vous etes ici : Accueil » THEMATIQUES » Le Journal du mois, dans le JDD » Journal du mois de mai 2009
  • > Le Journal du mois, dans le JDD
Journal du mois de mai 2009

D 1er juin 2009     A par Viktor Kirtov - C 5 messages Version imprimable de cet article Version imprimable    ................... PARTAGER . facebook


Chouchou

Si j’étais Sarkozy, je commencerais à m’inquiéter de mon ouverture. Une séquence comme celle de son apparition au milieu des rédactrices de Femme actuelle, ponctuée du mot maternel de Carla à son égard, « courage Chouchou ! », me paraît profondément dangereuse. Joséphine avait l’habitude de faire ce genre de blague à Bonaparte devant ses généraux, il avait l’air de le prendre bien, mais au fond, devenu Napoléon, il a fini par en avoir marre.
Le spectacle, c’est bien, mais trop, c’est trop. Regardez le sinistre Festival de Cannes, la mine renfrognée et désenchantée d’Isabelle Huppert dans sa robe blanche de mal mariée, la pénible obésité d’Isabelle Adjani, les contorsions inutiles de l’innocente Charlotte Gainsbourg dans Antichrist, le flop de Johnny, bref le festival de trop

EUROPEENNES

Ivan Levaï, dans sa chronique Le Kiosque sur France Inter du 31 mai 2009, a fustigé le commentaire de Ph. Sollers sur le vote aux élections européennes pouvant sembler être un encouragement aux absentionnistes. Même si la chronique d’Ivan Levaï dit plus que n’en dit Ph. Sollers dans son bref commentaire, Sollers pèche, au moins par omission, dans sa prise de position.

avec des stars de moins en moins actuelles, le tout sur fond de mécontentement et de désespoir social, d’université décomposée et de gauche tétanisée et vous comprendrez ce que je veux dire.
« Courage Chouchou ! » c’est trop, c’est beaucoup trop. Malgré ses prestations constantes d’un bout à l’autre de la planète, on souffre ici pour la virilité bafouée du chef de l’Etat. Vous me direz que Nice Brother Obama, avec sa bonne volonté évidente, incarne lui aussi le fils convenable de son épouse. Mais enfin, même si ce « chouchou » attendrit toutes les mères de famille, il serait étonnant qu’il déclenche un vote massif aux prochaines élections européennes, dont, d’ailleurs, tout le monde se fout.

Papounet

Et voilà Berlusconi, réélu trois fois (comme le souligne Sarkozy avec admiration), empêtré dans une histoire bizarre avec une jeune fille blonde, une mineure, ce qui provoque la demande de divorce de sa femme, et une campagne de presse dévote, toutes tendances confondues. La mineure en question a l’air plutôt débile, mais chacun ses goûts. En tout cas, elle n’appelle pas son beau président « Chouchou » mais, paraît-il, « Papounet ».

Les Italiens vont-ils s’énerver et trouver qu’il s’agit là d’un événement politique ? C’est peu probable, et ce complot moral contre le pauvre Papounet le rendrait plutôt sympathique malgré sa vulgarité ébouriffante, parfaitement synchrone de la basse époque qu’on nous oblige à respirer. Sarkozy a encore un peu de temps avant de passer de « Chouchou » à « Papounet », mais sait-on jamais.

En tout cas ces sobriquets sont préférables à « petit père des peuples » dont on a abusé du temps des sanglants abus de pouvoir. Il y a eu « Tonton », remarquez, et il avait ses frasques. « Chouchou », « Papounet », « Tonton », c’est familial, condescendant, rassurant, vaguement gâteux, beaucoup mieux que « Sa Sainteté », par exemple.

A propos du pape (que je trouve intellectuellement très supérieur à Berlusconi), mes conseils pour la visite en Israël n’ont pas été écoutés. J’avais préconisé de l’émotion, encore de l’émotion, toujours plus d’émotion, et même, pourquoi pas, une crise de larmes. Rien à faire, Benoît XVI ne sait pas surjouer.

