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Une semaine de vacances avec Christine Angot (France Culture)

D 23 juillet 2013     C 0 messages Version imprimable de cette Brève Version imprimable   

Dix ans après sa dernière venue dans la cour du Musée Calvet, Christine Angot revient en Avignon, pour une semaine de variations radiophoniques autour de son oeuvre. Lectures, mises en scène, la romancière sera accompagnée sur scène chaque soir par des comédiens ...

En direct de Avignon à 20h00, tous les soirs de cette semaine.

Lundi 22/07 : "Sujet Angot", lu par Gérard Desarthe (extraits/Fayard, 1998).

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Mardi 23/07 : Adaptation faisant se croiser "Le marché des amants" (Seuil, 2008) et "Rendez-vous" (Flammarion, 2006)
Lus par Gérard Desarthe et Christine Angot.

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Mercredi 24/07 : Adaptation de "Les Petits" (Flammarion, 2011) lu par Norah Krief, Alex Descas et Christine Angot.

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Jeudi 25/07 : "Balthazar fils de famille" de François-Marie Banier (Gallimard, 1985) lus par Pascal Gréggory et des extraits de "L’inceste" de Christine Angot (Stock, 1999) lus par Norah Krief.

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Vendredi 26/07 : Adaptation de "La lettre au père" de Kafka (Gallimard, traduction de l’allemand par Marthe Robert) et "Une semaine de vacances" lus par Christine Angot.

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A propos de Une semaine de vacances

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La critique de Philippe Forest

Implacable. "Une semaine de vacances", de Christine Angot

A juste titre, on dit souvent d’un vrai roman qu’il est irrésumable, car en rendre compte sous une forme autre que celle que son auteur a choisie revient précisément à défaire ce que celui-ci a voulu faire. C’est particulièrement le cas avec le nouveau livre de Christine Angot. Il faudrait laisser le lecteur faire par lui-même l’épreuve effarée de ce récit, totalement impréparé, ignorant de ce qui l’attend, dévalant la pente qu’il ne pressent pas et qui le conduit du simple sentiment de malaise — voire d’excitation malsaine — que suscite en lui la scène plutôt salace par laquelle s’ouvre le roman jusqu’à l’impression d’effroi s’emparant enfin de lui lorsqu’il réalise, à toutes sortes de détails et d’indices dispersés, la vraie nature de la chose qu’il avait sous les yeux depuis le début et dont, sans pouvoir le comprendre ou sans vouloir le reconnaître, il est devenu dès lors, malgré lui, le spectateur complice et consterné.
Disons simplement qu’Une semaine de vacances réécrit L’Inceste (Stock, 1999), le plus célèbre des romans de Christine Angot. Mais là où ce dernier réservait à ses toutes dernières pages la révélation de l’expérience qui lui donnait son titre, faisant de cet "aveu" longuement différé le dénouement et en somme l’explication de tout le récit qui avait précédé, Une semaine de vacances d’emblée nous installe dans une sorte de huis clos tout à fait limpide et parfaitement dément, là où se déroule au présent un pur exercice de cruauté dont la description nue, remplissant tout le temps du livre, se suffit amplement à elle-même.

Quel sens, sinon afin de se protéger de la vérité qu’elle exprime, y aurait-il à reprocher à Christine Angot de reprendre là où elle l’avait laissé le récit de sa vie ? Ce qui un jour a mérité d’être écrit exige sans cesse de l’être à nouveau. Nul n’est jamais quitte de l’expérience la plus vraie de sa vie. Et pour un romancier, cela implique de revenir encore et encore vers le lieu, le moment d’où il vient et dont procède ce vertige que chacune de ses phrases convoque et conjure à la fois.

PROIE PHYSIQUE ET PSYCHIQUE

C’est la même histoire et c’est un autre livre. Au point que l’un des romans est comme l’envers de l’autre, le second retournant le premier comme un gant afin de mieux faire voir la matière même dont celui-ci était fait : entre un homme et une femme (et l’on comprend donc que la seconde est la fille du premier), au cours de cette semaine de vacances qui donne son titre à l’ouvrage, une seule longue scène quasi ininterrompue de sexe, oppressante moins par la crudité des actes (fellation, sodomie) qui sont accomplis et décrits dans des détails qui ruinent toute possibilité d’idéalisation romantique que par la révélation très brutale du rapport de force, à l’oeuvre partout mais porté ici à son paroxysme pervers, qui commande au commerce érotique et fait de l’un la proie physique et psychique de l’autre, l’obligeant même à consentir au sort dévastateur qui lui est fait.

C’est un autre livre si c’est la même histoire. On en retrouve tous les éléments mais, par un déplacement du point de vue, ils apparaissent sous un jour complètement neuf, démontrant du même coup que la réalité, en littérature, doit tout au parti pris qu’on emprunte pour la dire. A la première personne (le "je") dont le monologue emporté retentissait dans L’Inceste, Une semaine de vacances substitue la troisième (le "il", le "elle") donnant à voir de l’extérieur les deux protagonistes du récit, leurs gestes, leurs paroles, s’abstenant de toute incursion dans leur conscience comme de tout commentaire sur leur conduite, permettant que se dégage d’elle-même l’imparable et implacable moralité du propos. Et, par cet apparent mouvement de retrait, par ce pas fait en arrière, devenue la spectatrice du drame de sa vie, considérant l’épreuve qu’elle a vécue comme si une autre était en train de la traverser interminablement, l’auteur exprime cette sensation de s’absenter de soi-même, anéantie, arrachée au monde sensé, vouée à ce vide en soi, soudain et cependant durable qui, le titre du roman le dit, est sans doute le vrai sujet d’Une semaine de vacances.

Un grand écrivain (il s’agit de Louis Aragon) l’affirme : le roman, c’est la clé des chambres interdites de nos maisons. On entrouvre la porte qui donne sur ce qui ne devrait être vu à aucun prix et par l’embrasure de laquelle on discerne un spectacle à la fascination duquel on ne sait trop s’il faut se soustraire ou se soumettre. Davantage qu’aucun de ses précédents livres, le roman de Christine Angot constitue un pareil piège tendu à notre regard captif. Selon un dispositif très savant dans sa simplicité même, — et c’est en cela qu’il constitue aussi une exemplaire leçon de littérature —, il interroge chaque lecteur sur le désir, nécessairement coupable, qui le porte vers les livres : la vérité qu’il cherche en eux, celle qu’il est capable — ou pas — d’accepter de ceux-ci.

On aura compris de quelle forme d’expérimentation grave et radicale procède le nouveau livre de Christine Angot et à quelle épreuve inquiète il oblige son lecteur, le confrontant d’un coup au grand non-sens très violent de la vie sans aucun des artifices ni aucune des facilités dont le roman fait d’ordinaire usage et puis l’abandonnant, comme son héroïne, enfant perdu, au milieu de nulle part, tout à fait esseulé dans un monde désolé. C’est là que commence la vie. Et la littérature aussi.

Une semaine de vacances, de Christine Angot, Flammarion, 2012, 138 p., 14 €

Philippe Forest, Le Monde du 31-08-12.


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