout de trois ans, m’appelant « Frère ». Ce qu’ils ne font pas avec les visiteurs.

Qui vous a enseigné leur langue ?

J’ai appris avec Bernardo, « Kohoi » en Piraha. Il m’a fallu du temps avant de comprendre qu’ils n’avaient pas de mots pour désigner les chiffres, ce qui n’existe dans aucune langue. Ainsi que leur façon de marmonner, et leur système sonore. J’ai tout de suite su que j’avais affaire à un langage tonal unique.

Quel impact l’utilisation exclusive du temps présent a t-il sur leur vie ?

Eh bien, leur priorité va à l’expérience immédiate. L’absence de nombres dans cette langue me semble également liée à cette immédiateté ; car les chiffres impliquent une abstraction, qui va au delà de ce qui est nécessaire au quotidien. Or les Pirahãs ne sont pas concernés par d’inutiles abstractions : précisément à cause de l’importance qu’ils attribuent à l’immédiateté de l’expérience, ne pas s’inquiéter du futur, ni du passé, ne pas mentionner ce qu’ils n’ont pas vu, ou entendu. Ils chassent, pêchent, partagent la nourriture. Le reste du temps, ils s’amusent, discutent, profitent. J’ai travaillé avec des douzaines de groupes Amazoniens : tous souhaitaient acquérir des biens matériels, comme les Brésiliens. Mais les Pirahãs ne demandent jamais rien ; non parce qu’ils ne connaissent pas, mais parce qu’ils n’en éprouvent pas le besoin. Fiers d’être Pirahãs, ils sont satisfaits de leur mode de vie.

L’apprentissage de cette langue a t-elle été à l’origine de votre changement de vie ?

Certainement, j’ai été affecté immédiatement : je croyais qu’ils avaient besoin de mon message, mais ils avaient leur propre vision des choses, n’étant aucunement convaincus par mes propos, me demandant : « as-tu vu Jésus ? Mais pourquoi nous parles-tu de ce que tu n’as pas vu ? »

J’ai été impressionné par leur joie de vivre, leur façon de prendre la vie comme elle vient. Je n’avais jamais vu une population confrontée à tant de difficultés, et douée d’une telle grâce ; cela m’a profondément touché. Après quelques années, l’un d’eux m’a dit, « nous savons pourquoi tu es ici : tu veux nous parler de Jésus. Nous t’apprécions, mais nous ne voulons plus entendre parler de Jésus : nous ne sommes pas Américains ». Et je me suis dit, de quel droit leur imposerai-je mes croyances ? Cela m’a obligé à réfléchir au travail de missionnaire. C’était en 1980, trois ans après mon arrivée : mon combat avec ma foi a commencé.

Qu’avez vous appris, à leurs côtés ?

J’ai reçu une leçon de vie ; j’ai appris à rester concentré sur une journée à la fois, et ne pas me soucier des choses inutiles. Je suis devenu plus confiant.

Aujourd’hui, quel regard portez vous sur le documentaire qui retrace votre expérience, et quelle réception a t-il eu ?

Je viens de le présenter à la Société linguistique d’Amérique, à l’université du Michigan, et ils ont adoré. Des professeurs m’ont dit qu’il se servait du film dans leurs cours. Un étudiant m’a confié qu’il a changé de matière, passant de la biologie à la linguistique, à cause du film, et de mon livre. Il a aussi été présenté au festival de Montréal, et j’ai été très heureux que les Amérindiens et les Premières Nations l’apprécient, car c’est un public qui me tient très à cœur. Je suis donc très fier de ce film. Mais essentiellement, je suis très heureux que les Pirahãs apparaissent sous un si bel éclairage : car le film montre bien leur sagesse, leur joie, et leur beauté.

Crédit : Colibris.

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