Monde

Vous avez échappé à la grippe A, vous avez eu, j’espère, une pensée compassionnelle pour l’abattage massif des porcs en Egypte, vous vous êtes demandé pourquoi l’Université tenait tant à mourir, vous avez été intrigués par la décision d’Etat nommant Guy Debord, quinze ans après sa mort, « trésor national » (comme quoi la radicalité mène à tout), vous avez eu raison de continuer à lire la vieille presse écrite, et votre quotidien de référence, Le Monde. Certains articles de critiques littéraires vous ont comblés.

Voici, par exemple, la présentation, sous une plume féminine, d’un roman féminin anglo-saxon : « Ce roman déconcertant se place sous le signe du pénis. Le pénis instrument de plaisir ? Pas du tout. De triomphe ? Encore moins. Il s’agit d’un motif incongru et plutôt répugnant. » Conclusion : « Le sexe ne mène nulle part, et la mort est la soeur aînée du sexe. » Comme quoi, message peu réconfortant, chagrin de sexe dure toute la vie.

Vous avez quand même repris espoir en lisant les Lettres à Albert Paraz, de Céline (1), écrivain génial qui n’a rien à voir avec les assis ou les assises du roman. « La magie n’est pas dans les mots, elle est dans leur juste touche. » Et voilà le chant et la danse intimes, le contraire de « la prose-prose des arriérés naturalistes américains ou français », bref la langue vraiment vivante.

Julien Coupat

Mais c’est bel et bien dans Le Monde (2) que vous avez appris qu’un écrivain de premier ordre était détenu à la Santé sous prétexte de « terrorisme ». On le salue ici en le faisant entendre : « Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle « victoire » dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manoeuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage. »

Comme on voit, ce détenu très libre est très cultivé. Il se donne même les gants de citer Hegel, et on aura reconnu, dans sa rhétorique, à la fois Lautréamont et Debord, textes peu lus par la police. Un peu de Céline pour finir (même si celui-ci prend la précaution de préciser que les anarchistes sont « terriblement noyautés par les flics depuis toujours ») : « Vive l’Anarchie, nom de Dieu. Pour être sûr d’être un bon anarchiste, il faut avoir tenu bon en tôle, impeccablement, avec une boussole personnelle, indéréglable. » Autre chose qu’une Rolex !

Philippe Sollers

Journal du Dimanche, 31 mai 2009

(1) Gallimard.

(2) Le Monde, 26 mai 2009. Puissance du style : Julien Coupat a été libéré jeudi [1].


Portrait de Sollers en supporteur girondin

LE MONDE | 30.05.09

JPEG - 14.2 ko
Crédit : JDD


endant que l’OM et le PSG peuvent se prévaloir du soutien de "personnalités", Bordeaux brille par sa discrétion côté paillettes. Seul le chanteur Pascal Obispo a bruyamment fait savoir qu’il était un inconditionnel des Girondins, qui seront automatiquement champions de France, samedi 30 mai, s’ils décrochent un match nul à Caen.

Dans un autre registre, le club est pourtant l’élu de Philippe Sollers. L’état civil fournit une première explication : l’écrivain est né à Talence, en 1936, dans une famille d’industriels, une jeunesse qu’il a évoquée dans deux livres, Portrait du joueur (1984) et Un vrai roman - Mémoires (2007). Il a quitté Bordeaux à l’âge de quinze ans, mais en parle passionnément. Il n’est d’ailleurs pas le seul : "Stendhal disait que c’est la plus belle ville de France. Il avait raison. Il connaissait l’Italie et savait de quoi il parlait."

Alors, poursuit Sollers dans son bureau chez Gallimard, "les Girondins, le maillot bleu, bien sûr. J’ai été passionné dès que j’ai eu un ballon. Le premier sport des enfants, c’est le foot. En Italie, pas une place où il n’y ait une partie acharnée.

JPEG - 13 ko
Crédit : Ph. Sollers, Gallimard

Sur un parquet de la maison que j’habitais, j’avais dessiné un terrain. Je faisais le commentaire radiophonique. Ensuite, j’ai été ailier droit, ou plutôt inter droit, au lycée de Bordeaux. J’ai su tirer un corner au cordeau." Sans que l’on demande de preuve, Sollers tend une photo. On le voit tenter un contrôle de ballon dans la cour de la maison Gallimard. Le geste ne trompe pas.

"A BAS L’OM, VIVE BORDEAUX"

Dans sa préadolescence, le jeune Philippe Joyaux a fréquenté le stade Lescure, rebaptisé Chaban-Delmas en 2001. "J’y allais avant qu’il y ait la télévision. Avec elle, on voit mieux. Aujourd’hui, je rate rarement un match." D’autant qu’au-delà des résultats son plaisir esthétique est comblé cette saison par le jeu des Girondins. "Samedi, il faut qu’ils tiennent. A bas l’OM, vive Bordeaux !", s’enflamme-t-il, en précisant toutefois que "dans l’ordre des conflits inter-hexagonaux, le rival, c’est Lyon. Leur recul m’a fait plaisir. Pour un Bordelais, vous comprenez, Lyon, c’est là-bas, c’est l’Est."

Son carré d’as girondin comporte un joueur par poste : le gardien Ulrich Ramé, le défenseur Mathieu Chalmé, l’attaquant marocain Marouane Chamakh et, avant eux, bien sûr, celui qui a été élu meilleur joueur de Ligue 1 cette saison, Yoann Gourcuff. "Un joueur exceptionnel, qui ne se la joue pas. A côté, Ribéry est sympathique, héroïque, mais confus. Je ne sais pas ce qu’il essaie de faire." Une divine surprise attendait d’ailleurs Sollers après cette conversation, puisque Bordeaux annonçait avoir levé l’option d’achat de 15 millions d’euros de son joueur vedette, prêté par le Milan AC. Yoann Gourcuff s’est engagé pour quatre saisons avec les Girondins.

"Il y a un style bordelais auquel tous ces joueurs, qui ne sont pas people du tout, participent, observe Philippe Sollers. Et, en premier, Laurent Blanc (leur entraîneur). Il a un style un peu britannique qui convient bien à cette ville un peu froide et aristocratique. Ici, on ne se met pas en avant. Le football est une passion retenue."

Parfois un peu trop : "J’ai entendu à la radio un commerçant bordelais de petits trophées. Il expliquait qu’en fait, il vendait les articles de Marseille, parce que ça se vend."

B. Lt

Article paru dans l’édition du 31.05.09

Bref plaidoyer pour l’Europe

Ivan Levaï a raison, votez ! Ne participez pas au désintérêt pour l’Europe que pourrait sembler cautionner Ph. Sollers, même si ce n’est qu’une feinte du Joueur, un faux-semblant en trompe l’ ?il.

Que serait devenu, notre vieux Franc dans la tourmente de la crise sans l’Euro ?

Plus de change et libre circulation des personnes et des biens, c’est devenu un acquis. Qui se souvient encore des formalités douanières tatillonnes obstructives à l’issue aléatoire ? Blocage en douane et retards par excès ou manque de zèle faisaient partie de la règle du jeu pour un simple exposant à une foire internationale comme Hanovre ou autre.

Dans ou hors du cadre européen, il y eut des européens visionnaires et ambitieux pour susciter et faire aboutir des initiatives telles qu’Erasmus, le CERN [2] , Airbus...

La physique des particules, l’aéronautique (avec le lancement du premier Spoutnik russe) étaient alors à la une. Aujourd’hui ce serait plutôt, la Biologie moléculaire du vivant, les énergies renouvelables, les nouveaux défis du moment. Pourquoi pas, après le CERN, un CERB pour la biologie moléculaire ? Pourquoi pas un projet d’énergie renouvelable en pack, les batteries du futur pour l’automobile, l’aéronautique, etc .? Pourquoi pas, après un Erasmus pour les étudiants, un Erasmus pour les enseignants (ne serait-il pas plus logique et plus efficace qu’une langue étrangère nous soit enseignée par un natif de cette langue ?), un Erasmus pour les chercheurs...? A l’heure où les sociétés fusionnent, a-t-on vu pareil mouvement de regroupements européens de laboratoires de recherche ? Est-ce que le CNRS avec ses mille et un laboratoires ne pourrait pas dépasser ses rivalités internes pour propulser une nouvelle aventure ?

L’heure est malheureusement au repli, à la demande de protection, arrêtée sur le court terme, alors qu’il nous faudrait des combattants, des hommes de vision et d’ambition pour nous faire rêver.

Votez pour que l’Europe se dote d’un exécutif et de règles capables de relever ces défis, que cesse cette mascarade d’une présidence tournante à vingt sept ( un tour tous les treize ans et demi) et que puissent se révéler ces nouveaux visionnaires européens.

V.K.


[1Réponses de Julien Coupat : Le texte complet.

Plus ici .

[2Centre Européen de Recherche nucléaire

Un message, un commentaire ?

Ce forum est modéré. Votre contribution apparaîtra après validation par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
  • NOM (obligatoire)
  • EMAIL (souhaitable)
Titre
  • Ajouter un document


5 Messages

  • V.K. | 3 juin 2009 - 11:06 1

    Anglais ? Il fut un temps où l’on parlait le français à la Cour de Saint Petersbourg, où l’Europe intellectuelle parlait français, mais malheureusement pour nous, ce temps n’est plus et l’anglais fait aujourd’hui partie du cursus de base de tout voyageur du monde, chercheur ou industriel... Raison de plus de renforcer l’Europe. Pour exister face aux Etats Unis, la Chine et demain, l’Inde (déjà aujourd’hui - cf. la sidérurgie avec Mittal-Arcelor, la construction et « déconstruction » navale, l’automobile...). Mais d’où vient donc le français ? D’une autre domination linguistique, non ?

    Juste un peu de patience, les Empires naissent et meurent...


  • David M. | 3 juin 2009 - 01:16 2

    Erasmus ? Dans la plupart des pays européens les cours sont dispensés en anglais. A quoi bon faire des échanges culturels pour apprendre 3 mots de la langue autochtone mais continuer à subir le bourrage de crâne anglo-américain...Pourtant Erasmus était en théorie une occasion d’ouverture unique...


  • A.G | 2 juin 2009 - 12:12 3

    « L’Europe, l’Europe ! » (De Gaulle)

    Faut-il voter — oui ou non ? Plutôt oui. Mais qui s’est abstenu de parler de l’Europe jusqu’à une période récente ? Réponse : les grands partis. C’est pour cela que « tout le monde s’en fout ». Rappelons que « c’est un Européen d’origine française » qui le dit.
    _ Il est peut-être bon de relire l’entretien entre Ph. Sollers et Cees Nooteboom de 2001. Par ailleurs plusieurs livres publiés dans la collection L’infini ces dernières années permettent de penser l’Europe en profondeur (mais certes pas dans l’euphorie). Citons, parmi d’autres : Cercle de Yannick Haenel, Prolongations d’Alain Fleischer et, tout récemment, dans une assez grande indifférence, le très beau Bambipark de David Di Nota, l’auteur de Projet pour une révolution à Paris.


  • A.G | 2 juin 2009 - 10:53 4

    Et Dieu sait ce qu’on aurait dit de Sollers si Coupat lui-même s’était révélé écrivain plus tôt —avant le 26 mai — et avait été publié (en hommage à Lautréamont ? à Debord ?)... dans la collection L’infini !


  • D. | 1er juin 2009 - 23:14 5

    On ne saurait trop féliciter Sollers, dans cette affaire, pour sa promptitude toute voltairienne à défendre les écrivains en prison... (Et puis, après tout, il n’a pas eu tort : ils se défendent très bien tous seuls ! Dieu sait ce qui serait arrivé à Coupat si Sollers l’avait défendu !)